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Full text of "Mémoires de l'Académie des sciences, lettres et arts d'Arras"

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MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE D'ARRAS 


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MÉMOIRES 


L'ACADEMIE 


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BIBLIOTHÈQUE SJ 
Les Fontaines 
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Ile Série — Tome XL. 


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C4ARRAS 
imp. Rohard-Courtin, F. Guyot, Successeur. 


M, D. CCCCIX. 


L'Académie laisse à chacun des auteurs 
des travaux insérés dans les volumes de ses Mémoires 
la responsabilité de ses opinions, 
tant pour le fond que pour la forme. 


LECTURES 


Faites dans les Séances hebdomadaires. 


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ÉERETERETEAS 


LA 


SECONDE RESTAURATION 


DANS 


LE PAS-DE-CALAÏIS 
(1815-1830) | 
(Suite y 
PAR 
le Comte Gustave DE HAUTECLOCQUE 


Membre résidant. 


1825 


As 1824 s'était ouverte sous les meilleurs auspices 
pour la Monarchie légitime, l’année 1825 donnait 
égaiement de grandes espérances. Comme nous l’avons dit, 
Louis XVIII avait été peu regretté par les royalistes purs et 
même par les libéraux dont il s'était séparé à la fin de son 
règne. L’avènement de Charles X avait été salué avec 
enthousiasme par tous les partis : les uns comptaient sur 
la sympathie qu'il avait lonjours montrée pour eux; les 
opposants espéraient que la faiblesse de son caractère ren- 
drait leurs succès plus faciles. Le peuple, toujours amateur 
du panache, admirait ce septuagénaire à la noble figure, 
ayant, sur son cheval, un grand air et une belle prestance. 


1 Voir Mémoires de l’Académie d'Arras, 2e série, tome : 37, page 


295 ; tome 38, page 01; tome 39, page 4T, 


np 


La France était prospère et respectée, l’armée fidèle, les 


Chambres dévouées (1). Pourtant l’année 1825 fut une des 
plus funestes pour l'avenir de la branche aînée des Bourbons. 
Nous l'avons déjà dit, cela tint au Roi et aux royalisles; on 
en verra la preuve dans la suite de celte histoire. 

Après la mort de Louis XVIII, Charles X fit son entrée à 
Paris, le 25 septembre 1824, aux cris répétés de « Vive le 
Roil» Aussi s’écria-t-il: « Ils m'ont reçu comme un enfant 
de la maison ! » La recherche de la popularité devait être 
une des fautes de son règne. Pour la trouver, dès le 29 sep- 
tembre 1824, il abolit la censure; en rendant la liberté à la 
presse, il cédait aux vœux de quelques royalistes, mais la 
majorité y voyait une arme bien dangereuse rendue à leurs 
adversaires. M, de Villèle et une partie du Ministère étaient 
opposés à cette mesure. Le Roi, le lendemain, en passant 
une revue de la Garde nationale au Champ-de-Mars, fut 
accueilli par des acclamations qui lui firent croire à l'amour 
de son peuple ; il ne tarda pas à être désabusé. A propos de 
l'enterrement civil d’un acteur, à qui le clergé avait refusé 
dés obsèques religieuses, le 18 décembre 1824, la foule 
poussa des cris hostiles qui, en s'adressant au clergé, s’appli- 
quaient aussi au Roi, son protecteur. 

Le 22 décembre 1824, s’ouvrit la session des Chambres 
dans la salle des Gardes du Louvre. Charles X prononça 
un discours : après avoir témoigné ses regrets sur la mort 
de son prédécesseur, il promit de maintenir la Charte et 
annonça des lois pour protéger la religion, indemniser les 


. émigrés et convertir la rente ; il invita les Députés et les 


Pairs de France à assister à son sacre. Le 3 janvier 1825, 
les Ministres déposèrent les projets de lois qu'il avait 
annoncés, Les difficullés allaient commencer. La première 


(1) La Fayette, voyant la France tranquille et heureuse, les conspi- 
rations difficiles et l'opposition sans appui dans le pays, partit pour 
un voyage en Amérique, où il fut reçu avec enthousiasme ; sa popu- 
larité en fut accrue en France. 


— 9 — 


loi qu’on discufa fut celle sur la liste eivile, elle s'élevait à 
25 millions, plus 7 millions pour les apanages des Princes 
et Princesses. Le Roi avait promis aux d'Orléans une 
faveur que son prédécesseur leur avait toujours refusée. Les 
biens qui composaient leur apanage avaient été confisqués 
sous la Révolution ; Louis XVIII les leur avait rendus, mais 
à titre personnel et par ordonnance révocable. lis deman- 
daïent à ce que cet apanage leur füt attribué à perpétuité jus- 
qu’à l’extinction de leur postérité mäle ; pour cela, il fallait 
une loi, et on craignait qu’une partie des Royalistes, qui 
n’aimait pas les d'Orléans, ne refusât de la voter. Aussi ce fut 
dans la loi sur la liste civile qu’on introduisit cette proposi- 
tion, ce qui fit dire que le Ministère faisait la contrebande 
dans les carrosses du Roi. Malgré le désir de Charles X et 
l'appui du parti libéral, il y eut encore 25 opposants. Il 
accorda aux d'Orléans en outre le litre d’Altesse Royale et 
lors du sacre, le duc de Chartres fut nommé Chevalier des 
Ordres. 

La Chambre des Pairs, dans la première quinzaine de 
janvier 1825, aborda la discussion de la loi sur les Commu- 
nautés de femmes {1}. Pour leur établissement, il fallait 
jusque-là l’intervention des trois Pouvoirs ; on proposait de 
se contenter d’une ordonnance royale. On permit à ces 
Couvents de posséder à titre onéreux ou par donation (2). La 
discussion fut vive, l'évêque d’Hermopolis défendit le projet 
du Gouvernement ; la Chambre, par 263 voix contre 27, 
décida qu’il faudrait une loi pour approuver les statuts et 


(1) Les Communautés comptaient en France 1800 religieuses ; peu 
appartenaient à des Ordres Contemplatifs. Les Ordres d’hommes 
n'étaient pas autorisés, mais on en tolérait quelques-uns, et les Jésuites, 
sous le nom de Pères de la Foi, purent ouvrir à Saint-Acheul un 
collège qui compta 1200 élèves. 

(2) L’Evêque diocésain et le Conseil d'Etat approuvaient les statuts 
de ces religieux. L'autorisation ne pouvait être révoquée que du consen- 
tement de l’évêque. Les acquisitions, les donations et les aliénations 
étaient soumises à l’autorisation royale, 


— 10 — 


que le Pouvoir civil, après avoir demandé l'avis de l’'Evêque, 
serait seul juge dans cette question (1). Des amendements 
autorisaient, dans certaines conditions, les donations faites 
aux couvents et fixaient les pensions accordées aux membres 
des Communautés supprimées ou dissoutes (2). 

Le 10 février commença la discussion de la Joi dite du 
Sacrilège. Depuis quatre ans, il y avait eu 538 vols de vases 
sacrés. Charles X, qui était pieux, crut de son devoir 
d'empêcher ces actes coupables, ÿ fut encouragé par les 
Evèques, dont quelques-uns étaient Pairs de France, et par 
un grand nombre de royalistes que leurs ardents sentiments 
religieux empêchaient de voir les inconvénients que pou- 


(1) Il y avait alors un mouvement religieux qui commençait à 
prendre de l’importance et les écrits du comte de Maistre avaient 
beaucoup contribué à créer ce qu’on appela l’ultramontanisme. L'abbé 
de Lamennais en était un des plus ardents défenseurs ; aussi, repro- 
chait-on au projet de loi, en réservant au Gouvernement l'approbation 
des statuts, d’usurper les droits du Saint-Siège. Cet écrivain disait, 
dans d’ardentes brochures qui eurent un grand retentissement, que le 
Ministère était hypocrite dans son langage et dans ses actes et que le 
Gouvernement représentatif était l’assemblage de toutes les corrup- 
tions. Si le clergé était divisé, le roi était gallican ainsi qu’une 
grande partie de la magistrature. Charles X se croyait obligé, comme 
descendant de Louis XIV, d’être partisan des articles de 1682. 

Le parti libéral profitait de ces divisions, et attaquait dans ses 
journaux les membres du clergé qui manquant de prudence, ne 
tenaient pas compte de l’état des esprits, on citait l’archevêque de 
Rouen. On exploitait, comme de nos jours, les scandales ecclésiastiques. 

On raconte qu’un journal important, le Constitutionnel, avait alors 
un rédacteur spécial pour ce genre de faits ; le directeur les appellait 
les articles bêles, mais comme ils plaisaient au public, quand la 
clientèle baissait, il gourmandait le rédacteur et celui-ci, s’il n'avait 
rien à raconter, inventait des récits de ce genre mais arrangés 
de manière à ce qu’on ne püt les vérifier ni les poursuivre. 

(2) Les religieux ne pouvaient disposer pour leur couvent que du 
quart de leurs biens. Dans le cas où il cessait d’exister, les biens 
acquis à titre gratuit faisaient retour aux donateurs et les autres 
se partageaient par moitié entre les hospices et les établissements 
ecclésiastiques. 


ui 


vait présenter une répression trop sévère. Le projet de 
loi édictait la peine de mort contre le sacrilège. Quand il y 
avait des circonstances aggravantes, on y ajoulait comme 
pour les parricides la mutilation du poing. Le sacrilège con- 
sistait dans la profanation des vases sacrés et des hosties con- 
sacrées. I] fallait qu’il eût été commis par haine ou mépris 
de la religion, et publiquement. C'était presque impossible 
à constater ; aussi le projet de loi fut attaqué même par des 
hommes religieux comme Chateaubriand. I] disait : « Pour- 
quoi protéger exclusivement le culte catholique, quand la 
Charte reconnaît tous les cultes ? » Pour défendre la loi, 
M. de Bonald prononça un discours qui eut alors un grand 
retentissement, Il invoqua la loi des Douze-Tables. Il 
répondit à ses adversaires : (« Que si la religion ordonnait 
de pardonner, elle n’empêchait pas le Pouvoir de punir. Le 
Sauveur a demandé grâce pour ses bourreaux, mais son 
Père ne Ja leur accorda pas. » La loi fut votée par les Pairs 
de France par 127 voix contre 92. A la Chambre des Députés, 
elle souléva également des critiques, surtout à cause de la 
difficulté de son exécution. Les partisans disaient qu’il ne 
fallait pas être plus indulgent pour la violation de la Majesté 
divine que pour celle de la Majesté humaine. Altaquée avec 
talent par Royer-Collard, défendue par l’Evèque d'Hermo- . 
polis et par le ministre de Peyronnet qui l'avait présentée, 
elle fut votée par 210 voix contre 95. 

Le Gouvernement commit une grande faute en proposant 
cette loi. L'opinion publique ne lui était pas favorable, 
surtout dans la bourgeoisie ; elle était inapplicable et ne fut 
pas appliquée ; elle servit de base à l’opposition pour atta- 
quer le Gouvernement comme clérical et Charles X comme 
un Jésuite en robe courte (1). Ces accusatiors élaïient peu 


(4) La Cour d’appel d'Amiens refusa de suivre la procession du 
Collège de St-Acheul.A Arras, la représentation de T'artuffe donna lieu à 
des manifestations ; aussi le maire décida que les directeurs de la troupe 
devaient lui soumettre la composition des spectacles au moins 48 


= 40. 


fondées, mais elles contribuërent à la révolution de 1830. Le 
public, en haine du parti prêtre, applaudissait Tartuffe. Les 
chansons de Béranger, tournant en dérision les sentiments 
religieux, étaient populaires. Les Missions organisées en 
France se virent parfois l’objet de sentiments hostiles et la 
Magistrature, dont une partie était héritière des sentiments 
des anciens Parlements, se montra indulgente quand on 
lui demandait de punir les attaques contre le clergé et la 


. religion (1). 


Puis vint la discussion de la loi sur l'indemnité à accorder 
aux Emigrés et aux autres personnes condamnées pour 
leurs opinions politiques sous la Révolution et qui avaient 
vu leurs biens immeubles confisqués. Les ventes avaient 
commencé en 1793 et fini en 1803 (2). Elles se divisaient en 
deux catégories : celles qui avaient eu lieu d'abord sans 
estimations, à un prix souvent dérisoire et payé en assignats, 
étaient au nombre de 370,617 et avaient produit une somme 
de 605,352,992 francs. Après le 2 juin 1795, on avait effectué 
81,455 ventes en prenant pour base des estimations vingt 
fois le revenu ; mais le paiement avait lieu par des mandats 
dont la valeur était très dépréciée, aussi elles ne produisirent 
que 692,407,625 francs. La totalité de ces 452,072 ventes 
montait à 1,297,760,617 francs. L'Etat réclamait ce qu'il 
avait payé à la décharge des émigrés pour dettes et reprises 
de toute nature, soit 309,940,645 francs. Il restait en 
réalité à rendre aux intéressés 987,819,972 francs. La loi 
proposait de payer en cinq ans ce milliard au moyen 


heures d’avance pour lui donner le temps de donner son visa, et un 
directeur, le sieur Sallé, vit interdire plusieurs des pièces quil 
voulait faire jouer. 

(1) C’est ce qui eut lieu pour la Cour royale de Paris jugeant le 
Constitutionnel et le Courrier français. 

(2) Il n’était question que des immeubles, les meubles et valeurs 
mobilières, se dispersent et s’oublient, disait-on. 


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— À — 


de la création de trente millions de rente 3 p. °/o (1). Avec 
des Chambres aussi royalistes, elle ne pouvait amener de 


grandes discussions. Pourtant le général Foy la combattiten 


atlaquantsurtoutl’émigrationeten voyantdanslaloiunecause 
de guerre civile. D’autres libéraux demandérent pourquoi 
on n’indemnisait pas aussi ceux qui avaient élé ruinés par le 
mazimum, les assignats et les banqueroutes. Le comte Molé 
dit que c’était une amende imposée par la force. On prétendit 
que c'était la rançon de l’émigration. Dans le camp opposé, 
on ne contestait pas la justice de l’indemnité, mais MM. de 
Choiseul, de Broglie et le comte Roy la voulaient en rente 
5 p. °/o. MM. de Beaumont et de Coupigny (2) dermandèrent 


(1) On devait distribuer le reliquat du milliard aux indemnisés les 
moins favorablement traités; il n’en fut rien car, après la révolution 
de 1830, l'Etat garda les trois millions qui restaient disponibles à 
cet effet. | 
(2) Le 4 février 4825, à propos d’une pétition, dit le Moniteur, 
M. de Coupigny demande la parole (marques d’étonnement dans 
l'assemblée, un grand silence s'établit) : « L’indemnité des émigrés 
devrait être une restitution équivalente au bien perdu. On a rendu les 
biens non vendus ; pour ceux qui l'ont été, si on présentait au Gou- 
vernement un mode pour les rendre aux anciens propriétaires, 1l 
saisirait avec empressement le moyen de faire ce grand acte de justice 
aussi moral que politique. Il aurait le double avantage de réunir tous les 
Français dans une même famille et de rendre tous les biens à la circu- 
lation. La loi proposée n’atteindra pas ce but. » Ce député propose cet 
amendement : « Les 30 millions de rentes au capital d'un milliard 
seront affectés à indemniser les propriétaires des biens fonds qui ont été 
confisqués et aliénés en exécution des lois sur les émigrés, les déportés 


“et les condamnés révolutionnairement, pour lesdits biens fonds être 
restitués par l'Etat aux légitimes propriétaires ou à leurs ayant 


cause (crt8 : la question préalable). Le baron de Coupigny développa 
cet amendement le 24 février 4825 : « J'ai l’intime conviction, dit-il, 
que l’auteur fde la Charte n’a pas séparé dans sa pensée l’article 9 de 
l’article 40, Si une nécessité de haute politique l’engageait à conserver 
l'inviolabilité des biens nationaux comme des autres propriétés, il 
aurait pu au moyen d’une indemnité préalable rendre les biens aux 
émigrés qui n’en ont été dépouillés que pour avoir servi la cause de la 
égitimité. D'ailleurs, ce que je propose de donner à ceux qui ont 


ir 


qu'elle fût donnée aux acquéreurs des biens et qu'on 
les rendit aux anciens propriétaires. M. Duplessis de Gréne- 
dan alla plus loin, il n’accordait rien aux acheteurs contes- 
tant la validité des ventes. On prétendit que l'indemnité 
allait augmenter la valeur des biens qu’ils avaient acquis, et 
qu'ils devraient remeltre les quatre cinquièmes de l’aug- 
mentation à l'Etat. MM. du Hays (1), Duhamel, Leroux du 
Châtelet (2), etc., proposèrent des amendements relatifs à 


acheté ces biens à vil prix, qui en ont joui pendant trente ans, c'est ce 
que vous offrez aux émigrés en dédommagement desdits biens après 
en avoir été privés pendant trente années. » (La question préalable 
est adoptée à l'unanimité. Mouvement général de satisfaction.) 

Le 4 mars, le même député demanda qu’on augmentät le fond 
commun pour le Pas-de-Calais, de peur que le département ne füt lésé. 
Les 3,000 ventes de {re catégorie obtinrent 21 millions et les 45,000 
ventes de 2e catégorie ne recevront que 43 millions. Ces defniers 
indemnisés ne toucheront que huit fois le revenu des biens. 

(1) M. du Hays, le 4 mars 4825, proposa un amendement relatif à 
l'estimation des biens vendus. Le 10 mars, il en proposa un autre 
relatif aux déductions à opérer. 

(2) M. Leroux du Châtelet proposa un amendement pour faire 
remettre les droits d'enregistrement dans le cas où les acquéreurs 
rétrocéderaient les biens confisqués à leurs anciens propriétaires. 
Voici un autre amendement de ce député : « Lorsque le résultat de la 
liquidation aura été connu, les sommes restées libres sur les trente mil- 
lions de rentes déterminés par la loi, seront employées d’abord à indem- 
niser le plus intégralement qu’il sera possible les confiscations faites sur 
le même individu pour cause d’émigration et dont l’ensemble ne s’élevait 
pas au-dessus de 4,000 francs de revenus. Le surplus, s’il en existait, 
servirait à réparer ensuite, selon le mode qui serait fixé par une loi, . 
les inégalités qui auraient pu résulter des bases fixées. Aucune indem- 
nité ne serait accordée à ceux qui seraient rentrés dans la possession et 
Jouissance de leurs biens, soit par rachat, soit par transaction ou 
succession avant que la mesure ci-dessus fixée fût déterminée. » Il 
proposait cet amendement, disait-il, pour réparer le plus possible la 
plus grande des injustices et au nom de la fidélité la plus constante à 
la royauté légitime, etc. Cette mesure serait loin de suffire pour effacer 
intégralement la trace des désordres révolutionnaires. Qu'est-ce qui 
rappelle des souvenirs plus douloureux que de voir des petits propriés 


EN 


l'application de la loi. Celle-ci fut défendue par MM. de 
Villèle et de Martignac qui s’appuyèrent surtout sur ce 
qu’elle avait été promise par la Charte; elle fut votée le 
15 mars, à la Chambre des Députés, par 259 voix contre 
124. Portée le lendemain à la Chambre des Pairs, elle obtint, 
le 20 avril, 159 boules blanches contre 63 noires. 

Nous avons déjà dit notre opinion sur l’Emigration ; il 
faut reconnaître qu’il était de toute justice de dédommager 
les royalistes qui avaient perdu leur fortune pour avoir obéi 
aux ordres de leurs princes, et exposé leur vie pour eux (1). 


taires dépouillés depuis trente ans de toutes leurs ressources et réduits 
souvent à habiter une chaumière voisine du foyer paternel? les martyrs 
inébranlables de la fidélité mangent avec douleur un pain trempé de 
larmes et ne laissent aucun espoir à leur famille à l'approche du tom- 
beau. Ces hommes, que leur inviolable fidélité a retenus dans cet état 
sans autre honneur que leur admirable résignation, sans autre emploi 
que leur éternel dévouement, les comparerez-vous à ceux qui ont pu 
recouvrer une partie de leur ancienne opulence, à ces favoris du siècle 
que la Révolution même a aidés à remplacer ce que la Révolution 
avait d’abord dévoré, qui, depuis leur rentrée, habitent cette capitale 
- près du canal des grâces, se rendent habilement nécessaires à toutes 
les puissances du jour, ont retrouvé et même quelquefois doublé leur 
fortune et leurs titres ? Ils font ressortir de la manière la plus révoltante 
l'aspect de l’injustice. La position qu’on fait à ceux qui n’ont pu traiter 
avec les possesseurs de leurs biens, la parcelle de rente qui leur 
reviendra ne suffira pas pour les mettre au-dessus des premiers besoins. 
Tandis que d’autres, par les soins généreux de leurs parents et de 
leurs hommes d’affaires, auront retrouvé des débris considérables de 
leur ancienne opulence. Cette jouissance depuis vingt ans a déjà réparé 
leurs pertes et la hausse du revenu les met au niveau de leur ancienne 
aisance. Comparerez-vous les auciens propriétaires avec les favoris 
du siècle? etc.» Il terminait son discours en faisant appel à la justice 
du Roi. | 

M. Pardessus, rapporteur de la loi, lui répondit : « Je repousse 
l'amendement, il détruit la loi et lui Ôte son caractère de moralité et 
de légalité ; ne faites ni distinctions, ni grâces, etc, » L’amendement 
fut rejeté. 

(4) Un député anglais, Burke, a dit : « Au bout de vingt-cinq ans, 
la plupart des hommes passent indifféremment sur la tombe de leur 


d = 16 — 


Ïl était regrettable qu’on eût attendu dix ans pour faire un 
acte si nécessaire et si politique. En 1815 toute la France y 
aurait applaudi, tandis qu’en 1825, comme pour la loi sur le 
sacrilège, il faut reconnaître qu’au lieu de tranquilliser les 
consciences, elle servit de prétexte à la gauche pour attaquer 
avec succès la branche aînée de Bourbons (1). 

Puis vint la loi sur la conversion de la rente. Elle avait 
échoué une première fois. M. de Villèle, en faisant admettre 
le principe de la rente 3 p. °/, pour l'indemnité des émigrés, 
espérait être plus heureux. Elle devenait facullative. On 
pouvait jusqu’en 1835 convertir le 5 en 3 p. °/, au taux de 
75 francs. L'amortissement ne devait plus fonctionner que 
pour les fonds au-dessous du pair, ce qui excluait le 5 p. °/o. 
Il y eut encore une vive opposition ; on annonça des paniques 
à la Bourse ; on prédit la ruine du crédit et de l’industrie ; 
les capitaux attirés à Paris, etc. M. de Villèle réfuta facile- 
ment les objections, et 237 voix contre 119 votèrent la loi 
le 26 mars (2). 

A la Chambre des Pairs, l'opposition fut moins ardente 


père assassiné ; après un siècle, les générations dépossédées éprouvent 
encore des.sentiments de haine et de rage en passant près du champ 
dont leur famille a été dépouillée. » M. Nettement dit que, sans l’émi- 
gration, Louis XVIII, Charles X et les autres princes de la branche 
aînée des Bourbons auraient subi le sort de Louis XVI et de Louis XVII. 

(1) Le Journal des Débats fit une polémique ardente contre cette 
loi. Nous avons dit que M. Bertin de Vaux, son rédacteur en chef, 
après avoir soutenu la Monarchie légitime, conseillé par M. de Cha- 
teaubriand, faisait une lutte sourde contre la Branche aînée ; cette 
lutte visa d’abord M. de Villèle, elle se continua, après sa chüte, jus- 
qu’en 1830 ; ce journal avait une grande influence sur les électeurs de 
la classe moyenne. 

(2) Le 25 avril 4825, le vicomte du Tertre prit la parole au sujet 
des lettres de grande naturalisation accordées au prince de Hohenlohe 
pour lui permettre d’être pair de France. Il rappela les services que 
ce prince avait rendus aux émigrés et à l'armée de Condé pendant la 
Révolution. 


qu'en 1824. Comme alors le duc de Levis fut nommé rappor- 
teur, 134 voix contre 92 adoptèrent la loi le 27 avril. 

Le budget donna lieu à des débats fort animés. On protesla 
contre les prodigalités du Gouvernement, contre l'influence du 
clergé. Au sujet de la liquidation des comptes de la guerre 
d'Espagne, on revint sur le marché fait avec M. Ouvrard. 
Nous en avons déjà parlé; il avait donné lieu à un procès el à 
l'arrestation de ce fournisseur. M. de Villèle fut très adroi 
pour ne pas faire intervenir le duc d’'Angouléme et le duc de 
Bellune très bien vus de la majorité. Après une discussion 
commencée le 4 mai et finie le 19, la Chambre adopta le 
budget (1) ; mais la Chambre des Pairs, ayant suspendü ses 
travaux à cause du sacre de Charles X, ne put l'approuver 
qu'après la reprise de ses séances qui eut lieu le 7] juin. 
La session fut close le 31 de ce mois. 

La situation de l'Espagne inquiétait le Gouvernement. Lé 
roi Ferdinand, au lieu de s'occuper de l’administration de 
ce pays, de ses finances et de ses colonies, dépensait de 
grosses sommes pour embellir ses châteaux et vaquer à 
ses plaisirs. Quelques révoltes excitées. dit-on, par l’Angle- 
terre, eurent lieu, et les coupables furent punis avec une 
excessive sévérité ; l'opposition en France reprocha au Gou- 
vernement d'employer une partie de nos troupes à soutenir 
ce monarque. 

Le sacre de Charles X eut lieu à Reims. C'était là 
que la plupart de ses prédécesseurs avaient reçu l'onc- 
tion de la Sainta-Ampoule. Henri IV avait été sacré à 
Chartres (2). On reproduisit l’ancien cérémonial avec les 
costumes magnifiques, tels qu’ils étaient autrefois ; ce qui fit 
rire l'opposition ainsi que de voir revivre d'anciens usages, 
le duc d'Angoulème déjà âgé devenant Dauphin et la 


(4) Dans les discussions on demanda la décentralisation. 

(2) Les registres de la ville de Chartres portent qu’on depensa 
neuf livres pour une pièce mise à son pourpoint. C'était peut-être à 
l'endroit du coup d'épée que le Béarnais reçut à la journée d'Aumale, 


— 18 — 


nominalion de Menins. Le maréchal Moncey, ce vieux soldat 
de l'Empire, porta l’épée de connétable en qualité de duc 
d'Aquitaine. Sous la République, il avait célébré la mort de 
Louis XVI; à Reims, il jura d’exterminer l’hérésieel promitde 
maintenir la Charte, ce qui était plus facile. Béranger fil une 
chanson satirique intitulée : « le Sacre de Charles le Simple ». 
Malgré cela la cérémonie fut magnifique ; la foule montra 
un grand enthousiasme ; trente évêques, un grand nombre 
.d’ambassadeurs et de personnes de distinction y assistèrent ; 
les dames avaient de magnifiques toilettes. Selon une 
ancienne coutume, on lâcha des oiseaux dans l’église. 
Charles X, comme ses prédécesseurs, s’approchant à Saint- 
_Marcoul de 121 scrofuleux leur dit : « Le Roi te touche, 
Dieu te guérisse. » Il y eut un grand banquet (1). Charles X 
nomma plusieurs chevaliers du Saint-Esprit (2), trente six 
Gentilshommes honoraires, beaucoup de Chevaliers de la 
Légion d'honneur, dont Victor Hugo et Lamartine, qui 
avaient chanté les Bourbons (3). Le 28 mai, il accorda leur 


(14) On publia sur le sacre de Charles X uh ouvrage orné de 
gravures. 

(2) MM. de Villèle et de Chateaubriand, bien qu ils eussent peu de 
sympathie l’un pour l’autre, reçurent en même temps cet honneur, 
ainsi que le duc Decazes, 

(3) Voici la circulaire confidentielle envoyée par le Ministre de 
l'Intérieur aux Préfets, le 40 avril 1825, pour leur demander des ren- 
seignements sur les personnes proposées pour la décoration de la 


Légion d'honneur : 
« Paris, le 140 Avril 1825. 


» Monsieur le Préfet, le sacre du Roi pouvant amener une promotion 
dans l'Ordre de la Légion d’honneur, il m'importe de réunir dès 
à présent des documents qui puissent me mettre à même de sou- 
» mettre à Sa Majesté un travail de présentation si elle le demandoit. 

» Je vous adresse, en conséquence, une liste des personnes de 
» votre département qui m'ont été désignées comme dignes de cette 
» décoration ; et je vous invite à me donner confidentiellement votre 
» avis sur leurs titres à l’obtenir. 

» S'il s’en trouvoit à votre connoissance quelques autres dont les 
» noms vous parussent mériter d’être mis sous les yeux du Roi, vous 


3 


grâce à cent trente condamnés politiques et à beaucoup de 
détenus subissant des peines corporelles. Le Roi, avant de 
quitter Reims, passa la revue d’un camp de dix mille hommes 
réunis autour de cette ville. | 

Charles X avait écrit le 30 mai 1825 à l’Evêque d'Arras : 
« Depuis qu’il a plu à la divine Providence de Nous appeler 
au trône de nos pères, j'ai senti que c'était du ciel surtout 
que devait me venir le secours dont j'ai besoin pour por- 
ter dignement le poids de la Royauté. Ayant donc élé 
sacré et couronné dans cette ville de Reims avec toute la 
solennité accoutumée et ‘aux acclamations universelles de 
tous les grands du royaume, princes et ambassadeurs étran- 
gers, et de tous mes sujets qui élaient présents, je vous. 
envoie cette lettre pour vous dire que mon intention est qu’il 
soit rendu grâces à Dieu publiquement dans toute l’étendue 
de mon royaume, etc. » Monseigneur de La Tour d'Auvergne 
avait déjà ordonné des prières publiques la veille et le jour 
du sacre. Le 1° juin, il fit une instruction pastorale (1) où, 
après avoir parlé de ce grand spectacle de religion et de 
maganificence, il rappelle l’onction sainte conférée à Saül et 
à David par Samuel et celle du roi Salomon par le grand 
prêtre Sadock ; et, dans des temps plus modernes, le baptème 
de Clovis, après sa conversion, par saint Vaast, et son sacre 
dans cette même cathédrale de Reims. Il peignit à grands 
traits tout ce qu’il y avait de majestueux et de touchant dans 


% pourriez les comprendre dans le travail que je vous demande, mais 
5 vous sentez la nécessité de borner extrêmement ces propositions ; 
» Je nombre de croix qui seront réparties ne pouvant être que peu 
» considérable pour chaque département. | 

» Vous voudrez bien par ce même motif, après m'avoir donné sur 
» chacune des personnes présentées tous les renseignements propres 
5 à m'éclairer, m'indiquer celles auxquelles la préférence vous sem: 
« bleroit devoir être accordée. » 

(1) Le chanoine Robitaille, dans son Annuaire du diocèse d’Arras, 
dit que cette Instruction pastorale est une des plus remarquables de 
l’Evêque pour l'élégance du style et l’élévation des pensées, 


— 90 — 

cette solennité, qui réunissait les plus grands personnages du 
royaume avec lout l'éclat de leur dignité. Puis il fit allusion: 
au duc d’Angoulème, ce héros vainqueur qui saura un jour 
régner comme il a su combattre, et à l’orpheline du Temple. 
Après avoir parlé du bonheur de la France en voyant 
Charles’X jurer de maintenir la religion de nos pères et de 
bien régir l'Etat, il termina en disant que le Roi saurait se 
rappeler qu’il avait compté parmi ses Litres celui de comte 
d'Artois. L'Evèque ordonnait de chanter un Te Deum 
d'actions de grâces le 5 juin et d'y inviter les autorités. 

D'après un ancien usage, le Roi nomma dans chaque 
diocèse à l’occasion de son sacre, un chanoine de joyeux 
avènement. 11 désigna pour celui d'Arras, le 6 janvier 1825, 
l'abbé Compiègne, ancien supérieur du grand séminaire. Il 
s'était retiré à Boulogne dans l’Institution de l'abbé 
Haffreingue ; il ne voulut pas la quitter et préféra refuser 
cette dignité. | 

Les villes du Pas-de-Calais, à l’occasion du Sarre, 
envoyérent des adresses au Roi et organisèrent des fêtes (1). 
A Arras, le Conseil municipal avait voté 3,000 francs ; il 
y ajouta 1,500 francs. Le maire fit une proclamation où il 
disait : « qu'interprète des sentiments des habitants et 
désirant les metire à portée de faire éclater de nouveau 
leür amour et leur dévouement sans bornes à notre 
Auguste Monarque, et le Conseil municipal, ayant émis le 
vœu que des réjouissances aient lieu à l’occasion du Sacre 
de Charles X, il fixait pour cela le mercredi 9 juin. La 
veille, à huit heures du soir et le lendemain à six heures du 
matin, le carillon et des boîtes annoncèrent la fête. A onze 
heures Te Deum, parade sur la Grand’Place. A leur retour 
à la caserne, les troupes reçurent une distribution de 
vin. À deux heures, jeu de paume au tamis et tir à l’arc. A 


(1) À Saint-Omer, il y eut un 7e Deum chanté à la cathédrale. On 
remit un drapeau aux sapeurs-pompiers ; il y eut de plus des distribu- 
tions de secours aux indigents, un banquet et des illuminations. 


— 901 — 


trois heures, bal champêtre. A quatre heures, jeux d'équili- 
bre. À six heures, courses en sac. A neuf heures, illumina- 
tion des édifices publics, bal paré à l'hôtel de ville où l'on 
n’était reçu que sur invitation, la façade était éclairée en 
verres de couleur. Un temple à colonnes était élevé sur la 
petite place à la gloire de Charles X le Bien Aimé. On devait 
l'illuminer le soir, mais il fut renversé par un ouragan. 
À dix heures, bouquet d'artifice, sur la Petile-Place. Il y 
eut distribution de secours aux indigents. L'autorité mili- 
taire avait fait sa fête le jour mème du Sacre. (1) | 


(1) Voici une ode composée par M. Yves Dupré, instituteur, sur le 
Sacre de Charles X ; elle est dédiée aux autorités de la ville d’Arras. 


Dieu protège la France 
et le Trône de St-Louis. 


Quel transport inconnu de mon esprit s'empare ? 
Qui place sous mes doigts la lyre de Pindare ? 
D'ivresse et de terreur mon sein est agité. . . « 
Est-ce un Dieu qui m'ianspire, un Dieu qui m’intimide ? 
Tel l'aiglon n'ose encore de son vol intrépide 

Des cieux percer l'immensité. 


J'obéis : mon cœur cède au torrent qui l'entraine. 

Dussé-je rencontrer vers la rive prochaine 

L'arc amer de Momus dirigé contre moi ! 

Düûüt ma force jamais n'égaler mon courage ! 

Français, je veux aussi dans mon simple langage 
Chanter le Sacre de mon Roi. 


Ah ! si ma voix est faible au lieu d'être sublime ; 
L’hommage de mes vers est du moins légitime : 
Aux oppresseurs du siècle, autrefois si puissans. , . . 
Vils auteurs d’un système où l'insensé se plonge, 
Ai-je aussi prodigué sur l'autel du mensonge 

Un lâche, un sacrilège encens ? 


Ivre du fol espoir qui se trahit lui-même, 

Ils disaient : « À nos pas foulons le diadême ;- 

« Proscrivons, s'il se peut, jusqu'au titre de roi, 

« Que de la liberté le Chène symbolique ; 

« Arboré de nos mains sur un sol vulcanique 
Remplace l’Arbre de la Foi ! » 


Ils ont dit ; et soudain, à l'égal du tonnerre, 
Leurs parricides vœux ont embrassé la terre. 
L'arche du Dieu vivant, la Couronne des Lys, 


— 29 — 


A l'occasion de la fête du Roi, le 4 novembre, l'évêque 


Dans un fleuve de sang qu'emporte un cours rapide; 
Là-bas roulent ensevelis. 


Des apôires du mal le triomphe s'achève, 

L'honneur et Ja vertu palpitent sous le glaive : 

De leur sang généreux les monstres sont gorgés.…. 

Voilà que tout-à-coup le crime est dans la poudre 

Is frappaient de la foudre, ils meurent par la foudre ; 
La terre et les cieux sont vengés. 


Qu'était naguëre encor le destin de la France, 
Qu'un colosse écrasait du:poids de sa puissance, 
Qu'il osait dépouiller de sa noble fierté ? 
Quoi ! du bandeau des Rois il va ceindre sa têtes 
Sur le faite du Trône un moment il s'arrête. 
Mais Dieu l'en a précipité. 
Près du roc escarpé d’une île solitaire, 
Se cache un froid tombeau sous un peu de poussière. 
Là, son ombre en courroux concentre ses remords. 
Si j'allais dérouler la page ensanglantée ?.…. 
Demeure : et ne crains point que ma bouche irritée 
Soulève la cendre des morts. 


Tu n'es plus : : le Roï règne et ma colère expire 
La haine n'a jamais empoisonné ma lyre : 
De tes vieux compagnons j'ai respecté le deuil. 
Quand ton astre est tombé pour ne jamais renaître, 
Va, l'ange de la gloire a dû verser, peut-être, 

Une larme sur ton cercueil. 


Tu voulais à ton char asservir la victoire ; 
Disposer à ton gré du burin de l’histoire ; 
Maîtriser sous ton joug tout ce globe soumis, : 
Qu'’as-tu fait de l'honneur, seul attribut des braves P 
Hélas ! tu n'aspirais qu'à créer des esclaves, 

Non à te faire des amis. 


L'aigle encor déployait ses serres déchirantes.…. 

Loin l'aspect affligeant de ces scènes sanglantes ! 

Un air pur et céleste a rafraichi nos yeux. 

L’humide sein des mers mollement se balance : 

France, relève-toi ; c'est Louis qui s'avance, 
Fort du sceptre de ses aïeux. 


Le Trône usurpateur s'est brisé de lui-même, 
Ainsi s’est accompli l'enchainement suprême. 
Salut, Drapeau royal, par le crime exilé. 


embre, l'évèque 


rs rapide; 


re : 
DTSÉS ..0 
poudre 
a foudre ; 


ice, 
sance, 


a têtes 


st © 


poussière. 
-mords. 


Le irritée 


ire 


uil. 
renaître: 
-€, 


ordonna qu'on chantât un Te Deum dans toutes les églises 
de son diocèse. 


Le bouclier des lois, des mœurs la sainte égide, 
Flotte, flotte à jamais, et protège nos têtes. 


_ Vers ce Dôme (Les Tuileries) trente ans hérissé de tempêtes, 


Le doigt de Dieu t'a rappelé. 


Mais du règne nouveau la Seine a vu l'aurore ; 

Mais Reims ouvre son temple et son front se colore. 

L'Europe tout entière assiste à ce grand jour 

Tout un peuple énivré de joie et d'espérance, 

Par l'orage du ciel, présente au Roi de France 
L’heureux tribut de son amour. 


Ciel, bénis des Bounsons l'antique Diadëme ! 
Un rayon lumineux, émané de Dieu méme, 
Couronne la splendeur du Trône et de i'Autel. 
Dejà du rang suprême, ineffaçable marque ; 


L’huile sainte a coulé sur le front du Monarque.. 


Voici le Sceau de l'Eternel! 


O loyal héritier du sceptre légitime ! 

Accueille de nos vœux le concert unanime : 

Sois à jamais témoin du bonheur des Français ! 

Qu'il est doux d'obéir aux lois d'un si bon maitre 

Que d'éloquentes voix aux temps qui sont à naitre 
Iront déposer tes bienfaits ! 


La tribune est debout : nos lois y retentissent : 
Là, de nos libertés les titres s'affermissent 
Désormais établis sur de saints fondemens. 
CHARLES n'enchaine point le don de la penses | 
De la Religion, en pompe redressée, 

L'Arche soutient nos monumgns. 


Proclamer de Thémis la noble indépendance ; 
Des temps qui ne sont plus réparer la licence ; 
De la gloire adopter le moderne fleuron ; 
Honorer l: soldat qui sert bien sa patrie; 
Encourager les arts, protéger l’industrie ; 

C'est ainsi que règne un Bourson. 


Noblement appuyé sur le sein de la France, 

L'auguste fils des Rois lève la main. silence ! 

Du plus bel avenir, garans religieux : 

Nos sermens et les siens, échangés dans l’enceinte 

Que remplit le Très- Haut de sa majesté sainte, 
Français, sont écrits dans les cieux. 


— 24 — 


. Le maire d'Arras fit également une proclamation (1). Le 
8 novembre, il y eut des salves d'artillerie sur les remparts. 
Toutes les cloches et le carillon furent mis en branle, ainsi 
que le 4, pour annoncer la fête (2). 


(4) Dans sa proclamation, le Maire disait: « L'époque de la fête du 
Roi a toujours été pour les Français une occasion de faire éclater 
leur amour et leur dévouement pour leur Souverain. Aujourd’hui 
que nous célébrons pour la première fois la fête de notre Auguste et 
Bienaimé Chaales X, nous y déploierons toute la solennité et la pompe 
que les circonstances exigent et que la saison peut permettre, et 
nous ne doutons pas que nos concitoyens dont les bons sentiments 
nous sont aussi connus, ne saisissent avec empressement cette 
occasion d’en donner de nouveaux témoignages. 


(2) A l'occasion de cette fête, la Feuille d'Annonces d'Arras 
publia les vers suivants : 


L'airain tonne au-dessus de ma tête 
S' méle au carillon du beffroi 
Français ! c’est aujourd’hui la fête 
De Charles X, notre bon Roi. 

Jarni j’ vois sur chaque figure 
Percer un p'tit air rayonnant 

Il est bien fâcheux que la nature 

N° soit pas d'un aspect plus riant. 


On peut saluer notre Monarque. 

On dirait un homme tel que moi 

Il n’est pas fier, c'est la marque 

Qu'il sait bien son métier de roi. 

À Paris, du fond de la province 

Tout le monde peut réclamer son appui 
Mon Dièu ! quel excellent prince 

Je m’mettrais en quatre pout Jui. 


il est toujours franc, toujours juste, 
Toujours enclin à la douceur 

Il aime d'un pardon auguste 

A sceller les regrets d'une erreur. 
Amis ! est-ce en vain qu’on l'implore ! 
On le dit clément, généreux, 

Je gage qu'il fera grâce encore 

À des milliers de malheureux. 


Si le feu dévore nos chaumières. 

Si la grêle écorce nos grains, 

Si le torrent dévaste nos terres, 

Si les fruits meurent dans nos jardins, 


— 95 — 


Le drapeau blanc était arboré sur les édifices publics. A 
onze heures Te Deum, puis parade militaire, à cinq heures 
bal public au théâtre, à huit heures bal paré à l’hôtel de 
ville, illuminations, compris celle du petit temple élevé à la 
gloire de noire Auguste monarque, à dix heures feu d’artifices. 

Au moment où la France entière paraissait si heureuse 
de voir Charles X monter sur le trône, le parti libéral, qui 
avait perdu Manuel, un de ses meilleurs orateurs, allait 
également voir disparaître un autre ennemi de la branche 
aînée des Bourbons, un de ceux qui, à la Chambre, avaient 
montré le plus de violence et le plus de talent pour les atta- 
quer. Le général Foy, âgé de 50 ans, mourut le 29 novem- 
bre 1825, à Paris, d'une maladie de cœur causée par les 
fatigues excessives de la vie parlementaire. Le parti libéral 
résolut de donner une grande solennité à ses funérailles. 
Malgré la pluie, une foule évaluée à 100,000 personnes 
garnissait les rues où le cortège devait passer, les boutiques 
étaient fermées, des porteurs volontaires s'étaient offerts 
pour conduire le cercueil au cimelière du Père Lachaise. 
Casimir-Périer prononça un discours où il dit que le général 


L' Bienaimé saura ce que j’endure’ 
S' dit lors la commune aux abois 
Et l'infortuné se rassure 

Demandez plutôt aux Salmois ! 


A la santé du Roi que je chante, 
Videz ce tonneau tout entier. 
Courage, mais la classe indigente, 
Jamais il ne faut l'oublier 

Si sa part n'était déjà prête 

Notre plaisir serait amorti 

Il n'est point de fête parfaite 

Si le malheur ne s'en est ressenti. 


Mon fils porte le nom de Charles 

Ce nom me le rend encore plus cher 
Mon cœur se gonfle quand on m'en parle 
Je relève un front quasi plus fier 

Eh ! morgué ! j” crois bien que la tête 
En tournereit à d'autres qu’à moi. 

Car enfin je chante la fête, 

Et de mon fils et de mon Roi, 


— 2% — 


Foy laissait sans fortune une veuve et cinq enfants; "ee 
voix s'écria : La France les adoptere st on puvrit nue sous- 
eription qui produisit un million (1. Quelques jours après, 
le 1er décembre, mourut du typhus à Taganrog, sur la mer: 
d'Azof, l'Empereur Alexandre, âgé de 48 ans. Depuis long- 
temps il était sujet à de grands accès de mélancolie, I avait 
pensé à se faire catholique ; son fils aîné Constantin ayant 
épousé une princesse catholique, on crut un instant que 
la Russie allait rentrer dans le giron de l’église, mais Île 
Czar craignit de perdre le trône et n'osa pas ou ne voulut 
pas changer de religion. | 
- L'arrivée au trône du Roi Charles X donna l'espoir aux 
villes d'Arras et de St-Omer de voir se réaliser le vœu 
exprimé par elles quelques années auparavant, d’être. 
mises au nombre des bonnes oilles du Royaume. Le 
20 novembre 1820, le maire, M. Lallart, désirant mani- 
fester son enthousiasme pour le Roi et sa foi monarchique, 
proposa au Conseil municipal d'Arras, de demander cette. 
faveur à laquelle alors on tenait beaucoup et qui de nos- 
jours serait pau recherchée. 11 disait que c’était un moyen 
de reconnaître la fidélité de ses conetïloyens à la monarchie 
légitime. Il fit également valoir qu'avant la Révolution 


(1) Le gouvernement fut mécontent de voir des fonctionnaires pren- 
dre part à cette souscription. M. Poultier, maire de Saint-Josse était du 
nombre. Le Préfet du Pas-de-Calais écrivit au Sous-Préfet de Mon- 
treuil pour savoir si précédemment il avait donné des marques d'opi- 
nions politiques mauvaises, s’il avait agi de son propre mouvement et 
sans y être engagé, enfin si on ne voyait pas de véritables inconvé- 
nients à le changer. Le Sous-Préfet répondit le 10 avril 1826, que 
M. Poultier avait été entraîné par les libéraux, car il avait des opi- 
nions conservatrices et une bonne tenue politique. L'église de sa com- 
mune grâce à lui était dans un état convenable et il avait fait bâtir 
dernièrement un presbytère très comolet. Les chemins étaient soignés, 
le curé et ses administrés se louaient également de lui. Il proposait 
donc de le conserver comme maire, d'autant plus qu’il était impossi- 
ble d’en trouver un autre. Il saisirait la première occasion pour lui 
faire sentir l’inconvenance de sa conduite, 


enfants: 209 
veit nue sous. 
2S jours après, 


>g, sur la mer 


. Depuis long- 
1colie. 1} avait 
istantin ayant 
1 instant que 
glise, mais le 
; Ou ne voulut 


| l’espoir aux 
‘aliser le vœu 
avant, d'être 
royaume. Le 
sirant mani- 
nonarchique, 
mander celte 
t qui de nos 
ait un moyen 
a monarchie 
_ Révolution 


onnaires pren- 
_Josse était du 
refet de Mon- 
narques d'opi- 
mouvement el 
ables inCONVÉ- 
-ril 4826, qué 
vait des opi- 
se de Sä EORST 
ait fait bâtir 


rient soignés» 


était impossi 


ul 
sion pour 


Ârres âtait le capitale da la province d'Artois, qu'élleavait des 
droits, privilèges, franchises at ltbertss ancisanes et consi- 
dérables, dont le Roi de France lui avait asseré la jonis- 
sance et qu’elle avait perdus par l'effet de la Révolution. Les 
échevins étaient juges royaux, titre tout particulier qui 
était aëcordé à peu de magistrats. Charles VI, dans ses 
lettres patentes du 20 novembre 1408, l’avait nommée ville 
notable et plusieurs villes du département avaient formé des 
demandes pour obtenir le titre de Bonne ville. Arras avait 
plus de droits qu'aucune autre à réclamer celte faveur : 4° à 
raison dé sa population ; 2° à cause de son importance 
comme chef-lieu du département et du diocèse ; 3° par les 
malheurs irréparables que l'attachement des habitants à la 
Famille des Bourbons avait atlirés sur un grand nombre des 
plus notables d’entre eux, dans les premiers jours de la 
Révolution ; 4 par les preuves qu’elle a données depuis dans 
toutes les circonstances et notamment à deux époques diffé- 
rentes de la Restauration, de son amour et de son dévoue- 
ment à ses rois légitimes et à l’auguste Famille que le Ciel 
avait rendue à leurs vœux. | 
Le Conseil municipal adopta cette proposition et Île 
24 décembre 1820 il chargea le maire de rédiger une adresse 
au Roi et de faire valoir les droits d'Arras pour obtenir letitre 
de Bonne ville (1). Le Conseil espérait réussir, car Charles X 


(4) Voici cette adresse : 

Sire, vos fidèles sujets, les Maire, adjoints et membres du Conseil 
municipal d’Arras, exposent respectueusement à Votre Majesté que 
la ville d'Arras jouissait autrefois de droits, privilèges, immunités, 
conservés ou accordés par vos illustres ancêtres, qui l’ont placée au 
premier rang des villes du royaume. 

Que l'attachement et le dévouement que ses habitants ont manifesté 
dans tous les temps pour le Gouvernement légitime et paternel de la 
Maison de Bourbon, s’est manifesté d’une aniese plus particulière 
et plus éclatante encore pendant les orages de la Révolution où le 
sang d’un si grand nombre d'entre eux a coulé, en témoignage de leurs 
inaltérables sentiments ; que le souvenir des malheurs qu'ils avaient 


_— 8 — 


venait de déclarer royale la Cathédrale d'Arras, et le duc 
d'Angoulême, lors de son passage dans cette ville avait pro- 
mis son appui. 

Le Maire devait suivre l'affaire, malheureusement plu- 
sieurs autres villes avaient fait la même demande, en 
l’appuyant sur des considérations de population, de richesse, 
de célébrité, de dévouement à la monarchie, égales ou supé- 
rieures à celles que faisait valoir Arras. Le Gouvernement 
ne pouvant satisfaire tout le monde, pour ne pas faire de 
mécontents, faisait attendre une solution, et le Préfet du Pas- 
de-Calais ne prêtait guère son appui. De plus, M. Lallart, 
nommé député, avait quitté la mairie. Ce ne fut que le 
8 janvier 1822, que son successeur lui écrivit que: « Sachant 
qu'il avait toujours désiré qu’Arras obtint d’être nommée 
Bonne ville, il avait voulu lui-même s'associer à ce projet et 
le Conseil municipal avait nommé une Commission pour le 


souffert pour une cause qui leur est si chère, et la crainte des dangers 
auxquels ils allaient s’exposer de nouveau, n’a pu refroidir leur 
ardeur, ni les empêcher, en 1815, d'ouvrir les portes de leur ville aux 
commissaires de Votre Majesté, tandis que la citadelle était occupée 
par les corps francs que l’usurpateur avait envoyés pour arrêter leur 
élan et comprimer leurs efforts. 

Fidèle orgäne de tous les habitants de la Cité, le Conseil municipal 

vient solliciter de Votre Majesté, comme le dédommagement de ses 
pertes, la consolätion de ses malheurs et la récompense la plus flat- 
teuse et la plus chère de son zèle et de son dévouement, la faveur 
d'être élevée au rang des Bonnes villes de Votre Royaume. 
_ Sire, ce vœu n’est point dicté par l’espoir des avantages que notre 
ville pourrait recueillir de cette faveur. Non, nous ne la demandons 
qu’afin, qu’en témoignage de votre bienveillance et de votre satisfaction, 
elle conserve d'âge en âge le souvenir de l’amour et la fidélité de ses 
pères et nourrisse à Jamais ces sentiments dans le cœur de nos 
‘ enfants. Ce prince chéri (le duc d'Angoulême) que nous avons eu 
trois fois le bonheur de posséder dans nos murs, a été témoin des 
transports qu’excitait en nous l’aspect d’un fils d'Henri IV, de la paix 
et de la sérénité qui régnaient parmi nous, sous l’égide de votre scep- 
tre paternel, de la reconnaissante soumission que nous portons aux 
lois que votre sagesse nous a Données 


— 5 = 


faire réussir et rappeler au duc d'Angoulême sa promessé. # 

M. de Sus-Saint-Léger lui demandait de s'entendre avec 
cette Commission pour arriver à une solution. « Ce serait, 
disait-il, une occasion de plus pour vous de servir vos con- 
citoyens et votre zèle est si bien connu que je ne pense pas. 
que ma confiance ait besoin d’excuse ». M. Lallart répondit 
le 29 janvier que la députation du Pas-de-Calais avait obtenu 
une audience du Roi, pour lui présenter la supplique et le 
prier de l’accueillir. On l’a remise aussi au duc d’Angou- 
lème, qui l’a transmise au Ministre de l'Intérieur. Comme 
on n'obtenait pas de réponse, M. Lallart écrivit au Maire 
le 16 avril, qu'on allait de nouveau soumettre l'affaire au 
Ministre, que la députation du Pas-de-Calais ne quitterait 
pas Paris, si elle n’était pas terminée. Elle ne le fut pas, et 
elle devait encore longtemps rester sans solution. 

Le comte d'Artois étant devenu Roi de France et M. Blin 
de Bourdon ayant élé nommé en 1824, préfet du Pas-de- 
Calais, on espéra obtenir un succès, car ils se montraient 
favorables à la demande. Aussi le Conseil municipal, le 
24 mars 1895, prit une nouvelle délibération et fit une nou- 
" velle adresse (1) où il disait : « Qu’au moment où tous les 
« états de la société éprouvent le besoin de se rapprocher 
« des institutions que nous devons à nos Rois, le Conseil 
« municipal a pensé qu’il était de son devoir de solliciter 
« cette faveur, qui couronnerait en quelque sorte, toutes les 
« pertes que là ville avait faites, de ses immunités et de ses’ 
« franchises. Le bonheur que nous avons de voir sur le trône 


(4) Ils disaient dans cette adresse : « Sire, il est encore un titre 
plus cher à nos yeux que nous présenterons avec confiance au cœur 
des Bourbons. Sire, vous avez porté le nom de Comte d’Artois, 
hsbitués à vous considérer comme notre protecteur, nos sentiments 
d'amour et de vénération ont encore pris plus d’énergie le jour où, 
sous le nom de Charles X, notre protecteur est devenu notre Roi bien 
aimé. Sire, tous les habitants sont remplis de l’espérance que vous ne 
refuserezs pas une merque de bon souvenir à vos anciens et loyaux 
artésiens. » Puis, on faisait allusion à l’appui du duc d'Angoulême, 


« l’ancien protecteur de notre province, nôus engage à 
« profiter de l’occasion la plus favorable qui puisse se pré- 


« Senter, pour obtenir cette faveur ». Le Maire, le 28 mars, 


écrivit au duc d'Angoulème pour lui rappeler encore sa 
promesse, 


La ville de Saint-Omer demandait également : le même 
honneur. Dans sa séance du 15 mai 1821, le conseil munici- 
pal avait émis un vœu pour obtenir : 1° que Saint-Omer fût 
élevé au rang des Bonnes villes du royaume ; 2° qu’elle fût 
autorisée à ajouter à la double croix qui orne le fond de ses 
écussons, deux fleurs de lys sur le champ de l’écu avec cette 
légende : Fideles Audomarenses (1), le sous-préfet avait 


(4) Voici cette délibération : 

« Messieurs, au moment où tous les vœux de la France viennent 
se réunir autour du berceau chéri où repose, sous l'aile tutélaire de 
la Providence, Henri-Dieudonné, duc de Bordeaux, digne objet de 
tant d'amour et de tant d’espérances ; au moment où cet auguste 
rejeton de tant de Rois chrétiens vient d’être offert sur les fonts de 
baptême, au Dieu de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, il 
n’est aucun des habitans de cette Cité qui, dans ces jours d’allégresse 
générale, ne se plaise à reporter ses souvenirs vers l’heureuse époque 
où il nous fut enfin permis de faire entendre ces cris d’amour, depuis 
trop longtemps comprimés dans nos cœurs : Vive le Roi d Vive à : 
Jamais l’Auguste Dynastie des Bourbons ! de 

. Qui de nous en effet, Messieurs, pourrait ne point se rappeler avec 
une sorte d’orgueil l’époque du 7 avril 1814, époque glorieuse et à 
jamais mémorable pour notre Cité, où nos bons et loyaux habitans, 
les fidèles Audomarois, fatigués de gémir depuis trop long-tems sous 
le joug flétrissant de l’usurpation, et sans attendre d’autre impulsion 
que celle d’un sentiment d'amour et de fidélité, qui n’a jamais céssé 
de battre dans leurs cœurs, n’hésitèrent point à braver tous les dani- 
gers pour s’empresser d’arborer le signe à jamais chéri des Français, 
la cocarde blanche, et pour se rallier, d’un accord unanime et spon- 
tané, sous le glorieux panache des dignes descendants du bon Henri, 
sous la bannière sans tache des Bourbons ! Qui de nous pourrait, 
dis-je, oublier cet heureux jour, où l’antiqué étendard des Lys, si 
révéré de nos ayeux, ne tarda pas à flotter sur nos tours les plus 
élevées, tandis que les échos d’alentour ne cessaient de retentir de ces 


.— 81 — 


envoyé cette délibération au préfet le 14 juillet 1821, la 


Joyeuses acclamations que devait inspirer à tant d’infortunés orphelins, 
le retour tant désiré d’un si bon père ! | 
: L’incertitude des chances hasardeuses sur les suites des évènemens, 
jointe aux dernières menaces d’une tyrannie expirante, semblait encore 
‘laisser dominer autour de nous, comme dans les départemens limi- 
trophes, la crainte et l’épouvante ; mais que peuvent les vains fantômes 
de l’épouvante et de la terreur, quand la voix du devoir et de l’hon- 
neur parvient à se faire entendre à des cœurs français ! 

Ce fut à cette même époque que toutes les Autorités de cette Ville 
s’'empressèrent de se réunir aux vœux de toute la population, pour 
voter unanimement une adresse qui fut envoyée à Son Altesse Royale 
Monsieur le Comte d’Artois, l’auguste précurseur du Monarque légi- 
time, si ardemment désiré par tous les cœurs, | 
= La ville de Saint-Omer ne s’honore pas moins d’avoir vu, à la même 
époque précitée du 7 avril, se former dans son sein cette députation de 
trois notables choisis parmi ses plus zélés habitans (ces députés étaient 
MM. le Comte Ch. Dutertre; Marin, depuis décédé conseiller à la 
Cour reyale de Douai; et Everard, fils, négociant) qui, sans 
s’effrayer des obstacles ni des dangers, s’empressèrent de franchir la 
distance des lieux pour voler à Livry, auprès de Son Altesse Royale 
Monsieur, alors Lieutenant-Général du royaume. Ce fut là que nos 
députés obtinrent l’honneur, pour eux à jamais mémorable, d’être 
admis les premiers, même avant ceux de la capitale, auprès de Son 
Altesse Royale et de lui présenter l’expression fidèle des vœux una- 
nimes, ainsi que les témoignages de soumission, d'amour et de respect 
de tous nos dévoués habitans, en déposant aux pieds de Son Altesse 
‘Royale une adresse qui, en peu d’heures, avait été remplie de plus 
de trois mille signatures et que Son Altesse daigna accueillir avec 
cette bonté d'âme qui n’a jamais cessé de caractériser le cœur des 
Bourbons. L | | a 

C’est pour avoir donné à la France l’exemple .et l’impulsion d’un 
semblable dévouement que la ville de Bordeaux a su mériter d’obtenir, 
_du cœur généreux de notre auguste Monarque, l'honneur de donner 
son nom à l’auguste enfant de la Providence, Henri Dieudonné, duc 
de Bordeaux, appelé par tous les vœux de la France et par ceux de 
l’Europe entière, comme par ses droits légitimes, à régner un Jour 
sur nos enfans. 

C’est par suite du même dévouement, que cette cité compte encore 
au nombre de ses plus glorieux trophées, l'honneur d’être aujourd’hui 
‘surnommée à si juste titre : la fidèle Cité du 12 mars. Si la ville de 


— 35 — 
députation du Pas-de-Calais la déposa au Ministère, elle 
n'eut pas plus de succès que celle d'Arras. 


Bordeaux a pu mériter, pour une telle cause, l’honneur d'obtenir 
de la bonté paternelle de notre auguste et bien-aimé Monarque, 
Louis XVIII, d’aussi insigoes et d’aussi honorables faveurs, quelle 
importance, Messieurs, ne devons-nous pas aussi attacher, pour 
l'honneur de notre Cité, à ce que le Roï connaisse de même que la 
ville de Saint-Omer fut, après Bordeaux, la première forteresse de 
France qui, sans attendre ni les secours, ni l’appui d’aucune force 
étrangère, s’empressa spontanément de braver tous les dangers pour 
s'affranchir du joug de l’usurpateur et pour reconnaître et proclamer 
les droits de la légitimité du règne des Bourbons. 

Mais puisque l’idée du ; jeune Prince vient nous rappeler i ici, Mes- 
sieures, l’idée de nos enfans qu’un jour il aimera tant, ah ! si le Roi 
savait !... que pendant la terreur même des Cent Jours, ni les séduc- 
tions, ni les menaces ne purent jamais les contraindre à proférer 
d’autres cris que celui de : Vive le Roi! Nous savons tous, en effet, 
qu'un soldat ivre s'étant un jour permis de terrasser un de ces enfants 
(Cet enfant est le fils du nommé Decroix, vitrier, sur le Marché aux 
Herbes, l’un des élèves de nos écoles chrétiennes) au milieu d'un 
groupe de ses camarades, cet enfant, en se relevant, eut le COURSE de 
répéter ce cri chéri : Vivent les Bourbons ! 

Puisse encore le Roi ne point ignorer que dans les dangers comme 
dans la prospérité, à la vie et à la mort, les fidèles Audomarois ne 
cesseront de transmettre à leurs descendans les exemples d'amour et 
de dévouement qu'ils ont reçus de leurs ayeux, pour l’auguste dynastie 
des Bourbons, à qui la France doit ses plus beaux siècles de gloire et 
de prospérité. 

C’est d’après ces considérations, Messieurs, que votre Commission 
vous propose de prier M. le Maire de vouloir bien se rendre l’inter- 
prête des vœux unanimes du Conseil et de tous nos habitans, en 
déposant au pied du Trône, au nom de la Cité confiée à la sagesse de 
son administration, une humble supplique tendante à ce qu'il plaise à 
Sa Majesté : 

« Vu les preuves de l’inaltérable dévouement des habitans de la 
» ville de Saint-Omer, accorder à cette ville l'honorable faveur d’être 
ÿ comptée au nombre des Bonnes villes de son Royaume ; ainsi que 
» celle de pouvoir ajouter à la double croix, qui orne le fond des 
» armoiries de cette Cité, deux fleurs de lys sur le champ de l’écu, 
» avec cette légende : Fideles Audomarenses, laquelle devise, jointe 


2 ÿ3 = 


On crut avoir trouvé des temps meilleurs à là fin du régnd 
de Louis XVIII quand le parti royaliste eut triomphé aüx 
élections, et le sous-préfet de Saint-Omer envoya de nou- 
veau la délibération au vicomte Blin de Bourdon le 4 août 
1824. La maladie du Roi vint arrêter l'affaire. L’avènement 
au trône de Charles X, fit renaître l'espérance et M. Leser- 
geant, maire de St-Omer, écrivit le 14 octobre à son sous- 
préfet pour reproduire les raisons qui militaient en faveur 
de cette ville, cette demande fut transmise au préfet le 
15 octobre 1824, et celui-ci envoya au Ministère la délibéra- 
lion du Conseil municipal de Saint-Omer avec celle de celui | 
d'Arras le 18 octobre 1824. Il y joigait les raisons qui 
pouvaient faire accueilir ces demandes de cités fidèles et 
ayant droit à la bienveillance du Roi, mais il ne crut pas 
devoir donner son avis. | 

Le Préfet, le 4 avril1825, écrivit qu’il s'était concerté avec 
les députés du Pas-de-Calais, pour convenir des moyens à 
prendre pour atteindre le succès ; il ajoutait : « Je le désire 
autant que vous-mêmes, etc... », 

Le Roi accorda pour le 15 avril une audience à la dépu- 
tation du Pas-de-Calais et à M. Blin de Bourdon. M. de 
Coupigny, alors député, prononça un discours, pour deman- 
der au Roi pour Arras et pour St-Omer le titrede Bonne ville. 
Il fit valoir les motifs que nous avons indiqués plus haut (1}. 


» aux autres emblèmes des dites armoiries, ne cesserait de rappeler 
» à nos contemporains, comme à nos descendants, Dieu et le Roi, la 
» France et les Bourbons, pour objets constans de leur dévouement 
» et de leur inviolable fidélité. » 

(1) Voici le discours du baron de Coupigny : 

« Sire, les députés du département du Pas-de-Calais viennent 
déposer, aux pieds de Votre Majesté, les suppliques d'Arras et de 
Saint-Omer, qui sollicitent le titre de « Bonne ville ». Arras était 
la capitale de l’Artois, de cette province que Votre Majesté a daigné 
honorer en portant le nom qu’elle a perpétué dans votre auguste 
Dynastie. Cette ville a perdu une partie de ses établissements et de 
ses immunités ; elle a éprouvé de grands désastres pendant la Révo- 


à 


Se 


ke Btofrepondii que sur l'avis de son Conseil, le 3 mars 1825, 
f'avait limité à 40 le nombre des Bonnes villes. Il regrettait 
de ne pouvoir accorder ce titre aux habitants d’une province 
qu’il chérissait. La députalion ayant insisté sur les titres 
particuliers que le Pas-de-Calais avait pour l'obtenir, 
Charles X promit de faire examiner de nouveau la demande. 
On s’adressa aussi au duc d’Angoulème, devenu le Dauphin, 
pour lui rappeler sa promesse. On alla voir le Ministre de 
l'Intérieur. Le Roi, écrivit le préfet au sous-préfet de Saint- 
Omer le 23 avril 1825, en accueillant la demande avec une 
bienveillance toute particulière a dit cependant qu'ayant 
ärrêté qu'il ne serait point fait de Bonne ville à l'occasion du 
secre, il ne pouvait pour le moment satisfaire à nos désirs, 
mais quand il croirait devoir revenir sur cette décision les 
droits d'Arras et de Saint Omer, dont nous avons réunis les 
intérêts, ne seraient point oubliés. Dès le 25 avril le Ministre 
écrivit au Préfet : j'ai le regret de vous annoncer que cette 
faveur n’a pu être accordée, pour le moment, et pourtant 
les Députés espéraient loujours. Enfin le 17 mars 1830, le 


Jution ; elle a donné, au retour du Roi, pendant les Cents Jours et la 
seconde rentrée de Louis XVIII, comme depuis lors des preuves 
constantes de son dévouement à la légitimité. Sa population est de 
plus de vingt mille âmes ; elle est le chef-lieu du département et de 
l’Evêché. Saint-Omer a une population à peu près équivalente à celle 
d’Arras. Cette ville a plusieurs établissements communaux importants ; 
elle était autrefois le siège d’un Evêché et a toujours rivalisé avec 
Arras de dévouement et de fidélité à ses princes légitimes. Sire, le 
département du Pas-de-Calais est le troisième en population et le 
cinquième en contributions de votre royaume. Il compte six cent mille 
habitants et n’a point de Bonne ville, tandis que les départements 
entre lesquels il se trouve enclavé en ont chacun deux. L'approche du 
sacre de Votre Majesté nous tait espérer doublement d'obtenir cette 
faveur pour les deux villes les plus importantes du Pas-de-Calais, et 
bous venons comme députés de ce département, dont Votre Majesté a 
êté à même de juger le bon esprit lorsqu'elle l’a traversé, la supplier 
d’accorder aux villes d’Arras et de Saint-Omer grâce qu’elles 
sollicitent, 


= $ — 
Ministre de l'Intérieur déclara qu'il n’était pas possible 
d'accorder la demande. Voici sans doute la cause de ces diffi- 
‘cultés : Arras et Saint Omer, dans les dernières années de 


la Restauration, avaient noramé des députés de l'opposition. 
La Révolution de juillet 1830 allait supprimer ce titre hono- 


rifique. 

_ Un événement religieux important eut lieu à Arräs, à 
celte époque. I] laissa de profonds et touchants souvenirs 
aux habitants de cette ville. Nous voulons parler de la Mis- 
sion de 1825. Ellé fut prèchée par l’abbé de Rauzan (1),.et 


(4) L’Abbé de Rauzan naquit en 1757 à Bordeaux. Son père était 
notaire. Placé au Séminaire en 1778, prêtre en 1782, puis professeur. 
A la Révolution, il émigra en Angleterre et de là en Belgique. Il y 
rencontra l’abbé Augé qui rassemblait des prêtres dits les Wission- 
naires de France, pour porter secrètement, pendant la Terreur, les 
secours religieux aux habitants de ce pays. L’abbé de Rauzan entra 
dans leur association. D’Anvers il alla à Munster, à Dusseldorf et à 
Berlin, toujours prêchant avec succès. Rentré en France après le 
48 brumaire, il continua ses prédications. Le cardinal Fesch, voulant 
établir l’œuvre des Missions à Lyon, l’appela pour la diriger. Napoléon 
la supprima en 4809 et prit l’abbé de Rauzan commé aumônier. En 
41814, il devint chapelain de Louis XVIII et obtint de Pie VII de réta- 
blir l’œuvre des Missions destinées à évangéliser les catholiques de 
France, ce que l’œuvre des Missions étrangères faisait pour les ido- 
lâtrés. « Une mission, disait-il, c’est ouvrir à la fois dans la population 
d’une cité tous les canaux par lesquels la grâce de Dieu se répand et 
s’insinue dans les âmes ; c’est faire retentir la parole évangélique avec 
plus d'instance et de force ; c’est multiplier les saints gémissements de 
la prière, qui font violence au ciel; c’est établir dans la cité, à l'en- 
contre du torrent des faiblesses, des préjugés et des entraînements du 
monde, un courant divin qui saisisse, ramène, entraine vers le devoir 
et le bon sens, le fidèle, l’indifférent et l’impie lui-même. » Malgré 
les efforts de l’opposition, les Missionnaires de France eurent un 
grand succès; ils préchèrent à Orléans, à Bordeaux, à Grenoble, à 
Lyon, à Brest, à Quimper et même dans les mauvais quartiers de 
Paris. On délaissait Talma et Mademoiselle Mars, en représentations 
dans quelques-unes de ces villes, pour aller entendre leurs sermons, 
Partout on élevait des croix; on chercha en vain à les entraver et à 
les troubler. On devait surtout leurs succès à l’abbé de Rauzan leut 


dix prêtres de sa Congrégation (1). L'Evêque d'Arras dési- 
rait beaucoup donner à sa cité épiscopale l'occasion d’enten- 
dre les Missionnaires de France, dont le zèle et le talent 
avaient produit de si heureux résultats dans un grand 


supérieur. Louis XVIII l’en félicita. Monseigneur de Frayssinous, à 
qui on demaudait son avis, dit : « C'est un homme que je ne peux 
pas juger, il m'entraîne. » Monseigneur de Quelen, demandant à un 
prêtre ce qu'il en pensait, celui-ci répondit : « Après ses discours, il me 
faut trois jours pour me reconnaître. » Doué d’une grande éloquence, 
sa voix, claire et mordante, atteignait sans peine les limites extrêmes 
des plus vastes basiliques. Il était très humble. Il avait prononcé l’orai- 
son fünèbre de Louis XVIIL, on lui demanda de la faire imprimer. Il 
préféra la brûler. Pour peindre le charme de cette parole qui entrai- 
nait les savants et tes simples, on disait : « Voulez-vous peupler une 
ville au milieu des landes, bâtissez une église et faites-y prêcher l’abbé 
de Rauzan ». Il fonda une maison, rue Notre-Dame-des-Champs, avec 
l'abbé de Forbin Janson. Ses religieux commencèrent leurs missions 
à. Angers en 1816. Leur Ordre grandit en 1817 et prit un rapide 
développement en 1818. Ils donnèrent plus de solennité à leurs mis- 
sions : les autorités y assistèrent. Ils firent chanter des cantiques et 
prononcèrent des instructions véhémentes. Le 3 mai 1819, ils inaugu- 
rêrent un calvaire sur le Mont-Valérien par une brillante cérémonie 
à laquelle quatorze évêques assistèrent : ils y établirent une maison et 
un pélerinage. L'abbé de Rauzan contribua à l’Œuvre de Sainte-Gene- 
viève, pour organiser des exercices de piété quotidiens, et à l'Œuvre 
de Sainte-Clotilde, pour l'éducation des jeunes filles. En 1830, la 
maison des missionnaires fut envahie et détruite. On tira sur le P. de 
. Rauzan qui se retira à Rome pendant trois ans. Il y perfectionna les 
constitutions de son Ordre et les fit approuver par le Pape. Il mourut 
à Paris le 5 septembre 1847 à l'âge de 90 ans. (Voir la « Vie de 
l’abbé de Rauzan » par le P. Delaporte, réimprimé en 1892 par la 
maison de la Bonne Presse.) 

(1) L'Ordre des Missionnaires de France avait été créé pour venir 
au secours du clergé, insuffisant après la Révolution, et dont un 
certain nombre de membres s’étaient laissé entraîner, d’une manière 
peu orthodoxe, dans les discussions religieuses. Napoléon supprima 
cet Ordre. Louis XVII, comme nous l'avons dit, avait conservé des 
sentiments religieux, mais il était entouré d€ fonctionnaires et d’hom- 
mes influents peu favorables à ces missionnaires ; ‘pourtant il leur 
accorda sa protection ; mais ils furent attaqués à la Chambre par la 


_— 97 — 


nombre de villes. Le jour de la Quinquagesime il prononça 
à la cathédrale une allocution pour annoncer la mission et 
réfuter les objections qu'on leur faisait. Trouvant chez le 
maire et le préfet un accueil sympathique (1), il écrivit à 


gauche, plus disposée à parler de tolérance qu’à la pratiquer. Un 
député dit : « Qu’il nous soit permis de nous étonner de la protection 
qu’obtiennent ces missions scandaleuses, qui, sous prétexte de religion 
et d'amélioration des mœurs, excitent l'intolérance, réchauffent le fana- 
tisme, et prêchent ouvertement le mépris de la loi ». Des pétitions : 
demandèrent leur suppression. MM. de Chateaubriand, de Lamennais, 
de Bonald, etc., les défendirent. Dans l’adresse au Roi, les Libéraux 
essayèrent, sans succès, d'insérer une phrase pour les blâmer. Leurs 
Journaux les attaquèrent avec tant de violence que le Gouvernement 
ordonna de poursuivre ces adversaires des missions. Les Pères refusè- 
rent de se porter partie civile et le ministère public, ayant montré peu 
d’ardeur,le Jury prononça l’acquittement. Dans une mission à Brest, des 
troubles éclatèrent et causèrent des batailles ; ce qui amena une vio- 
lente polémique dans la presse et à la tribune. Le ministère embarrassé 
décida que, momentanément, ils ne pourraient prêcher que dans les 
églises. A la Révolution de 1830, on supprima les Pères de la Mission 
qui se transformèrent en Pères de la Miséricorde : c'est le nom qu'ils 
ont conservé jusqu’en ces derniers temps. 

(1) Le Ministère parait avoir été assez préoccupé de cette mission 
à cause des troubles qui avaient éclaté à l’occasion de ces exercices 
religieux dans quelques villes. Aussi l’évêque, craignant des difficultés, 
écrivit-il au préfet, le 17 février 1825, la lettre suivante : 

« Vous m'avez montré, Monsieur le Préfet, un véritable intérêt 
pour cette mission. J’ai tout lieu d’espérer qu’elle n’occasionnera rien 
qui puisse me faire regretter de l’avoir appelée ; mais, comme je ne 
puis douter que des personnes influentes la voient arriver avec quel- 
ques préventions, et peut-être avec quelque peine, je ne dois point 
compter sur la faveur que j'attendais d’elles. Je suis convaincu, toute- 
fois, qu’on s’empresseroit d'arrêter tout désordre, et j'ajoute que 
J'espère fermement que la plus grande tranquillité règnera partout ; 
mais il est sage de prévoir tout d'avance et de se mettre en mesure : 
d ‘empêcher la moindre agitation. 

» Je viens donc vous annoncer officiellement que nous sommes à la 
veille d’avoir une mission, que cette mission sera donnée par M. l'abbé 
de Rauzan et huit autres missionnaires des Missions de France, par- 
ticuliérement protégés par Sa Majesté. La première autorité peut 


— 38 — 


l'abbé de Rauzan. Celui-ci ayant accepté de venir à Arras et 
lui ayant donné le nom des dix missionnaires qui devaient 
l'accompagner, Monseigneur, le 13 février, dans son man- 
dement de Carême, annonça le commencement de la Mis- 
sion pour le quatrième dimanche de ce saint temps. Les 
Pères arrivèrent le 12 mars de Besançon où ils venaient de 


seule, d’un mot, fixer l'opinion qu'on doit embrasser, et la diriger par 
un seul ordre émané d’elle, de manière à ce que tout reste dans l’ordre 
et en paix, je réclame de vous avec confiance, Monsieur le Préfet, 
qu’avant votre départ, vous veuillez bien faire prévenir officiellement 
M. le Maire d’Arras, déjà bien disposé, de la mission qui va avoir lieu ; 
et le prier de donner à la police de la ville les instructions convenables, 

» Je tiens beaucoup à ce qu'on vous y croie favorable comme vous 
l’êtes réellement ; l’assurance que vous en laisscrez ici en partant, ne 
contribuera pas peu à augmenter le bien que nous attendons de cette 
mission. » 

Le Préfet lui répondit le 48 pour lui accuser réception de sa lettre, 
lui annonçant l’ouverture de la mission, et ajouta : « Vous me trou- 
verez extrêmement disposé à seconder entièrement vos vues dans cette 
circonstance et je viens d'écrire à M. le Maire d’Arras que je ne doute 
pas qu’il fera tout ce que vous pourrez désirer. » Il disait à M. de Sus 
Saint-Leger que l’Evêque réclamait pendant la mission le concours 
des autorités pour le maintien de l’ordre et de la tranquillité dans les 
églises : Je ne doute pas du zèle et de l’empressement que vous met- 
trez à seconder les vues de l’Evêque en donnant aux personnes char- 
gées de la police les instructions les plus précises afin d’arrêter les 
désordres que pourraient peut-être causer dans le cours, mais princi- 
palement au commencement de la mission des malveillants dont, grâce 
à l’activité et à la vigilance des agents de police, il sera facile de pré- 
venir les écarts. Je vous recommande cet objet d’une manière toute 
particulière.» Le Préfet adressa aux Ministres de l'Intérieur et des 
Affaires ecclésiastiques le rapport suivant le 21 mars : 

« Monscigneur, j'ai l’honneur d’annoncer à Votre Excellence qu’une 
mission dirigée par M. l’abbé de Rauzan, supérieur général des Mission- 
paires de France, a été commencée à Arras le 4e dimanche de carême. 

» Jusqu'à présent les exercices de cette mission qui ont lieu, matin 
et soir, dans toutes les paroisses de la ville, sont suivis avec exacti- 
tude par les habitans de toutes les classes et de toutes les conditions ; 
Tordre et le recueillement se sont fait constamment remarquer pen- 
dant toute la durée des exercices, et le bon esprit des habitants de 


— 39 0e 


prècher une mission avec un grand succès et un grand éclat. 
Ils logèrent parlie à l'évêché, partie en ville. Monseigneur 
de la La Tour d'Auvergne, au jour indiqué monta en chaire 
pour expliquer les avantages de la mission (1) et réfuter les 
objections (2), 


cette ville me donne la certitude qu’il en sera de même jusqu’à la fin 
de la mission, | 
___» Hier dimanche, 20 de ce mois, a eu lieu la procession générale de 
la mission. Prévenu par Monseigneur l’Evêque, j'ai cru devoir moi- 
même en donner avis aux autorités, et indiquer l’heure et le lieu de 
réunion aux fonctionnaires civils et militaires qui voudroient y assis- 
ter ; tous s’y sont trouvés réunis ainsi que la plus grande partie des 
troupes de la garnison ; et cette cérémonie, qui avoit attiré un concours 
immense de fidèles et qui a été favorisée par le temps, s’est passée 
avec ordre et décence ; je crois pouvoir assurer à Votre Excellence que 
je n’aurai que le compte le plus avantageux à lui rendre des exercices 
ultérieurs de la mission et de ses résultats. » 

Les Ministres et le Directeur de la Police lui accusèrent réception 
Jes 25 et 26 mars. Le 28 avril, le Préfet adressa aux mêmes ministres 
le rapport suivant : 

« La mission qui a été commencée à Arras le 43 mars dernier, ainsi 
que j'ai eu l’honneur d’en donner avis à Votre Excellence par ma lettre 
du 31, a été terminée le dimanche 24 avril. Le jeudi 24, la croix de la 
mission a été solennellement plantée sur l’emplacement de l’ancienne 
cathédrale, près de la préfecture. Cette cérémonie, à laquelle les auto- 
rités civiles et militaires ainsi que la garnison se sont fait un devoir 
d’assister, avoit attiré un concours immense et a été aussi remarqua- 
ble par le recueillement des assistants que par l’ordre qui y a régné. 
Les autres exercices de la mission ont continué d’être suivis avec le 
même zèle, et la plus parfaite tranquillité, et MM. les Missionnaires 
sont partis en emportant les regrets et l'estime de toute la ville dans 
laquelle la mission a produit partout le plus grand bien. » 

(1) Il cita Saint-Vaast évangélisant notre contrée pour en chasser 
l’idolatrie. « Actuellement il n’y a pas d’ennemis déclarés de Dieu, 
mais des chrétiens endormis ». Il donna les noms des missionnaires 
et, s’adressant à eux, il leur dit: « Anges de paix, ministres des misé- 
ricordes du Seigneur, qui sacrifiez aux intérêts du ciel et à la recher- 
che des brebis égarées, votre temps, votre santé, votre vie, nous vous 
recevons comme les envoyés du Père céleste. Venez au milieu de ce 
troupeau si cher à notre cœur, pour entretenir, prêcher et convertir 


Ne NE 


Les missionnaires préchèrent le dimanche 13 mars, len- 
demain de leur arrivée, leur premier sermon précédé du 
chant de Veni Creator, à l'issue des vêpres dans toutes les 
églises de la ville. Ils continuèrent les jours suivants de 
grouper autour de leur chaire l’immense majorité des habi- 
tants, leurs exercices étaient distincis des offices paroissiaux. 
On avait fait courir le bruit que des troubles pourraient se 
produire, il n’en fut rien. Un des buts de la Mission était de 
relever l’ancien Calvaire d'Arras autrefois l’objet d’un culte 
très fervent. A la suite d’une prédication du Père Duplessis 
il avait été élevé en 1738, sur la porte de la Cité, puis trans- 
féré dans la basse-ville et brûlé pendant la tourmente révo- 
lutionnaire dans l’ancienne cathédrale d'Arras. Celle-ci avait 
été vendue sous le Directoire et démolie, ce fut sur une butte 
formée par les décombres qu’on résolut d’ériger le nouveau 
calvaire. Le maire et le préfet y consentirent (1). Le jeudi 


celles de nos ouailles qui n’attendent que votre venue pour se récon- 
cilier avec le ciel. Venez encourager les faibles par vos touchantes 
exhortations. Venez confirmer les forts par l’exemple de vos héroïques 
vertus. Entrez avec confiance dans cette ville. Nous espérons beau- 
coup de bien de votre apostolat. Nous vous confirmons, sans aucune 
réserve, tous les pouvoirs et facultés nécessaires à votre mission. 
Ile in vineam meam. 

(2 p. 39) On prétendait que le clergé paroissial suffisait et ne serait 
pas content ; que ce serait une grande dépense ; enfin que des troubles 
étaient à cramdre. ; 

(1) 11 y eut une correspondance active entre l’Evêque et le Préfet 
au sujet de cette cérémonie, la voici : 

Lettre de Monseigneur de La Tour d’Auvergne, du 18 mars 1825, 
invitant le Préfet à assister à la procession qui sortira de la cathédrale 
(aujourd’hui église St-Jean-Baptiste) à trois heures et demie et qui 
passera par les rues de la Housse, de Ronville, de Saint-Géry et la 
Petite-Place. On changea l'heure puisqu'elle eût lieu le matin. Le 
Préfet répondit qu’il allait inviter les autorités à y assister, et demanda 
qu'on lui réservât des places. Le 22 mars, lettre de l’Evêque au Préfet 
lui demandant l'autorisation de planter la croix sur la place de la 
Préfecture. Le 23, lettre de celui-ci lui disant qu'il trouve cet empla- 


ss At = 


21 avril 1825 eut lieu une procession à laquelle le prélet 
invita toutes les autorités à assister et le général fit de même 
pour les officiers. Elle était formée par un grand nombre de 
groupes où se trouvaient les Chevaliers de Saint-Louis et 
de la Légion d'honneur, les anciens militaires, les person- 
nalités les plus importantes de la ville, etc. Les rues sur son 
passage étaient décorées et le maire en avait ordonné le 
balayage (1). La croix était déposée sur la grande place, 
800 hommes divisés en 6 escouades devaient la porter suc: 
cessivement. À neuf heures la procession, escortée par les 
troupes de la garnison, quitta la cathédrale. Quatre chœurs 
d'hommes et de femmes chantaient des hymnes et des can: 
tiques. Celles-ci étaient vêtues de noir. Un grand nombre de 
prêtres du diocèse s'étaient joints au clergé de la ville. Après 
avoir passé sous des arcs de triomphe on arriva sur la 


cement convenable et qu’il ait la bonté de se concerter à cet égard avec 
le maire, dans les attributions duquel cette affaire rentre exclusi- 
vement, « il ne pourra que voir avec le plus grand plaisir l’exécution 
de ce projet ». Puis, il envoya la circulaire suivante aux fonction- 
naires publics : Monsieur, j'ai l'honneur de vous prévenir que la 
procession générale de la croix aura lieu le jeudi 21 de ce mois. Per- 
suadé que Messieurs les fonctionnaires publics voudront bien assister 
à cette cérémonie, je prends la confiance d'inviter ceux qui voudront 
bien y assister à se rendre, à neuf heures db matin, à l'Hôtel de ville 
où je me rendrai moi-même. Il ajouta dans la lettre d'invitation au 
général : « Cette procession devant attirer une affluence très considé- 
rable, vous jugerez sans doute convenable, pour assurer le maintien de 
l'ordre et de la tranquillité publique et pour ajouter à la pompe de cette 
cérémonie, de faire prendre les armes à la plus grande partie de la 
garnison. » Le général de Balathier répondit, le 20 avril, que pour 
les motifs indiqués par le préfet, des ordres étaient donnés pour que 
la garnison fùt sous les armes, et qu’il se rendrait lui-même à l’hôtel- 
de-ville à l'heure iñdiquée. 

(4) Le Maire, dans son arrêté, disait : « Saisissant toujours avec 
empressement les occasions qui me sont offertes de contribuer par tous 
les moyens à l’éclat et au triomphe de notre sainte religion, et l’en- 
droit le plus convenable étant l'emplacement de l’ancienne cathédrale, 
j'autorise l'Evèque, etc, » 


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> : 
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+ 


— 49 — 


place de la Préfecture. C'est là qu’on plania la Croix aux 
cris de: Vive la Croix! Vive le Roi! Pardon! Pardon! 

L'abbé de Rauzan prononça un éloquent. discours, l'Evé- 
que parla également, une foule qu’on évalue à 12,000 per- 
sonnes, venues en parlie des campagnes environnantes, 
assista à la cérémonie. Il y régnsa un grand ordre et le 
temps fut superbe (1). Les exercices de la Mission conti- 


(1) Voici ce que dit la Feuille d'annonces d'Arras dans son numéro 
du 22 avril 4825 : « La journée d’hier formera une époque remar- 
quable dars le souvenir des amis de la religion qui furent présents à 
la cérémonie faite à l’occasion de l’érection du calvaire de la mission 
sur la place de la Préfecture. On ne pouvait rien voir de plus majes- 
tueux, de plus touchant que la croix où était réprésenté le Sauveur: 
expirant. Elle était portée par plus de cent hommes à la fois environ- 
nés de dames vêtues de noir, voilées et chantant des hymnes en 
l’honneur du Très Haut. Un concours immense de personnes de tous 
âges, animées du zèle le plus louable, tenait à la main de petits 
étendards où était l’image de la croix. Les autorités civiles et militaires 
en costume, à la tête desquelles se trouvaient le Préfet et le Général 
commandant le département, les membres de l’Ordre judiciaire en 
robe assistaient à cette pieuse cérémonie. On y remarquait avec satis- 
faction, non seulement les fonctionnaires publics et la plupart des 
habitants de cette ville, mais aussi des campagnards venus de quatre 
à cinq lieues de loin avec leur pasteur. Dès arcs de triomphe, élevés 
en différents endroits par les soins de l’administration, donnaient un 
exemple qui fut des mieux suivis ; aussi a-t-on vu spontanément Îles 
façades des maisons décorées et pavoisées de drapeaux blancs confon- 
dus avec la croix. Le cortège arriva sur la place de la Préfecture 
après avoir traversé les principales rues de la ville. Le Supérieur de 
la mission et Mgr l’Evêque prononcèrent chacun un discours relatif à 
la circonstance, et la croix fut érigée sur cette place à l’endroit où 
était le chœur de l'ancienne cathédrale. 

A la demande d’un grand nombre de fidèles, qui désiraient perpétuer 
les bienfaits de la mission et témoigner aux missionnaires et à leur 
respectable Supérieur la reconnaissance qu’ont inspirée aux habitants 
de cette ville leurs travaux, leur zèle et leur charité évangélique, on 
établit, avec l'approbation de Mgr l’Evêque, une Commission chargée 
d'ouvrir une souscription afin de leur faire frapper une médaille en 
souvenir de cette œuvre apostolique. On souscrivit chez MM. de Raulin, 


nuërent encore quelques jours (1). On forma des associations 
pieuses d'hommes et de femmes, 


père; de Canettemont ; Toursel fils, médecin; le chevalier de Sombria ; 
Bollet, notaire ; le chevalier de Hauteclocque ; Thelliez de Sars, prési- 
dent du tribunal; de Raulin, colonel de la garde nationale; l’abbé Dubois, . 
professeur de théologie; Bergé de Vasseneau, conseiller de préfecture ; 
 Bécourt-Servais; Dourlens-Brunel; Fauchison père; Lemaire père; 
de Songnis. Le baron de Hauteclocque était secrétaire et M. Dubois 
de Forestelle trésorier. 

(4) Lundi 28 mars à 7 heures eut lieu dans toutes les églises la 
cérémonie de l’amende honorable. A la cathédrale on avait préparé 
sous le buffet d’orgues un autel magnifique richement orné par les 
dames de la ville. Tout le monde avait un cierge à la main. L'abbé de 
Rauzan prit la parole avec son talent ordinaire et l’Evêque donna la 
bénédiction. Le Jeudi saint, 31 mars, il n’y eut pas de sermon. Le 
Vendredi saint, le Père Férail prêcha la Passion à neuf heures du 
matin à la cathédrale, le Père Levasseur à neuf heures du soir, et le 
Père de Rauzan à trois heures à Saint-Charles. Le Samedi saint, il n’y 
eut aucun exercice. Le dimanche 3 avril, jour de Pâques, commença 
une retraite de trois jours pour les hommes et pour les femmes. Le 
jeudi 7 avril eut lieu le renouvellement des vœux du baptême. Le 13 
avril, on publia une lettre pastorale de l’Evêque annonçant les indul- 
gences accordées à l’occasion de la mission. Le jeudi 44, consécration : 
à la sainte Vierge. Le 15, messe d’actions de grâces suivie du vœu’ 
des Enfants à la sainte Vierge. La statue de Marie était ornée de 
diamants qu’on avait prêtés. Toutes les dames de la ville étaient vêtues 
de blanc et de bleu. Samedi 16, l’abbé de Rauzan forma une commission 
pour recueillir des offrandes destinées à l’érection de la Croix. Elle 
produisit 8,000 francs ; le clergé seul donna 1,200 francs. Le diman- 
che 17, communion générale; trois mille personnes y prirent part, 
dont beaucoup de militaires et presque tous les Disciplinaires. Le 
Jeudi 24, on planta la croix et, en creusant le sol, on trouva la tombe 
en mauvais état d’un évêque du xive ou xve siècle, il avait encore 
sa crosse. 

Les faubourgs et communes environnantes ne furent pas négligés; 
les missionnaires y allèrent prêcher et le clergé en fut content. 

Il y eut partout deux exercices par jour : un à 5 heures 1/2 du 
matin. Après la messe et la prière, le Père expliquait les Commande- 
ments de Dieu et de l'Eglise, puis se faisait l’examen de cons- 
cience; le soir à 6 heures, cantiques, dizaine de chapelet, glose et 
sérmion. 


— 44 — 


Enfin le dimanche 24, la mission était complètement ter- 
minée, l’Evêque, au nom de ses diocésains, fit aux Pères 
une allocution pour les remercier. L'abbé de Rauzan lui 
répondit et déclara qu'il était content du résultat de la Mis- 
‘sion, et, sur la demande de Monseigneur de La Tour d'Au- 
vergne, promit de revenir, ce qu’il ne put exécuter (1). Le 
lendemain, un cortège accompagna les missionnaires jus- 
qu'aux portes de la ville (2). On décida que pour rappeler 


(1) Les Pères donnèrent une mission à Saint-Omer en 1828. Les 
exercices commencèrent le 13 janvier, 8,000 auditeurs venaient y 
assister, 2 à 3,000 hommes se rendirent à la chapelle du collège pour 
uue retraite et près de 1,500 prirent part à la communion générale. Il 
y eut deux processions, à la seconde eut lieu une plantation de Croix 
à côté de l’église N.-D. Une chaire avait été élevée sur la petite place 
où montérent l’Evêque d’Arras et l’abbé Rauzan pour adresser la 
parole au peuple, 20,000 personnes remplissaient les rues, une partie 
venait de la campagne. On forma deux associations, une d'hommes 
l’autre de femmes où 1,700 personnes se firent inscrire. Il y eut beau- 
coup de conversions. La mission avait lieu pendant le carnaval, 
aucune mascarade n’eut lieu, le théâtre et les salles de bal restèrent 
fermées. (Duhesmes, AÆistoire de St-Omer:). 

(2) Le récit dela Mission par le baron de Hauteclocque justifie les mis- 
sionnaires de la fougue intolérante et de l'esprit agressif qu’on leur 
reproche et des attaques contre le manque de zèle du clergé paroïssial. 
La mission d’Arras eut un caractère essentiellement pacificateur et 
modéré et chercha à cicatriser les plaies provenant des luttes intestines 
d’un triste passé et à relever le prestige du clergé paroissial qui 
prêtait aux missionnaires le concours le plus sympathique et le plus 
complet. La réconciliation des familles, l’apaisement des inimitiés, 
une sorte de soulagement général et de rapprochement des esprits 
furent la conséquence directe et visible de cette mission dont le sou- 
venir dura longtemps... Elle fut prêchée avec un grand éclat d’élo- 
quence et de talent qui groupa dans toutes les églises de la ville 
autour des chaires, où revivaient le zèle et la charité des temps apos- 
toliques, limmensé majorité des habitants. 

(Biographie du baron de Hauteclocque, par le baron de Sède). 

Voici ce que M. Lecesne dit à propos de la mission d’Arras : « Les 
premières années de la Restauration furent calmes dans presque 
toute la France, on ressentait généralement le besoin de repos, mais 


NAS 


ces splendides résultats on frapperait une médaille pour en 
perpétuer le souvenir, le baron de Coupigny présida la 
Commission chargée de son exécution. Les pères en reçurent 
un exemplaire en argent et les souscripteurs un modèle en 
bronze. Après 1830, la Croix fut portée au grand séminaire 
et lors de la séparation de l’Eglise et de l’Etat à l'institut 
Parisis. | | 
Le baron L. de Hauteclocque, au nom de la Commission, 
écrivit le récit de la mission de 1825. Il fut imprimé (1). 


les agitations politiques ne tardèrent pas à se produire, elles furent 
accompagnées d’agitations religieuses. Les missionnaires arrivèrent à 
Arras en 1825 et excitèrent la ferveur par leurs prédications. Une plan- 
tation de croix eut lieu le 24 avril sur la place de la préfecture, elle 
attira un grand concours de fidèles, mais il faut ajouter que des 
efforts en sens contraire ne cessaient d’être faits par l'opposition qui 
commençait à se former et que les partis se séparaient de la manière 
la plus tranchée ». 

(1) Le baron de Séde de Licoux dit de ce travail : (Biographie du 
baron de Hauteclocque, Mémoires de l’Académie d'Arras, 2e série, 
tome 4) Le baron de Hauteclocque fut l’historiographe fidèle et enthou- 
siaste de cette grande manifestation chrétienne. On lit avec une sincère 
émotion ce livre où respirent les sentiments les plus élevés, les plus 
siacèrement religieux dans la meilleure et la plus touchante acception 
du mot. Tout y révèle la mansuétude d’une foi profonde et la charité 
d’un cœur retrempé aux sources vives et pures d’une religion sublime. 
La maturité du talent, elle-même, s’y accentue souvent avec énergie, 
et certains passages de ce livre, où on peut regretter quelques incor- 
rections et quelques négligences bien pardonnables à la rapidité de 
ces sortes de compositions, attestent une véritable éloquence. Si l’on 
songe que la critique, devenue depuis quelques années surtout l’une 
des branches les plus fécondes de notre littérature, était alors pour 
ainsi dire dans son enfance, on reconnaîtra dans les analyses rapides, 
substantielles, variées et presque vivantes de tous les discours pronon- 
cés par les divers prédicateurs et notamment par le supérieur de la 
mission, M. de Rauzan, et l’un de ses assistants, l’abbé Férail, tout ce 
que le baron de Hauteclocque aurait pu donner aux lettres s’ilen avait 
fait l’occupation principale et l’étude assidue des loisirs trop longs que 
l’avenir lui réservait, 


10 

Le Conseil municipal d'Arras, dont les séances étaient 
trés calmes eut, en 1825, à s'occuper d’une affaire litigieuse 
qui divisa ses membres et amena des discussions orageuses. 
La Convention avait décidé qu'on vendrait les biens des 
hospices. Ceux d'Arras avaient vu aliéner à des prix déri- 
soires une parlie de leurs propriétés ; les indigents au lieu 
de disparaitre avaient vu leur nombre augmenter. Les hos- 
pices ne pouvant plus subvenir à leurs charges, durent 
faire des emprunts. L'Empereur, en 1807, pour les dédom- 
mager, leur donna des immeubles d’une valeur équivalente à 
ceux qu'ils avaient perdus. C’étaient des biens nationaux dont 
une partie provenait d’émigrés et était restée en la possession 
du Gouvernement. Une loi du 14 octobre 1814, décida que les 
biens confisqués aux émigrés et non vendus leur seraient ren- 
dus, Madame de Ghistelle, M.de Beauval, etc., réclamèrent 
au x hospices les propriétés qui leur avaient appartenu et ceux- 
ci résistèrent pendant quelques années, demandant au gou- 
vernement de terminer l'affaire par voie gracieuse, ce que 
le Ministre refusa, car on ne pouvait user de ce moyen quand 
il y avait des tiers intéressés. Les hospices n’obtinrent pas le 
droit d'aller en justice et les demandeurs réclamèrent en sus 
les arrérages de ces biens depuis 1816. Le préfet avait engagé 
le maire à proposer au Conseil municipal de voter un crédit 
provisoire pour aider les hospices à payer cette somme. 
Après une discussion orageuse, car les hospices avaient des 
partisans en majorité dans cetle assemblée, et aussi bruyante 
qu'inconvenante, disait le préfet, celles-ci firent impri- 
mer un mémoire pour justifier leur refus. Le Ministre 
nonobstant trouva que leur résistance était sans motif et 
écrivit au préfet de prendre les mesures les plus énergiques 
pour assurer l'exécution de l'ordonnance royale. Celui-ci 
par un arrêté du 5 février 1825, obligea la Commission des 
hospices à restituer les titres aux réclamants et à les mettre 
en possession de leurs biens, c’était une critique violente des 
actes de cette administration. Nouveau refus de la Commis- 


- 


RP, ee 
sion, qui le 28 avril, avait écrit sans résultat uve lettre du 
préfet faisant valoir ses raisons légales, et on dut envoyer 
uñ Commissaire de police pour obtenir les titres. Le maire 
avait demandé que dans cette affaire, on mit le moins 
d'éclat possible, car la Commission ne résistait que par un 
zèle exagéré pour les intérêts des pauvres, et il espérait que 
les mesures de rigueur s’arrèteraient là, car disait-il, il faut 
connaître les détails journaliers et les soins continuels que 
prennent ces Messieurs pour apprécier convenablement 
leurs peines et leurs mérites; on attirerait sur eux un 
extrême intérêt en les destituant en masse, ce qui rendrait 
leur remplacement impossible. Tel ne fut pas l'avis du Préfet. 
Aussi sur sa demande, le Ministre de Corbières les destitua 
pour rebellion ouverte contre les décisions royales, etinvita 
M. Blin de Bourdon à lui faire de suite des présentations 
pour leur remplacement. Comme il tardait à répondre, il 
reçut une lettre de rappel, il écrivit que M. l’abbé Lallart de 
Lebucquière que son dévouement et sa générosité pour les 
pauvres désignaient pour cette fonction, hésitait à l’accepter. 
Enfin il y consentit et MM. Dourlens-Brûnel, Dudouit, 
Boussemart-Huret (1} et Harbaville, furent remplacés le 
23 juin 1825, par MM. l’abbé Lallart de Lebucquière, L. de 


(t} M. Boussemart-Huret était capitaine de voltigeurs de la garde 
nationale d’Arras. Le jour de sa fête on lui adressa les couplets 
suivants : 


Air : Faut atlendre avec patience. 


Quel touchant transport nous entraine, 
Voltigeurs, en cet heureux jour ! 
Offrons à notre Capitaine 

Le vif élan de notre amour. 

Vaillant Chef et Sujet fidèle, 

En tous lieux 1l se fait chérir ; 

En nous le donnant pour modéle, 
Amis, pouvait-on mieux choisir ? 


Dans ces jours de péril extrème, 
Affrontant les plus grands dangers, 


ue En 


Hauteclocque, Develle, propriétaire, Gamot, avocat. Bécourt- 
Servais, propriétaire (1). Ainsi se termina cette affaire, 
M. de Beauval, écrivit au Préfet pour le remercier et dire 
qu’on devait ce résultat au bonheur signalé d’avoir Charles X 
pour roi et d'aussi bons députés. 

Le Préfet eut à s'occuper d’une autre affaire assez délicate. 

Le curé de Lumbres et M. Lardeur de Latteignant avaient 
fondé vers 1823, à Dohem une institution dite de Saint- 
Joseph, destinée à former des clercs et des maîtres d'école 
chrétiens. Ils demandèrent en 1825, l'autorisation légale. Le 
Ministre des affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publi- 
que écrivit au préfet le 16 avril 1825 pour avoir son opinion 
sur cette institution, sur ses ressources réelles ou présumées, 
enfin sur les services qu’elle pouvait rendre au pays. Le 


Partout nous l'avons vu lui-même 
Repousser de vils étrangers. 

Pour son Prince et pour sa Patrie 
Il ne craignait pas de mourir ; 
Répétons donc tous à l'envie : 
Amis, pouvait-on mieux choisir ? 


Des voltigeurs, en cette fête, 
Capitaine, voici les vœux : 

Restez toujours à nôtre tête, 
Chacun de nous en vaudra deux. 
Pour servir un Roi qu'on adore, 
À jamais nous nous unissons, 

En chantant d'une voix sonore : 
Vive LOUIS et les BOURBONS ! 


Au Corps de Garde de l’avancée de la 
Porte d'Amiens, par deux Voltigeurs. 


(1) Voici l’état de proposition du Préfet : 

Lallart de Labucquière, vicaire général, 71 ans, 95,000 fr. de rentes 
qu'il emploie à des établissements de charité. Sa présence produirait 
la meilleure et la plus utile influence. 

Lantoine, 45 ans, notaire, un enfant, 6,000 francs de rentes. 

Dauchez-Huret, agent d'affaires, quatre enfants, 6,000 fr. de rentes. 

M. le baron de Hauteclocque, conseiller municipal, 7,000 francs de 
rentes jouit d’une grande considération. 


= 4 — 
sous-préfet de St-Omer, consulté par M. Blin de Bourdon; 
lui répondit le 27 avril.que cette institution offrait des 
garanties de stabilité par la protection du curé de Dohem et 
par l'intérêt qu'y prenait M. Lardeur, son principal fondateur. 
Ses ressources consistaient dans la pension des élèves et les 
secours qu'elle recevrait. Quant à ses services, ils élaient 
démontrés par le but de son institution ; c’est Ja seule de ce 
genre qui existe dans le diocèse, ce serait une pépinière 
d’instituteurs dont profiteraient 900 communes. Mais ce que 
ne disait pas le sous-préfet, c’est que cette école avait exvilé 
dans la commune une assez grande agitation. [l existait 
déjà un collège ecclésiastique dont on venait de reconstruire 
Ja chapelle, ses partisans voyaient dans les nouveaux venus 
_des concurrents susceptibles de leur faire tort. Le Maire qui 
fournissait à cet établissement les denrées dont il avait 
besoin était naturellement de leur parti ; il entraîna l’adjoint 
beaucoup plus ardent que lui. Malgré le curé, qui était en 
même temps doyen du canton, il fit mettre hors de l’église 
les bancs où se plaçaient les nouveaux veous, disant qu'ils 
ne laissaient pas assez de place pour les élèves de l’école 
communale, aussi les enfants de l'institution nouvelle ne 
pouvaient assister que par moitié aux offices et le curé dut 
obtenir de l’évêque la permission dé dire une seconde messe. 
Le prélat les avait autorisés à être chargés du lutrin, on y 
réinstalla le clerc qui était également au nombre des mécon- 
tents. L'instituteur communal ennuyé de ces difficultés 
demanda son changement. On lui donna un poste plus 
avantageux, puis il fut renvoyé à Dohem malgré le curé. 
On alla plus loin : des voies de fait furent exercées contre 
celui-ci et ses protégés, des pierres furent lancées dans le 
lieu des récréations et on en venait aux coups quand on les 
rencontrait dans la rue. On espérait décourager le curé et 
M. Lardeur, on écrivit contre eux des lettres anony- 
mes. Ils se plaignirent au sous-préfet. Celui-ci aurait 
voulu faire cesser cet élat de choses qui faisail, disait-il, 


4 


= 6 — 


déconsidérer le curé, nuisait à la religion et était propre à 
décourager les fondateurs de ce pieux établissement. Si le 
maire était un honnête homme, bien pensant en politique, le 
curé était un vieillard instruit, verlueux et zélé. Comme 
moyen de faire cesser ces troubles, à proposait de destituer 
le maire et son adjoint. Le Préfet et l’évêque étaient favora- 
bles au maire, lui donner-un successeur dans le parti opposé 
était exciter le mécontentement de beaucoup d'habitants. 
M. Joyez, doyen de St-Omer, en qui le gouvernement avait 
confiance, conseillait de prendre un maire en dehors des 
deux parlis. On préféra attendre, pour cette solution, la 
nomination des maires en 1826. 

La Duchesse de Berry, après un séjour aux bains de mer 
de Dieppe, ville qu’elle aimait beaucoup, résolut de revenir 
par Boulogne et le Nord de la France. Le Préfet du Pas-de- 
Calais communiqua le 2 août au Conseil municipal d'Arras, 
l'itinéraire qu’elle devait suivre. Arras ne s’y trouvait pas (1). 
Le Conseil municipal en fut désolé et décida qu'on enverrait 
à Dieppe une députation pour lui présenter une adresse, lui 
demandant de modifier ses projets et de passer par Arras (2). 


(4) Le Préfet du Pas-de-Calais, dans une proclamation aux habitants 
de ce département, disait : « Qu’ils verraient dans le voyage d’une 
Princesse de la Famille Royale une preuve qu’Elle connaissait les 
sentiments de fidélité et de dévouement qui les animaient. 

(2) Voici cette adresse : 

« Madame, tout le département du Pas-de-Calais retentit des cris 
d’allégresse que fait naître l'espoir de vous voir bientôt. Madame, 
seule la ville d'Arras, chef-lieu du département, ou ancienne capitale 
de l'Artois, gémit dans une profonde affliction de se voir privée d'une 
si douce et si glorieuse faveur. Le Conseil municipal nous envoie vers 
vous pour déposer à vos pieds les douloureux regrets et les vœux que 
viennent encore former nos nombreux habitants. 

» Confiants dans l’inépuisable bonté de Madame, dans leurs bons 
sentiments, dans les preuves si éclatantes qu'ils ont données dans tous 
les temps de leur amour pour l’augaste Famille des Bourbons, parti- 
culièrement dans les jours sanglants de la Terreur et à l’époque si péril- 
leuse des Cent Jours, ils se flattent que Madame voudra bien éeouter 


AT 


Elle ne crut pas devoir le faire, mais promit de venir dans 
célte ville l’année suivante et d'y rester deux jours. Le 
24 août 1825, aprés avoir passé une heure à Montreuil, elle 
arriva à Boulogne pour y séjourner les 25, 26 août et des- 
cendit à la sous-préfecture, richement décorée et meublée 
pour la recevoir. L’Evèque d'Arras, le Préfet, le Sous-préfet, 


favorablement leur humble supplique et changer une résolution qui 
leur paraît si rigoureuse. 

» Depuis l’avènement du bien aimé Charles X au trône, ils aiment 
aussi à espérer de recueillir la preuve d’une bienveillance particulière 
du Roi qu’ils ont toujours considéré comme leur protecteur sous le 
nom de Comte d’Artois. 

» Madame, que leur confiance et leur espérance ne soient point 
trompées, que vous nous donniez l’ordre de porter la consolation et la 
Joie dans leurs cœurs, que nous puissions leur annoncer qu’ils auront 
bientôt le bonheur de voir la Mère de notre Henry. » 

On lit dans la Feurlle d’Annonces d'Arras : 

« MM. le chevalier Maïoul de Sus-Saint-Léger, maire d'Arras ; Cot, 
adjoint ; Thellier de Sars, président du tribunal civil, et le baron de 
Hauteclocque, membre du Conseil municipal, qui composaient la dépu- 
tation nommée pour aller déposer aux pieds de Son Altesse Royale 
Madame, Duchesse de Berry, l’hommage des sentiments de fidélité et 
de dévouement à l’auguste Famille des Bourbons des habitans d’Arras, 
et lui exprimer les regrets qu’ils éprouvaient d’être privés cette année 
du bonheur de rccevoir dans leurs murs Son Altesse Royale lors- 
qu’elle visitera ce département, sont arrivés à Dieppe le lundi 8 août 
et ont eu l’honneur d’être reçus par Madame, en audienee particulière, 
le mercredi 40 de ce mois. 

» Son Altesse Royale a daigné accueillir cette députation avec la plus 
grande bonté et, en lui faisant connaître combien elle regrettait de ne 
pouvoir se rendre aux vœux des habitans d'Arras, elle a bien voulu 
donner sa parole de venir l’an prochain passer plusieurs jours dans 
cette ville. 

» Madame a bien voulu ajouter à la promesse de cette faveur pré- 
cieuse, en témoignant à MM. les députés d’Arras une grande bien- 
veillance pour leur ville, et en y ajoutant des choses intiniment flat- 
teuses pour MM. les Membres de la députation et particulièrement 
pour M. le Maire d’Arras qui la présidait et qu'elle a daigné admettre 
et pie près d ‘elle à sa table. 


_ 5j — 


le Maire, le général commandant la Division, les principales 
autorités du département et de la ville se trouvaient réunis 
à son arrivée pour la complimenter. La duchesse de Berry 
. répondit à cette cordiale réception avec la meilleure grâce 
du monde et avec beaucoup d'affabilité. La population 
_ l'accueillit avec une chaleureuse sympathie et on multiplia 
en son honneur les fêtes et les plaisirs : bains de mer quoti- 
‘diens, promenades en rade et à la campagne, excursions au 


_‘ jardin de Courset et à la Colonne, visites à la Bibliothèque, 


au collège de l'abbé Haffreingue, à ia collection de coquil- 
. lages de mer de M. Rincquesen et à celle d'oiseaux du pays, 
formée par M. Demarle, achats dans les principaux maga- 
sins, dîners d’apparat, réceptions, bals, spectacles, concerts. 
: Pendant ces trois jours, la Princessse voulut tout voir et 

suffit à tout. Charmée de tout se qui l’entourait et du nouvel 
établissement des bains de mer, bâti par M. Verail qu’on 
venait d'inaugurer, elle y passa, dit-elle, les heures les 
_ plus agréables (1). La garde nationale fit le service. La 


(1) M. Cléry de Bécourt avait essayé de créer un établissement de 
bains à Boulogne en 1784,. à la place où se construisit l'Hôtel des 
. Bains, il eut peu de succès. Une nouvelle tentative, faite en 1790, ne 
fut pas plus heureuse. Un négociant obtint de l’administration des 
. Domaines, à qui appartenait la plage, une concession de 50 ans, pour 
. bâtir un établissement de bains à l’extrêmité du brise-lames de l'Est. 
. Les plans furent dressés par l'ingénieur Marquet. On publia, en 
mars 1823, une brochure faisant l'éloge des bains de mer et de la 
_ plage de Boulogne, du climat et des ressources de la ville et de la 
. beauté des environs. L’auteur ajouta quelques détails sur l’histoire de 
. la ville et des plans et vues du nouvel établissement qui fut inauguré 
. le 29 mai 1825, jour du sacre ; il n’y fit pas fortune. Trois autres 
Compagnies s'étaient formées pour exploiter la plage, le maire indi- 
. qua où chacune pourrait mener ses voitures. Une partie était réservée 
pour l’entreprise Verail, ce qui donna lieu à des difficultés. En 1858, 
la ville reprit l’établissement et en construisit un nouveau. Le 30 
novembre 4825, le Ministre autorisa la Société humaine de Boulogne 
. à établir un appareil de sauvetage pour les noyés dans un corps de 
garde, il rendit de grands services aux baigneurs, 


83 = 


duchesse Berry partit le 27 août, promettant de venir à Bou- 
logne chaque année (1). Les évènements politiques empè- 
chèrent cette promesse de se réaliser (2). En souvenir de ce 
séjour on donna le nom de Caroline à une promenade de la 
ville (3). Elle partit pour Calais le 28 août et alla coucher à 
St Omer où elle passa les 28 et 29 août. Une garde d'honneur 
commandée par M. Le Sergeant de Bayenghem, lieutenant-- 
colonel de cavalerie alla au devant de la Princesse. Les pom- 
piers et le 61° de ligne, commandé par le comte de Chasse- 
pot, faisaient la haie. Elle était accompagnée dans sa voiture 
par M. de Damas et la duchesse de Reggio, on lui fit un 
brillant accueil; elle logea dans l'hôtel de M. de Dion de 
Wandonne et assista à la messe que l’Evôèque vint célébrer. 
Des excursions à la vallée de Blendecques et aux îles flot- 
tantes, des visites aux établissements d'enseignement et aux 
églises occupèrent sa journée et le soir elle alla au théâtre. 

La Duchesse continua sa route par Aire, où elle visita les 
fortifications auxquelles on venait de travailler. A Lil- 
lers, le maire montra peu d’empressement pour la recevoir 
(4), mais à Pernes, elle fut complimentée par un grand 
nombre de jeunes filles venues des environs, et escortée de 
50 cultivateurs à cheval du canton d'Heuchin. Elle arriva à 
St- Pol à deux heures un quart et fut reçue par les autorités. 


(1) Un pamphlet, écrit par un libéral, disait : « Que le séjour de la 
Princesse ayant amené une dépense de 67,000 francs, c'était 3,000 fr. 
par heure que cela coûtait à la ville. » 

(2) Voir Morand, Ephémérides boulonnaises, Bénard et d’Haute- 
feuille, Histoire de Boulogne, tome 2, page 237. 

(3) Cette promenade, qui s’étendait depuis la rue du Dépôt J jusqu ’à 
la porte Gayolle, avait été commencée en 1801 sous le nom de chemin 
du Petit Camp. | 

(4! Le maire fut accusé de ne pas avoir organisé une garde d’hon- 
neur et une réception. Les pompiers ne furent pas convoqués, furieux . 
ils reportèrent leurs banderolles à l’hôtel-de-ville; des gardes nationaux, 
des pompiers et des milicicns de Béthune vinrent faire le service 
d'honneur, 


s 


= 


Quatre dames, les plus notables de la ville furent dési- 
gnées pour la recevoir sous un portique élevé à l’entrée de 
la place de l'hôtel de ville qu’on venait de réparer. Made- 
moiselle Lambert lui offrit une corbeille de fleurs. Le clergé 
fut présenté par l’Evèque. Les sœurs de charité et les dames 
de la ville furent admises à lui rendre leurs hommages. IL 
régnait un grand enthousiasme dans la ville. La princesse 
repartit par Amiens, où elle devait coucher, pour de là 
retourner à Dieppe. Les gardes d'honneur de St-Pol et de 
Frévent lui firent escorte à son départ, il fut suivi d'un 
diner de 40 couverts, donné par le sous-préfet de St-Pol (1). 
La duchesse de Berry chargea M. Blin de Bourdon de 
remercier les habitants du Pas-de-Calais de l’accueil qu’elle 
en avait reçu (2). 

Boulogne prit à cette époque un grand développement. 
D'après un rapport du Préfet au Ministre en 1820, le mouve- 
ment de son port et de sa population augmentait chaque 
année, de 10,000 âmes en 1804, elle était en 1826 de 19,514. 
Son commerce en spiritueux était très actif, en 1818, il y 
élait arrivé 961,000 litres de genièvre de Hollande et 10,000 
litres de genièvre de France, 160,000 litres d’eau-de-vie, etc. 

Le 4 avril 1822, entra à Boulogne avec 6 passagers le 
premier bateau à vapeur, il venait de Douvres, c'était le 
Rob Roy de 59 tonneaux. 

Le 16 janvier 1825, on ouvrit rue des Pipots le Mont- de- 
Piété, la prison avait été transférée de l’Hôtel-de-Ville dans 
l'ancien couvent de l'Oratoire, on y fit d'importants travaux 
en 1824. A cette époque on mit en adjudication un nouveau 
théâtre (3). 


(1) M. le marquis de Partz de Pressy a écrit le récit du passage de 
la duchesse de Berry à St-Pol, il ne fut pas imprimé. 

(2) M. Hédouin, avocat à Boulogne publia en 1828 : Souvenirs his- 
toriques et pittoresques du département du Pas-de-Calais dédiés à la 
duchesse de Berrv. 

(3) Voir Morand, éphémérides boulonuaises et histoire de Boulogne 
par Benard et d’Hautefeuille, tome u, pages 136 et 138. 


ie 


Le Conseil municipal d'Arras se réunit le 13 mai 1825, 
M. de Grandval fut nommé secrétaire, on arrêta le compte 
final de 1824 et établit le budget de 1826 (1). Le traitement 
du secrétaire de la mairie fut porté à 2,000 fr. La situation 
financière fut reconnue satisfaisante. Le Conseil s’occupa 
plus tard de l’exécution de la loi sur les communautés de 
femmes. Le Ministre avait envoyé à ce sujet des instructions 
le 17 juillet 1825. Avant d’autoriser les communautés qui 
demandaient cette faveur, on consultait les Conseils muni- 
cipaux et l’évèque. Celui-ci écrivit aux supérieures de ces 
congrégations de se mettre en règle et en prévint le maire 
le 25 juillet 1825 (2). M. de Sus St-Léger fit remar- 


(1) Exercice 1820 : recettes extraordinaires : 55,039 fr.; recettes 
ordinaires : 275,413 fr. — 330,452 fr.; dépenses ordinaires : 206,450 fr.; 
dépenses extraordinaires : 68,297 fr. — 274,738 fr. ; excédent de 
recettes : 55,704 francs. : 

Compte final de 1823 : recettes 22,515 fr.; dépenses 14,050 fr. ; 
excédent des recettes 8,464 francs. 

Budget de 1821 : recettes extraordinaires 79,916 fr. ; recettes ordi- 
naires 245,869 fr. — 325,185 fr.; dépenses ordinaires 210,955 fr. ; 
dépenses extraordinaires 44,619 fr. — 295,574 fr.; excédent des 
recettes 2,020 francs. 

Recettes à faire sur 1824 au 4er juillet 14825 : 10,519 fr. ; recettes 
ordinaires de 4825 : 244,725 fr., total 319,945. fr. Dépenses à effec- 
tuer au 4er janvier 1825 : 13,419 fr. Dépenses ordinaires et extraor- 
dinaires de 1825 : 254,092 fr. Dépenses autorisées qui n’ont pas été 
payées au {er janvier 1825 : 32,404 fr., total des dépenses 299,926 fr..; 
excédent de recettes 2,029 tr. 

1824 : recettes 243,575 fr.; dépenses 202,039 fr.; excédent de 
recettes 64,699 fr. | 

Compte de 1824 : recettes ordinaires et extraordinaires 268,338 fr. ; 
dépenses ordinaires 239,233 fr. ; dépenses extraordinaires 19,154 fr., 
dont 6,400 fr. pour le pavage du quart de la Grand’ Place et 1,300 fr., 
pour restaurer l’obélisque de la basse-ville et le pavage en grès, et 
2,941 fr. pour travaux chez les sœurs de charité. Total des dépenses 
258,387 fr. Excédent de recettes 9.951 fr. 

(3) Dans sa lettre, Mgr de La Tour d'Auvergne disait que les demandes 
des couvents avaient été signées de la supérieure et des religieuses et 


me 


quer au Conseil municipal, que sur huit communautés exis- 
tant à Arras, cinq avaient déjà été reconnues (1), qu'il ne 
restait à approuver que les sœurs du Saint-Sacrement, les 
Augustines et les Clarisses. Le Conseil municipal nomma 
une commission, un des membres le baron de Hauteclocque 
fit le rapport (2), la conclusion était que le Conseil n’avait 
pas à intervenir, que c'était à l’évêque à solliciter les auto- 
risations s’il le jugeait opportun pour les couvénts qui 
enverraient leurs demandes. 

Avant la Révolution Arras, qui possédait un beau collège. 
À cette époque plusieurs professeurs adoptèrent les idées du 
jour, d’autres s’éloignèrent, les élèves devinrent rares et on 
vendit à vil prix ce bel établissement. Nous avons dit (3) que 
sous l’Empire on chercha à faire revivre dans des conditions 
plus modestes ces établissements si utiles et pour cela on 
utilisa souvent les anciens couvents, c'est ce qu'on fit à Arras. 
Le 8 juillet 1803, l’ancienne abbaye de filles nobles dite du 


visées par un délégué de l’Evêque. Elles devaient indiquer la date de 
leur réunion, si elle avait cu lieu depuis 1802, la règle de leur Ordre 
et en fourvir les statuts en s’engageant à les observer. L'Évêque ter- 
minait sa letire aux religieuses en disant : « Je me félicite fort d’une 
disposition qui va donner enfin cette stabilité que je désire pour votre 
communauté, et Je remercie le Seigneur d’avoir inspiré au Gouverne- 
ment du Roi une mesure aussi bienfaisante et aussi religieuse. Vous 
partagerez sans doute ces sentiments. » 

(1) Le Gouvernement avait reconnu par décret les Sœurs de Charité 
en août 1801, les Ursulines le 9 avril 4816, les sœurs de Sainte Agnès 
le 19 septembre 1809, les sœurs de l'Hôpital St-Jean le 15 novembre 
1810, et les Chariottes sur ordonnance royale du 24 février 1825. 
Trois sœurs de charité furent installées à l’hôpital général de Saint- 
Omer, | | 

(2) 11 faisait également partie de la Commission de l'octroi. 

(3) Voir Histoire de l’enseignement dans le Pas-de-Calais jusqu'en 
4804 par le comte G. de Hauteclocque (Mémoires de l'Académie 
d’Arras, année 1882, série 11, tome 13 et suivants). 


— 57 — 


Vivier (1), fut concédée à la ville pour y établir un collège 
et le 11 avril 1811, la ville en devint gratuitement proprié- 
taire, mais il était peu commode et il se présenta pour elle 
une occasion pour donner à cet établissement l'importance 
et les dispositions nécessaires (2). 


(1) Voici comment cette abbaye, qui existe encore aujourd’hui, était 
alors désignée : 

Faisant face aux rues du Vivier et du Puits de Saulty et tenant d’un 
côté aux rues des Trois Filloires et de la Douaisienne, et de l’autre à 
la rue du Petit Atre, et par derrière à une rue supprimée qui sépa- 
rait ce couvent d’un terrain appartenant autrefois aux canomniers. La 
porte cochère se trouvait en face de:‘la rue du Croissant, à gauche un 

petit bâtiment servant au portier, joignant les pignons de l’église ; en 
_ retour un autre bâtiment de 21 mètres sur cinq, où on avait placé 
trois classes avec vues et entré sur un jardin de 32 mètres sur 25; 
dans celui-ci se trouvaient des remises et une vacherie. Ce bâtiment 
était élevé d’un étage avec trois pièces. Dans la cour, les lieux 
d’aisance. Parallèlement au passage d’entrée et au logement du por- 
tier, se trouvait un bâtiment formant équerre, avec retour sur la 
grande cour, et ayant 15 mètres de long sur 4 mètres de large. On y 
trouvait un vestibule avec escalier et un cabinet à l’usage de ladmi- 
nistrateur du collège. La partie de ce bâtiment donnant sur la grande 
cour contenait deux petites classes. Un escalier de dégagement et un 
passage par une seconde porte cochère donnant sur la rue de la 
Douaisienne. Au premier étage, le logement du principal, communi- 
quant avec le grand bâtiment situé au fond de la cour, ayant 46 mètres 
sur huit, situé entre cour et jardin et élevé de deux étages. On y trou- 
vait aurez-de-chaussée ; deux petites classes du côté de la rue, un vesti- 
bule avecescalier, trois pièces, ou salles d’étude, à l’usage des élèves, etc. 

(2) Le Conseil général constata en 1820 que le Collège d’Arras, 
grâce aux élèves du Petit Séminaire qui en suivaient les cours et aux 
bourses que la ville venait de fonder, prenait un essor considérable. Il y 
eut 150 élèves-dont 19 pensionnaires payant 500 fr. par an, des externes 
payant 60 fr. par an, dont 25 fr. pour les rétributions scolaires ; et 
45 demi-pensionnaires. Le Conseil municipal, de son côté, vota pour 
le traitement des professeurs 10,900 fr., pour celui du principal 1,600 
francs, et pour celui de l’aumônier 150 fr., et 600 fr. pour les prix. 
Il y en avait une distribution solennelle tous les ans. En réglant le 
budget, le Conseil municipal, en 1823, alloua 500 fr. pour frais de 
bureau, et 600 fr. pour entretien des bâtiments, | 


— 59 — 


L'abbaye de St-Vaast, avait acheté l'hôtel de Beauftort 
pour y loger son abbé commandataire, le cardinal de Rohan, 
qui n'y vint jamais. 11 fut vendu nationalement après avoir 
servi pour le district. Le département le racheta en 1805, 
_pour en faire le palais épiscopal, mais l’évèque s'étant ins- 
lallé à St-Vaast, ce qu'on appelait l’abbatiale fut loué au 
général. C'était une charge pour le département, le Conseil 
général décida son aliénation pour en employer te prix à des 
objets d’une utilité départementale, le préfet écrivit au maire 
d'Arras, lui proposant d’en faire l'acquisition pour un 
collège, car il était mieux disposé pour cet usage que Île 
collège actuel. 

Le Conseil municipal s'étant réuni le 197 mars 1819, pour 
étudier la question, fut d'avis que cette acquisition serait 
utile à la ville, soit pour un collège, soit pour un établissement 
de bienfaisance. On avait peu d'argent pour le payer, il serait 
nécessaire de répartir le prix en quatre annuités et de ven- 
dre l’ancien collège. Les fonds libres du budget pourraient 
fournir 15,000 fr. le Conseil général consentit à cette vente 
pour 33,000 fr. payables en 4 ans, le gouvernement accorda 
l’autorisation le 11 avril 1819 et le contrat fut passé le 
5 mars 1820 {1}. Le Conseil municipal avait nommé une 
commission le 1 mars 1819, pour étudier la question du 
transfert, elle présenta son rapport avec un plan et un devis 
le 9 avril 1819 (2), le Conseil les approuva (3). 


(1) Le Conseil général employa cet argent à la nouvelle cathédrale. 

(2, Voici le devis rédigé par l’architecte de la ville, Gayant : Pour 
rendre les remises et écuries utiles au Collège, il fallait 12,280 fr. ; 
pour construire en face un bâtiment pareil à celui des remises, 
26,179 fr.; pour changement de distribution dans le grand bâtiment, 
10,302 fr.; pour construire une muraille et des latrines, 1861 fr. ; 
pour paver la cour vis-à-vis le bâtiment principal, 1490 fr ; dépenses 
totales : 52,112. 

(3) M. Lallart écrivait : Le Conseil des bâtiments civils veut subs- 
tituer son projet à celui de la vile et il ne céde à aucunc osservation; 
_ après les avoir entendus, il fut d’avis d’envoyer à Arras un architecte, 


_— 59 — 


Les travaux furent adjugés le 16 juillet 1821, avec un 
rabais de 16,192 fr., ce qui réduisait la dépense à 83,099fr., 
avec ce boni on résolut de construire plus tard une chapelle, 
ce projet ne fut mis à exécution que le 7 décembre 1822, on 
paya 30,000 fr. en 1821, 20,000 fr. en 1822, 13,729 fr. en 1823 
et 11,700 en 1824 (par provision), en tout 75,429 fr. 11 restait 


à payer 7,670 fr. qui furent votés par le Conseil le 4 mars 


1824. On avait pu comprendre dans les travaux, sans aug- 
mentation de prix, une salle de dessin et des mansardes 
pour loger les élèves les plus âgés du pensionnat. La récep- 
tion des travaux eut lieu le 2 avril 1824. Le mobilier de 
l’ancien collège était vieux, un nouveau était nécessaire, il 
devait coûter 7,095 fr., fallait-il l’acheter ? Le Conseil muni- 
cipal nomma une commission pour étudier la question, qui 
fut ajournée le 23 mars 1824. Les lits devaient en principe être 
fournis par le Principal, il fit observer que les anciens lits 
étaient infectés de punaises et qu'il serait préférable de les 
avoir en fer, le Conseil fut de son avis et vota 2.800 fr. pour 
acheter 150 lits ; le Principal devait en rembourser le prix. 
Le 2 avril 1824, le maire proposa de consacrer 2,662 fr. à 
l’ameublement de la cliapelle. Ce fut renvoyé à une Com- 
mission. | | 

Le Conseil municipal vota en 1824, 8,275 fr. pour le mobi- 
lier et les frais de déménagement. Le collège s’ouvrit après 
les fêtes de Pâques de 1824. | 

On avait créé un cours de philosophie ce qui permit à la 
ville de cesser de payer chaque année au lycée d'Amiens 
3,737 fr. pour des bourses destinées aux jeunes gens d’Arras 


M. Gizon; M. Lallart vint le voir et l’engagea à partir le plus tôt 
possible pour Arras. Il alla au Ministère, et demanda à M. Dumeau, 
qui avait fait un rapport sur cette affaire et paraissait favorable à la 
ville, que si on n'avait pas confiance dans cet architecte, on en envoyât 
un autre; mais que le Ministre prononçât définitivement. 1] terminait 
en disant que les bureaux, encombrés d'affaires, négligeaient celle-ci, 
On finit par s’entendre. 


— 60 — 


qui ysuivaient ce cours (1). Cette ville avait toujours protesté 
sans succès, de plus le Conseil général vola des fonds pour 
créer des bourses au nouveau collège, elles étaient don- 
nées au concours, 

Le Conseil général put cette même année constater que 
non seulement ce collège se distinguait par de bonnes études, 
mais qu’il avait le premier des avantages, la beauté du pen- 
sionnat, et on pouvait ajouter que le luxe des bâtiments de 
cet établissement faisait honneur à la ville et au maire 
M. Lallart, qui y avait porté un si grand intérêt 

Les fonctions de principal furent remplies par des hommes 
distingués et capables (2), un bureau d’administration était 
chargé de la surveillance (3). 


(1) Une ordonnance du Roi du 25 décembre 1819 autorisa la sup- 
pression de ces bourses au fùr et à mesure des extinctions. En 4820, 
il n’y en avait plus qu’une, au profit du sieur Dupont d'Arras; et la 
ville payait 413 fr. Pour trois quarts de bourse. 

(2) Le Collège avait d’abord été dirigé par M. Fauchison, dont 
nous avons reproduit plusieurs poésies, puis M. Salantin était devenu 
Principal ; « c'était un homme dévoué qui rendit au Collège son éclat et 
obtint l’ouverture d’un cours de philosophie. Accablé par l’âge et les 
infirmités, il abandonna en 1828 ses fonctions pénibles, sans doute, 
mais adoucies par la reconnaissance des parents et l’amour des élèves. 
Son successeur, l’abbé Herbet, continua la prospérité de oet établis- 
sement. » (Rues d'Arras, par M. Godin et le Comte d’Héricourt ) Les 
professeurs étaient M. Herbet, pour la philosophie ; M. Derodes, pour 
la physique et les mathématiques ; MM. d'Hollande, Baconel, Dezette, 
Dernarquet, Sauvage et Yves Duprez, pour les lettres ; M. Gauthier, 
pour le dessin; MM. Salentin, Herbet, Derode et Sauvage firent partie 
de l’Académie d'Arras. Nous avons souvent cité des poésies de MM. 
Duprez et Sauvage; ce dernier quitta Arras pour aller à CrRne en 
1826 et composa en partant les vers suivants : 


Adieu à ma Patrie et aux Muses. 


O ma Patrie, aimable et divin séjour. 
Je pars, adieu ! déjà paraît le jour 
C'en est donc fait et les bois solitaires 
Que tant de fois mes pas ont parcourus 


_ él — 


Une distribution de prix attirait chaque année dans Île 


Et les ruisseaux et les ifs funéraires, 
Je ne les verrai plus. 
Oui, j'ai quitté la tombe paternelle. 
Mais ma mére est encore avec moi. 
L'heure sonne et le devoir m'appelle 
il le faut donc, adieu! va, me dit-elle ; 
Va, mais déjà mon cœur vole après toi. 
Mais son accent, son rire. et son âge 
Troublent mon âme et tourmentent mon visage. 
O ma Patrie, en ton sein généreux, 
Conserve-moi ce dépôt précieux. 
Que l'amitié le couvre de son voile; 
Que la douleur ne brise plus son sein. 
Pour elle, o Dieu ! crée une heureuse étoile 
Que chaque jour coule calme et serein 
O ma Patrie ! à ma voix fléchissante 
Tu viens enfin d’inspirer ces accords, 
Pour la dernière fois, c'est ton nom que je chante, 
J'abandonne ma lyre en désertant tes bords. 


On lui doit une Histoire de Saint-Pol-sur:Ternoise parue dans le 
Puits Artésien (revue); une traduction en français du De Morinis de 
Malbrancq, dont un seul volume fut imprimé. Il écrivit des poésies 
dont nous avons reproduit quelques-unes ; un chant artésien composé 
en l’honneur des Bourbons et chanté sur le théâtre d’Arras en 1814 lors 
de la fête de cette ville; la Boussole et la grenouille, fable; et une 
imitation, en vers français de l’Ode Il du livre Ier d’Horace (c'était | 
une allusion au retour de Louis XVIII qui, comme Auguste, avait 
fait cesser la guerre et ses désordres). 

A son départ, un de ses compatriotes lui adressa des adieux dont 
voici le commencement : 

Ainsi que toi j'ai quitté ma Patrie 
J'existe loin d'une mère chérie 


Et d’un bonheur qui ne peut revenir 
Mon cœur encor conserve le souvenir. 


(3 p.60) En 1816, la Commission des comptes était composée du 
Maire, président; membres : MM. Watelet et Donjon de Saint-Martia, 
conseillers généraux ; Dauchez et d'Hagerue, conseillers municipaux. 
En 1817, ces derniers furent remplacés par MM. de Cardevacque et 
M. Hurtrel, conseiller municipal. En 1824, président, le Maire; Mem- 
bres : MM. Lallart, conseiller général; de Cardevacque, conseiller 
d'arrondissement ; de Retz-Saladin et Dauchez, conseillers municipaux. 


_ gd — 


grand salon de l’hêtel de ville l’élite de la société d'Arras. 
Un des professeurs prononçait un discours, suivi souvent 
d’une allocution du Maire, du Préfet ou de l’Evêque quand 
ils présidaient {1). 


(1) Discours prononcé par M. Lallart, maire d'Arras : 

« Messieurs, c’est par une suite bien naturelle du désir d’exciter 
l’émulation entre les jeunes élèves d’un Collège que, dans tous les temps, 
on a fait une cérémonie solennelle de la distribution des prix qui leur 
sont donnés. 

» On a pensé, qu’en leur faisant connaître de bonne heure la grande 
valeur que les hommes attachent à l'instruction et les avantages qui 
résultent presque toujours des connaissances acquises dans la famille, 
ils en seraient d’autant plus portés à faire tous leurs efforts pour en 
acquérir. 

» Et sans doute aussi, la Société, attentive aux progrès de ceux qui 
lui inspirent tant d'intérêt et d’espérance, n’a pas voulu attendre que 
leurs études fussent terminées pour en constater les résultats et pour 
leur en donner la récompense. C’est ainsi, Messieurs, que, réunis 
aujourd’hui pour assister à la distribution des prix du Collège de cette 
ville, nous allons connaître ceux des élèves qui, répondant à nos 
espérances, ont le mieux profité des soins et des leçons que MM. les 
professeurs leur ont donnés avec tant de zèle et de bienveillance. 

» Peut-être ensuite, comparant les résultats des études de cette 
année avec ceux des années précédentes, et cédant au penchant si 
paturel aux hommes de vouloir deviner l'avenir, nos pensées suivront 
ces jeunes gens dans la carrière qu'ils doivent parcourir un jour ; 
nous cherchons à prévoir quel succès il peut leur être permis d’y 
espérer et peut-être aussi quels obstacles pourront y retarder leur 
marche, car il est donné à bien peu d’hommes de n'en rencontrer 
aucun. Combien, Messieurs, ce sentiment général de bienveillance que 
nous éprouvons tous pour les élèves de notre Collège et qui nous fait 
prendre un si véritable intérêt aux succès dont ils vont recevoir le 
prix, combien ce sentiment ne doit-il pas s’accroître pour ceux de 
leurs parents qui assistent à cette cérémonie ? 

» Plus satisfaits du succès de leurs enfants que s’il leur était per- 
sonnel, ils jouissent à la fois et du succès présent et des justes espé- 
rances qu'ils en concevront pour l’avenir. Bientôt ils prodigueront les 
félicitations et les caresses à ceux qui auront été couronnés; et bientôt 
aussi, car les affections des parents sont pleines d'indulgence, des 
consolations et des encouragements seront donnés à ceux qui auront 


La ville d'Arras demanda que cet établissement fut érigé 
en collège royal, elle éprouva le mème refus que lorsqu'elle 
avait sous l’Empire demandé un lycée. 

Le 8 décembre 1825, le Maire informa le Conseil muni- 
cipal que les bâtiments de l’ancien couvent de Vivier se 
trouvant sans emploi, M. l’abbé Lallart demandait à la ville 
d'y établir une école gratuite de filles tenue par des sœurs 
de Sainte Agnès et offrait d’en fournir le mobilier. L'Evèque 
élait favorable à ce projet, mais il fallait deux sœurs de plus 
et payer un loyer de 450 fr. aux hospices. Pouriant le Con- 
seil accepta et décida que le nombre des sœurs serait porté 
de 10 à 18. Pour cela il faillait l’autorisation du gouverne- 
ment, elle se fit attendre, on mit les vieillards provisoirement 
au Vivier et ils y restèrent (1). 

Le Conseil décida qu’on nommerait au concours un second 
professeur pour l'école communale de dessin (2). Il consentit 


été moins heureux. Ils n’oublieront pas sans doute qu'ils ont succombé 
dans la lutte qu’ils viennent de soutenir, mais du moins ils ne s’en 
souviendront que pour se promettre de faire mieux à l’avenir et de 
nous prouver un Jour qu'ils sont dignes aussi de nos applaudissements 
Nous sommes persuadés, MM. les Elèves, que tels sont vos sentiments 
et nous ne doutons pas qu’ils ne vous portent à redoubler d'efforts 
pour vaincre les difficultés que l’étude n'offre que trop souvent. Objets 
de la tendresse et de la plus chère affection de vos parents, vous rem- 
plirez leurs espérances et vous justifierez la bienveillance de vos 
. concitoyens. 

Vous songerez que dans la carrière qui s’ouvrira pour chacun de 
vous lorsque vos études seront terminées, les dignités, les honneurs 
et toutes ces distinctions qui frappent vos regards, vous attendent ; 
qu’elles sont promises par le meilleur des rois à ceux qui les auront 
le mieux méritées et que tout vous garantit que, sous le gouvernement 
juste et paternel des Fils de Saint-Louis, le moyen le plus assuré et 
surtout le plus honorable d’obtenir ces distinctions sera toujours de 
vous en rendre dignes par votre bonne conduite et votre instruction. 

(1) La ville d'Arras dépensa 15,084 fr. pour installer les sourds- 
muets à la pauvreté où étaient les vieillards. 

(2) Le Jury était composé de M. Raffeneau de Lille, ingénieur en 
chef des Ponts et Chaussées ; de M. Letombe, architecte du départe= 


= bis 


le 26 octobre 1825 à payer 700 fr. de loyer pour l’ancienne 
église des Clarisses qui servait de paroisse à la porlion .sud 
de la ville (1). 

Le Maire fit un règlement au sujet d’une épidémie de 
variole, les malades n’avaient plus le droit de sortir de leurs 
maisons et un drapeau placé à l'extérieur indiquait le dan- 
ger de fréquenter ceux qui y habitaient. 

L’administralion fit faire une enquête pour savoir com- 
bien il y avait de métiers dans les fabriques de la ville, 
M. Crespel-Pinta fut autorisé à élablir à Arras une fabrique 
de sucre rue de Baudimont dans une maison qu'il avaft 
acquise de son gendre M. Duretz, maître de poste. Le préfet 
alla visiter à Beaumetz-les-Loges la fabrique de sucre de 
MM. Clemendal et Guilbert. 

La fête d'Arras eut lieu les 28, 29, 30 et 31 août, mais elle 
ne concorda plus avec la fête du Roi, car celle de Charles X 
avait lieu le 4 novembre. Il y eut les divertissements accou- 
tumés, illuminations des promenades en verres de couleur 


ment ; de MM. de Raulin et de Grandval, conseillers municipaux ; et 
de M. Garnier, ingénieur des Mines. 

(1) On s'était d’abord servi d’une salle de l'hôpital St-Jean ; mais, 
en 4808, l'administration des hospices avait demandé qu’elle fut 
restituée aux malades, car sans cela il aurait fallu construire une 
nouvelle salle, celle réservée aux femmes étant insuffisante. L’Evêque 
avait consenti à ce que l’on se servit de l’ancienne chapelle des 
Clarisses, mais à condition d’y construire un clocher, une sacristie, 
et de donner une indemnité pour l’organisation du culte. La ville 
accepta et, pour cela, donna un secours de 200 fr. à la fabrique. 

Cette chapelle appartenait au sieur Gayant, architecte de la ville, 
qui était propriétaire d’une partie de l’ancien couvent; l’autre était 
passce au sieur Liotard et est devenue le couvent du Saint-Sacrement. . 
On dut s’entendre avec lui pour ouvrir, donnant sur son terrain, trois 
fenêtres destinées à éclairer la chapelle. M. Gayant étant mort, sa 
veuve voulut augmenter le loyer, disant que la ville louait 600 fr. 
l'église St-Joseph, tandis qu’elle ne recevait que 400 fr.; elle deman- 
dait 550 fr. Le Ccnseil municipal décida le 145 mars 4821 qu’on lui 
_Offrirait 500 francs. 


65 — 


et lanternes vénitiennes, spectacle gratuit, etc., et chanson 
de la fête (1). 


(4) Voici cette chanson : 
| COLAS 


Pour ch’ l’année chi tu n° diras pon 
Qu‘ nous sommes attargés dans l' moësson 
Jacquelein’ ! racommod” tein cotron 
Mets eun’ bell’ pièche 
Pour en pon qu’ cha s° voèche 
T'iras bien cor’ aveu ch’ tilau 
Einn’ fau vir ell” ducass’ d'Arrau. 


JACQUELINE 


Va, j* m’apperchu bien qu’elle fau chi 
Qu’ tu veux preinn’ encor’ pu d° plaisi ; 
Mi j'ai pinsé tout comm" ti 

Mets ch’ l’argint dan 1’ tasse 

cha s’ra pou |’ ducasse : 
Si J'acatrau quet” coss', Colas, 
Cha n’ s’rau jamais qu'einn' par ed° bas, 


. SACQUELINE 


A rien n° nous enpech'ra m' n'ami 
D'aller all ducass’ ell° fau chi; 
Nous p’ tiot Robert est bien guéri 
Ess’ figure est nette 
G'na pu ein pocquette 
Ech' gard’ champette hier au soir 
| l’a venu quair* ech drapieu noir. 


COLAS 


Qu'ed bell’ toilett’ nous y voérons 
Qu'ed bieux bonnets, qu'ed’ bieux cotrons 
Combien d' bell’ rob’ nous y r'marqu'rons 
Tout'garni d’ dentelles 
D'sus l' dos d’ chés mamzelles ; 
Gnéra pu d'einn' ein vérité, 
Qui sortira d’ech mont de piété. 


 JACQUELINE 


Tous les faus qu’ chell° fét’ lau qu'al vient, 
Tout ! vill’ d’Arrau est in mouv’mint. 
Ed’ tous les côtés ein intend 

Laver tous ches plaches 

Epi ez’ equipaches ; 


-D 


= = 


M. Souquet qui appartenait à l'opinion libérale devint en 
octobre 1825, imprimeur à Arras en remplacement de 
M. Leducq de Fontaine, et fit paraître le 4 janvier 1826, un 
nouveau journal appelé Revue départementale, feuille judi- 


Tous ches savant’ in pareil jour 
l n° vont pont souvent faire ein tour. 


COLAS 


Surtout pour bien nous amuser 
Ch° ju d'équilipp’ faut raviser 
Quand ein garchon veut s’aviser 
D" grimper ed sus l” corde 
Quel diapp' il m’emporte 
Si ch'es gins n° rient comm" des sots 
Quand in les voë quier d° su leu dos. 


JACQUELINE 


Après ches jout'ein fra d'su lieu 
Bien pu d'ein amus’mint nouvieu, 
T'éras jamais rien vu d”’ si bieu 

Gna pon rien à dire 

Drolau i faut rire 
Quand ein homm” défile d'sus ses reins 
Malgré li et malgré ses deints. 


COLAS 


Min gueux qu’ sa seuch bien inteindu 
A ch° fu d'artifich’ n'em m’ quitt’ pu ; 
L'année passé tu m'a perdu 

A crier Jacqueleine 

j'ein perdau m° n'haleine 
Courant dins ches gins à taton 
J'ai perdu min bonnet d’ coton. 


JACQUELINE 


Quand ch? fu d’artifich’ s’ra fini, 

Ch” tu marai deins l' rue St-Géry 

Draulau tu voéras chau qu’ chest m' n'ami 
Qu’ chell’ bonn’ bière framboise 
}" veux t'ein princh” einn’ tasse 

Et d' tin j'in temps nous répétrons : 

Viv® Charle Dich” ! Vivent chés Bourbons ! 


Evouano. 
Arras, Imprimerie A. Thierny, 


OP 


ciaire, commerciale et administrative (1}, M. Tierny, 
propriétaire de la feuille d'annonces avait ses bureaux rue 
Royale. | 

On transféra à l’hôtel de l’Europe les bureaux des messa: 
geries dites de Notre-Dame des Victoires et de la diligence 
de Saint-Omer (2). | 


(1) On disait dans le prospectus daté du 28 décembre 1825 : 

« Après vingt-deux ans de succès, encouragé par la confiance qu’on 
lui a témoignée, l'éditeur allait rendre sa feuille plus utile, plus inté- 
ressante. Outre les annonces ordinaires judiciaires et administratives, 
les abonnés seraient tenus au courant des marchés, de l’état-civil, des 
événements publics, mais pas de politique. » On devait publier des 
poésies légères, des bouts rimés, des énigmes. Le prix était de 12 fr. 
par an pour Arras et 18 fr. pour le département. 

(2) Il y eut, en 1825, plus d'événements tragiques à Arras que de 
coutume : un individu se noya dans l’abreuvoir de la porte Ronville 
et une femme dans le bassin du rivage, aussi on fit venir des boîtes 
fumgatoires pour les noyés. Deux militaires de la garnison se brù- 
lèrent la cervelle, 


— 8 — 


1826 


A se 1826 vit augmenter les difficultés du Ministère 
et l’impopularité du Roi. il y en eut deux causes : 
l'audace croissante de la presse libérale, l'accusation 
portée contre Charles X, de vouloir faire revivre l’ancien 
régime et, pour employer l'expression moderne, d’être un 
clérical, On le rendait solidaire des demandes des ultramon- 
lains (1) qui avaient engagé avec les gallicans une 


(1) Les Ultramontains réclamaient qu’on rendit le monopole de 
l'enseignement au clergé, ainsi que les registres de l’état-civil et que 
la déclaration de 4682 cessät d’être une loi de l’Etat. Les Gallicans 
disaient qu'on devait la maintenir. 54 archevêques et évêques avaient 
cru devoir adresser à Charles X une déclaration sur la puissance 
temporelle des rois et sur leur indépendance à l'égard de la papauté. 
L’archevêque de Paris partageait leur opinion, mais n’avait point 
voulu signer. Mgr La Tour d'Auvergne était aussi fort embarrassé ; 
quoique partisan des idées de la déclaration, il ne voulait pas 
l’approuver avant que tous les évêques de France ne se prononçassent; 
il consulta M. Blin de Bourdon sur cette affaire qui, disait-il, « pou- 
vait devenir plus éclatante qu'on ne le pensait ». Il envoya, le 44 juillet 
1826, la lettre suivante aux curés de son diocèse : « L’enthousiasme 
et l’esprit de parti semblent vouloir aujourd’hui régir exclusivement 
les doctrines des hommes ; les anciennes idées sont rejetées comme 
trop surannées. Les principes qui ont traversé les siècles et nous sont 
arrivés dans toute leur pureté, appuyés du respect unanime des géné- 
rations qui nous ont précédés, paraissent n’être plus en harmonie 
avec les lumières du siècle. Il faudrait aujourd’hui d’autres idées, 
d’autres maximes et d’autres principes; de là, tant de productions 
hardies qui inquiètent et troublent la société et tendent à briser les 
liens les plus sacrés. 

« Un ministre des autels, uu pasteur des âmes doit très sévèrement 
s'interdire tout ce qui peut le distraire de ses devoirs et de ses fonc- 
tions. Appelé à conserver les âmes qui lui sont confiées dans la pro- 
fession de la Foi et l'exercice de l’Evangile, il doit se borner à l’étude 
des livres sacrés, et à la méditation des auteurs pieux que l'Eglise a 


LA 


lutte des plus vives (1), à la grande joie des libéraux. 
M. de Villè!e ne reconnaissail pas d’abord à la presse l’im- 
portance qu’elle avait acquise (2). il ne voyait de danger que- 
dans les débats parlementaires, et les succès qu’ilobtenaitàla 
Tribune {ui paraissaient les conjurer, aussi laissait il le Roi, 
qui croyait ainsi se rendre populaire, supprimer la censure. | 
Si les journaux del’opposition paraissaientrespecter l'autorité 
royale, ils savaient qu’en attaquant la religion, la piété du 
Roi le rendrait solidaire de la cause religieuse. Ils devinrent 
si agressifs qu’on dut en poursuivre quelques-uns. Nous 
avons déjà dit l’indulgence des Tribunaux, aussi le gouver- 
nement proposa une nouvelle loi sur la presse. Pour la 
répression des délits on renoncerait au Jury, en général très 
indulgent, pour les faire entrer dans la ‘compétence des 
juges de paix, qui étaient amovibles. Le parti royaliste était 
divisé à ce sujet, les ultra réclamaient la censure. Le Gou- 
vernement, embarrassé, ne fit rien pour le moment. Quand 
la session s’ouvrit, le 31 janvier 1826, le Roi annonça deux 
lois que la presse rendit impopulaires. La première avait 
pour but, vu l'accroissement des revenus indirects, d'amé- 
liorer la situalion du clergé, la seconde élait destinée, au 
moyen du droit d’aînesse, à diminuer le morcellement de la 
propriété. Cette question, discutée depuis par le marquis 


toujours reconnus comme ses fidèles interprètes ; il doit rejeter avec 
soin toutes les nouveautés qui ne tendent qu’à agiter et diviser les 
esprits ; le prêtre a bien assez à faire avec sa paroisse, etc.» Il termi- 
nait en déféndant la lecture et l’enseignement de ces ouvrages dans 
ses séminaires. 

(1) Lamennais écrivit des articles si violents en faveur de l’ultra- 
montanisme qu'on crut devoir le poursuivre, et il fut condamné à une 
peine dérisoire. 

(2) Les quatre journaux ministériels de Paris avaient 10,000 abonnés 
dont 6,500 pour la Quotidienne ; ceux des deux oppositions, 40,000 
dont 20,000 pour le ne et 12,000 pour le Journal des 
Débats, 


es ie 


d’Havrincourt en 1865, M. Kolb Bernard, et surtout par 
M. Le Play avait un caractère économique et social (1); elle 
fut attaquée comme un retour à l’ancien Régime, où les 
cadets n'avaient d’autres ressources que d'aller à l’armée et 
les filles au couvent. Si la loï avait été portée d’abord à la 
Chambre des Députés, elle aurait peut-être été votée ; mais 
on la discula auparavant à la Chambre des Pairs, dont 
l'esprit élait bien changé par l’adjonction de nouveaux 
membres sous le Ministère du duc Decazes. La loi fut rejetée 
par 120 voix contre 94, on n’en conserva que le droit de 
substitution. Le projet de loi ainsi amendé fut voté par les 
Députés le 10 mai, il n’y eut que 76 opposants (1). Dans 
Paris, on accueillit avec enthousiasme ce résultat, on illu- 
mina, on cria: Vive la Charte ! wve la Chambre des Pairs ! 
A bas les jésuites ! Puis vint la reconnaissance de l'indé-. 
pendance de Saint-Domingue: Il y eut vive opposition ; on 
rappelait les cruautés commises par les noirs et 150 mil- 
lions perdus par les colons français etc. Pourtant la loi fut 
votée par 245 voix contre 77 à la Chambre des Députés. 
et par 135 contre 16 à la Chambre des Pairs, On finit 
par approuver les comptes de :a guerre d’Espagne, en 
déclarant qu'on avait employé dans cette campagne des 
manœuvres frauduleuses. Charles X fut mécontent de 


(1) Dans toute succession, déférée en ligne descendante, si le pro- 
priétaire payant au moins 600 francs d'impôts fonciers n'avait pas 
disposé, par testament, de la quotité disponible, celle-ci serait attribuée, 
à titre de préciput légal, à l'aîné de ses enfants mâles, elle devait se 
prendre de préférence sur les immeubles. Cette loi était demandée par 
MM.de Chateaubriand, de Bonald, etc. M. de Montalembert, lors de la 
discussion, prétendit que dans le Code, les articles relatifs aux succes- 
sions étaient anti-monarchiques. Le ministre de Peyrounnet défendit la 
loi qui fut attaquée au Sénat par MM.Molé et Pasquier, disant qu’elle 
amènerait des désordres en France et qu’elle ne produirait, comme 
en Italie et en Espagne, que des ruines fatales. La discussion dura 
dix jours et vingt-deux orateurs y prirent part. 


=. 


M. de Villèle, qui n'avait pas assez défendu le duc d’Angou- 
lème, et les ultra de ce qu’il n’avait pas justifié leur ami le 
duc de Bellune. On voit que ce malheureux Ministère ne 
savait plus comment agir entre le Roi faible et voulant 
plaire à tout le monde, et l’'Extrême-Droite, s’unissant par- 
fois à la Gauche pour le combattre. On allait jusqu’à le ren- 
dre responsable de la baisse de la rente et du prix du blé (1). 
M. de Villèle, caractère froid, réservé, ferme et sagace, avait 
beau se justifier, avec un grand talent (2), le combat recom- 
mençait toujours (3); il fut très vif lors de Ja discussion: du 
budget des cultes. On attaqua les aumôniers militaires, les 
mandements des évêques, les brochures catholiques, les 
missions (4), la société de Saint-Vincent de Paul etc. (5), et 
surtout les jésuites qui étaient le spectre noir de l'opposi- 
tion ; on leur reprochait d’avoir sous leur direction les 
séminaires, et pourtant ils n'en dirigeaient que sept ; on 
soutenait que leur présence en France était illégale, et qu'on 


(1) Pourtant le Ministère avait augmenté les droits d’entrée sur les 
bestiaux et les chevaux étrangers. | 

(2) Le ministre Canning disait de lui: « C’est une lumière qui 
brille à peu de frais. » 

(3) Il parut une brochure des plus violentes rédigée par MM. Méry 
et Barthelemy, intitulée la Villétiade, où ce ministre était traité de 
Sardanapale, 

(4) L'opposition cherchait toujours à empêcher les missions et à faire 
partir les missionnaires : il y eut des troubles à Lyon, à Brest, à 
Besançon, où on prétendait qu'il n’y avait plus que la vente des cha- 
pelets qui füt prospère. A: Nancy, on demanda au Préfet de jouer 
Tartufe peudant la mission. Le Père de Rauzan qui la dirigeait, 
consulté par ce fonctionnaire, lui dit : « Permettez-leur de le jouer 
tous les jours, on en aura bientôt assez. » 

On avait accordé aux missionnaires l'église du Panthéon; l’un 
d'eux était l’abbé de Salinis. | 

(5) L’Archevêque de Paris ayant refusé les iéaneuss religieux lors 
de l'enterrement de Talma, il y eut une manifestation hostile. 


— 7 — 


devait les expulser (1). Monseigneur de Frayssinous pro- 
nonça trois grands discours pour répondre à ces attaques (2), 
il ne fut pas toujours adroit (3), et la Gauche continua de 
poursuivre le Ministère, espérant bientôt en sonner l’hallali. 
Il y avait une ivresse d'opposition dans l’air, dit Nettement. 
La politique étrangère fournissait de nouvelles armes 
contre lui. En Portugal, le roi Don Jüan VII était mort, 
laissant deux fils : l’âtné Don Pedro devait lui succéder au 
Brésil et laisser son frère Don Miguel gouverner le Portu- 
gal ; la chose ne put s'arranger et ce derniér résolut de 
conquérir sa royauté par la force ; il réunit des insurgés en 

Espagne, Ferdinand les laissa pénétrer en Portugal avec la 


(1) C’est alors que M. Dupin s’écria à propos des Jésuites que cet 
Ordre était une épée dont la poignée était à Rome et la pointe par- 
tout. Ce qui ne l’empêcha pas de porter un cordon du dais lors 
d’une procession au Collège de Saint-Acheul. 

(2) C’est à cette époque que, pour combattre l’hostilité religieuse, 
on fonda la Société des bonnes études. 

(3) Quelques députés du Pas-de-Calais prirent la parole à la Chambre : 
M. Leroux du Châtelet, le 17 mai 1826, prononça un long discours 
à propos du budget ; la Chambre n’en décida pas l’impression. Le 19 
avril, M. de Rosny demanda la parole pour proposer un amendement 
au budget ; demandait qu’on augmentât les droits sur les marbres 
étrangers pour protéger les marbres français (par conséquent ceux 
du Boulonnais); son amendement fut rejeté. M. du Hays, le 20 février, 
parla au sujet d’un article du Journal du Commerce disant que 
la Chambre n’était composée que d’émigrés et de fonctivnnaires, qu’elle 
était inutile et un embarras pour la nation. M. de Salsbury avait 
demandé qu’on citât l'éditeur à la barre de la Chambre. M. du Tertre . 
l’appuya disant que ce n'étaient pas des injures personnelles qu’on puu- 
vait mépriser, mais des attaques au principe même de la Chambre et 
qu'il fallait les empêcher de se renouveler. Le même député figura 
comme rapporteur sur les projets d’acquisition d’une caserne, la 
création d’une école vétérinaire à Toulouse, des emprunts à contracter 
par les villes de St-Quentin et de Montpellier. Le 12 juin 1826, le mar 
quis de Tramecourt prononça un discours pour appuyer un amende- 
ment de M. Durand demandant la diminution des droits sur la bière. 


_— 73 — 
connivence secrète de l'ambassadeur de France. L’Angle- 
terre, qui protégeait Don Pedro, fit débarquer un corps de 
troupes et lord Canning prononça un discours menaçant pour 
la France, il fut bien accueilli en Angleterre, mécontente de 
l'intervention de notre pays en Espagne. Notre ambassa- 
deur dut réclamer et on chercha à atténuer l'effet de ce 
discours. L'opposition en France prit encore prétexte de ces 
difficultés pour attaquer le Gouvernement ; elle lui reprochait 
aussi de conserver des troupes en Espagne, où la situation 
du roi n’était pas encore bien affermie, ainsi que de permettre 
à des officiers français de servir en Egypte quand l'hostilité 
de la Grèce contre la Turquie faisait craindre une guerre. 
prochaine ; M. de Villèle cherchait à l’empêcher au moyen 
d’un congrès (1). Telle était la situation quand le duc de Bor- 


(1) La Révolution française avait fait germer chez les Grecs, depuis 
longtemps soumis aux Turcs, le désir de l'indépendance, et de nom- 
breuses Sociétés secrètes s'étaient formées dans ce but ; mais ce ne 
fut que vers 1821 que, comptant sur les sympathies de l’empereur de 
Russie, les Grecs arborèrent le drapeau de l'indépendance. Après 
des succès obtenus par leur bravoure, ils nommèrent le 1er janvier 
1822 un Congrès national. Le sultan Mahmoud opposa à l’enthousiasme 
des Hellènes le fanatisme des Musulmans. Les Grecs continuèrent 
leurs succès et devinrent maîtres d'une grande partie de leur pays. 
Mahmoud appela à son aide Mohammed Ali, pacha d'Egypte. Celui-ci 
avait organisé, grâce à un officier français, M. de Sèves, une armée 
à l’européenne. Ce souverain envoya son fils Ibrahim avec des troupes. 
Celui-ci eut de grands succès et s’empara de Navarin et de Misso- 
longhi, premières places conquises par les Grecs ; il ravagea et pilla 
leur pays. La Russie, d’abord, avait laissé faire, voyant dans cette 
révolte un mouvement révolutionnaire ; mais, en présence de la bar- 
barie des Turcs, l'opinion publique en Europe et surtout en France 
s’émut. L’Angleterre et la Russie conclurent à Saint-Pétèrsbourg, le 
4 août 1826, un protocole qu'ils espérèrent faire acceptet à Paris, à 
Berlin et à Vienne pour obliger la Turquie à reconnaître que, si la 
Grèce restait sous sa dépendance et lui payait un tribut, elle devien- 
drait libre de s’administrer et nommerait ses autorités ; la Turquie 
accepta le protocole le 7 octobre 4826, mais en disant à Ibrahim 
d'accélérer le plus tôt possible la soumission de la Grèce, 


— 74 — 


deaux ayant atteint l’âge de sept ans, on lui donna comme 
gouverneur le duc de Rivière (1). Le duc de Montmorency 
avait été nommé d’abord, mais il mourut le vendredi-saint 
en faisant dans sa paroisse sa visite aux tombeaux. 

Tous les vingt-cinq ans avait lieu un jubilé universel. 
Léon XIT avait publié, le 8 janvier 1825, une bulle pour en 
indiquer le but et les moyens de gagner les indulgences. En 
principe, il fallait faire le pèlerinage de Rome, mais on pou; 
vait le remplacer par d’autres pratiques indiquées par l’auto- 
rité religieuse. Le Métropolitain de notre diocèse, Monsei- 
gneur de Quélen, archevèque de Paris, annonça le 45 février 
1826, que le Jubilé séculaire ‘aurait lieu dans sa circons- 
cription en 1826. L’Evèque d'Arras (2) publia une lettre 
pastorale le 22 février pour dire que selon l’ordre du Pape, 
il allait le commencer et indiquer les conditions requises 
pour le gagner (3). Le Jubilé devait se clore en octobre, mais 
conformément à une bulle du Souverain Pontife, on le rou- 


(1) On fonda alors à Paris l’établissement royal de Saint-Joseph, 
sous la protection spéciale du duc de Bordeaux, en faveur des classes 
laborieuses, pour leur donner le goût du travail et pour s’occuper de 
leur instruction. Dans tous les départements de jeunes trésoriers furent 
chargés de faire. des collectes; dans l’arrondissement de Boulogne 
C'était M. Auguste Delage. Tous les ans, le 1er mai, anniversaire de 
sa naissance, le jeune prince présidait la réunion des jeunes trésoriers 
et on lui mettait sous les yeux le résultat de leurs efforts. 

(2) Le 8 janvier 1826, l’Evêque avait ordonné de lire la bulle du 
Pape au prône le 2 avril. 

(3) Il fallait se confesser et communier, visiter, dans les six mois 
que devait durer le jubilé, et dans un espace de quinze jours, quatre 
églises ou stations désignées par l'autorité ecclésiastique, y réciter 
cinq Pater et cinq Ave Maria aux intentions du Souverain Pontife. 
L’Evêque d’Arras engagea en outre, sans en faire une obligation, à 
assister à des processions, des saluts et des sermons et à faire des 
jeûnes et des aumônes spéciales. À Arras, les quatre églises désignées 
furent la Cathédrale, Saint-Nicolas, Saint-Etienne et Saint-Joseph 
réunies, Saint-Géry et Saint-Charles réunies, chacune devait organiser 
trois processions. 


LS 


vrit du 40 décembre jusqu’au 10 juin 1827. are 
de la Tour d'Auvergne était rélabli d’une maladie (1), 
disait qu'il en restait encore un levain et que toute cn | 
sérieuse lui était défendue, « mais le premier pasteur n'a pas 
le temps de s’écouter pendant le Carème et le Jubilé, aussi 
va-t-il organiser une retraite ». Elle fit, d’après lui, un bien 
inexprimable, et une première procession du Jubilé fut très 
édifiante; il donna lui-même la sainte Hostie, dans une 
communion générale à la cathédrale. 

À Paris,le Roï et toute la Cour firent leur Jubilé, les auto- 
rités, les magistrats et les troupes y prirent part. Charles X 
alla à Saint-Sulpice, à Saint-Thomas d’Aquin, à Saint Ger- 
main-des-Prés (2); les princes visitèrent d’autres églises. 
Pendant la procession, on s’arrêta à la Chapelle expiatoire. 


Le Gouvernement eut à s’occuper, en 1826, d’une affaire 
importante : le renouvellement des administrations munici- 
pales, nommées en 1821. D’après la loi du 28 pluviose 
an vit et l’Ordonnance royale du 13 janvier 1816, on devait 
les remplacer tous les cinq ans ; aussi le 22 août 1825, le 


(1) Il avait été fort ému d’un procès qu’on lui fit alors pour lui 
contester son nom ; il le gagna en première instance. Le château de 
Fresnes, ancienne résidence des La Tour d'Auvergne, comtes de 
Bouillon, était passé à la famille de Créquy ; il fut vendu nationalement 
et racheté par une descendante des La Tour d'Auvergne, marquise 
de Cissac. Son mari intenta un procès à l’Evêque d’Arras et à ses 
frères Gaudefroy et Melchior pour leur faire défendre de prendre le 
nom de La Tour d'Auvergne. Il perdit son procès en première 
instance. Il en appela et la Cour royale de Paris décida que personne 
n’avait le droit de porter le nom d’Auvergne qui n’existait plus, car 
Marguerite de Salms avait réuni le comté d'Auvergne à la couronne 
de France. La Cour de cassation cassa cet arrêt, et l’Evêque d’Arras 
et ses frères, après une plaidoirie d’Odilon Barot furent autorisés à . 
conserver le nom de La Tour d'Auvergne au lieu de La Tour . 
d’Apchiez qu’on voulait leur faire prendre. 

(2) Le Roi, portant le deuil de son frère, était en violet ce qui fit 
dire qu’il avait reçu la dignité épiscopale en secret, 


= 76 = 


Ministre annonça aux Préfets que cette opération aurait lieu 
probablement en 1826, et qu'ils prissent des renseignements 
sur les fonctionnaires actuels, mais sans publicité et sans 
qu'on parüt sortir de l’administration ordinaire du départe- 
ment. Le 19 octobre 1825, le Ministre de l’intérieur envoya 
une nouvelle circulaire pour dire que décidément ce renou- 
vellement se ferait en 1826 et donner des instructions à ce 
sujet (1). Sous le Ministère Decazes, pour diminuer l'in- 


(1) Les voici : « Monsieur le Préfet, vous recevrez par le même 
courrier mes instructions officielles pour le renouvellement des maires 
et adjoints qui doit s'effectuer au commencement de 1826. | 

Elles vous recommandent d’éviter les mutations nombreuses. Aux 
motifs qu’elles expriment, je dois ajouter qu’en général la composition 
actuelle de l’administration, dans ses diverses branches, laisse peu à 
désirer; que tout y prend de plus en plus de la stabilité, que tout y 
suit une impulsion satisfaisante ; que trop de changements tendraient 
nécessairement à interrompre cet ordre de choses, à agiter l'opinion 
publique, à exciter de l’incertitude, du mécontentement, des plaintes, 
inconvénients toujours fâcheux et qu’il est toujours sage d'éviter. 

Si parmi ces fonctionnaires, il en est qui aient mal administré les 
communes par défaut d’ordre, de soins, de capacité, et à plus forte 
raison par défaut de délicatesse; qui soient déconsidérés ou connus 
par leur irreligion, par des principes contraires au gouvernement 
légitime ; ou qui se trouvent dans l'une des incompatibilités, dans l’un 
des empêchemens rappelés par mes instructions, il importe sans 
doute de leur donner des successeurs; mais hors ces cas, jugés 
d’après des faits, d’après une entière conviction, il convient toujours 
ou presque toujours de continuer les mêmes titulaires, si leur zèle s’y 
montre disposé. 

Vous pourriez prendre pour règle de conduite, sauf quelques excep- 
tions rares et impérieuses, de ne profiter du renouvellement prescrit, 
que pour remplacer les maires et adjoints dont vous auriez provoqué 
la destitution, s’il avait existé de suffisantes preuves de leur incon 
duite, des griefs que vous aviez à leur reprocher. 

Vous agirez d’après ces observations, soit pour les propositions que 
vous aurez à me faire, soit pour les nominations que la loi vous 
attribue. 

Dans le premier cas vos présentations, toutes les fois qu'il s'agira 


nm 


fluence des royalistes dévoués qu’on appelait les ultra, on 
chercha à les exclure non seulement de la Chambre des 
Pairs et ds la Chambre des Députés, mais aussi des fonctions 
publiques. Quand ils n'étaient pas protégés par l'estime de 
leurs concitoyens, on les remplaçait par d'anciens bonapar- 
tistes, des royalistes tièdes, des acquéreurs de biens d'église 
et d’émigrés, en général peu favorables à la Monarchie 
légitime: Les Préfets Malouet et Siméon, et le Secrélaire 
Général Philis (1) dans le Pas-de-Calais, avaient exécuté 


de remplacer les titulaires actuels, ne sauraient être accompagnées de 
trop de renseignemens pour justifier la mesure à l’égard de ceux-ci, 
et pour m'éclairer sur les choix proposés. 

Quant aux nominations qui vous appartiennent, vous avez vu dans 
mes instructions officielles que je n’entends nullement gêner ni retar- 
der l'exercice de ce droit. 

Je désire seulement qu’en répondant à cette lettre et après vous en 
être bien pénétré, vous me fassiez part de vos vues, des nécessités de 
votre position, du nombre approximatif des remplacemens que vous 
jugerez indispensables et en général des motifs qui vous. y déter- 
mineront. 

Il est essentiel que ces apperçus me parviennent dans les premiers 
Jours de novembre, afin que si j'ai des observations à vous faire, vous 
puissiez Îles recevoir avant de procéder aux nominations. » 

(1) M. Philis, dont les royalistes eurent à se plaindre, était né en 
1781, à Soliès en Provence, d’une famille modeste. De 1792 à 1812, 
il fut commis-greffier, puis secrétaire de la municipalité de Soliès. Il 
devint chef de bureau à la préfecture du Var. M. Siméon ayant été 
nommé préfet du Pas-de-Calais, demanda M. Philis comme secrétaire- 
général. Celui-ci était partisan des idées de 1789. Il soutint les roya- 
listes constitutionnels, ses amis, alors opposés aux royalistes purs, 
aussi ceux-ci obtinrent du ministre Corbières sa destitution le 
12 novembre 1823. Ses amis politiques commanditaient l’usine 
Hallette ; ils le firent nommer chef de comptabilité de cet établissement, 
car il était bon administrateur. La Révolution de 1830 naturellement 
lui fut favorable ; il arriva aux sous-préfectures de St-Jean-d’Angely 
et de Péronne et devint conseiller de préfecture à Versailles ; il fut 
mis à la retraite en 4853 et mourut peu après. Il avait épousé à Arras 
Mile Fournier, Comme membre de l’Académie de cette ville, il publia 


= 98 — 


les désirs de leur chef. Quand il fut tombé et remplacé par 
le Ministère de Villèle, celui-ci chercha à réparer ces injus- 
-tices, il ne put le faire que pour üne faible partie, n'ayant 
_ pas l’énergie nécessaire, ne voulant pas revenir sur un fait 
accompli et mécontenter les populations favorables à un 
administrateur peu dévoué à la Monarchie légitime, mais 
remplissant bien ses fonctions. Quant à ceux qui manquaient 
de principes religieux (1), le cléricalisme était l'objet de tant 
d'attaques, que le Ministère n'osait pas les changer d’une 
manière complète. Le Préfet demanda aux Sous-Préfets des 
renseignements et des propositions. Ils devaient envoyer un 
tableau divisé en plusieurs colonnes, indiquant la situalion 
actuelle des maires et adjoints, leurs noms, prénoms, pro- 
fessions, les fonctions publiques ou les honneurs obtenus 
par eux, la date de leur naïissance, s’ils étaient célibataires, 
mariés ou veufs, le nombre de leurs enfants, leur fortune, à 
qui ils avaient succédé et enfin une colonne d'observations 
sur leur zèle, leur fermeté dans les bonnes opinions, la con- 
sidération dont ils jouissaient, leur caractère, la confiance 
qu’ils inspiraient aux royalistes, les services qu'eux et leurs 
familles avaient rendus, et enfin si leur administration avait 
été sage, vigilante et paternelle (2). Pour chaque fonction on 


des travaux sur la statistique du département, l'olivier, les mohnaiés 
obsidionales, les prisons, l'éducation des femmes, et un discours « les 
lettres aiment la liberté ». M. Bollet a écrit une notice sur M. Philis, 
en 1853, elle est insérée dans les mémoires de cette Société qui 
contient aussi des travaux de cet académicien. 

(1) A Desvres, le maire était accusé de faire partie d’uñe Société 
secrète et d’avoir voulu en établir une dans sa commune, d'y faire 
circuler le Rousseau et le Voltaire des campagnes. Il ne mettait, 
disait-on, jamais les pieds à l’église, aussi quoiqu'il fàt bon adminis- 
trateur, il fut changé et l’Evèque écrivit au Préfet, le 15 avril 1826, 
qu'il espérait que son successeur serait en meilleurs termes avec son 
curé, « c'était un bon prêtre, mais il était chaud comme braise ». 

(2) Ces enquêtes ont été conservées : on y trouve de nombreux 
renseignements, parfois contradictoires, sur les administrateurs de 


devait faire trois propositions; la première était celle que le 
Préfet préférait. On consulta les royalistes les plus impor- 
tants et les notabilités ecclésiastiques, comme Mgr de La 
Tour d'Auvergne (1), l'abbé Haffreingue (2), l’abbé Joyez 


cette époque, souvent ils provenaient de lettres anonymes ou étaient 
inspirés par intérêt personnel. A Sus-Saint-Léger, en mars 1826, 
deux conseillers municipaux et trois ou quatre jeunes gens, excités 
par la lecture d’un journal libéral, voulurent faire démissionner le 
maire qui était un brave homme royaliste nommé Létoquart. Ils 
répandirent contre lui un libelle intitulé Avis au Public, qui com- 
mençait ainsi : « Mes chers concitoyens, le moment est bientôt venu 
de dégrader un homme pour qui l’avarice, l’abominable passion d’un 
. gain sordide, la tyrannie et l’orgueil sont les armes dont il se sert pour 
nous administrer. Heureusement, quelques personnes justes et loyales” 
se sont mêlées de prendre les intérêts de la commune ; on ne saurait 
trop les en louer. Courage ! hommes libres et indépendants ! vous qui 
êtes indignés de la conduite astucieuse et hypocrite de ces âmes 
abjectes, viles, sans délicatesse et sans honte qui continuent toujours 
leur train de vie aux dépens de la commune. Mais qu’ils tremblent 
ces indignes satrapes ! Ce n’est qu'après avoir été longtemps chargés 
du poids de leur tyrannie que nous en connaissons les conséquences. 
Tel un orage qui gronde et annonce de grands dangers; aussitôt 
après lui reparaît un beau soleil qui anime le cœur de l’homme ; telle 
serait la joie qui viendrait nous réjouir et énivrer nos cœurs de la 
culbute de nos mauvais administrateurs, etc. » Puis suivait le récit 
de prétendues malversations. On terminait en disant que presque tous 
les habitants étaient prêts à soutenir la plainte. A l’église on prononça 
quelques mots hostiles pendant le sermon et le Vivat in œternum ! 
pour le Roi, mais on n’en connut pas les auteurs. L'administration 
fit faire une enquête par la gendarmerie, elle ne révéla rien. Le Sous- 
Préfet de Saint-Pol ne crut pas devoir accueillir ces plaintes et, le 
23 juin 1826, proposa de révoquer les deux conseillers municipaux 
auteurs de l’Avis au public. | 

(1) Mgr de La Tour d'Auvergne écrivait lé 24 décembre 1825 au 
Préfet : « Pas est comme Athènes, on aurait beau s’y promener en 
plein jour avec une lanterne pour y trouver un homme, on ne serait 
pas plus heureux que Diogène. 

(2) M. Haffreingue écrivait de Bouloghé au Préfet, le 13 janvier 
1826, qu'il craignait, d’après certaines propositions du Sous-Préfet 


— 90 — 
de Saint-Omer (1), etc. Des maires demandaient le change- 
ment de leurs adjoints et ceux-ci accusaient leurs maires, Les 
Sous-Préfets étaient embarrassés, celui de St-Omer écrivait 
à M. Blin de Bourdon le 17 avril 1825 : « Il est impossible 
de donner des assurances positives, car il faudrait pour les 
secondes et troisièmes propositions que je consultasse tous 
les habitants de mon arrondissement, ou que je prisse dans 
les communes des renseignements difficiles à obtenir et dont 
une partie serait erronée. D’autres Sous-Préfets avaient des 
scrupules, qu’on pourrait trouver exagérés. Ainsi le marquis 
d'Humerœuille, Sous-Préfet de Saint-Pol, écrivit au Préfet 
que le maire de X, était à changer, maïs que s’il proposait, 
son remplacement, on dirait que c'était par vengeance, car 
il avait achelé ses biens sous la Révolution. Le Préfet lui 
répondit « que s’il le désirait, il le maintiendrait », il fut 
conservé. Le Préfet Blin de Bourdon était peu énergique, et 
de plus, malade à cette époque, il fit peu de changements (2), 
sauf pour les maires ivrognes (3), mauvais administra- 


L 


qu'il n’eût pas fait tous les changements essentiels demandés par 
l'opinion royaliste et par les intérêts de la Monarchie. Certains fonc: 
tionnajres maintenus seraient une calamité pour la cause royaliste. 
« Notre arrondissement, M. le Préfet, n’est pas le meilleur de votre 
département. Il est donc bien important de profiter de la circonstance 
actuelle pour renforcer le parti royaliste. » 

(1) L'abbé Joyez reprocha à M. Bénard, maire de Calais, d’être 
hautain, arbitraire, etc. 

(2) On proposa pour maire d’Angres, M. de Longueval, sans doute 
un ancêtre du curé de la cathédrale d’Arras. C'était, d’après la proposi- . 
tion, un brave et honnête homme. Sa famille était une des plus ancien- 
nes et des plus considérables du pays. « IL est vrai qu’il a très peu de 
fortune, mais c’est le seul tort qu'on puisse lui reprocher, si toutefois 
c'en est un », disait le Sous-Préfet. A Auchy-les-Moines, le Sous- 
Préfet proposa comme maire M. Grivel, propriétaire de l’usine, pour- 
tant les royalistes et les gens religieux n’en étaient pas partisans (il 
était protestant). | : 

_ (3) Le maire d’Alquines était un ivrogne. Les habitants firent une 
pétition demandant son maintien, car c'était un galant homme qui, 


— 


teurs, en désaccord avec les habitants et les curés (1), où 


disaient-ils, se faisait un vrai plaisir de recevoir ‘et d'accueillir ses 
amis honnêtes gens comme lui. 

A Moncavrelle, les 4er et 2 janvier 1825, en libséncs de l’instituteur, 

on défonça chez lui deux tonneaux de bière ; on cria « Vive l’Empe- 
reur ! » ce qui amena des arrestations ; on insulta le curé au prône 
et, le.15 février 1825, il y eut une mascarade où on tournait en déri- 
sion les cérémonies du baptême. Le curé ayant dit dans: un sermon : 
_« dans un mois nous n’y serons plus tous, » un individu lui cria : 
« et toi non plus ». Le Maire, furieux qu’on ait remplacé, par les 
ordres de l’Evêque, des bancs par des chaises, affectait de ne pas 
mettre les pieds à l’église. Le Sous-Préfet. alla avec deux gendarmes 
à la messe pour y maintenir l’ordre. La tranquillité n’y fut pas 
.troublée. Le Maire fut suspendu, mais il n’était pas facile à remplacer 
car il avait eu une conduite honorable pendant les troubles civils. 
. À. Lillers, le maire fut dénoncé au Préfet, par une lettre anonyme, 
.comme ayant des principes anti-royalistes et anti-religieux. La lettre 
en donnait comme preuve que, lors du passage de la Duchesse de 
. Berry dans cette ville, il s’était refusé à la demande que lui avaient faite 
les pompiers de prendre les armes et, que sans sa négligence, beaucoup 
de jeunes gens se seraient formés en garde d’honneur. De plus, on lui 
reprochait d’avoir prononcé en présence du clergé et de citoyens des 
deux classes de la Société, « sans broncher et avec le calme d’une 
- audace diabolique », lors de la distribution des prix faite au mois d’août 
1825 à l’école mutuelle de Lillers, un discours anti-monarchique et qui 
contenait les injures les plus fortes contre la religion, tellement que le 
doyen de Lillers aurait été obligé d’en réfuter tous les points et qu’une 
discussion très vive se serait . élevée entre lui et le maire. Voici ce 
discours, de nos jours il serait passé inaperçu, mais à cette époque 
les personnes véritablement royalistes et religieuses ne laissaient pas 
passer les attaques contre leurs principes : 

« Messieurs, on ne sauroit trop encourager la jeunesse aie les 
efforts qu’elle fait, pour acquérir. des lumières et de l'instruction. La 
science est le plus beau don qu’on puisse lui offrir. Ce sont les con- 
noissances qui ont civilisé les peuples et qui les ont tirés de l’état 
d’abrutissement où ils étoient plongés. Voici ce qu’étoit l’Europe avant 
la renaissance des lettres et ce qu’elle est devenue depuis leur restau- 
ration. Les siècles de barbarie ont été des temps de désordre et de 
calamités : à mesure que les nations se sont éclairées, leur sort s’est 
amélioré. Pour mettre cette vérité en évidence, il suffit de comparer 


6 


. 92 — 


ayant manifesté publiquement leur peu de sympathie pour 


deux époques de notre histoire : celle de Charles IX et celle de 
Charles X. » 

Suit un tableau de la France : sou le premier de ces rois, on voyait 
régner la corruption, le fanatisme, l’ignorance, l'Inquisition et la 
Saint-Barthélemy. La famine et la peste, d’après lui, se joignirent aux 
horreurs de cette époque. 

» Quel contraste entre cette situation si fâcheuse et celle que pré- 

sente aujourd’hui la France, si heureuse et si riche, sous l’adminis- 
tration d’un prince éclairé, combien es temps sont changés ! Combien 
est plus belle la perspective que nous avons maintenant sous les ÿeux ! 
Les ténèbres qui couvroient la terre sont dissipées ; les peuples sont 
éclairés sur leurs droits et sur leurs devoirs; la tolérance a pris la 
place de la persécution ; les prêtres des différens cultes ont entre eux 
les égards que les ministres d’un Dieu de paix se doivent réciproque- 
ment. Des lois justes ont remplacé des usages barbares, et avec ces 
lois se sont introduites l'humanité et cette urbanité de mœurs qui 
rend le commerce si facile et si liant parmi nous. L'agriculture pros- 
père et le laboureur, à l’ombre de son ormeau ou de sa vigne, bénit 
la sagesse du nouveau Salomon sous lequel il vit. A quoi attribuer, 
Messieurs, tous ces avantages et tous ces bienfaits ? Au seul progrès 
des lumières, nous n’en pouvons douter. Sous la barbarie, les rois 
qui étoient très peu éclairés eux-mêmes, cherchoient à prolonger 
l'ignorance du peuple ; ils la croyoient utile au maintien de leur auto- 
rité. Mais maintenant la philosophie a fait monter la raison sur le 
trône. Le Roi qui nous gouverne a l’esprit orné de toutes les connois- 
sances qui font l'apanage du siècle; il veut voir les lumières se 
propager dans toutes les classes de la société. C’est pour nous confor- 
mer à ses bonnes intentions que nous cherchons à encourager autant 
que nous le pouvons l'instruction publique en distribuant des récom- 
penses à ceux d’entre vous qui se sont le plus distingués. » 

Le Préfet demanda des renseignements au Sous-Préfet de St-Omer, 
le 3 septembre 1825. Relativement à cette affaire, M. Denormandie lui 
envoya, le 4 oetobre 1825, le discours du Maire et la justification de 
celui-ci. Il disait qu’il était royaliste et que s’il avait fait un sombre 
tableau du règne de Charles IX, c'était pour mieux faire ressortir la 
belle perspective que nous présente le règne de Charles X; qu'il ne 
pensait pas offusquer personne en faisant la guerre à l'ignorance ; il 
ne nie pas ses opinions philosophiques, mais si elles sont incompatibles 
avec les fonctions de maire, qu’on fasse un autre choix, Il ‘fut main- 


la Monarchie légitime (1), la plupart des autres furent main: 
tenus. Et ce fut regrettable, car ils en eurent peu de recon- 
naissance et leur influence lors des élections fut souvent 
funeste. Le 18 janvier 1826, le Ministre envoya la proposi- 
tion des administrateurs que le Roi devait nommer, les 
voici: À Arras, le baron Léopoid de Hauteclocque {2), 
ayant pour adjoints MM. Linque Augustin (3), et Bénard 


tenu, bien que le Sous-Préfet eût écrit : « Ces deux pièces parlent 
d’elles-mêmes, je n’y ajouterai rien. » 

A Saint-Pol, M. de Corbehem ne désirait pas continuer ses fonc- 
tions de maire, on proposait pour le de M. Daverdoingt et 
M. Willemetz adjoint. 

(1 p. 81) A Berck, le Maire fut révoqué le 3 octobre1825 ; il avait été 
condamné, le 24 mars, par le tribunal de Montreuil, à un mois d’em- 
prisonnement, 400 fr. d'amende et aux frais, pour avoir, par des 
désordres et voies de fait, troublé et suspendu dans l’église de Berck 
la célébration de la sainte messe. En appel, la prison fut réduite à six 
jours. Le Préfet ordonna une enquête administrative. M. de La Fon- 
taine Solarre y comparut et déclara que le maire était un brave et 
honnête homme, pensant très bien, bon royaliste, s’étant bien conduit 
pendant les Cent Jours. Il s’était brouillé, disait-il, avec le curé, 
homme sans expérience qui voulait, ainsi que les habitants, qu’on 
reconstruisit le presbytère. Ce n'était pas l’avis du maire ; de là une 
scène entre le curé, le maire et un de ses parents au sujet d’une place 
à l’église, ce qui amena un procès et une condamnation. | 

(4) Chez un maire des environs de Saint-Pol, après un copieux 
dîner, on attacha une corde au buste de Charles X et on le traîna 
autour de la table. Il y eut une enquête de la gendarmerie. Pour un 
maire nommé par le gouvernement, c'était une étrange façon d'agir. 

(2) Membre du Conseil municipal et de la Commission des hospices, 
ancien officier d’infanterie né en 4795, 12,000 fr. de rentes. Le titu- 
laire, M. Mayoul de Sus-Saint-Léger, avait déclaré ne pas vouloir 
continuer ses fonctions. Les deux autres candidats proposés étaient 
MM. Vaast d’Hendecourt, conseiller d’arrondissement et de OO 
propriétaire. 

_ (3) Déjà 4er adjoint, né en 1751, marié, autrefois receveur des 

finances à Arras, puis commissaire de police, 4,000 fr. de revenu, 
jouissant de l’estime générale, zélé dans l’exercice de ses fonctions, 
principes purs. On proposa aussi MM. Fagniez, négociant, et dg 
Raulin, rentier. 


Qt 


Marie Michel (1). A Saint-Omer, M. Lesergeant de Bayen- 
ghem, Fidèle-Henri-François-Marie (2), ayant pour adjoints 
MM. Gaddeblé Pierre-Alexis (3) et Siriez de Bergues 
François-Marie (4). A Boulogne, M. Vasseur Pierre (5), 

ayant pour adjoints MM. Dutertre Pierre-Daniel (6) et 


(1) Membre du Conseil municipal, ancien président du tribunal de 
Commerce, né en 17175, huit enfants, négociant, 10,000 fr. de rentes, 
succéda à M. Cot qui avait déclaré ne pas vouloir continuer ses fonc- 
tions. On proposa également MM. Hovine, notaire, et d’Hagerue, 
conseiller municipal. 

(2) Déjà maire, ancien officier, membre du Conseil général, cheva- 
lier de la Légion d'honneur, né en 1786, quatre enfants, 45,000 francs 
de rentes, opinions saines, administration sage, vigilante et paternelle 
qui lui a mérité l'attachement de ses concitoyens. On proposa égale- 
ment MM. Gaddeblé et Siriez, de Bergues. Le 4er novembre 1825, le 
Sous-Préfet de Saint-Omer écrivait au Préfet : « M. Lesergeant, 
comme chef de l'administration municipale, a constamment fait preuve 
d’un grand intérêt pour le bien public et d’un parfait désintéressement 
pour lui-même ; les qualités de son cœur sont secondées par la rectitude 
de son jugement et la profondeur de ses connaissances ; aussi modeste 
que zélé, il n’a d’autre ambition que de bien faire ; quand il peut être 
utile, il ne craint ni fatigues, ni dépenses, etc.» 

(3) Propriétaire, né en 17175, cinq enfants, 8,000 fr. de rentes, déjà 
adjoint, zélé dans l'exercice de ses fonctions. On proposa également 
MM. Siriez de Bergues et Le François de Marcouville, propriétaire. 

(4) Propriétaire, né en 1774, déjà adjoint, 5,000 fr. de rentes. On 
proposa également MM. Le François de Marconville et Enlart de 
Guémy. 

($) Maire, chevalier de la Légion d'honneur, né en 1710, quatre 
enfants, 1,200 fr. de rentes, a commandé la garde nationale, a pour 
lui ses bonnes opinions et l'estime de ses administrés. On proposa 
également M. Cousin d'Hoyer, 6.000 fr. de rentes, capitaine de la 
garde nationale et président du tribunal de Commerce. Le parti roya- 
liste et clérical lui était favorable à cause de la fermeté de ses opinions 
monarchistes et religieuses, et le contre amiral en retraite, Wattier, 
officier de la Légion d'honneur, chevalier de St-Louis, veuf, 40,000 fr. 
de rentes. 

(6) “Déjà adjoint, chevalier de la Légion d'honneur, veuf, Six 
enfants, notaire et avocat, 4,000 fr. de rentes, recommandable par 
son expérience et l’estime dont il jouit. 


LR at . 


= 06 = 


_ Lorgnié Alexis (1). A:Béthune, M. le marquis de Baynast 
de Sept-Fontaines Alexandre-Maximilien-Guislain (2), avec 
pour adjoints MM. Dupierre Pierre- Antoine (3) et Delautel 
Stanislas - François - Joseph (4). A (Calais, M. Bénard 
Antoine (5), avec pour adjoints Dupont de Lens Pierre 
Henri (6) et Leveux Jacques (7). A Aire, M. Dallennes 


(1) Déjà adjoint, né en 1770, propriétaire, un enfant, 10,000 fr. 
de rentes, recommandable par ses bons principes et l'estime dont 
il jouit. 

(2) Chevalier de Saint-Louis, électeur du département, conseiller 
d'arrondissement, né en 1767, un enfant, page de la grande écurie, 
sous-lieutenant au régiment de la Vieille Marine, 48,000 fr. de rentes; 
a succédé à M. Delalleau, qui se retira à cause de ses infirmités et vu 
son âge. Il était protégé par l’Evêque ; on lui devait en grande partie 
l'établissement des frères à Béthune. On proposa également pour 
maire M. Herreng, notaire, et M. Brassart, commerçant. 

(3) Notaire, né en 1764, quatre enfants, 7,000 fr. de rentes, zélé 
dans l’exercice de ses fonctions, opinions et principes purs. On pro- 
posa également M. Barra-Brasseur, conseiller municipal, administra- 
teur de l’hospice, et M. Hulleu, commissaire-priseur. 

(4) Avocat, né en 1791, célibataire, 5,000 fr. de rentes. M. de Bel- 
lonnet, son prédécesseur, avait déclaré qu'il ne pouvait continuer ses 
fonctions. On proposa avec lui MM. Blin de Mutrel, ancien officier 
d'infanterie, et Brazier Humez, brasseur, administrateur de l'hospice. 

(5) Déjà maire, membre de la Légion d'honneur, négociant, céliba- 
taire, 3,000 francs de rentes, recommandable par son zèle, son expé- 
rience, sa fermeté, ses bonnes opinions. On proposa également 
M. Isaac aîné, né en 4770, conseiller municipal, juge au tribunal de 
Commerce, négociant, marié, un enfant; et M. Gaspard Pigault de 
Beaupré, conseiller municipal, administrateur de l'hospice, né en 
1782, marié, trois enfants, 16,900 fr. de rentes. | 

(6) Déjà adjoint, né en 1734, trois enfants, négociant, 5,000 fr. de 
rentes. La haute considération dont ül jouit est due à de très anciens 
services. On proposa également MM. Carclu, négociant, et Guillebert, 
négociant. 

(7) Déjà adjoint, né en 1784, célibataire, négociant, 3,000 fr. de 
rentes. Est recommandé par les services de son père comme maire de 
Calais, son zèle, son désir d’être utile et ses bonnes opinions. On 
proposa également MM. Sagot, courtier de commerce et conseiller 
municipal, et François, notaire. | 


— 86 — 


Charlemagne Joseph (1), avec pour adjoints M. de Werbier 

Louis-Nicolas-Marie (2) et Jouvet Nicolas-Bastien (3). 
L'installation de ces fonctionnaires eut lieu en général 

avec solemnité (4), surtout à Arras, Saint-Omer (5), 


(1) Propriétaire et maire, né en 1772, marié, 2,400 fr, de rentes. Opi- 
nions saines, administration sage, vigilante et paternelle. On proposa 
également M. de Werbier, propriétaire, chevalier de Saint-Louis, 
conseiller municipal, et M. Martel, notaire et conseiller municipal. 

(2) Déjà adjoint, propriétaire, quatre enfants, 5,000 fr. de rentes, 
opinions saines, zélé dans l'exercice de ses fonctions ; succéda au 
comte de Ghistelle qui avait déclaré ne plus pouvoir continuer ses 
fonctions. On proposa également MM. Martel et Enlart de Guemy, 
conseiller municipal et officier de la Garde nationale. 

(3) Ancien lieutenant-colonel, chevalier de la Légion d’honneur, 
quatre enfants; succéda à M. Delalleau dont les opinions étaient dou- 
teuses, le caractère peu conciliant et n’ayant en aucune manière acquis 
la confiance des royalistes. On proposa également MM. Poillon et 
Delbende, marchand de fer et conseiller municipal. 

(4) Pour cette installation, le Préfet envoya une circulaire aux 
Maires ; si c'était nécessaire, on devait leur faire parvenir. des instruc- 
tions particulières. 

(5) L’an mil huit cent vingt-six, le deux février à onze heures du 
matin, M. le Sous-Préfet de l’arrondissement de Saint-Omer, accom- 
pagné de M. le Maire et de MM. les Adjoints, s’est rendu d’une des 
salles de la mairie dans la grande salle des séances publiques, où 
étaient réunies les autorités civiles, militaires, judiciaires, les membres 
du clergé, les conseillers municipaux, les principaux habitants, le : 
commissaire de police, les élèves des écoles chrétiennes, ayant à leur 
tête leurs respectables maîtres. Le corps des sapeurs-pompiers en 
grande tenue formäit la haye. La musique, à l'entrée du Magistrat 
président a exécuté l’air : « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa 
famille ? » 

M. le Sous-Préfet, ayant à sa droite M. Lesergeant de Bayenghem et 
à sa gauche MM. Gaddeblé et Siriez de Berghes, a déclaré la séance 
ouverte et a prononcé le discours suivant : 


« Messieurs, 

« Je vous apporte l’expression de la volonté du Roi, et cette volonté 
est un bienfait pour la population que vous représentez. L'expérience 
de huit années garantit pour einq ans encore à la ville de Saint-Omer 
une administration paternelle. Les affaires publiques et les intérêts 


— 87 — 


Béthune (1) et Aire (2). Le vicomte Blin de Bourdon envoya 


des habitans continueront à être l’objet d’une sollicitude entière et 
infatigable. Les droits de la ville seront maintenus avec fermeté, ses 
intérêts seront soignés avec ordre et économié. 

« Consacrer sans ambition et sans aucun intérêt personnel tout son 
temps à la prospérité de sa ville et au bien être de ses concitoyens ; 
méditer la formation d’utiles établissements, en surveiller l’exécution, 
apporter aux détails de l’administration toutes les améliorations dési- 
rables ; oublier le besoin du repos des nuits, s'il s’agit de préparatifs 
à faire pour la réception d’une princesse auguste, de détails à régler 
pour son séjour ; employer les momens d’une courte absence à solli- 
citer pour la ville un avantage dont on ne doit retirer pour soi que 
des fatigues et des sacrifices, ce sont déjà, Messieurs, de beaux titres 
à la reconnaissance. 

« MM. Lesergeant, Gaddeblé et Siriez de Berghes trouvent leur 
récompense dans la satisfaction d’avoir fait le bien. Ils la trouvent 
aussi dans la confiance qu’ils vous inspirent. 

-« Cette confiance précieuse leur est particulièrement nécessaire 
dans un temps où une source de prospérité que la ville doit sans doute 
ea partie au bon esprit de ses habitans, va être pour l’administration 
municipale une source de difficultés. Vous la leur continuerez, car les 
mêmes sentimens vous animent. La prospérité de notre ville est aussi 
l’objet de vos désirs et de vos méditations et comme eux vous êtes 
dévoués au Roi dont les actes sont aussi bienfaisants que les paroles 
sont douces, que le sourire est affable ». 

Après ce discours qui a été suivi des cris réitérés de vive le Roi, M. le 
Sous-Préfet a donné lecture de l’ordonnance du Roi du 18 janvier. 

Pendant cette cérémonie la musique des pompiers a exécuté des 
symphonies. 

Après la prestation de serment, M. le Maire a prononcé le discours 
suivant qui a été vivement applaudi et accompagné des cris de : Vive 
le Roi ! Vivent les Bourbons ! qui ont été répétés avec enthousiasme 
par le grand nombre d’habitans qui, par le défaut d’espace n’avaient 
pas pu pénétrer dans le local des séances. 


« Monsieur le Sous-Préfet 
et Messieurs les Conseillers municipaux, 

« Le Roi en daignant m'appeler de nouveau à la tête de l’adminis- 
tration municipale avec mes anciens collègues, nous donne un témoi- 
gnage de la continuation d’une confiance qui nous est infiniment pré- 
cieuse, Nous y trouvons un puissant encouragement pour remplir nos 


_— 88 — 


le procès-verbal de ces cérémonies. Tous les maires et 


b 


fonctions avec zèle et donner à sa Majesté de nouvelles preuves de 
notre dévouement. 

« Quant à moi, Messieurs, mon premier devoir est de continuer de 
servir notre Monarque bienaimé, comme il veut l’être, en maintenant 
la suricte exécution des lois, je saurai le remplir. L'autorité munici- 
pale n’étant qu’une magistrature de famille, je me montrerai toujours 
le défenseur de mes administrés, parce que j'en suis le père, mes 
soins pour veiller à leurs intérêts continueront donc d’être de tous les 
jours, de tous les instants. 

« Mes collègues et moi, sommes dévoués réciproquement et par devoir 
et par affection à la prospérité de la ville de Saint-Omer. Le même zèle 
nous anime, les mêmes intentions nous dirigent et ne cesseront de 
nous diriger. 

« Comme eux et avec eux, je me repose avec confiance sur la con- 
tinuation de cette bienveillance dont le Gonseil municipal nous a honoré. 
jusqu'ici. Uni plus étroitement à ses travaux, il m’est quelquefois 
arrivé d'apporter dans son sein le faible tribut de mes observations. 
Je m’applaudis d’avoir toujours en retour recueilli avec usure les 
fruits précieux de son expérience, j'ai trop à me féliciter, dans l’inté- 
rêt de la cité de ces utiles et agréables relations pour ne pas vous 
exprimer le désir de les voir de plus en plus s’accroître et s'étendre. 

« C’est alors, Messieurs, que je me croirai autant heureux qu'il est 
possible de l’être à la tête d’une administration publique, puisque si 
d’une part, Je trouve au milieu de vous les jouissances de famille, je 
ne puis de l’autre douter du maintien des rapports flatteurs qui me 
sont assurés de la part de l’autorité qui m'est immédiatement 
supérieure. | | 

« Je n’ambitionne rien au delà, si ce n’est l'estime et l’attachement 
si prononcés et si justement mérités que ses administrés lui portent, 
sentiments qu’il serait impossible de refuser à son administration 
douce et paternelle. | 

« Ainsi, Messieurs, les différents degrés de l’administration forme-. 
ront un seul et même faisceau dans l'intérêt du bien public, ainsi la 
cause de la Monarchie sera franchement soutenue, et s’il y avait lieu, 
vigoureusement défendue ; ainsi en un mot tous les sentiments nobles 
et généreux seront confondus et nous,n’aurons tous qu’une même 
pensée, qu un seul cri d’amour qui sera toujours celui du ralliement 
de notre cité fidèle. 

« Vive le Roi !‘Vivent les Bourbons ! | 

La musique a terminé cette fête de famille par des airs choisis qui 


, 


— 89 — 


adjoints devaient prêter le serment suivant : « Je jure fidé- 


ont été suivis d’acclamations de joie les plus vives et les plus franches. 

(1 p. 87) Procès-verbal d'installation de M. de Baynast, en qualité 
de Maire de la ville de Béthune, et de MM. Dufresne et Delautel, en 
qualité d’adjoints. 

L'an mil huit cent vingt-six, le samedi vingt-huit janvier, par suite 
des invitations de M. le Sous-Préfet et de M. l’Adjoint à la mairie, 
faisant fonctions de Maire, se sont réunis à l’Hôtel-de-Ville de Béthune, . 
MM. les Membres du tribunal, M. le Lieutenant de Roi, M. le Juge de 
paix et ses suppléans, M le Curé et MM. ses Vicaires, M. le Comman- 
dant du génie, MM. les Commandant et Capitaine d’artillerie ; MM. les 
Membres du Conseil municipal, les Administrateurs de l’hospice, 
ceux du Bureau de bienfaisance, MM. les Directeurs et employés de 
l’Enregistrement et des Contributions indirectes, M. l’Officier de gen- 
darmerie, ceux de la Garde nationale, le Commissaire de police et 
beaucoup d’autres habitans notables. | 

A deux heures précises, le Sous-Préfet s’est rendu à l’Hôtel-de- 
Ville, accompagné de MM. de Baynast, Dufresne et Delautel, nommés 
ci-dessus. Peu de temps après, toutes les personnes invitées étant 
réunies, le Sous-Préfet a prononcé le discours suivant : | 


« Messieurs, 


« Le motif qui nous réunit ici, est du plus grand intérêt pour la ville 
de Béthune, et j’oserai même dire qu'il intéresse chacun de nous. Des 
qualités personnelles d'un Maire, dépend la bonne ou la mauvaise 
administration de sa commune. On ne saurait donc apporter trop 
d’attention dans le choix d’un semblable fonctionnaire. Celui que le 
Roi a mis à la tête de cette ville, Messieurs, a tout ce qu'il faut pour 
bien remplir cette place ; et vous mêmes, j'en suis sûr, en tomherez 
d'accord. M. de Baynast, par le rang qu'il tient dans la société, par. 
sa fortune, son indépendancé, son dévoùment aux Bourbons, et son 
devoir bien prononcé d’être utile à ses concitoyens, est digne des 
fonctions honorables qui lui ont été confiées. Il a, surtout, une qualité 
bien précieuse ; c’est un amour sincère de la justice. Un fonctionnaire 
que cet amour inspire, ne peut que bien administrer, Etranger aux 
considérations personnelles, aux prières, aux recommandations qui 
ont tant d'influence sur la plupart des hommes, il ne se détermine que 
par ce qu’il croit juste, et rend à chacun ce qui lui est dù. 

« Le fonctionnaire que M. Baynast va remplacer, Messieurs, emporte 
avec lui, des connaissances précieuses et une grande expérience. 
Dans le cours d’une longue administration, M, Delalleau a fait beau- 


— 90 — 


lité au Roi, obéissance à la charte constitutionnelle et aux 
lois du royaume. » 


coup de choses utiles. La restauration de l’Hôtel-de-Ville, la construc- 
tion d’une maison curiale, l’établissement de bâtimens sur le mar- 
ché aux poissons ; la construction d’un abattoir, celle de la gare. 
Tout cela, il faut en convenir, est bien conçu et bien exécuté. Je sais 
que plusieurs personnes ont blâmé la construction de la gare, et 
qu'elles auraient désiré que l’on conservât l’ancienne; mais elles 
n'ont pas considéré que par l'établissement du canal, l’ancien bassin 
était devenu insuffisant, et qu’il était d’ailleurs d’un abord difficile et 
incommode ; tandis que le nouveau réunit tous les avantages désira- 
bles. Il contribuera même beaucoup à l’embellissement de la ville, et 
ce n’est point une chose à dédaigner. 

« Tous ces travaux, Messieurs, ont eu lieu avec le concours de beau- 
coup d’entre vous. Le mêmé concours sera encore nécessaire pour 
achever ce qui n’est pas terminé et former de nouvelles entreprises 
également utiles. M. de Baynast et moi, nous le réclamons .avec con- 
fiance. 

« Je doisicitémoigner ma reconnaissance à M. Dufresne, qui malgré 
ses nombreuses occupations, a consenti à continuer les fonctions de 
premier adjoint, et même à faire l'intérim de la mairie. | 

« J’ai regretté beaucoup que M. de Bellonet n’ait pas voalu rester 

en place. La manière dont il s’était acquitté des fonctions d’adjoint, 
faisait désirer qu’il les conservât ; mais du moins un espoir nous 
reste : M. de Bellonet est dans toute la force de la jeunesse ; et quel- 
que jour, il pourra bien rentrer dans la carrière qu’il a parcourue 
d’une manière si honorable. 
. v Si quelque chose peut nous consoler de sa perte, c'est le choix de 
son remplaçant. Tant qu’il y a eu des doutes sur le candidat, les opi- 
nions se sont partagées ; mais dès qu'on a su que M. Delautel était 
nommé, il n’y a plus eu qu’une voix sur son mérite et sa capacité. 

» Les autorités municipales ainsi composées, Messieurs, tout nous 
présage le succès. J’y compte fermement, et je ferai tout ce qui 
dépendra de moi pour concourir à cet heureux résultat. Oui, Monsieur 
le Maire, vous me trouverez toujours disposé à tout faire pour vous 
rendre vos fonctions agréables et assurer le service du Roi, ma place 
m'en fait un devoir, je le sais; mais le bon esprit des habitans de 
cette ville, rend ce devoir aisé. Ce bon esprit est connu partout. Avant 
que je vinsse ici, on m’en avait déjà parlé ; et j’ai eu le honheur inap- 
préciable d'entendre nos Princes eux-mêmes rendre justice à ces bons 


= 0 — 


Les nominations que devait faire le Préfet tardèrent un 
peu et il écrivit au Sous-Préfet de Boulogne, le 27 février 


sentimens. Bientôt, Monsieur le Maire, vous aurez le même avantage. 
Madame doit venir l’été prochain à Béthune. En votre nouvelle qualité, 
vous êtes appelé à l’honneur de la complimenter, et vous recueillerez 
de la bouche de cette Auguste Princesse, les paroles les plus douces 
et les plus flatteuses. Depuis longtems, vous savez combien les Bour- 
bons sont affables, et combien ils méritent d’être aimés ; mais vous 
en acquerrez une nouvelle preuve dans cette circonstance ; et subju- 
gué par tant de graces et de bontés, vous vous écrierez avec nous, et 
du fond du. cœur : Vivent à jamais les Bourbons, pour le bonheur de 
la France ! » 
M. de Baynast a répondu : 


« Messieurs, 


« Je suis loin de m’énorgueillir de la bonne opinion qu’a de moi un 
Magistrat depuis longtems versé dans l’administration et dont les 
qualités du cœur répondent à celles de l’esprit ; et je ne viens pas au 
milieu de vous avec une présomption de talens qui fait que quelque 
fois l’on s’égare, mais avec la loyauté d’un homme désireux de faire 
le bien. Tuteur d’une nombreuse famille, dont vous êtes le conseil, je 
pe chercherai jamais que son bonheur, à l’aide de vos lumières et de 
votre confiance que je m’efforcerai de mériter. M. Dufresne, dont le 
savoir ainsi que l'attachement à ses concitoyens sont assez connus, 
m'apprendra, je l’espère, à connaître l’esprit et les besoins des habi- 
tans de cette cité qu’il administre depuis bien des années. Comme moi, 
M. Delautel débute : Si sa modestie m’empêche de vous entretenir de 
ses talens, je ne puis me taire sur son cœur, et ne pas avancer que 
celui qui est bon fils, bon frère et bon ami, ne peut être que bon 
citoyen, que bon administrateur. 

« Je profite de cette occasion, où des fonctionnaires respectables 
honorent de leur présence notre installation, pour leur témoigner ma 
sensibilité et mon désir de n’avoir avec eux que des relations agréa- 
bles. Mais, comment en troubler l’harmonie ? Nos vœux ne tendent-ils 
pas à unir le bien du service de notre bien-aimé souverain, avec 
l'intérêt de ses sujets soumis et dévoués ? 

« Je croirais, Messieurs, n'avoir pas rempli vos intentions, si je ne 
faisais ici mention de M. le Préfet de ce département. A peine étàit-il 
arrivé dans ce pays, qu’il le parcourut. Vous l’avez vu, Messieurs, et 
vous avez pu juger s’il n’était pas entré dans tous les détails regar- 
dant cette ville. Depuis, les feuilles publiques vous ont appris les 


— 92 — 


1826, que ses états de proposition n'étaient pas assez claire- 


secours qu'il a obtenus de la munificence roypie en faveur des pauvres 
incendiés et des églises. 

« Par ce qu’il a déjà fait, ne sommes-nous pas en droit de bien 
augurer de tout ce qu'il fera ? Rendons donc grace, Messieurs, à notre 
Auguste Monarque qui, dans ses bontés intarissables, nous a donné un 
magistrat dont les sentimens généreux sont un sùr garant de notre 
félicité. Peut-être devons-nous ce bienfait au dévoùment que cet 
arrondissement a fait éclater au départ et au retour de la famille des 
Bourbons, l’âme de notre belle Patrie. Béthune en donna l’exemple. 
C’est du moins à cette conduite admirable que nous devons ces paroles 
sorties de la bouche du Prince, aujourd’hui notre Roi: « Béthune et 
le pays de Lalleu partagent, avec Bordeaux, l’honneur de la Restaura- 
tion ». 

Ces discours terminés, le Sous-Préfet a donné lecture de l’ordon- 
nance royale du 18 janvier présent mois. 

(2 p. 87) Discours adressé au Conseil municipal de la ville d’Aire, 
par le Sous-Préfet de Saint-Omer. 


« Messieurs, 
« La volonté du Roi place de nouveau M. Dsllenties à la tête de 


l’administration de cette ville. Ce n’est point à vous qu'il faut 
apprendre que cet acte est un bienfait pour la cité entière. Le maire 
que le Roi vous conserve avait été appelé au poste qu’il oceupe par 
l'estime et la confiance des ses concitoyens et LE, reconnaissance a 
demandé qu'il y füt maintenu. 

« Il avait accepté des fonctions par soumission et dévouement au 
Roi et par zèle pour le bien public, et les mêmes sentimens toujours 
aussi purs l’ont décidé à continuer de leur sacrifier son temps et une 
liberté que ses affections lui avaient rendue chère. 

« Deux nouveaux collègues lui sont adjoints. L'un, après avoir 
honcrablement subi l’épreuve de la fidélité, a consacré son épée au 
maintien de la tranquillité publique. L'autre à parcouru avec honneur 
la carrière de la gloire, et l'éclat de ses services militaires va rejaillir 
sur ses nobles fonctions. | 

« Une administration ferme et douce, sage et active. résultera de 
l’union de ces trois magistrats, de leur accord avec le Conseil muni- 
cipal, de la facilité de leurs relations avec les autorités militaires, et 
en travaillant à la prospérité de leur ville, ils continueront à servir 
dignement le monarque qui emploie tous ses momens à rendre ses 
sujets heureux. _—— —— | 


= 09 = 


ment formés et que pour éviter toute méprise, il fallait Îles 
séparer davantage et numéroter les noms des candidats par 
ordre de présentation. Le Ministre avait prescrit aux Préfets 
le 28 octobre 1825, de lui faire parvenir les nominations au 
plus tard dans le courant de. juin 1826, et le 10 juillet il 
envoya ure lettre de rappel. 

Le mercredi 25 janvier 1826, il y eut l’installation de 
la nouvelle administration municipale d'Arras. On donna à 
cette cérémonie üne grande solennilé : elle eut lieu à l'Hôtel- 
de-Ville. Sur les invitations de M. le Préfet et de M. Linque, 
premier adjoint faisant les. fonctions de Maire, toutes les 
notabilités de la ville, les fonctionnaires, les magistrats, les 
membres du Conseil municipal (1), des Hospices et du 
Bureau de bienfaisance, le Receveur général ét le Payeur, 
les Officiers supérieurs en aclivité et en retraite, l’abbé 
Lallart, doyen du Chapitre avec d’autres membres du 
clergé, le baron de Coupigny, député et le marquis de 
Lejosne Contay, MM. de Sus-Saint-Léger, ancien maire, 
de Canettenont, de Beauval, de Valicourt, de Richebourg, 
de Boiry, de Raulin, etc., étaient présents. A midi, M. le 
Préfet, accompagné des Conseillers de Préfecture et du 
Secrétaire général, arriva à la réunion, où s'étaient déjà 
rendus le baron de Hauteclocque (2) et MM. Linque et 


(1) L'abbé Dubois, professeur de théologie au grand séminaire 
d'Arras avait été nommé conseiller municipal de cette ville. 

(2) Léopold-Valentin-François de Hauteclocque, chevalier puis 
baron de Hauteclocque, naquit au château de Wail (Pas-de-Calais) le 
20 juillet 1797, de François-Louis de Hauteclocque, chevalier, membre 
du corps de la noblesse d’Artois et de sa seconde femme, Catherine- 
Philippine-Julie Monet de Lamarck. 

Après plusieurs années passées à Paris, dans l'institution de M. Le- 
moine, officier d’Académie, et dont plusieurs professeurs faisaient 
partie de l’Institut, il en sortit en 1814 et ce chef d'institution disait de 
lui qu'il avait une grande facilité pour apprendre, qu'il était vif, 
actif, qu’il marchait rapidement dans la carrière des succès et arriverait 
où il voudrait. 

- Les premiers actes politiques de sa vie furent d'aller à Cambrai, 


— bd — 


Bénard (1). Le Sécrétaire général donna lecture de l'Ordon- 


avec les jeunes gens d’Arras, en 1815, au devant du commissaire 
royal et de signer une adresse des gentilhommes de. la province 
d'Artois à S. M. Louis XVIII. Elle fut présentée et lue par le duc de 
Lévis ; celui-ci demanda pour eux la décoration du Lys et le 14 juin 
1814, il écrivit qu’elle leur était accordée, il ajoutait qu’il avait été très 
flatté d’avoir été dans cette occasion l’organe d’un corps aussi roya- 
liste ct qu’il les en remerciait. Le 12 juillet 1815, M. L. de Hauteclocque 
fut nommé provisoirement lieutenant dans la garde nationale de 
l’arrondissement de St-Pol. On reconnaissait, disait-on, son zèle et 
son dévouement pour le service du Roi, c’étaient de surs garants de 
l'exactitude avec laquelle il remplirait ses fonctions. Le 11 août 1815, 
il sollicita une sous-lieutenance dans la cavalerie, le Ministre lui 
répondit que l’avancement était suspendu et qu’il n’y avait plus de 
place. Le 12 février 1816, le baron de Coupigny, inspecteur général 
des gardes nationaux du Pas-de-Calais, avec l’autorisation du comte 
d’Artois, colonel général, le maintint dans son grade de lieutenant et 
l’autorisa à porter la décoration du Lys en attendant que le livret lui 
en füt délivré conformément à son ordre du jour du 14 février 1816, 

M. L. de Hauteclocque obtint le 42 mars 1816, d’être nommé sous- 
lieutenant à la suite dans la légion du Pas-de-Calais ; il fut‘confirmé 
par le Roi dans son grade le 24 août 1816. II était en garnison à 
Metz quand le 20 février 1820, il fut (sur sa demande) mis en non- 
activité sans solde pour faiblesse de constitution et cessa de faire 
partie de l’armée le 17.mai 1822. Ses camarades, le 21 septembre 1819, 
exprimèrent par écrit les regrets que leur causait son départ, sa con- 
duite irréprochable lui avait mérité leur estime et ne laissait aucun 
doute sur ses sentiments d'honneur et de loyauté ; son colonel, le 
comte de Polverel lui exprima aussi ses regrets le 23 mars 4820, per- 
suadé que si le trône était menacé il seconderait tous les loyaux Fran- 
çais pour défendre avec eux la monarchie et la famille royale, si 
bonne, si noble et pourtant si malheureuse et qu’il se trouverait avec 
lui sous le même étendard (c’est ce que fit M. de Hauteclocque). Le 
Conseil d'administration de son régiment déclara rendre à M. Haute- 
clocque la justice qu’il mérite en certifiant que pendant le temps qu'il 
a passé dans la légion du Pas-de-Calais, il a rempli ses devoirs avec 
zèle et dévouement et qu’en quittant ce corps il a emporté l’estime de 
ses chefs et l’amitié de ses camarades (Lyon, 16 août 1821). 

En janvier 1822, M. de Hauteclocque sollicita une sous-préfecture, 
pensant, dit le-baron de Sède, servir plus utilement son pays dans la 


«0h = 


nance royale du 18 janvier 1826, qui leur conférait les fonc- 
tions de Maire et Adjoints. Après cette lecture, le Préfet 
prononça un discours (1). Le baron de Hauteclocque y 


vie civile et par le travail intellectuel dont il avait pris de bonne heure 
la sérieuse et féconde habitude. Le Ministre lui répondit qu’il n’y avait 
pas de vacances et que beaucoup d’anciens. sous-préfets demandaient 
à être employés, il serait donc obligé d’attendre longtemps. Il préféra 
rester chez lui, se mêla à la politique. Il avait publié en 1820 un Appel 
aux Electeurs que nous avons reproduit. Cet écrit, dit le baron de Sède, 
eut un retentissement légitime. A l'élégance classique, à la chaleur, 
à la vigueur du style se joignent les accents patriotiques et religieux 
du jeune publiciste. 

Il fut nommé commissaire pour un bal donné à Arras par les jeunes 
gens, le 23 octobre 1823, à l’occasion de la naissance du très haut et 
très puissant prince (dit l’invitation) le duc de Bordeaux. 

Le 24 mai 1824, il devint conseiller municipal à la place de M. Harlé, 
démissionnaire. 

Le 23 juin 1825, le Ministre de l’Intérieur le choisit comme admi- 
nistrateur des Hospices. 

Il fut élu, le 18 août 1826, membre honoraire de l’Académie d’Arras 
sur la proposition de MM. Bénard, de Milly et Leducq. M. Cornille, 
secrétaire perpétuel, lui écrivit, le 19 août, qu’il se félicitait d’avoir à 
lui apprendre cette nouvelle qu’il pensait lui être agréable. C'était pour 
lui l’occasion d’exprimer combien il était flatté d’être l’intermédaire 
pour les relations qui vont s'ouvrir entre la Société et lui sous le 
rapport des sciences, des lettres et des arts. Les procès-verbaux des 
séances de l’Académie montrent combien on appréciait ses observa- 
tions et ses communications. Il a laissé manuscrite l’Htstoire de 
l'ancien échevinage d'Arras, une étude sur les armoiries de cette 
ville, des notes généalogiques, etc. 

Il allait être nommé gentilhomme honoraire de la chambre du Roi, 
quand arriva la Révolution de 1830 (Voir Archives nationales, dossier 
F 16, II, Pas-de-Calais, 13). | 

Il avait épousé Mlle de Navigher et ne laissa pas de postérité. 

(Voir sa biographie publiée dans les Mémoires de l’Académie 
d’Arras en 1872 par le baron de Sède de Liéroux.) 

(1 p. 94) M. Bénard était marchand de draps sur la Grand’ Place, 

(1) Voici ce discours : 

« Messieurs, 

« L'époque du renouvellement quinquennal du Maire a été pour 

cette ville une époque de deuil puisqu’elle a été le signal de la retraite 


— % — 


répondit (1), puis les serments des nouveaux administra- 


d’un magistrat qui, renonçant à ses goûts, à ses habitudes, a cons- 
tamment, depuis cinq années, consacré tous ses momens au bien de 
ses concitoyens, et a su par une administration sage et paternelle, se 
concilier leur estime, leur affection et acquérir des droits imprescrip- 
tibles à leur reconnaissance. 

« En perdant M. de Sus Saint-Léger, nous avons au moins la conso- 
lation de conserver son digne collaborateur, M. Linque, aussi recom- 
mandable par ses vertus et sa modestie que par sa longue expérience 
et son habitude des affaires, qui, loin de chercher un repos assuré- 
ment bien mérité par quarante-trois années d’honorables services, a 
eu le courage, lorsque des circonstances impérieuses ont forcé M. de 
Sus Saint-Léger de quitter avant leur terme ses pénibles fonctions, de 
soutenir seul le poids de l’administration municipale, dont il s’est 
occupé avec tant de zèle et d'activité qu'aucune des parties de cette 
importante administration n’en a souffert ; et, grâce à ce dévouement 
vraiment au-dessus de tout éloge, nous avons pu attendre avec 
patience et sans que les intérêts de cette ville aient été compromis un 
seul instant, que l’Auguste Monarque auquel sont confiées les desti- 
nées de la France et dont la sollicitude pour cette cité fidèle est si 
connue, ait, dans sa haute sagesse, donné un successeur à l’Adminis- 
trateur qu’accompagnent nos regrets. 

«M. le baron de Hauteclocque, né au milieu de vous, Messieurs, et 
dont les sentimens vous sont si connus, vient donner à sa ville natale 
une nouvelle preuve de son dévouement sans bornes, en acceptant des 
fonctions bien honorables assurément, mais qui, vous le savez, Mes- 
sieurs, n’en sont pas moins une charge que beaucoup de personnes 
redoutent. 

« M. de Hauteclocque, déjà membre d'un conseil municipal composé 
de l'élite de ses concitoyens, au milieu desquels il a constamment 
donné des preuves de sa sagacité dans les affaires publiques, et dont 
désormais il saura mettre à profit les lumières, justifiera, je n’en doute 
pas, le choix qu’a daigné faire le Roi ; et d’ailleurs, Messieurs, que 
: de garanties ne vous offre pas la longue expérience de M. Linque que 
M. de Hauteclocque désirait tant associer à ses travaux, et qui consent 
à vous consacrer encore cinq années d’une vie déjà si remplie. 

«M. Bénard, plusieurs fois honoré des suffrages des notables com- 
merçans de cette ville et qui jouit à si juste titre de l’estime générale 
de ses concitoyens, est appelé à remplacer M. Cot, à qui ses affaires 


_ D 
teurs turent prêtés individuellement à haute et intelligible 


ne permettent pas de continuer des fonctions dans lesquelles il a fait 
preuve de zèle et de capacité. 

« Qu'il me soit permis, M. le Maire, de vous féliciter d’être appelé à 
l'administration d'une ville dont les habitans, si dévoués à leur Sou- 
verain légitime, si scrupuleux observateurs des lois, s’efforceront à 
l’envi, n'en doutez pas, de vous rendre facile et douce la tâche qui 
vous est imposée ; et n’en avez-vous pas déjà une garantie dans l'em- 
pressement qu'ont mis à assister à votre installation les premiers 
fonctionnaires du département et de la ville, les divers corps ecclé- 
siastiques, judiciaires et militaires, et les notables habitans de cette 
ville et même l'élite d’un sexe qui fait le charme de notre existence et 
qui vient embellir cette journée de sa présence ? » 


(1 p. 96) M. le baron de Hauteclocque a répondu ! 


« Monsieur le Préfet, Messieurs, 

&« Le témoignage de haute confiance que le Roi vient de m’accorder 
en me désignant pour excrcer les premières fonctions de la magis: 
trature civile d'Arras, me flatte antant qu’il m’honore. Toutefois, 
Messieurs, surpris moi-même d’une aussi grande faveur, j'ai dû en 
rechercher les causes, et examiner s’il m'est possible de remplir 
dignement les obligations qui vont m'être imposées. 

« Quant aux motifs qui ont pu appeler sur moi l'attention de Sa Ma- 
jesté, ils consistent, j'aime à le supposer, parce que cette pensée fait 
toute ma joie dans cette journée, ils consistent sans doute dans ma 
fidélité au Roi, mon dévouement inviolable à l’auguste dynastie que 
la main de Dieu a ramenée parmi nous pour le bonheur de la France, 
et dans mon inaltérable attachement à la cause sacrée de la légitimité 
que j'aiembrassée dès l'enfance, et dont j'ai été assez heureux pour 
donner, ainsi que toute ma famille, des preuves non équivoques. 
Mais aussi, Messieurs, si je trouve dans mon cœur les principales 
çauses de ce choix honorable, je n’en sens pas moins toute ma fai- 
blesse dans l'exercice des hautes fonctions qui me sont confiées : 
appelé, jeune encore, à les remplir, la carrière que Je vais parcourir: 
me paraîtrait trop effrayante, si je n’étais rassuré par la bienveillance 
que les premiers fonctionnaires de cette ville veulent bien m’accorder, 
et par le doux espoir d'obtenir la constante coopération du Conseil 
Municipal d'Arras, et le secours des lumières des membres distingués 
qui le composent. | 

« Ce qui me rassure aussi, Messieurs c’est le bon esprit des habi- 
tans de cette cité ,....., de cette cité trop long-temps malheureuse 


7 


_ D — 


voix entre les mains du Préfet, ils reçurent de lui le signe 
distinctif de leurs fonctions et furent déclarés installés. 


dans nos jours d’orages, et que le retour des Bourbons a rendue au 
bonheur. Comment d’ailleurs ne serais-je pas aussi rassuré par les 
preuves que nous avons chaque jour des talents distingués et des 
sentiments monarchiques du respectable clergé de cette ville, et du 
prélat si digne de le diriger, que la Providence, par une faveur toute 
particulière, lui a donné pour chef ? 

 « Comment encore ne serais-je pas rassuré par les bienfaits multi- 
pliés et la sollicitude constante de l’administration paternelle des auto- 
rités de ce département, de ce premier magistrat, si loyal, si cheva- 
leresque par sa courtoisie et sa franchise ; de ce chef de la justice, 
dont l'intégrité égale les lumières et la piété ; et de ce guerrier, 
illustre par le rang qu'il tient dans l’armée, et qui rehausse encore la 
gloire qu'il s’est acquise dans les combats, par sa fidélité, son dévoue- 
ment au Roi et l’habileté avec laquelle il maintient la bônne harmonie 
entre les divers corps de la garnison et les habitans de cette ville ? 

« Comment enfin ne serais-je pas rassuré par la confiance qu’ins- 
pirent les souvenirs du zèle et de l’empressement que la brave garde 
nationale d’Arras a montrés dans des circonstances difficiles, où, 
émule sans être rivale des corps militaires de la garnison, elle a si 
bien prouvé son patriotisme et sa fidélité au Roi ? 

Ah! sans doute, Messieurs, ma tâche deviendra facile à remplir ; 
entouré d’aussi nobles exemples et soutenu des conseils que j'ose 
attendre avec confiance de mon prédécesseur dont la conduite pendant 
toute la durée de ses fonctions a été celle d’un administrateur aussi 
éclairé qu’homme de bien, et que les habitans d’Arras auraient voulu 
conserver toujours, ainsi que le témoignent leurs unanimes regrets ! 

« Messieurs, j'arrive à la mairie d’Arras entouré de quelque 
défiance ; vous devez donc attendre de moi aujourd’hui encore autre 
chose que l'expression fidèle de mes sentimens ; je vous dois une 
déclaration franche, entière, sans réserve de mes intentions et de la 
marche future de mon administration. | 

« Messieurs, faire aimer et bénir chaque jour le gouvernement 
paternel des Bourbons, de cette race adorée !.... rallier de plus en 
plus les habitans d'Arras dans de communs sentimens d’attachement 
et de reconnaissance pour ce Roi dont la continuelle sollicitude pour 
notre bonheur n’exige en retour que l’amour de tous ses sujets, que 
l'union de tous ses enfants ; 


La nomination du baron de Hauteclocque (1) fui accueillie 
avec une vive sympathie par les habitants d'Arras (2), car 
bien jeune il avait donné, comme conseiller municipal, des 
preuves de son intelligence, de son activité, de ses connais- 
sances variées et de son dévouement aux intérêts de la 


« Faire exécuter et maintenir de tout mon pouvoir l’obéissance aux 
lois que le Roi a pensé convenir à nos besoins et les institutions dont 
elles émanent, monumens éternels de la haute sagesse du Bourbon 
restaurateur de nos libertés ; faire fleurir la religion, entourer ses 
ministres de la juste considération qu’ils méritent, préserver des 
atteintes coupables du philosophisme révolutionnaire ce gage assuré 
du bonheur des peuples ; encourager et protéger de tout mon pouvoir 
le commerce des habitans de cette ville, le commerce que l’antique 
famille de nos Rois a toujours protégé et encouragé, le commerce, 
élément si puissant de la richesse et de la prospérité des états, et si 
honorablement représenté par le tribunal de cette ville ; leur industrie 
qui depuis plusieurs années a pris des accroissements si précieux 
pour l’amélioration du sort de Îa classe indigente; mais surtout, je le 
répète, Messieurs, réunir toutes les opinions ; faire de tous nos con« 
citoyens une seule et même famille ; tel sera mon unique but, celui 
que sans cesse je m’efforcerai d'atteindre, bravant avec fermeté toutes 
les clameurs de la malveillance, en remplissant mon devoir comme je 
lai fait jusqu'ici, avec la persévérance et la torce que donnent la con« 
viction et les intentions droites et pures. 

« Messieurs, pour prix des efforts que je vais faire, confondons 
tous nos vœux, dans l’épanchement de nos cœurs, répétons tous 
ensemble ce cri à jamais cher à la France : Vive le Roi ! 

(1) Mgr de La Tour d'Auvergne lui écrivit le 31 janvier 1826 : « Je 
suis heureux de vous voir à la tête de l'administration d’Arras, et j’aime 
à me persuader que les relations qui vont s'établir entre la Mairie et 
l’Evêché ne seront pas moins agréables que celles qui existaient sous 
votre prédécesseur. J’en trouve la preuve dans la solennelle déclara 
tion de vos intentions et l'attachement que votre famille a bien voulu 
me vouer depuis longtemps. » C’est ce qui se réalisa. 

(2) M. Lecesne dit : « Que le baron de Hauteclocque déploya dans 
l'exercice de ses fonctions toutes les ressources d’un esprit vif et 
intelligent. » 


_— À — 


ville (1). Les poëtes artésiens firent vibrer leur lyre en l’hon- 
neur du nouveau Maire (2). 


(1) Les généalogistes, d'accord avec les documents historiques, 
dit Borel d'Hauterive (Annuaire de la noblesse de France, année 
1843, page 282), représentent la maison de Hauteclocque comme une 
des plus anciennes de la province d’Artois. Elle possédait la terre 
seigneuriale de Hautecloque (Alta Cloca) au comté de Saint-Pol dès 
le xne siècle; ses rejetons ont siégé depuis 4414 dans le corps de la 
noblesse aux Etats de cette province et étaient reçus bourgeois d’Arras 
depuis 4475. Wallerand et Pierron de Hauteclocque suivirent le 
comte de Saint-Pol à la Croisade de Tunis où mourut Saint-Louis. 
Tassart assista au siège d’Oisy en 1254, et Jacques à la prise de Saint- 
Denis en 4430. Colart signa, en 1576, la pacification de Gand, si 
importante pour conserver notre province dans la religion catholique, 
et l’acte de réconciliation de l’Artois en 1579. Cette famille eut des 
alliances avec les Berghes-Saint-Winoc, Bryas, Créquy, Renty, 
Ricametz, etc., et obtint en 1752 des lettres patentes de chevalier avec 
le droit de timbrer ses armes d’une couronne de comte et d’en prendre 
le titre quand elle aurait fait ériger une terre dans ce but. Léopold de 
Hauteclocque fut créé baron le 44 mai 1829, il était chevalier de justice 
de l’Ordre de saint Jean de Jérusalem, langue de France, et depuis 
le 9 juillet 4816; chevalier de justice de l’Ordre de Malte, langue et 
prieuré de France depuis le 8 mars 1819. M. Constantin de Hautecloc- 
que, son frère, fut créé comte romain, avec droit de transmission à sa 
descendance mâle dans l’ordre de primogéniture, par bulle de Sa 
Sainteté Pie IX du 41 mai 1857. Il avait été officier sous le premier 
Empire et fait les campagnes de Russie, puis devint conseiller de Préfec- 
ture du Pas-de-Calais et chevalier de la Légion d'honneur. Ses autres 
frères servirent également dans l’armée française : Stanislas, chef de 
bataillon du Génie, fut décoré par l'Empereur à la suite du siège de 
Saragosse ; il mit en état de défense les places fortes de la Pologne en 
4813, etc., il était chevalier de la Légion d’honneur et de saint Louis 
comme son frère César, chef de bataillon dans la Garde royale. Celui- 
ci fit les campagnes d’Allemagne, d'Espagne et de Portugal, il était 
officier de la Légion d’honneur. Ils laissèrent postérité, 

Les armes de cette famille sont d'argent à la croix de gueules 
chargée de cing coquilles d’or, couronne de comte, tenants : deux 
sauvages avec un autre issant. 

Voir le dictionnaired’Expilly, les ouvrages héraldiques de d'Hozier, 


— 101 — 
Le baron de Hauteclocque s’occupa, dès son arrivée à la 


La Chesnaye des Bois, le P. Anselme, Lainé, Roger, de Courcelles- 
Saint-Allais, Borel d'Hauterive, Gouthals, etc. 

(2 p. 100) Voici les vers qui lui furent adressés, lors d’une visite 
qu’il fit au Collège, par les élèves de cet établissement : 


La gaieté sur le visage 
Brille et répandant ses feux 
Elle enflamme tous les âges, 
Eclate dans tous les yeux. 
Un cri part, on le répète, 
Il s'élève jusqu'aux cieux 
Bientôt comme la tempète, 
Îl retentit dans tous lieux. 


Vive le Roi ! voilà le gage 

Qui doit nous unir à toi. 

De l’amour c’est lé langage, 
Notre hommage est : Vive le Roi ! 


Dans notre commune allégresse, 
Enfants du docte Apollon, 
Exprimons notre tendresse 

Par quelque douce chanson. 
Mais si notre main tremblante 
Se refuse à notre essor 

Sur notre lyre impuissante, 
Nous répéterons encor : 

Vive le Roi ! etc. 


À celui qui de l'enfance 

Va devenir le mentor 

De notre reconnaissance 
Exprimons le doux transport 
Des vertus, noble modèle, 
Sous ce sage magistrat, 

De notre cité fiaèle, 

Nous verrons fleurir l'Etat : 
Vive le "Roi ! etc. 


Offrons à l'Etre suprême 
Nos prières et nos vœux 
Près de l'enfance qui t’aime 
Ah ! puisses-tu vivre heureux ! 
Pour nous, d’âge en âge 
Conservant ton souvenir 
Nous redirons cet adage, 
Et toujours avec plaisir : 
Vive le Roi, etc. 
J. Rocuix. 
| | Elève de rhétorique. 
Autres pièces de vers : 


— 102 — 


mairie, d’un établissement qui devait rendre de grands ser- 
vices à la ville et au département. Un décret impérial du 
21 octobre 1809, organisa un cours d'accouchement à l’école 


Comme l'habitant du bocage 
Quand le printemps ramène les beaux jours 
Salue en son brillant ramage, 
L'instant où vont commencer ses amours : 
Où comme une fleur altérée, 
Que flétrissoient d'excessives chaleurs 
Brille sitôt que la rosée 
Vient ranimer ses mourantes couleurs’, 
Ainsi ton aimable présence 
Répand l’allégresse en ces lieux 
Et comme un astre radieux 
Exerce sur la terre une douce influence 
Tu protèges les pas de notre adolescence, 
Et mets le comble à tous nos vœux. 
Ma Muse novice et timide 
Essairoit vainement de chanter tes vertus 
Malgré le transport qui la guide 
Tous ses efforts, hélas 1 sont superftus ! 
Mais ta bonté qui m'encourage 
A t'offrir ce tribut léger 
Sourit à ces jeux de notre âge 
Que l'on te vit naguère partager. 
Daigne exaucer notre prière, 
Toi qui tiens le fil de nos jours 
Conserve-nous une tête si chère, 
Protège-là toujours. 
Ah ! que jamais:la sombre envie 
Ne vienne croubler son bonheur 
Et que d'une agréable vie, 
Longtemps il goûte la douceur. 


Par A. Dissaux. 


Hommage etireconnaissance 

Au monarque de la France, 
Qui daigne en cet heureux jour 
T’accorder à notre amour. 


Reçois, Ô cité fidèle 

Ce magistrat bienveillant 
Qui brüle d'un noble zèle 
Pour ton embellissement. 


Reçois”avec allégresse 
Ce maire plein de tendresse 


— 103 — 


de chirurgie d'Arras, il eut peu de réputation, Il n’y avait 
pas d'école de maternité. Le départementent entretenait six 
bourses à celle de Paris et la ville d'Arras y eavoyait cha- 


Dont les vertus et le cœur 
Sont garants de ton bonheur. 


O sage et vertueux maire 
Pour célébrer tes vertus 
Ton aimable caractère 
Nos efforts sont superflus. 


Je crains que ma faible lyre, 
‘Par un son trop languissant 
N'altère l'éclat brillant 

Des qualités que j'admirc. 


Faible interprête des vœux 
D'une bouillante jeunssse 

Je viens en ce jour heureux 
T'exprimer notre allégresse, 


Heureux si ta bienveillance 
Souriant à nos désirs 

Nous procure les plaisirs 

De quelques jours de vacance. 


Par M. Decaux, 
Elève de rhétorique. 


Voici encore d’autres vers composés par M. A. Boistel, élève de 
la mème classe : 


Enfin il a brillé ce jour trois fois heureux, 
Ce jour qui cardait à nos vœux ! 
Tous les cœurs transportés d’une joyeuse ivresse 
Font éclater leur allégresse ; 
On bénit l'heureux choix d’un sage potentat, 
Qui nous accorde enfin le digne magistrat 
Dont nous admirons la sagesse. 
Malgré les grilles, les verrous, 
L’agile renommée a volé jusqu'à nous; 
Et déjà dans le fond de nos sombres retraites 
Ont retenti des chants de fête; 
La jeunesse s’assemble, et dans sa vive ardeur 
Témoigne par ses cris, sa joie et son bonheur, 
On court, on saute, on rit, on s'empresse, on s'agite, 
On s'embrasse, on se félicite : 
Le bronze pacifique au joyeux habitant 
Annonce avec fracas ce grand évènement. 
Celui que nos parents ont aimé comme un frère, 


— 104 — 


que année deux jeunes filles. Le baron de Hauteclocque, sur 
la proposition des Hospices d’Arras, résolut d’y fonder une 
école de ce genre. Il écrivit donc au Préfet le 18 août 1826, 
qu’il espérait que les Hospices feraient les plus grands 


Qui partageait leurs jeux, leurs timides essais, 
Leur première défaite et leur premier succès, 
Qui sous une règle sévère, 
Apprit à commander en sachant obéir, 
Lui qu'on ne sut qu'aimer et qu’on ne put haïr 
Qui par son noble caractère, 
Et ses vertus et sa candeur, 
De ses concitoyens sut s'attacher le cœur, 
Ceint du glaive des lois, et tenant la balance 
Jure de faire autour de lui fleurir 
La justice, les arts, la paix et l’abcndance. 
Jurons aussi, jurons de le chérir, 
Il mérite notre tendresse. 
Lui seul pouvait nous rendre heureux. 
Qu'en ce moment chacun s'empresse 
De lui porter l'hommage de ses vœux, 
Nous, de nos compagnons interprètes fidèles, 
Puissions- nous dans un si beav jour, 
Lui témoigner l'ardeur de notre zèle, 
Notre respect et notre amour. 


Voici une autre pièce de poésie : celle-ci est en vers latins. 


Expectata diu tempora, qüuæ nimis 

Importuna procul distulerat mora, 

Tandem adsunt Quid ego carminibus loquar ? 
Hoc unum precor et cano : 


Longas Ô utinam, Dux bone, ferias, 

Dulcis imperii primitias tui, 

Prœstes ! Mane novo dicimus æmuli, 
Sero vespere dicimus. 


Extollent alii muneris inclyti 

Laudes egregias, hoc stupeant omien 

Maturo juveni tam grave creditum ; 
Hoc unum precor et cano : 


Longas Ô utinam, etc. 


Laudent judicium totius oppidi, 

Virtutes que tuas, et proprium decus, 

Et grandes titulos, claraque nomina ; 
Hoc vnum precor et cano. 


Longas Ô utinam, etc. 


Ah ! vox dispereat improba millies 


— 105 — 


sacrifices pour obtenir, du Conseil Général, les 6 bourses 
qu'elle payait à l'école de maternité de Paris ; il ajoutait : 
« J'ai l'honneur de vous faire observer qu'ayant succédé à 
l’ancienne administration des Etats d'Artois, nous devons 


Quam mentita recens garrulitas erat. 
« Musis tempore nil est pretiosius » ! 
Musis otia plus placent. 


Longas Ô utinam, etc. 


Missum sidereo munus ab œthere, 

Te sperare licet prœside prosperos 

Annos atque dies ; et decet otia 
Eœtos ante dies canant. 


Longas Ô utinam, etc. 


Annos respicias præteritos, memor 

Quam mentes juvenumn talia in otia 

Arderent : Nisi te commoveant preces, 
Quis deinde audierit senex ? 


Longas Ô utinam, etc. 
Cecinit Lepas. 


Après la poésie vint la prose. Voici le discours qui fut adressé au 
baron de Hauteclocque par un élève de philosophie : 

« La Joie que votre présence fait éclater au milieu de nous, les féli- 
citations, les cris de l’allégresse, annoncent combien vous êtes cher 
à la jeunesse. Déjà la poésie vous a dit notre amour. Autrefois, j’au- 
rais pu aussi vous chanter sur la lyre, mais aujourd’hui qu'une étude 
plus sévère et plus réfléchie a remplacé les jeux de l'imagination, je 
n'ose plus parler le langage des muses, et d’ailleurs la langue du 
philosophe est-elle si ingrate qu’elle ne puisse se prêter aux compli- 
ments ? Le poête peut bien inventer, mais ici le philosophe ne lui cède 
point ; tout ce que nous dirons sera encore au-dessous de la vérité. 
Je parlerai donc aussi : je dirai les espérances que vos opinions bien 
connues ont fait naître dans tous les cœurs. Oui, je n’en doute point, 
sous vos heureux auspices, nous verrons refleurir la piété et les bonnes 
mœurs. Déjà votre illustre prédécesseur vous a préparé la voie ; vous 
allez achever ce qu’il a si bien commencé. Tout semble concourir à 
cette heureuse révolution, tout nous promet l'avenir le plus brillant. 
Ces espérances flatteuses, la ville entière les a conçues ; elle a répondu 
par un cri d’allégresse à votre nomination. Quelques méchants, 
peut-être, ont pu troubler ce bel accord. Mais les clameurs du sédi- 
tieux font l'éloge du magistrat et l’estime des honnêtes gens le dédom- 


— 108 — 


espérer que le Conseil général ne refusera pas de continuer 
à Arras l’école d'accouchement fondée par eux en 1755. 
Le moyen efficace d'y parvenir est la création de bourses. 
D'ailleurs les vues sages et élevées du Conseil général lui 
ayant fait, à diverses fois, sentir le vice du système de cen- 
tralisation qui nous régit, il est naturel de penser qu'il 
_choisirait tous les moyens de la diminuer ». Cette Assem- 
blée ayant adopté cette proposition, l’école fut fondée (1). Le 


mage pleinement des sarcasmes de l’impie et du libertin; pour moi, 
il ne me reste plus qu'à former des vœux pour votre bonheur et à 
demander au Ciel de verser ses grâces sur le cours de votre adminis- 
tration. Recevez-les, ces vœux dont ma faible voix a été l'interprète. 
La joie qui éclate de toutes parts vous a dit assez que si une voix a 
parlé tous les cœurs ont senti : Vivat ! » 

(4) Voici comment la Revue départementale du 23 décembre 1826 
annonce l'ouverture de l’Ecole de Maternité : | 

« L’Administration des Hospices d’Arras vient de fonder un établis- 
sement précieux pour l'humanité en même temps qu’il reproduit les 
bienfaits de l’art de l’accouchement dont les Etats d’Artois avaient 
fondé les cours en 1770. . 

Un bâtiment d’une architecture simple, d’une distribution commode 
et qui réunit dans un même emplacement toutes les dépendances 
nécessaires, vient d’être élevé dans une partie des vastes hôpitaux de 
la ville d'Arras afin d’y établir les salles d'accouchement ; et cet hos- 
pice de maternité, situé au centre de la ville, réunit aux avantages 
que je viens de citer ceux d’un jardin botanique où on enseignera la 
culture et l'emploi des plantes usuelles et où les femmes en couches 
ainsi que les élèves sages-femmes pourront se promener à des heures 
fixées et sous la surveillance du chet de service. Cette institution 
offrira de grandes ressources à la classe indigente de cette ville et 
développera de plus en plus, s’il en est besoin, par une nouvelle 
branche de service pratique, l'instruction que les habiles professeurs 
de l’Ecole secondaire de médecine si florissante s’empressent de donner 
depuis bien des années à un grand nombre d'élèves. 

Son Excellence le Ministre de l'Intérieur a bien voulu approuver . 
cet utile établissement que l’on pourra considérer comme l’un des plus 
beaux de France et dont l’ouverture se fera le 4er janvier 1827. 

Le docteur Duchâteau, chirurgien en chef de l’Hospice, a été nommé 
chirurgien en chef professeur à la Maternité d'Arras, Le choix de ce 


— 107 — 


Ministre, le 6 octobre 1826, approuva le règlement, permit 
à cette école de s’établir à l’hôpital St Jean et les Hospices 
furent autorisés le 14 octobre à dépenser 1,398 francs pour 
bâtir un mur de séparation dans le jardin et à faire d’autres 
travaux nécessaires à l’organisation de l’école. Le 14 décem- 
bre, le maire écrivit à l’administration du Bureau de Bien- 


praticien aussi habile qu’éclairé, aussi instruit que modeste, justifie la 
cantinuelle sollicitude d’une administration à laquelle de nombreuses 
améliorations sont dues et qui s'occupe activement, sans relâche, et 
avec des soins tout paternels, d'adoucir le sort des malheureux. 

Honneur et reconnaissance leur soient rendus ! » 

A cette occasion, le Maire d'Arras adressa cette proclamation : 

« Habitants d'Arras, l'Administration des Hospices, dans sa vive 
sollicitude pour les malheureux, vient d’établir à Arras une Ecole 
d’accouchement et des salles de maternité afin de multiplier les secours 
aux mères de familles dont l’indigence vient encore augmenter les 
besoins au moment de leurs couches. Cet établissement si précieux 
pour l'humanité a aussi le double avantage de fonder à Arras des 
cours d'accouchement auxquels pourront se rendre les personnes du 
sexe qui désirent pratiquer cet art. 

Le Conseil Général de ce département s’est empressé de voter des 
bourses à cette Ecole, laquelle sera placée sous la direction d’un chef 
qui inspire toute confiance ; elle promet de former des sages-femmes 
qui pourront rivaliser en connaissances pratiques et théoriques avec 
celles de la Maternité de Paris. 

Les salles de la Maternité d'Arras seront ouvertes le {er janvier 
prochain ; je ne doute pas que les vues généreuses et bienfaisantes 
de l’Administration des Hospices ne soient appréciées et que les secours 
multipliés qui seront accordés aux personnes du sexe qui s’y rendront 
pour faire leurs couches n’inspirent toute confiance et ne multiplient 
à l'infini les demandes d’admission, ce qui assurera un succès entier et 
durable à cette nouvelle institution. 

Son Excellence le Ministre de l’Intérieur, organe fidèle du meilleur 
des Rois, dont chaque acte est un bienfait qui atteste sa tendre solli- 
citude pour les malheureux, a bien voulu accueillir ce projet d’établis- 
sement et le revêtir de son approbation. 

Habitants d'Arras, vous sentirez tout le prix d’un pareil service ; 
vos cœurs, dans leurs sentiments de reconnaissance et d’amour, se 
tourneront vers celui d’où émanent tous les bienfaits. « Vive le Roi!» 


— 108 — 


faisance et à la supérieure des sœurs de charité pour qu’elles 
engageassent le plus possible les femmes pauvres à faire 
leurs couches à l’hospice et les sages-femmes à y pratiquer 
les accouchements. Cela augmenterait les connaissances 
_ nécessaires pour leur profession; ce serait en outre le 
moyen d'assurer le succès d’un établissement pour lequel 
les Hospices ont fait de si nombreux sacrifices ». Le 27 juin 
1827, le Préfet, avec l'autorisation du Conseil général, 
désigna six élèves sages-femmes pour s’y instruire aux frais 
du département (1). 


Le nouveau Maire d’Arras inaugura, le 30 mai 1826, un 
cours de géométrie appliquée aux arts et métiers et de géo- 
métrie descriptive. Le Conseil municipal en avait décidé la 
création le 29 février 1825 et voilà comment la Recue dépar- 
tementale annonça cet évènement : Sur la demande du Maire 
et du Conseil municipal, le Ministre de l’Intérieur a autorisé 
l'ouverture d'un cours de géométrie descriptive. Il fallait 
s'étonner qu'Arras ne possédât pas d'institution propre à 
propager le progrès des arts qui sont le complément de la 
civilisation. Grâce au zèle du baron de Hauteclocque, cette 
lacune vient d’être remplie ; le professeur est un homme de 
grand talent et on prépare le local (2). 


(1) Une ordonnance royale du 19 juillet 4826 autorisa les Hospices 
à accepter le legs fait par M. Dourlens-Cauwet de deux maisons esti- 
mées 2,280 francs pour loger à perpétuité cinq pauvres femmes. 

(2) M. Langlois, conservateur du Musée d’Arras, écrivit confiden- 
tiellement au baron de Hauteclocque, de Paris, le 3 mars 1827 : « Je 
crois devoir vous prévenir, avec le consentement de M. le Préfet, que 
le maire de Boulogne lui a écrit pour obtenir une des quarante 
machines modèles pour son Ecole de géométrie. Je lui ai dit que vous 
aviez été prévenu de cette compétition afin de faire votre réclamation. 
Je pense que vous feriez bien d'écrire au Préfet de suite pour le même 
objet, si déjà vous ne l’avez point effectué, ou que cela soit resté à la 
préfecture. Vous antidaterez votre lettre et M. le Préfet m’a avoué 
qu’il retardera sa réponse au maire de Boulogne parce qu'il préférerait 
. paturellement que l’Ecole d’Arras obtint cette collection de modèles, 


— 109 = 


Le professeur fut nommé le 5 avril 1826; il s'appelait’ 
Granosfki, son traitement fut fixé à 1,500 fr. L’inauguration 
eut lieu avec solennité. Ainsi que M. le Maire d’Arras 
l'avait annoncé par son avis en date du 30 mai dernier (dit 
le procès-verbal imprimé) l’ouverture du cours de géométrie 
appliquée aux Arts et Métiers a eu lieu cejourd'hui 5 juin à 
midi dans la grande salle aux honneurs de l’Hôtel-de- 
Ville, où, sur l'invitation de M. le Maire, s'était réunie une 
société nombreuse dans laquelle on remarquait le Secrétaire 
général de la Préfecture, remplissant les fonctions de Préfet, 
M. Thelliez de Sars, Président du Tribunal civil, le lieute- 
nant de Roi, commandant la Place, le Colonel directeur des 
fortifications avec les officiers de sa Direction, les Direc- 
teurs des différentes administrations, le Receveur général 
des Finances, les Membres du Conseil municipal, des Hos- 
pices et du Bureau de Bienfaisance, le Principal du collège 
et plusieurs habitants notables de la ville. Le baron de Hau- 
teclocque, Maire d'Arras, accompagné des Adjoints et des 
Membres du Conseil de surveillance et de direction du 
cours de géométrie, ayant pris séance, prononça un dis- 
cours (1). 


mais ne voudrait point l’avouer hautement pour ne pas exciter de 
Jalousie de ville.» Ces modèles provenaient de l’ancienne Ecole centrale 
de Boulogne, on voulait y établir aussi une Ecole de géométrie. 

(1) Le voici : 

« Messieurs, s’il fut jamais un devoir doux pour mon cœur, ce 
fut celui de venir proclamer devant une assemblée aussi éclairée les” 
efforts que le corps municipal de la ville d'Arras fait chaque jour, et 
sans relâche, pour améliorer le sort de la classe ouvrière, encourager 
l'industrie, source première de la prospérité des Etats, et enlever à 
l'oisiveté une foule de malheureux qui se doivent à la Patrie et à leur 
famille. ; | 

Messieurs, je suis fier de le répéter hautement, et il m’appartient 
comme premier magistrat de cette ville, organe naturel du Conseil 
municipal, de vous faire connaître le vif intérêt, la sollicitude conti+ 
nuelle qui ont constamment dirigé cette assemblée recommandable sous 


— 110 — 


M: Raffeneau de Lile, Ingénieur en chef des Ponts et 


tant de rapports, où l’amour du bien public est si dominant et qui se 
compose de l'élite des citoyens de cette ville. 

Plus la société est vivifiée par plusieurs genres d'industrie, plus le 
jeu de la fortune y a de liberté, plus l’Etat est prospère ; et l’on sait 
que la prospérité est aux Etats ce qu'est la maturité aux fruits de la 
terre : elle établit une infinité de rameaux d'industrie qui, se subdi- 
visant sans cesse, forment la richesse de la Patrie et vont porter par 
mille canaux leurs sucs nourriciers dans toutes les classes de la société. 

Ces pensées d’une sage philantropie, dont tous les membres du 
Conseil municipal étaient pénétrés, ont fait accueillir par acclamation 
la proposition de Son Excellence le Ministre de l'Intérieur qui est 
venu provoquer l'établissement à Arras d’une Ecole de géométrie 
appliquée aux Arts et Métiers. 

Je ne vous retracerai pas, Messieurs, l’utilité d’une pareille école : 
la plupart des membres de cette assemblée la comprennent déjà, et je 
laisse d’ailleurs à des voix plus habiles le soin d’en retracer les bien- 
faits ; mais je dois vous faire connaître les moyens que j’ai cru devoir 
employer pour assurer le succès d’un établissement aussi précieux. 

J’ai attaché à la direction de cette Ecole une Commission composée 
de tout ce que la ville d’Arras offre avec orgueil et reconnaissance 
d'hommes estimables, éclairés, savants même; et je m’honore d’un 
pareil choix en même temps que j'offre à tous les membres qui la 
composent l'expression de la vive reconnaissance que m'inspirent leur 
utile coopération et l’empressement avec lequel ils ont accueilli la 
prière que Je leur ai faite d’accorder leurs soins et le secours de leurs 
conseils à une classe si intéressante et si digne d'encouragement. Je 
crois, Messieurs, avoir par là beaucoup fait pour cette Ecole, et le 
succès ne m’en paraît pas douteux. | 

Il reste encore quelques mots à adresser aux ouvriers qui m’écoutent. 

Mes Armis, ma voix peut vous paraître jeune ; mais elle n’en est pas 
moins fidèle. Votre premier magistrat, recevez-en la douce assurance, 
est constamment dévoué à vos intérêts ; je suis tout à vous : qu’il me 
soit donc permis de vous adresser quelques conseils. 

« Allez et profitez des bienfaits de cette Ecole, suivez-en les cours ; 
» que le découragement qu’engendrent l’inconstance et surtout les 
» dégoûts des premiers jours n'ait pas d’accès près de vous ; armez- 
» vous de courage, persistez, sacrifiez généreusement vos loisirs ; que 
» le zèle et le goût de votre état vous soient toujours présents, et vous 
» recueillerez un jour la douce récompense des efforts généreux que 
» vous allez faire, » L | 


— 111 — 


Chaussées, organe de la Commission de ce cours succéda 
à M. le Maire et prononça un discours « rempli de force et 
‘ de hautes idées » (1). M. Granosfki, dont le choix fait hon- 


(4) Le voici : 

« Messieurs, le premier magistrat de cette ville vient de vous 
exposer ses vues bienfaisantes. Secondé avec un généreux empresse- 
ment par le digne Conseil municipal qu’il préside, il n’est aucune 
amélioration qu’il n’embrasse et dont il ne veuille faire jouir ses 
concitoyens. Aujourd’hui, ce sont particulièrement les intérêts de la 
classe ouvrière qui excitent sa sollicitude ; c’est pour elle que va s’ou- 
vrir le cours public et gratuit de géométrie appliquée aux arts et 
métiers ; mais n'allez pas croire qu’elle seule soit intéressée aux résul- 
tats de ce cours : sans doute les ouvriers doivent en recueillir les 
premiers fruits; mais il n’est personne à qui ses heureux effets ne 
doivent se faire sentir avec le temps. Tout ce qui a pour but de mul- 
tiplier les produits des arts et de les rendre à la fois plus parfaits et 
plus faciles à obtenir, tend par cela même à augmenter le bien-être 
et les jouissances de la société tout entière. La facilité du travail fait 
qu’on s’y applique plus volontiers. L’ouvrier qui serait rebuté de la 
longueur et de la difticulté d’un ouvrage voit avec plaisir le succès 
prompt et certain de ses efforts. Obligé d'y consacrer moins de temps, 
il peut livrer son ouvrage mieux fait, en plus grande quantité et à un 
moindre prix. La consommation augmente en proportion de la dimi- 
aution du prix et de l’accroissement de perfection de l’ouvrage. Les 
jouissances du producteur et du consommateur sont donc également 
augmentées, et, sous ce point de vue, de quoi peut-on attendre une 
influence plus heureuse sur les arts et métiers que de l’application de 
la géométrie qui, en simplifiant et régularisant les procédés, en facilite 
l'intelligence et perfectionne l’exécution ? Ne pensez pas que je veuille 
dire que cette application n’a pas existé jusqu’à présent ! les produits 
de nos arts et de notre industrie sont là qui attestent le contraire ; 
mais pour l’immense majorité cette application n’existait que dans des 
pratiques routinières. On sait que la routine est aveugle, et qu’elle 
s'oppose obstinément aux améliorations ; il n’y avait que quelques 
hommes habiles et instruits qui pussent s’affranchir de ses entraves, 
et dès lors les améliorations étaient lentes. C’est donc à rendre vulgaire 
l'application de la géométrie aux arts qu'il faut s'attacher, et c’est là 
que vont tendre les efforts de la Commission de surveillance et de 
direction des études géométriques dont j'ai l'honneur d’être l'organe, 
heureuse de contribuer avec M. le Maire et le Conseil municipal au 


— 112 — 


neur äu Mâgistrat qui l'a chargé de ces fonctions, demanda 
la permission d’être entendu (1). 


bien qu'ils se proposent ; elle fera avec joie tout ce qui dépendra d'elle 
pour rechercher les moyens de rendre l'étude de la géométrie facile 
aux ouvriers. Attentive au but du cours qui va s'ouvrir, elle veillera 
à ce qu’on mette la science à leur portée en leur faisant apprécier son 
utilité par ses nombreuses applications ; elle aura soin qu’on leur fasse 
voir que déjà, probablement sans le savoir, ils ont fait des applications 
de la géométrie. Que sont en effet les divers moyens employés par les 
ouvriers pour tracer leur ouvrage sinon des opérations de géométrie ? 
Qu'est-ce que la méthode du tonnelier qui cherche le diamètre exact 
du fond de son tonneau sinon l'application d’une des propriétés du 
cercle ? et l’ovale du jardinier depuis si longtemps employé dans nos 
parterres n'est-il pas le tracé d’une ellipse fondé sur l’une des pro- 
priétés de cette courbe qu’on peut tracer de tant d’autres manières ? 
Que sont tous les procédés du peintre de décors, du charpentier, du 
tailleur de pierres, du faiseur de cadrans solaires, etc., procédés dont 
les plus délicats et les plus intéressants ne sont au reste connus que 
d’un très petit nombre d'hommes habiles, sinou des applications de la 
géométrie descriptive ? 

Je ne finirais point si je voulais multiplier ici les exemples. Presque 
toutes les méthodes de la géométrie, et surtout de la géométrie descrip- 
tive sont pratiquées depuis fort longtemps dans les arts; mais elles 
n’y étaient connues que comme autant de procédes particuliers qui 
demeuraient bornés à certains problèmes dans l’art qui leur avait 
donné naissance. Elles restaient stériles pour tous les autres arts, et il 
a fallu un homme de génie, le célèbre Monge, pour démêler dans cette 
foule de procédés, l'esprit des méthodes, et en faire sortir uue science 
admirable connue sous le nom de Géométrie descriptive. Dès lors, il 
est devenu inutile de se charger péniblement la mémoire des méthodes 
sans nombre de la gnomonique, de la coupe des pierres, du trait de 
la charpente, de la perspective, de la détermination géométrique des 
ombres, etc... et ces sciences ne sont plus que des applications de la 
géométrie descriptive. 

L'étude approfondie des sciences ne s’était presque jamais trouvée 
unie à la faculté ou à la volonté d’en faire l'application aux arts et 
métiers. Satisfait de trouver dans la science une des plus nobles jouis- 
sances de l'esprit, le savant qui dépouille pour ainsi dire la matière 
de ce qu’elle a de grossier pour n’en considérer que les propriétés 
essentielles, demeurait étranger à ses applications ; c’est depuis que 


— 118 = 


Ces discours, dit un journal du temps, écoutés avec urné 


ces nobles conceptions sont descendues dans la pratique des arts, que 
nous avons vu éclore les merveilles de l’industrie qui nous frappent 
d’étonnement et d'admiration : ces merveilles ne sont autre chose que 
les résultats de l’application de phénomènes et d’expériences qui depuis 
trop longtemps restaient enfermés dans le cabinet du géomètre et du 
physicien, ou dans le laboratoire du chimiste. 

L’éclairage par le gaz n’est-il pas l’application d’une expérience dé 
chimie connue depuis très longtemps sous le nom de Lampe Philoso- 
phique ? Et qu'il me soit permis de payer un juste tribut à l’homme 
ingénieux qui le premier a appliqué cette expérience à nos besoins ! 
C’est feu Lebon, ingénieur des ponts et chaussées qui, par son ther- 
molampe, que chacun a pu voir à Paris il y a plus de vingt ans, 
imagina de chauffer et d'éclairer à la fois de vastes appartements. La 
mort est venue trop tôt l’enlever aux arts, et l’a privé du bonheur de 
voir son invention réduite à la vérité au seul éclairage, mais appliquée 
à celui des villes immenses. 

S’il m'était permis de m’étendre sur le sujet auquel je me trouve 
amené, je vous expliquerais comment nos machines les plus mer- 
veilleuses ne sont que des applications de phénomènes de physique et 
de faits mécaniques connus depuis longtemps des savants et dont ils 
ont fait l’objet de leurs expériences; vous verriez que la machine à 
vapeur, si féconde en effets admirables, et qui a porté à un si haut 
degré la puissance de l’homme, n’est que l’application de la découverte 
des propriétés de l’eau réduite en vapeur, faite il y a plus d’un siècle 
par Papin, physicien français ; que la presse hydraulique qui multiplié 
d’une manière si surprenante la force de son moteur, n’est qu'une 
application des principes de l’incompressibilité de l’eau et de l’égale 
pression des fluides dans tous les sens et proportionnellcment aux 
surfaces ; que ce n’est enfin que le cric hydraulique du célèbre Pascal, 

Mais je dois ménager vos moments et je me hâte de revenir à 
l'application plus particulière de la géométrie aux arts et métiers, 
L'esprit d'invention se trouve trop rarement uni aux connaissances 
nécessaires pour le diriger : combien de fois la routine ne s’est-elle 
pas prévalue du mauvais succès d'hommes ingénieux qui, voulant 
secouer son joug et se frayer une route nouvelle, u’avaient pas l’ins- 
truction nécessaire pour y réussir? Qui de nous n’a rencontré dans 
sa vie quelques chercheurs du mouvement perpétuel ? Et d’où pro- 
viennent leurs idées chimériques, si ce n’est du défaut des plus simples 
notions de la science ? Frappés de quelques effets mécaniques dont ils 


8: 


= {14 = 


religieuse attention, ont produit une vive impression sur 


_ignoraient la cause, ils croyaient trouver une création de force là où 
son action n'avait fait que changer de forme. Ils consumatent leur 
temps et leur peine en essais infructueux, qu'ils se seraient épargnés 
s'ils avaient connu les immuables vérités de la géométrie et de la 
mécanique, heureux si leur fortune n’y périssait pas; tandis que, 
guidés par la science, ils auraient pu en acquérir une. 

C’est pour préserver les ouvriers des fausses idées qui les retiennent 
dans la routine et qui arrêtent leur industrie, qu'il faut mettre à leur 
portée les vérités de la géométrie. Le but est bien plus encore de leur 
faciliter l'intelligence et la pratique de tous les procédés délicats des 
arts, de leur éviter des tâtonnements pénibles qui font perdre un 
temps précieux et de les faire arriver par des chemins sûrs et faciles 
à toutes sortes de perfectionnements. 

Venez donc, vous tous qui désirez vous instruirc, venez puiser dans 
le cours de géométrie les moyens de vous perfectionner dans votre 
art; venez vous livrer à l’étude et acquérir des connaissances qui 
. faciliteront votre travail, qui le rendront plus fructueux et vous feront 
surpasser vos rivaux; et lorsqu'un jour, jouissant de l'instruction 
acquise ici, vous en recueillerez les fruits dans votre état, vous en 
rapporterez le bienfait à l'administration paternelle qui met aujourd’hui 
tous ses soins à vous en gratifier. » 

(1 p. 112) Voici son discours : 

« Messieurs, l’honneur non mérité mais bien senti qui rejaillit 
sur moi au milieu de cette assemblée respectable, m’avertit de mes 
devoirs et me fait de nouveau contracter en ce moment la résolution 
de les bien remplir ; mais l’honneur de professer le cours de géomé- 
trie descriptive de l’immortel Monge, et celui de géométrie et de 
mécanique appliquées aux arts du bienfaisant Dupin, a trop d’empire 
sur mOn Cœur pour que je ne saisisse pas cette occasion d’en témoi- 
gner toute ma reconnaissance au corps municipal à qui je le dois. Je 
ne puis mieux le faire qu’en exprimant et les avantages de cette belle 
institution et les obligations infinies que nous devrons à nos magistrats. 

L’ouvrier qui se rend le plus recommandable aux yeux de ses 
concitoyens, celui qui confectionne avéc le plus de précision et le plus 
de célérité, l'artiste enfin le plus utile à sa patrie, est, sans contredit, 
celui qui joint à l’adresse des mains, à lhabitude du travail, à la pra- 
tique en un mot, une théorie solide qui le guide à chaque pas, l'avertit 
de ses fautes et l'empêche d’en commettre. C’est donc rendre un ser- 
vice signalé à tous les ouvriers constructeurs que de leur donner les 
moyens d'acquérir d’une manière prompte et facile cette perfection 


me 418 = 
l’auditoire, dont la majeure partie se composait d’ouvriets 


dont ils sont tous susceptibles. Ainsi, l'établissement du cours de 
mathématiques appliquées aux arts que la ville doit à la soHicitude 
active de ses magistrats et au zèle éclairé de M. le Maire, est un 
bienfait dont les résultats immédiats s’étendront spécialement sur la 
portion la plus nombreuse et la plus intéressante de nos habitants, 
les ouvriers, mais encore auquel toutes les classes de citoyens sont 
appelées à participer. 

L'enseignement de la géométrie et de la mécanique appliquées aux 
arts, qui, par une fatalité déplorable, languissait presque entièrement 
ignoré de nos industriels, commence à se répandre en France; 
tous les départements cèdent à l’envi à l'impulsion donnée par le 
Ministère de l’Intérieur au mois de novembre dernier ; et sur tous les 
points de notre belle Patrie on proclame avec reconnaissance le nom 
du citoyen généreux, du savant distingué, du professeur éminent qui, 
riche déjà de ses propres connaissances, est allé chez nos rivaux 
‘recueillir des‘ lumières précieuses dont il a voulu faire jouir ses com- 
patriotes. Honneur à M. le baron Dupin ! sa mémoire vivra chez nos 
descendants, elle y vivra glorieuse comme celle d’un bienfaiteur de 
l’humanité! Oüvriers! c'est pour vous seuls que le cours de géométrie 
et de mécanique appliquées aux arts a été composé, il est le résultat 
d’un travail de vingt années : le désir d'être utile à la Patrie et l’espoir 
de rendre votre sort plus heureux, ont été les seuls motifs de cette 
- pénible entreprise. Pénétrés de reconnaissance, des milliers d’entre 
* vous ont répondu aux soins généreux de celui qui s’est nommé lui- 
même « votre ami commun », tous se sont empressés de recueillir les 
fruits d’ua si long travail, et déjà des améliorations faites par plusieurs 
d’entre eux ont été publiées. Ouvriers artésiens ! vous aussi serez des 
premiers à signaler votre zèle pour les beaux-arts, non pas en voulant 
suivre l’exemple qui vous est donné partout, mais en écoutant la voix 
de l’amour-propre et surtout celle de la reconnaissance ! 

N'allez pas croire qu’il faille pour cela d’autres connaissances 
que les vôtres ; persuadez-vous bien au contraire que le cours de 
géométrie et de mécanique des arts et métiers que M. le baron Dupin 
a consacré à ses amis, c'est-à-dire à vous seuls, est entièrement à 
votre portée ; persuadez-vous bien, dis-je, que, pour peu que vous 
vous sentiez de l’inteligence, vous pouvez vous présenter hardiment 
aux répétitions : peut-être, et je l’augure, beaucoup d’entre vous 
seront-ils étonnés de trouver que les leçons seront encore au-dessous 
de leur conception. Du reste, croyez que je ferai tous mes efforts 
pour répondre à votre zèle et remplir dignement la place dont je suis 


— 116 — 


de tous les états, attirés par le désir de s’instruire, et de pro- 


honoré ; vous verrez en moi, j'aime à le penser, un ami au lieu d’un 
maître : ce titre me sera beaucoup plus doux, et vous ne considérerez 
pas nos réunions sous le titre d'une école, mais bien comme des 
assemblées de compagnons où chacun puisera les connaissances qui 
lui seront propres. 

Sans parler de tous les avantages que de semblables institutions 
promettent aux vrais amis de leur pays et de la prospérité nationale, 
jetons un coup d'œil rapide sur les effets salutaires que vous ne man- 
querez pas d’en ressentir. Pourvu de connaissances théoriques dont 
la pratique lui rend l’application faciles, l’ouvrier devient habile dans 
son art; il est sorti de la classe commune ; son travail est recherché ; 
bientôt l’honnète aisance vient sourire au sein de son ménage ;ila 
acquis, il veut conserver ; dès lors des idées d’ordre et d'économie 
l’arrachent sans retour à la paresse, au découragement, aux habitudes 
funestes qu’il puise d'ordinaire dans une mauvaise éducation et dans 
la force héréditaire de l’exemple ; son jugement et son cœur n’ont 
pas moins gagné que son industrie ; bon époux et bon père, sa position 
lui ordonne d'élever ses enfants mieux qu'il ne l’a été lui-même, et 
l'Etat voit en eux des citoyens industrieux et paisibles, quand, sans 
le bienfait de l’instruction, il aurait eu à les craindre comme inutiles 
pour ne pas dire dangereux. 

De la perfection de nos produits industriels et du bien-être de nos 
artisans, n'est-il pas naturel de déduire la prospérité de notre com- 
merce tant intérieur qu'avec l'étranger ? Toutefois, ne nous dissimu- 
lons pas que la France a dans ses voisins des rivaux redoutables : 
depuis plusieurs années, les Anglais et les Ecossais ont ouvert des 
écoles de sciences exactes appliquées aux arts dans leurs grandes 
villes manufacturières. La prospérité de Glascow doit être attribuée 
à la supériorité qu'ont acquise ses fabrications de toute espèce, par 
l'instruction générale donnée aux chefs d’ateliers et de manufactures 
ainsi qu'aux simples ouvriers. 11 est donc de la plus haute importance 
pour nous de soutenir la concurrence, et j'en vois la possibilité quand 
j'énumère nos éléments de succès. N'est-ce pas en France que la 
nature généreuse a produit une infinité d'hommes dont les talents 
cachés n’attendent qu’une première impulsion pour se développer et 
se montrer au grand jour? N'est-ce pas en France qu’on peut déjà 
compter avec orgueil un grand nombre d’habiles manufacturiers, de 
savants et ingénieurs constructeurs, de très bons ouvriers ? Sans aller 
plus loin chercher des exemples, il suffit de citer les superbes ateliers 
de construction de MM, Hallette, Tournelle et Cie, où l’on voit figurer 


— 117 — 


fiter de la sollicitude de ses magistrats, et ont été accueillis 
par des applaudissements unanimes (1). 


avec honneur plusieurs artisans distingués : on sait combien l’indus- 
trie de cette maison fait honneur au génie français. Aujourd’hui done, 
n’en doutons pas, grâces aux soins éclairés de dignes magistrats, à 
l'empressement qu'ils mettent à propager partout le nouveau cours, 
au zèle louable et soutenu de nos ouvriers pour acquérir des connais- 
sances utiles, nous pourrons soutenir dignement la lutte avec l’étran- 
ger. Oui! la France, riche du passé, forte du présent et confiante 
dans l'avenir, n’oubliera pas qu’elle ne cède à nulle autre nation la 
palme des sciences mathématiques et purement spéculatives; elle 
voudra aussi saisir et saura conserver la palme des sciences appliquées 
et rendues populaires ! 

Je serais bien coupable aux yeux de la société qui recueillera tous 
les avantages de ces institutions philanthropiques, si je terminais 
cette courte esquisse sans acquitter envers nos magistrats le juste 
tribut de la reconnaissance. La première et la plus douce récompense 
du bienfaiteur de ses semblables est, je le sais, dans sa propre cons- 
cience ; toutefois, les bénédictions qui s'élèvent en concert dans l'asile 
du pauvre ne sont pas sans douceur pour l'oreille de l’homme vertueux 
qu'elles consacrent, et, au calme heureux de son âme, elles viennent 
mêler un délicieux attendrissement. Il vous est réservé, Messieurs les 
chefs de l’administration, d'obtenir ce sincère et précieux éloge pour 
la protection dont vous environnez tout ce qui tend à améliorer le 
sort de vos administrés. Les encouragements que vous accorderez à 
notre entreprise seront autant de motifs qui soutiendront notre zèle, 
qui appelleront de notre part de nouveaux efforts, et, tout en favori- 
sant le nouvel établissement, vous remplirez les vues du Gouvernement 
qui protège les institutions morales propres à maintenir la paix et le 
bonheur au sein de notre chère Patrie. 

Enumérer les divers actes de l'administration de M. le Maire, c’est 
en faire le plus brillant éloge. La ville d'Arras peut, je crois, se glo- 
rifier d’avoir vu, la première des villes de province, s'ouvrir dans 
son sein un cours de géométrie descriptive, de cette science si utile 
par ses applications nombreuses aux artistes d’une foule d'états, à 
ceux surtout dont le but est de donner aux corps certaines formes 
déterminées : puissions-nous longtemps encore nous enorgueillir de 
le posséder à la tête du conseil municipal qui le seconde si bien ! De 
nouveaux enseignements complèteront la chaîne des anciens, des amé- 
liorations succèderont aux améliorations, des embellissements aux 


— 118 — 


Au mois de Juin le maire alla visiter le Collège d'Arras (1). 

Le Baron de Hauteclocque ne se contenta pas de procurer 
à ses administrés la création si utile d’une école de mater- 
nité et d’une de géométrie, il voulut aussi donner aux habi- 
tants d'Arras le plaisir de goùter le charme de la musique. 
On l’aimait beaucoup dans cette ville, même sous la Révo- 
lution. En l’an VI, une société en faisait pour le public tous 


embellissements, et cette cité, fière du rang qu’elle sera digne d’occu- 
per, décernera une triple couronne à l’homme vertueux, au savant 
modeste, au magistrat bienfaisant. 

(1 p. 117) Le cours de géométrie appliquée aux arts et métiers avait 
lieu les lundi et jeudi et celui de géométrie descriptive le deuxième ven- 
dredi du mois. Ils eurent d’abord lieu à l’ancien entrepôt, rue Ernestale, 
au-dessus du Musée. La Revue départementale dit que les habitants 
d’Arras et les ouvriers apprécient sans doute les bienfaits de l’instruc- 
tion gratuite qui leur est offerte et donnent aux magistrats de la ville, 
dont la sollicitude pour la classe ouvrière est si constante, la plus 
. douce récompense qu’ils puissent espérer. 

(1) On lit dans un journal d'Arras du 2 juin 1826 : M. le Maire 
d’Arras accompagné de MM. les Adjoints s’est présenté mardi dernier 
entre deux et trois heures au collège de la ville pour y commencer 
l'exercice de ses fonctions paternelles. Il a été reçu par M. le Prin- 
cipal qui ne devait pas s’attendre à une visite aussi prompte; il a 
témoigné à ce digne magistrat toute la satisfaction qu’elle lui causait. 
Ils ont ensuite parcouru toutes les classes depuis la philosophie jus- 
qu’à la huitième et dans chacune M. le Maire a adressé de la manière 
la plus affable et la plus loyale aux Régents et aux élèves des paroles 
obligeantes et pleines d'affection. Après avoir également visité tout ce 
qui peut-être l’objet de sa surveillance et s’être entretenu avec M. le 
Principal des détails de l’administration, au moment où il lui témoi- 
guait sa satisfaction et ou il se disposait à le quitter il a trouvé dans 
la cour d’entrée tous les élèves rangés pour le saluer à son départ. I] 
a profité de cette réunion pour lui exprimer en conscience tout ce que 
son cœur éprouvait au milieu d’eux: émotion dont il n’a pu se 
départir à la vue de cette jeunesse intéressante qui lui rappelait de si 
doux souvenirs. Il s’est retiré au milieu des acclamations de: Vive le 
Roi ! Vivent les Bourbons ! Vive M. le Maire ! 

On a pu voir page 101 les vers qui furent adressés par les élèves du 
collège au Baron de Hauteclocque lors de son avénement à la Mairie, 


— 119 — 


les decadi, Isnardi, Conservateur de la Bibliothèque, avait 
reçu ordre de lui remettre une contrebasse qui se trouvait 
au Muséum. En 1810 on chercha à organiser une musique 
militaire, le Préfet la patrona, en 1811 elle devint un orches- 
tre d'amateurs, qui prit le nom de Musique du Roi de 
Rome. Sous la Restauration, M. Glachant avait demandé 
à l'Administration municipale d'organiser à Arras une: 
Académie ou un Institut de musique. « Si par votre auto- 
rité, disait-il, vous daignez en faciliter l'exécution, vout 
devancez, je le crois, les vues du Gouvernement, dont le 
chef suprême s'occupe sans cesse à raviver les arts. Cet 
établissement devient, pour ainsi dire, nécessaire par la 
suppression des maîtrises qui ont procuré à l’Etat les plus 
grands maîtres, comme Haydn, l'abbé Dodini, Le Sueur, 
Pleyel, etc. Par l’active surveillance des membres du Con- 
seil, les soins infatigables des maîtres, et les heureuses 
dispositions des élèves, il pourrait de même sortir de cette 
institution des sujets qui, par la suite feraient honneur à la 
ville qui les a vus naître. Je finis, Messieurs, en vous priant 
de vouloir bien désigner un local gratuit sans lequel cet 
établissement ne peut avoir lieu. Permettez-moi, Messieurs, 
de vous désigner comme les amateurs les plus zélés, MM. 
Wacheux, Dourlens Brunel, Lallart de la rue des Teintu- 
riers. » Le Baron de Hauteclocque fut heureux de donner son 
approbation à la fondation d’une Société, devant procurer, 
jusqu’à nos jours, de si agréables concerts, et répandre le 
goût de la musique; il peut donc être considéré comme le 
fondateur de la nouvelle société. 11 en devint comme Maire, 
le Président, M. Luez fut nommé Vice-Président et M. 
Bénard sécrétaire, et le Conseil d'administration se com- 
posa de MM. Dourlens-Brunel, Didelot, des deux MM. 
Hovine. On rédigea un projet d'organisation de la Société 
philharmonique et de l’école de musique. Les ressources 
seraient fournies par des subventions et des souscriplions. 
Elle devait être dirigée par un conseil composé de trois mem- 


— 120 — 


bres : un directeur, et deux commissaires choisis parmi les 
amateurs et nommés par le maire. Quand on aurait obtenu 
un local gratuit, le Conseil devait rédiger un règlement et 


dès que les souscriptions auraient atteint.un chiffre suffisant 
les professeurs entreraient en activité (1). 


C’est sur ces bases que la Société Philharmonique fut 
créée, elle commença de suite ses répétitions, elles avaient 
lieu dans les salons de la Mairie. Le 19 novembre 1826, 
M. Luez écrivit au Baron de Hauteclocque pour lui dire que 
les membres du Conseil s'étaient présentés à son hôtel pour 
prier, au nom de la Société, leur Président d’honorer de sa 
présence le banquet organisé par eux à l’occasion de la 
Ste Cécile qui devait avoir lieu le 22 de ce mois à trois heures 
de l'après-midi. On lui offrait d’aller le chercher chez lui, 


-M. de Hauteclocque, devant s'absenter, s’excusa de ne 
pouvoir accepter. 


Le 26 novembre, la Société fit célébrer, pour la première 
fois, une messe dite de Sainte-Cécile ; dans l'Eglise Saint- 
Joseph (2) ; elle devait jusqu'à ces derniers temps la faire dire 


(4) Le Conseil devait désigner, parmi les artistes de la ville, les pro- 
fesseurs de l’Ecole de musique. Le directeur, chargé de l'inspection 
générale, entendait les observations et les réclamations ; il y faisait 
droit s’il le pouvait. Les commissaires avaient l’inspection des classes : 
il devait y avoir quatre professeurs dont un maître de musique et un 
sous-maître. Le directeur leur attribuerait des appointements calculés 
d’après le nombre des souscripteurs et la classe dont ils seraient 
chargés. Le Conseil fixerait le nombre des élèves des deux sexes qu’on 
admettrait aux cours, et désignerait les amateurs qui pourraient 
jouer. La Société était placée sous le patronage de l’administration 
municipale ; celle-ci pouvait faire recevoir des élèves gratuits; les 
élèves amateurs payaient 3 francs par mois l'été et 3 fr. 50 l'hiver, 
plus 0 fr. 50 par mois pour la location d'instruments de musique. 
Ceux-ci devaient être fournis avec les fonds recueillis. On enseignait 
la musique vocale, base de l’enseignement musical, le violon, l’alto, la 
basse, la guitare, la clarinette, la flûte, le hautbois, le cor, le serpent et 
le basson. Les maîtres étaient consultés pour la formation des classes. 

(2) On exécuta la Messe du sacre de Charles X, composée par 


Chér ubini, 


— 12 — 


chaque année. (1) L'Evèque écrivit au maire pour exprimer 
ses regrets de n'avoir pu y assister. « J’aurais été heureux, 
disait-il, d’applaudir aux premiers succès d’un établisse- 
ment qui vous doit son existence, ayant été fondé par vous. 
J'espère qu’il prendra d’année en année, un nouvel accrois- 
sement. Je serai fort aise que l’Eglise Cathédrale vous pro- 
cure alors un champ plus digne de sa gloire. » 

La Société Philharmonique donnait chaque année plu- 
sieurs concerts dont un à la fête d'Arras. Au début ils com- 
mençaient à six heures et demie et avaient lieu à la salle de 
spectacle. Le premier concert eut lieu le vendredi 29 décem- 
bre 1826 (2). Le Conseil municipal en 1827 vota une sub- 


(4) Le jour de Pâques, 26 mars 1826, on exécuta à la cathédrale 
une messe en musique composée par l’abbé Rousseau, maître de 
chapelle à Tournai au xvurre siècle, arrangée par M. Fontaine, maître 
de musique à Cambrai. Elle fut accompagnée par des artistes de la 
Musique du Génie et des amateurs, sous la direction de M. Mafille, 
maître de chapelle. Le 18 juillet 4826, on fit entendre, à l’occasion de 
l’adoration du Très-Saint-Sacrement, dans l’église de Saint-Joseph, 
une messe de Hummel et un 7e Deum de Martini. L’abbé Gosse, 
curé de la paroisse, prononça un discours où il remercia les musiciens; 
l'église était trop petite pour contenir les personnes venues pour 
assister à cette cérémonie religieuse. 

(2) Voici le programme : Première partie : 10 Ouverture de la Cénéren- 
tola de Rossini ; 20 Air composé par Mme Romagnésie, chanté par un 
amateur ; 30 un Solo de clarinette de Lequint, exécuté par un amateur ; 
40 une Romance à quatre voix d’Armette, opéra de Blangini, avec 
accompagnement composé par Lequint. Deuxième partie : 40 Diver- 
tissement inédit de Beer ; 20 Duo de Richard Wallace, opéra de Catel 
chanté par deux amateurs; 30 Air russe de Lafon, chanté par un 
amateur ; 40 un Chœur de Bernouski, opéra de Boëldieu. 

M. Guérard tut longtemps un des présidents de la Société Philhar- 
monique. Il sut la maintenir à un degré musical très apprécié. Il 
possède la collection des programmes des concerts depuis la fondation 
de la Société. . 

D'après la Revue Départementale, numéro du 3 janvier 4827, 
l'ordre. et le silence régnent dans la salle, les morceaux sont bien 
exécutés et applaudis. On admire l’habile direction du chef d’orches- 


— 122 — 


vention à celte société. Cette même année'on ouvrit à Arras 
un cours de musique vocale et instrumentale (1), 

-En 1829, M. Duhaupas, professeur de musique à Arras, 
ouvrit un cours où on suivait la méthode de M. Chéron, 
directeur de l’Institution de Musique religieuse de Paris. 

MM. Sirouy et Dhé professeurs de musique à Arras, 
demandèrent à la ville, en 1834, un local pour établir une 
Ecole de musique. En 1836, les membres de la musique de 
la garde nationale appuyèrent la proposition faite par l’un 
d'eux de créer une Ecole de musique. Au Conseil municipal : 
elle trouva des adversaires; pourtant elle fut admise en 
principe. En 1837, on fit ua règlement pour son organisa- 
tion. Le maire exerçait la présidence avec M. Daverdoingt, 
comme Vice-Président ; les membres de la Société Philhar- 
monique étaient chargés de l'administration, En 1858, ils 
proposèrent une réorganisation, et firent un projet de règle- 
ment. Le Conseil municipal l’approuva, malgré l'opposition 
des Orphéonisles, et ajouta 1.300 fr. au crédit qui était con- 
sacré à cette école. En 1834, on chercha à établir à Arras, 
une société de chants sacrés. En 1838, M. Duhaupas 
demanda l'autorisation d'ouvrir chez lui un cours de 
musique pour les demoiselles. Plus tard les Orphéonistes et 
d’autres sociétés musicales s’organisèrent à Arras. Le Con- 
seil municipal vota plusieurs fois des subventions pour 
envoyer des élèves au Conservatoire de Paris. (2) 


tre. La Société fait tous les jours de nouveaux progrès et pourra sous 
peu lutter avec avantage avec les villes voisines qui possèdent déjà cette 
belle institution (Voir dans cette Revue des détails sur les concerts). 

(1) On payait trois francs par mois. MM. Wagner, Georges Weber, 
Sirouy, Hecquet cadet et Rumaux devaient être chargés des cours 
qui avaient lieu pour les jeunes geus de 6 heures 1/2 à 7 heures, et 
pour les dentoiselles de 1 heure à 2 heures CYR Revue Départemen- 
lale, nos des 1er et 24 février 1827). 

(2) C'est en 1826 qu’on établit une Société Philharmonique à Bou- 
logne (Voir Morand, Ephémérides boulonnais, page 127). 


— 123 — 


En 1826, on bénit la chapelle de l’hospice des vieillards ({) 
en présence du maire, du Conseil municipal, du clergé et 
de personnes notables de la ville. L’Evêque donna la béné- 
diction du Saint-Sacrement au milieu d’un profond recuail- 
lement ; il visita l'établissement, et dit des paroles de conso- 
lation aux malheureux qui y étaient hospitalisés. Mgr de 
Latour d'Auvergne par lettres des 2 et 11 mars 1826 annonça 
à l'administration municipale que, grâce aux soins et à la 
charité des fidèles, il avait acheté, rue Sainte-Croix, l’hôtel 
de l’Ecu d'Artois, pour y mettre des Frères de la doctrine 
chrétienne et avait fourni le mobilier. Il demandait à la ville 
de se charger de prendre cette école à ses frais: cela lui 
coûterait 2.400 fr. pour quatre frères recevant chacun 600 fr., 
l’'Evêque crut devoir envoyer des cahiers d'écriture et de 
calcul, pour montrer combien l'instruction donnée par les 
frères était honne ; aussi les parents et les enfants appréciè- 
rent-ils ces religieux, l'Evèque garantissait qu’ils avaient les 
connaissances nécessaires pour instruire les classes pauvres; 
il ajoutait : « Bien que vous m’ayez toujours donné des témoi- 
gnages sincères de votre attachement, la douce habitude 
que vous m'avez fait contracter de me reposer avec con- 
fiance sur vos sentiments pour moi, me fait espéret que 
vous accueillerez avec bonté ma demande: sans cela ce 
serait le premier refus que j'aurais reçu de vous et j'en 
serais d'autant plus affligé que vous ne pourriez vous plain- 
dre d’aucune indiscrétion de ma part. » 

Le Conseil municipal accepta, avec les conditions qu'il y 
mettait, la donation que l’Evêque voulait faire de cette 
maison ; mais celui-ci demanda à attendre pour terminer 
l'affaire, car « celui qui veut se dépouiller a bien le droit de 
prendre le moment de la réflexion, pour faire cette opération 
de la manière la plus convenable. » Pourtant on finit par : 


(1) Cet hospice avait été transporté à l'ancien couvent du Vivier, 


— 124 — 


. s'entendre et le 31 décembre 1827 le Conseil municipal 
accepta définitivement cette école estimée 14.000 fr. (1). 

Le 6 septembre le marquis de Clermont Tonnerre, minis- 
tre de la guerre, passa par Arras allant au camp de Saint- 
Omer, où le préfet devait le rejoindre. La garnison prit les 
armes, un escadron de chasseurs alla à sa rencontre à la 
porte Ronville mais un orage s'étant déclaré et la foudre 
ayant éclaté, le ministre entra par la porte Méaulens avec 
la rapidité de l'éclair. Il descendit à la Préfecture ou avaient 
lieu les réceptions. Le 7 il passa une revue, visita la cita- 
delle, l'hôpital, les fortifications et les établissements 
publics (2). 

Le Conseil général (3) s’occupa du canal d'Arras à Etaples, 
des moyens de réaliser son exécution (4) et d’une autre ques- 
tion qui devait prendre de nos jours une grande importance : 
l'extraction de la houille dans le Pas-de-Calais (5). Elle ne se 


(1) On avait établi une école de filles dans l’ancienne abbaye du 
Vivier ; aucun ordre religieux n’ayant voulu s’en charger, le Conseil 
municipal, le 43 décembre 1827, décida qu’on chercherait des mai- 
tresses laïques. 

(2) Le Conseil municipal lui exposa le mauvais état du canal de la 
Scarpe bien nécessaire pour la défense du pays. 

(3) M. le baron de Coupigny fut, pour la troisième fois, président 
du Conseil général. Le Roi le nomma maréchal de camp le 29 octobre 
4826. Le baron Lallart, retenu à la Chambre, ne put assister aux 
séances du Conseil général. Il faisait encore partie de la première 
Commission. | | 

(4) On peut, voir dans le numéro de la Revue Départementale du 
8 avril 1826, un article sur ce canal. 

(5) La Société d'Agriculture, Commerce et Arts de Boulogne-sur- 
Mer, depuis 14824, mettait au concours cette question : Recherches 
eutreprises à différentes époques, dans le Pas-de-Calais, pour y décou- 
vrir de nouvelles mines de houille. On devait indiquer les caractères 
qui distinguent les terrains houillers du nord de la France; dans 
quelle partie du Pas-de-Calais aurait-on plus de chances de trouver 
la houille? Quels en seraient les indices? Pourquoi a-t-on aban- 
donné les travaux entrepris? Pourrait-on les reprendre ? Indiquer la 


— 195 — 


faisait qu'aux mines d'Hardinghem (près Boulogne). Cette 
assemblée demanda au gouvernement de donner une sub- 
vention de 15.000 fr. pour encourager les compagnies a 
pousser leurs travaux jusqu’à 700 pieds de profondeur (1), 
elle réclama contre le prélèvement de 10 p. 0/0 fait par 
l'Etat sur le produit des octrois depuis 10 ans sous prétexte 
de subvention de guerre. Le Conseil général constata que la 
récolte était bonne sauf pour les graines oléagineuses qui 
avaient souffert de la sécheresse. 1l regretta qne le gouver- 
nement n’eut pas approuvé son vote de 3.000 fr. pour donner 
des encouragements aux instituteurs. 

Le Conseil municipal d'Arras fixa ainsi son budget Île 
11 mars 1826 : recettes ordinaires 249.629 fr.; recettes extra- 
ordinaires 25.906 fr.; total 275.535 fr. Dépenses ordinaires 
237.746 francs; dépenses. extraordinaires 28.528 francs ; 
total : 266.274 francs. Excédent des recettes 9.261 francs. 
Cette assemblée décida de dépenser 500 francs pour acheter 
deux statues destinées à orner la salle de bal de l'hôtel de 
ville et demanda au Gouvernement de lui en donner une de 
grandes dimensions pour la Petite Place (2). 

Le Préfet demanda au maire des renseignements sur 


disposition des terrains houillers dans l’arrondissement de Boulogne. 
Les mines de Fiennes pourraient-elles être de nouveau exploitées ? A 
cette époque, c'était à Aniche où s’arrêtait l’extraction du charbon. On 
devait joindre des cartes et plans. Le prix était de mille francs, 
M. Garnier, ingénieur en chef des mines, rédigea un mémoire dé 
100 pages, avec planches à l’appui. Il était bien fait et traitait les ques- 
tion historique et technique. Selon lui, il fallait de grands capitaux 
pour exploiter la houille dans le Pas-de-Calais, il croyait la chose 
possible dans l'arrondissement d'Arras. Ce mémoire, envoyé en 1821 
à la Société d'agriculture de Boulogne, fut couronné par elle et 
imprimé à ses frais. 

(1) En 1826, il y eut des dégâts à la digue de Sangatte, On s’occupa 
du dessèchement de la vallée de l’Authie. 

(2) M. de Courteilles, lieutenant de Roi, demanda à la ville de lui 
fournir un logement ; le Conseil municipal refusa, 


— 1% = 


l’abattoir, le maire les lui fournit (1). On s’oceupa d'une 
statistique du département. 

M. Fauchison, l’ancien professeur,  Snnisca le 24 février 
1826, comme bibliothécaire de la ville, M. Pochon, décédé. 


(1) Sous l’ancien régime, d’après les ordonnances, on devait aller 
tucr les bestiaux à l’abattoir. Sous la Révolution, cette obligation 
tomba en désuétude. En 1816, le maire engagea les bouchers à revenir 
à l’ancien usage; mais, ce fut une ordonnance royale du 40 novembre 
1819, suivie d’arrêtés pris par le maire les 24 mars et 26 avril 1820, 
qui décida qu’on devait se servir de la tuerie commune, qu'on fit paver 
et restaurer car elle avait mauvaise odeur ; aussi les bouchers avaient 
protesté et le maire, M. Lallart, le 48 mai 1820, fit paraître un 
mémoire prouvant que l’abattoir n'était pes iusalubre. Il avait fait 
visiter le local et on l’avait trouvé dans de bonnes conditions; le 
Préfet, le 7 juin 1820, rejeta la pétition des bouchers demandant à ne 
pas être obligé de s’en servir. 

Le préposé à l’abattoir recevait 300 francs par an, était logé dans 
l'ébablissement. C'était lui qui percevait les droits d’abattage. D’après 
une délibération du Conseil municipal, approuvée par le Préfet, ils 
étaient de 50 centimes pour un bœuf, de 46 centimes pour une vache, 
de 30 centimes pour un veau. Les porcs ne payaient rien. La viande 
devait être de bonne qualité et on ne pouvait la dépecer avant que les 
_ égards n’aïent examiné la bête. Ils venaient tous les lundis et vendre- 
dis, jours d’abattage. De plus, ils visitaient toutes les semaines les 
étaux des bouchers. En 4825, on abattit, à Arras, 442 bœufs, 1,900 
vaches, 2,300 veaux, 4,000 moutons, 1,900 porcs. La viande se ven- 
dait de 90 centimes à 1 franc le kilo. 

Les bouchers d'Arras ne formaient pas une corporation, le nombre 
‘ n’en était pas limité. Il y avait alors vingt bouchers et cinquante char- 
cutiers. Tous payaient patente et ils devaient être autorisés par le 
maire ; mais ils avaient chacun la jouissance d’une partie de l’abattoir. 
Ils pouvaient soit débiter la viande chez eux, soit la conduire à la 
boucherie publique ; les bouchers de la ville y allaient rarement, 
c'étaient souvent ceux du dehors qui y venaient les mercredi et 
samedi et ne pouvaient vendre que sur un étal.. Il y avait des droits 
d'octroi. Ils avaient été fixés par une ordonnance royale du 21 mars 
1820. Ils étaient : pour un bœuf, de 10 fr.; pour une vache, de 8 fr.; 
pour un veau, de 2 fr.; pour un mouton, de 4 fr.; pour un porc, de 
0 fr. 50. La viande dépecée payait cinq centimes le kilo ; si _. était 
salée, sept centimes et demi. 


æ 197 — 


M. Henri Simon, le 12 avril 1826, fut nommé par le maire, 
secrétaire en chef, greffier de la mairie (t). M. Traxler 
devint architecte-adjoint le 8 mai 1826. 

On voit que le baron de Hauteclocque renouvela alors une 
partie des fonctionnaires relevant de la mairie (2). 

Une affaire assez singulière eut lieu à Arras en 1826. Le 
Préfet écrivit au maire, qu'il avait été informé, par un 
- colonel retraité, qu’un trésor avait été caché par un Carme 
d'Arras, au moment de son départ pour l'émigration. Le 
maire fit faire inutilement des fouilles dans le jardin de 
leur couvent de la Grand’ Place (3). | 


(4) Il avait été longtemps employé aux Eaux et Forêts, et.s’était fait 
remarquer par sa moralité et son aptitude au travail. 

(2) On donna, le 3 mars, un bal à l’hôtel de ville au profit des 
indigents. 

(3) Voici ce qui donna lieu à cette recherche : un lieutenant-colonel 
retraité, M. Goudner, demeurant à Paris, écrivit au Prétet du Pas-de- 
Calais, le 8 septembre 1824 : « En 1801, me trouvant à Freysengen, 
en Bavière, autrefois évêché, un chanoine du Chapitre ayant confiance 
en moi me déclara, à la condition d’en faire bon usage, avoir reçu 
avis, en confession, d’un Carme émigré mourant, que dans le coin du 
jardin des Carmes à Arras, une dame, nommée Darras, et lui avaient 
enterré une somme de 40 ou 80,000 francs (je ne me rappelle plus au 
Justé) sans que j'ai pu me faire expliquer dans quel coin du jardin, 
ou s’il y avait deux couvents de Carmes, ou ‘si les Carmes avaient 
deux jardins. Le chanoine n’avait pas plus de renseignements, soit 
qu’il ait négligé de les demander, soit que le mourant troublé ou 
affaibli, ou manquant de mémoire, ait omis d’en donner d’autres. » 
Il terminait en disant qu'il n'avait pu aller en garnison à Arras et 
partager la somme avec la dame Darras ou ses héritiers, selon le 
désir du mourant. 

_ Le Préfet lui répondit, le 12 octobre, que le maire lui avait écrit 
que les couvents avaient été vendus nationalement, et qu’il fallait faire 
“un accord avec les propriétaires ou ayant-droit pour convenir que si 
on trouvait quelque chose la moitié serait pour les établissements de 
bienfaisance d'Arras, à moins qu’il n’y eut un héritier du Carme à 
qui on remettrait toute la somme. Ce füt arrêté et on creusa chez 
les Carmes de la Grand’ Place, aux quatre coins du jardin, sur une 


— 128 — 


La procession de la Féête-Dieu fut très belle. La fête 
d'Arras fut brillante : elle eut lieu avec le programme accou- 
tumé (1). Sauf que les personnes qui s'étaient fait inscrire 
pour concourir aux différents jeux, se réunirent sur la place 
de l’hôtel de ville pour escorter le buste de Turenne jusqu'au 
temple élevé à sa mémoire. Il y eut une chanson (2). On 


profondeur de six pieds, sans rien trouver. Comme ces travaux étaient 
coûteux, avant d’en faire chez les Ursulines, il voudrait avoir d’autres 
renseignements, et si le nom de Darras ne serait pas le nom de la 
ville ? On n’eut pas de réponse et on se demanda si cet officier sans 
fortune ne cherchait pas à ce qu’on lui fit un eadeau. 

(1) Il y eut, en 1826 à Arras, une ascension en ballon, chose rare 
à cette époque, et Mme Saqui exécuta à la citadelle des exercices sur 
la corde. | 

(2) La voici : 

Chanson de la Fête d'Arras. 


CoLas 


Hé ben Jacqn'leinn’ ed réveill” tu 
Accout’ Gugusse qui s’ ramoute 
Et m° n‘habit est déjà baitu 

Raviss’ mes culottes 

Tu n° voëras pu d’ crottes. | 
Viens-tin bien vit’ dins l’ vill” d’Arraus, 
Faut-i cor’ que j’ ch’ tu l’ dich’ einn’ faut ? 


CoLas 
Tu pall’ d’ pu queucque temps d’ichi 
Dins !” vill comm’ tout est embelli 
Min gueux, tu varras aveucq’ mi 
Du qu'ein mets chés fraques 
Gna l° sall”’ d'espectaques 
Quand tu l” voëras, tu fras bientôt 
Des yeux comm" nous culière à pot, 


Cozas 


1! faudra vir° d'su grand marquer 

Comm’ chés soldats vont débucquer 

Min gueux, nous montrons dins ch’ cloquer 
Draulau sans disgrace 
Sans peur qu’in L'écrasse 

Nous voërons tous chés z'infans 

Manœuvrer comm? j'ai fait din l’ temps. 


Imprimerie A. Tierny, Evouanp, 


= 199 — 


ajourna à 1827 l'Exposition de peinture, d'objets d'art el 
dés produits de l’industrie (1). Pourtant les artistes et les 
amateurs purent déposer dans une salle du collège les 
objets, fruits de leurs travaux ou faisant partie de leurs col- 
lections comme médailles, etc., qu'ils voulaient ‘faire con- 
naître au public. Il fallait s'adresser à MM. Gauthier et 
Demory. On se décida à donner des médailles d'argent à 
Mile Demory et à Mme Pagès de Paris et des médailles en 
bronze à M. Granosfki, pour des dessins de mécaniques, el 
à M. St-Martin pour des dessins et des aquarelles, et à M. 
Loiseau, ébéniste à Arras pour un lit et une commode. 

Au mois d'octobre, des jeunes gens d’Arras cherchèrent 
à former une Société purement liltéraire. Il suffisait pour 
être admis d’avoir le goût de la littérature et celui dela 
poésie. | 


(1) La ville devait acheter des tableaux et les mettre en loterie. 


= 130 — 
1827 


1827 fut aussi malheureux que les deux années précé- 
dentes peur la destinée de la Monarchie légitime. 

Les passions anii-religieuses étaient toujours excitées ; les 
royalistes restsient divisés ; le Roi et les ministres de plus 
plus en plus découragés; la magistrature, en général, peu 
disposée à soutenir le gouvernement ; la presse hostile et 
l'opinion publique dévoyée (1). 

La session. des Chambres s’ouvrit le 12 décembre 1826. Le 
discours royal annonçait que la progression du produit des 
impôts indirects permettait d'augmenter le traitement des 


(4) En 1826, le 8 avril, à une séance de la Chambre des Députés, 
le marquis de Saint-Chamans avait signalé la gravité de la situation. 
Ïl importe, disait-il, de ne pas fournir des armes au parti dont tout 
ami de la France ne peut, sans effroi, envisager le progrès sensible, 
Je veux parler du parti désigné sous le nom de libéral. Certains évé- 
nements fâcheux ont malheureusement signalé ce progrès depuis un 
an. Le malest venu de la division des royalistes, et il s’est agrandi 
par l'influence que le parti libéral exerce, sans qu’ils s’en aperçoivent, 
sur un certain nombre de royalistes abusés par de fausses théories. 
Pour les effrayer, on invoque des souvenirs déjà fort anciens, on leur 
parle de la prépondérance du Pape sur la puissance temporelle des 
Rois, ou les menace des Jésuites. C’est dans le xixe siècle, au milieu 
de l'irréligion et de l’incrédulité, qu’on tedôute les excès du zéle 
religieux ! Déplorable effet de l’esprit de parti! Après plus de soixante 
ans sont encore poursuivis les restes des jésuites pur les restes des 
jansénistes aux cris de joie des soi-disant philosophes. Aux avantages 
que le parti libéral a tiré de ces discussions, il faut joindre l’ihfluencé 
de quelques événements extérieurs. Les principes que soutient le parti 
libéral, ont triomphé dans le nouveau monde. Ils ont été encouragés 
par une concession récente du Ministère. Ce parti ne néglige rien pour 
entretenir et réveiller le zèle de ses adhérents. Le concours funeste 
d’un orateur distingué qui a soutenu de dangereuses directions, a été 
pour les libéraux un moyen de passer en revue leur milice, et des 
souscriptions leur servent à compter leurs partisans en province. 


L 
— 131 = 

desservants et les crédits attribués aux travaux à faire au 
routes ainsi qu'aux places fortes et de consacrer une somme 
plus élevéé au budget de la Marine. Il prévenait les Cham- 
bres que le Ministère allait proposer une nouvelle loi sur la 
presse; elc. | 

Dans l'adresse, on faisait allusion aux évènements qui 
avaient eu lieu au Portugal, pouvant amener une guerre 
que la France saurait soutenir. M. de Villète crut devoir 
donner à la Chambre des explications rassurantes qui cal- 
mèrent son ardeur guerrière. La loi sur la presse fut pré- 
sentée le 29 décembre 1826; elle avait deux défauts : elle 
était trop rigoureuse et inefficace, laissait subsister la liberté 
de la presse en l’entravant ; enfin, elle était impopulaire. On 
ne comprend pas que le Roi et M. de Villèle la proposèrent, 
car ils devaient savoir que la Chambre des Pairs ne la vote- 
rait pas. Il fallait faire quelque chose, car la licence des 
journaux augmentait toujours. La droite demandait qu’on 
la réprimât, mais la législation existante était insuffisante 
pour cela ; le mieux eût été de rétablir la censure; le Roi ne 
le voulait pas, l’ayant abolie, | 

La loi s’appliquait aux écrits non périodiques et à ceux 
périodiques : pour les .premiers, elle. était restrictive et pré- 
ventive, par suile de l'obligation d’un dépôt préalable et 
d’une grande fiscalité, Pour les écrits périodiques, elle était 
préventive et rétroactive, et créait des difficultés pour établir 
de nouveaux journaux (1). 


(1) 11 fallait fonder une société en nom collectif comiposée de cind 
personnes dont trois devaient être gérants responsables et possédet 
eux-mêmes la moitié des actions du Journal. Toute publication parais- 
sant plus de deux fois par mois était soumise au cautionnement. On 
supprimait pour lui un des privilèges du prêteur, Le droit de timbre 
était porté à dix centimes par numéro, et les colporteurs devaient 
être munis d’une autorisation. Il fallait faire une déclaration: pour 
fonder un nouveau journal. Les actes officiels, les discours prononcés 
aux Chambres, les publications des sociétés littéraires ou celles trai- 
tant des sciences, des arts et de littérature, les mandements des 


EL 


L'opposition, pour combattre ce projet de loi, (1) employa 
une manœuvre très habile : d'une question politique, elle fit 
une question industrielle et commerciale, prétendant que 
c'était porter une grave atteinte à l'imprimerie et aux indus- 
tries qui s’y rattachent. On atteignait cent mille ouvriers, 
dont quarante mille pour Paris seulement ; c'était, en outre, 
gèner l'expression de la pensée, puisque les auteurs seraient 
obligés de se faire imprimer à l'étranger. On organisa un 
vaste pétitionnement. L'Académie française, elle-même, si 
calme d'ordinaire, décida par dix-sept voix contre neuf qu’on 
adresserait au Roi une supplique en faveur de la liberté de 
la pensée humaine. MM. de Chateaubriand, Villemain et 
Lacretelle furent désignés pour la présenter, Charles X 
refusa de les recevoir. | 

La discussion de la loi à la Chambre des Députés com- 
mença le 14 février et dura six semaines : elle fut des plus 
vives mais confuse ; quarante-quatre orateurs s’inscrivirent 
pour l’attaquer et trente-et-un pour la défendre. M. Royer- 
Collard, prononça un de ses plus éloquents discours, disant 
qu'il défendait la cause de la civilisation. Casimir Périer 
prit également la parole et dit que la loi se résumait en un 
mot : « L’imprimerie‘est supprimée en France et transportée 
en Belgique au profit de l'étranger et des pays libres; 
l’œuvre de M. de Peyronnet excitait le mécontentement 
d’une classe laborieuse et jusque là inoffensive. 

M. de La Bourdonnaïis, au nom de l'extrêéme-droite, com: 
batlit également la loi. Les opposants prétendaient que 


évêques, les écrits sur les affaires privées étaient exempts de ces for- 
malités. On poursuivait les propriétaires du journal, et les imprimeurs 
étaient civilement responsables. Enfin, on augmentait les pénalités, 
ainsi les attaques, offenses et diffamations contre le Roi, la famille 
royale, les Chambres, les mioistres du culte et même les particuliers, 
étaient punis d'amendes variant de 500 francs à 20,000 francs. 

(1) Le Moniteur, dans un article inspiré, dit-on, par M, de Pey- 
ronnct, disait que c'était « une loi de juslice et d’amour »; c’est le 
nom que lui donnaient, par dérision, les journaux libéraux. 


— 193 — 


si la polémique de la presse était ardente, c’est qu’elle avait 
- eu à combattre les projets de loi impopulaires sur le sacri- 
lège et lé droit d’aînesse, et les fautes nombreuses du Minis- 
tère. MM. de Peyronnet, de Villèle et d’autres orateurs 
répliquérent avec talent. Celui ci, accusé de tyrannie, répon- 
dit que les tyrans ne se laissaient pas insulter. On prétendit 
également que la liberté de la presse aurait dù être ajoutée 
aux sept plaies d'Egypte. Chez les Hébreux, on ne permet- 
tait la lecture des Prophètes que lorsqu'on avait atteint l’âge 
de 30 ans, etc. Ils avaient à défendre une cause difficile 
ayant excité en France une grande émotion. La loi, modifiée 
par divers amendements (1), fut votée par deux cent trente- 
trois boules blanches contre cent trente-quatre boules noires: 
c'était le chiffre le plus élevé que l’opposition ait obtenu. 

La loi, portée devant la Chambre des Pairs, devait y rece- 
voir un accueil encore moins favorable : celle-ci était mal 
disposée pour le Gouvernement. Un royaliste, le comte de 
Montlosier, que ses opinions gallicanes rendaient hostile à 
l’ultramontanisme et à la Compagnie de Jésus, adressa à ces 
Chambres une pétition intitulée : Dénonciation pour deman- 
der qu’on obligeät le clergé à enseigner les principes de la : 
Déclaration de 1682; réclamer l’expulsion des Jésuites. 
Portalis, dans un rapport, concluait en demandant au Gou- 
vernement de faire exécuter les lois relalives à ces questions 
religieuses. | | 

La discussion dura deux jours et fut très vive. M. de 
Villèle avait déjà déclaré, dans un discours, que les lois 
n’élaient pas abrogées, que les Jésuites n’élaient que tolérés 
comme auxiliaires des Evèques, et soumis à leur adminis- 
tration et à leur surveillance. Ces religieux furent allaqués 
et défendus avec talent, et la Chambre des pairs, à la majorité 
de 113 voix contre 73, adopta les conclusions du rapport. 


(4) On supprima le droit de timbre ; le Gouvernement voulait y 
soumettre même les lettres de faire-part, et on rétablit la censure pour 
les publications au-dessus de vingt feuilles. 


— 134 — 


La joie des journaux croyant être libéraux, en demandant 
l'expulsion d’une classe de citoyens, fut vive. 

Un autre événement vint exciter le mécontentement de 
cette assemblée : Un philanthrope, le duc de Montmorency- 
Liancourt, mourut à Paris: il était très bienfaisant ; il 
avait fait des largesses à l’école de Châlons ; les anciens 
élèves voulurent porter son cercueil. Le Gouvernement et 
la famille, n'ayant pas été prévenus, la police s’y opposa. 
11 y eut une bagarre et le corps roula par terre. Les journaux 
libéraux furent trop heureux d'exploiter à leur profit ce qui 
s'était passé. C'était regrettable sans doute, maïs on ne 
pouvait le prévoir. Le duc de Montmorency était pair de 
France ; ses collègues s’'émurent. M. de Sémonwville fit un 
rapport peu favorable au Gouvernement ; M. de Corbières 
ministre de l’Intérieur, défendit les agents de l'autorité 
comme n'ayant fait qu’accomplir leur devoir. L'affaire en 
resta là, mais elle laissa le ministère sous une impression 
défavorable. 

C’est dans ces conditions que la loi fut présentée à la 
Chambre des pairs, le parti libéral suivant une nouvelle 
tactique, fit votet par celte assemblée de procéder comme 
en Angleterre et de faire une enquête préalable pour savoir 
l'effet produit par la loi sur l’industrie de l'imprimerie. 

L'opposition produisit des avis défavorables, elle en tira 

parti. On opéra de tels changements dans la loi que le 
Ministre la retira 1e 19 avril 1827. À Paris, en signe de joie, 
on organisa des processions d'ouvriers criant : Vive le Roi! 
Vive la Chambre des Pairs ! Vive la liberté de la presse ! 
A bas les Jésuites ! Jusque sous les fenêtres de la duchesse 
de Berry, le 18 il y eut une manifestation plus tumultueuse 
encore et le soir on illumina. 
_ Ainsi se termina le malheureux essai pour entraver la 
liberté de la presse, elle ne devint que plus audacieuse. On 
dut se contenter d’une loi qui portait Jes droits de poste à 
5 centimes par feuille, 


— 135 — 


La situation était mauvaise ; elle allait le devenir plus 
encore. Charles X était d’un caractère faible et cherchait la 
popularité. Il commit l’imprudence de consentir à la 
demande du duc de Raguse, commandant supérieur à la 
Garde Nationale de Paris à en passer une revue. Elle eut 
lieu le 29 avril, Un vingtième des 20.000 gardes -nalionaux 
qu'on avait réunis poussa, ajouté au cri de : Vive le Roi et 
Vive la Chambre ! ceux de : A bas les Ministres ! A bas les 
Jésuites ! ils les renouvelèrent en rentrant lorsqu’il passèrent 
sous les fenêtres de M. de Villèle, rue de Rivoli (1). 

Ces manifestations étaient contraires au règlement: mili- 
taire; pour faire plaisir au maréchal Oudinot, après lui avoir 
dit qu'il était venu recevoir des hommages et non des leçons, 
le Roi signa un ordre du jour d’après lequel tout s’était 
bien passé, les ministres lui firent observer combien ces 
faits étaient regrettables, il prononça la dissolution de la 
Garde Nationale de Paris. Celte mesure était grave, mais 
devenue nécessaire par suite de l’imprudence du Roi ; elle 
ne fut pas approuvée par tout le parti légitimiste et le minis- 
tre de Villèle dut s’en expliquer à la Tribune. | 

Les difficultés s’accumulaient. Si la population rurale 
restait indifférente, en proposant la loi sur la presse, on 
avait mécontenté les lettrés ; le licenciement de la Garde 
Nationale produisit un mauvais effet sur la bourgeoisie 
parisienne. Le revenu des impôts n’augmentait plus. Le Roï 
était découragé, attribuaïit en partie la situation à son minis- 
tère et en recevait les ennemis dont M. de Lambel, hostile à 


(4) La duchesse de Gontant raconte, dans ses Mémoires (Plon, 
p. 891) : « Que les 7e et 9e Légions poussèrent des cris hostiles ; 
la Garde Nationale, passant sous les fenêtres de M. de Villèle, bran- 
dissait ses armes, vociférant et poussant des cris horribles contre les 
Ministres, appelant à leur secours cette charte qu’ils prétendaient 
vouloir soutenir jusqu’à la dernière goutte de leur sang. » Elle le fit 
observer au Roi, celui-ci lui dit : « J’ai mis les mains aux orcilles; 
cela m'a servi, car je vous proteste que je n’ai pas entendu d’injures. » 


25490 = 


M. de Villèle. On effrayait Charles X, en lui annonçant des 
conspirations et. des altentats et la réorganisation de la 
Charbonnerie, Telle était la situation quand les Chambres, 
après avoir voté une loi pour la formation des Listes du 
Jury et le Budget, virent le 22 juin clore leur session. Le 24 
de ce mois, une ordonnance royale rétablit la censure, seu- 
lement quand les Chambres n'étaient pas réunies. 

Le 20 août, mourut à Maisons M. Lafitte, chez son ami 
Manuel. 11 avait été un des adversaires les plus éloquents 
de la monarchie légitime. Le parti libéral ne manqua pas 
l’occasion de faire une manifestatiôn contre les Royalistes ; 
il-fit de ses funérailles une démonstration populaire que 
la police chercha à empècher: ce qui fut exploité par la 
presse de l'opposition. 

Il y eut au mois d'août l’ouverture à Paris d'une expo- 
sition des produits de l'industrie: les deux dernières avaient 
eu lieu en 1819 et en 1823. 

Le Gouvernement chercha une diversion pour arrêter 
l'opposition, chaque jour plus audacieuse, il crut la trouver 
dans un voyage du Roi dans le Nord et le Pas-de-Calais. 
Les populations de ces deux départements avaient toujours 
montré un ardent royalisme ; on espérait que l'enthousiasme 
manifesté à la vue de leur Monarque, réagirait sur l'opinion 
publique, et permettrait de sortir d’une crise dont on ne 
voyait pas l'issue. 

Pour entretenir les troupes dans l'habitude des exercices 
de la guerre, et conserver les traditions militaires, on avait 
formé deux camps : l’un à Lunéville pour la cavalerie, 
l’autre à Saint-Omer pour l'infanterie (1}; ce fut ce dernier 
que Charles X résolut de visiter en 1827 (2). L'opposition y 
vit un moyen d'accomplir une contre-révolulion. 


(4) Une baraque servant d'hôpital brûla en 1826. 

(2) D’ après la Revue du Pas-de-Calais, en 1827, le camp se com- 
posait d'environ huit mille hommes formant huit régiments d’infan- 
erie de ligne à deux bataillons et deux bataillons d'infanterie de ligne 


— 137 — 


Ce fut le 16 mai 1827 qu’un bataillon du Génie en garnison 
à Arras, composé dé treize officiers et de trois cent quarante- 
quatre hommes, partit pour Saint-Omer à l’effet de préparer 
le camp sous la direction du colonel de Bellonnet. Il était 
situé au village d'Helfaut, près de cette ville, s'élevait en 
terrasse sur la rive droite de l’Aa et $e développait sur trois 
quarts de lieue d’étendue. On y avait envoyé quelques 
‘troupes en 1826. En 1827, trois divisions s’y trouvèrent 
réunies : deux au camp et la troisième à Saint-Omer. Il était 
commandé par le comté Curial. On avait fait venir, des 
garnisons voisines des troupes de cavalerie ; des détache- 
ments importants du génie et de l'artillerie s’y trouvaient 
égalément ; on s’occupa d’un système de fortifications de 
campagne pour défendre le front du camp, on construisil un 
fort pour exercer les troupes à l’école de siège ; il y eut des 


à un bataillon de cinq cents hommes. Le commandant en chef était 
le général comte Curial. La prerièré division avait pour chef le 
lieutenant-général Ledru des Issards avec les maréchaux de camp 
vicomte Berthier de Sauvigny et le marquis de Marguerie. La deuxième 
division avait pour chef le lieutenant-général de Béthisy et les maré- 
chaux de camp vicomte Toussaint et Picot de Picardière. Au 
moment de la venue du Roi, il y eut des modifications puisque, d’après 
a notice sur le voyage de Charles X, composée par M. Sénéca, la pre- 
mière division, sous les ordres du lieutenant-général baron Billard, 
se composait de cinq régiments cn deux brigades commandées par les 
maréchaux de camp baron Drault et de Cadoudat ; la deuxième 
division était sous les ordres du lieutenant-général, vicomte de 
Fesinzac ; ‘elle était composée de quatre régiments en deux brigades 
commaudées par les maréchaux de camp comte de Montlivaut et 
duc de Crillon ; la troisième division, sous les ordres du lieutenant- 
général duc des Cars, avait quatre régiments en deux brigades com- 
mandées par les maréchaux de camp baron Hugonct ct baron Hurel. 
En tout, douze mille hommes plus 500 hommes du génie, 541 artil- 
leurs et 82 hommes du train des équipages. La cavalerie, forte de 
deux mille hommes en cinq régiments était commandée par le lieute- 
nant-général, comte de Bourbon-Busset, et formait deux brigades sous 
les ordres des maré :haux de camp comtes de Laloyere cet de Lauriston. 


É: 


— 138 — 


alertes de petite guerre et de grandes manœuvres (4). 

Tous les dimanches des aumoniers célébraient une messe 
servie par des militaires ; sur un monticule de verdure se 
trouvait l'autel en gazon qu’on trouvait un chef-d'œuvre; 
sur l’invitalion du général Curial, l’évêque l'avait bèni ainsi 
que le camp au mois de juillet 1827 (2). 

Puis avaient lieu une inspection el une grande parade. 
Beaucoup d’Anglais et d'étrangers venaient au camp ce jour 
là (3) ainsi que les autorités et les habitants de Saint-Omer 
et des environs. Les divisions donnaïent à tour de rôle des 
fêtes annuelles, auxquelles assistaient les dames de la ville. 
Sur un amphithéâtre en verdure douze mille personnes 
pouvaient prendre place. Une baraque pareille à un boudoir 
avail -élé préparée pour recevoir les dames (4). 

Le temps d'abord mauvais se mit au beau. 

Dès que l'on sut d’une manière certaine le voyage de 


(1) Le camp fit enchérir les denrées alimentaires, 

(2) Monseigneur de La Tour d'Auvergne était en tournée pastorale, 
le général Ledru des Issards le reçut sous sa tente et lui pré- 
senta le corps des officiers. La division se forma en carré et l’Evêque, 
revêtu de ses vêtements pontificaux, donna sa bénédiction et adressa 
des paroles pleines d’onction. Un grand nombre d'ecclésiastiques 
étaient présents. Mor de la Tour d'Auvergne s’entretint assez long- 
temps avec les généraux et dina chez le comte Curial. 

(3) Il y avait beaucoup d’Anglais demeurant à Saint-Omer, et 
plusieurs maisons d'éducation pour leurs enfants. | 

(4) Dans une de ces fêtes, on éleva sur un mamelon aplani une 
baraque qui servit de théâtre ; devant, on construisit un Jet d'eau 
versant du vin à la troupe. Quarante musiciens des cinq régiments 
entonnèrent le chant de « Vive Henri IV ! » puis : cantates, assauts 
d'armes, parades, pantomimes. Le dimanche 13 août 1826, on offrit 
une grande fête aux dames. Le 17e Léger (ancienne Légion du Var) 
exécuta des courses à pied et des danses provençales. A cinq heures 
et demie eut lieu un repas militaire servi par petites tables, quatre 
mille hommes y prirent part. On y porta des toasts, puis il y eut des 
danses, des jeux et des illuminations. Un autre dimanche, après la 
messe, on organisa une fête avec courses à échasses pour les soldats 


— 139 — 


Charles X dans le Pas-de-Calais, le Préfet, (1)le 10 juillet 
1827, envoya une circulaire aux maires, pour l’'annoncer (2) 
et une seconde pour confirmer cette nouvelle (3). 


basques et en sacs pour les autres. Les soldats les plus lestes exécu- 
tèrent les danses de leur pays : les Basques et les Auvergnats, la 
bourrée ; les Languedociens, la treille avec le cerceau ; les Provençaux, 
la farandole, etc. 

(4) La Revue Départementale, dans son numéro du 28 mai 1827, 
annonça que le Roi visiterait le camps de Saint-Omer. 

(2) Voici sa circulaire : 

« Messieurs, la nouvelle du voyage du Roi s’est répandue dans le 
département, et si j'ai tardé à vous donner l’annonce officielle d'un 
bonheur si souvent souhaité, c’est que j’aurais désiré vous en désigner 
l’époque d’une manière précise. Cette époque est encore un peu incer- 
taine, mais la cause même de cette incertitude est une louange pour 
le Monarque et vous fera reconnaître le cœur d’un petit-fils de Henri IV, 
avant que vous puissiez en contempler les traits : c’est à la rentrée des 
moissons qu'est subordonnée son arrivée. Devant les difficultés des 
grandes manœuvres au camp de Saint-Omer, il a voulu que les fruits 
de la terre ne courussent pas le risque d’être foulés aux pieds. Pen- 
sant que les indemnités qui auraient bien pu être données en pareil 
cas, pourraient assurer l'intérêt des propriétaires mais non les 
ressources des pauvres, toujours proportionnées à l'importance des 
grains récoltés ; il vous est donc facile d’assigner à peu près l’époque 
de ce voyage dont le souvenir sera longtemps conservé par la province 
fidèle d’entre les plus fidèles, et qui seule s’honore d’avoir fourni 
l'apanage de Sa Majesté. Selon toute apparence, Elle accordera deux 
Jours à Arras et cinq à Saint-Omer. Ces deux villes se disposent à 
la recevoir dignement, mais l’hommage dont Elle sera le plus flattée 
n'a pas besoin d’étre préparé. Ils sont heureusement bien loin ces 
temps de funeste mémoire où l’enthousiasme et l’amour étaient com- 
mandés sur le passage du Maître. Dans la France heureuse, sous ses 
Rois légitimes, l’enthousiasme et l’amour sont au fond de tous les 
cœurs et, pour les en voir sortir avec l'expression la pue vive, il 
suffit de ces mots : Le Roi va venir | » | 

(3) Voici sa circulaire : « Les espérances que nous avons données 
l'an dernier se réaliseront sous peu de jours; le meilleur et le plus 
aimé des Rois sera au milieu de nous. Charles X, qui ne saurait 
oublier les témoignages de dévouement et d’amour que vous lui avez 
prodigués à une époque de douloureuse mémoire, regrettait de n'avoir 


— 140 — 


©: Le secrétaire général en l'absence de M. Blin de Bour- 
don, en tournée de révision, adréssa, le 26 juillet, une 
nouvelle circulaire à ces fonctionnaires pour indiquer d’une 
manière précise l'itinéraire que devait suivre le Roi, 
les mesures qu'ils avaient à prendre (1}, et annoncer que 
le duc d'Angoulème accompagnerait Charles X. Le Sous- 
Préfet de Saint-Omer, le 7 juillet 1827, envoyait au Préfet 
l'avis que les cantonnements d’une division de cavalerie et 
dé détachements d'artillerie et du train n'avaient amené ni 
plaintes ni murmures. Il ajoutait : « J'espère que vous serez 
aussi content des sentiments des habitants de l’arrondisse- 
ment de Saint-Omer pendant le séjour du Roi que pour celui 


pu encore se retrouver au milieu de ses chers Artésiens. Enfin cet 
heureux moment approche et notre auguste Monarque nous donne 
une preuve bien signalée de son affection en accordant au département 
du Pas-de-Calais dix jours entiers dont deux à la ville d’Arras. 

» Son Altesse Royale, Monseigneur le Dauphin, qui d’abord n'avait 
pas le projet de passer par Arras, a bien voulu, sur ma demande, 
changer son itinéraire et, pour le déterminer, je n'ai eu qu’à lui 
rappeler l’'empressement et l’enthousiasme avec lesquels Son Altessse 
Royale a déjà été accueillie par les habitants de cette cité fidèle. Le 
Prince sera donc dans ncs murs le sept du mois prochain. Vous serez 
sans doute bien heureux des témoignages de bienveillance et de pré- 
dilection que daigne nous accorder l'auguste Famille à laquelle les 
destinées de la France sont confiées ; mais je peux le dire, sans crainte 
d'être démenti, qu'aucune province n’en est plus digne que la vôtre. 

(4) Les maires devaient attendre à la limite de leurs communes le 
cortège royal, être en habit bleu avec ceinture blanche. Des détache- 
ments de gardes nationaux et de pompiers escorteraient les Conseils 
municipaux. On sonnerait les cloches, le clergé se tiendrait à la porte . 
des églises en habits sacerdotaux. On devait interdire sur le passage 
du cortège les baraques de forains ou autres, les chaises, les bancs 
empêcher de tirer des coups de fusil, de faire partir des pétards, 
de monter sur les arbres, éloigner les mendiants et les colporteurs. 
«Le maire seul fera un discours, il sera court et respectueux ; sans cela 
il est préférable qu’on n’en prononce pas. Les cris de « Vive le Roi » 
qui sortiront du cœur et auxquels celui de Sa Majesté répondra suffi- 
ronl pour exprimer énergiquement le sentiment général. » 


— 1 — 


de la duchesse de Berry. » Le 16 août, M. Blin de Bourdon 
prévint le Conseil Général que Sa Majesté, dans son voyage, 
accordait dix jours à ses chers Artésiens. Aucune province 
n’élait plus digne de sa visite. 

L'Evéque de son côté écrivit à ses curés pour leur dire 
que le Roi serait heureux de voir réunis aux prêtres, dont 
l'église était située sur sa route, ceux des villages voisins ; 
qu’il recevrait avec grand plaisir leurs hommages, et que 
l'empressement du clergé lui sera fort agréable. Il donnait 
l'itinéraire de Sa Majesté et ajoulait : « l'honneur que fait 
Charles X en visilant le diocèce est une faveur extraordi- 
naire, qui ne peut-être que très approuvée par le clergé, il 
ne doute point que celui des villes que Sa Majesté va par- 
courir ne s’empresse de lui rendre les hommages qui lui 
sont dus (1). | 

Le maire d'Arras annonça également à ses administrés 
cet heureux événement (2) et le Conseil vota 5,000 francs 
pour les frais de la réception. 


[2 


(1) Le prêtre qui présidait devait être en chape, les autres curés en 
rochet, tous avec l’étole. L'Evêque recommandait le costume a le plus 
parfaitement ecclésiastique et la tenue la plus soignée ». On devait’ se 
borner à présenter au Roi son respect et l’assurer de son dévouement 
et de sa soumission. | 

(2) Le dimanche 22 juillet, le commissaire de police d'Arras accom- 
pagné d’agents et de sapeurs-pompiers à la tête desquels marchaient 
les tambours et la Musique, publia : « Habitants d'Arras, Le Ror va 
VENIR, | le jour de son arrivée est fixé, c'est le 46 septembre au soir 
que notre ville sera honorée.de son auguste présence. Sa Majesté y 
viendra à son retour de Saint-Omer et y restera jusqu’au 18 au matin, 
Votre premier magistrat s’empresse de vous annoncer cette heureuse 
nouvelle, persuadé de la joie qu’elle va répandre dans tous les cœurs. 
Vous vous joindrez à nous, j’en suis certain, fidèles habitants d'Arras, 
pour fêter dignement ce Monarque adoré, et nos cœurs formeront un 
faisceau d'amour dont nous environnerons sa présence sacrée et, s’il 
nous est impossible d'exprimer tout lé bonheur dont nous Jouirons, 
du moins puissions-nous, par l'ivresse de nos sentiments, convaincre 
Sa Majesté que les 46 et 17 septembre seront les plus heureux de nos 


— 145 — 


Le maire engagea les habitants à faire peindre et blanchir 
leurs maisons. On répara l’hôtel-de ville à l'extérieur, on 
acheta un drapeau, on habilla la musique de la garde natio- 
pale, les jeunes gens des principales familles d'Arras, com- 
posant le garde nationale à cheval s’empressèrent, dit un 
journal du temps, de s’équiper à leurs frais et leur enthou- 
siasme fut partagé non seulement per l'élite des citoyens 
mais aussi par toutes les classes ouvrières &e le ville, qui 
à l’envi ont voulu continuer à paraitre dans les rangs de le 
garde nationale bien que leurs chefs ne l’eussent pas 
demandé (1). La ville contribua à alléger les charges qu’elle 
leur imposait (2}. Le Conseil municipal décida qu'on distri- 
buerait des secours aux pauvres lors du passage du Roi, 
que le 17 septembre, aurait lieu un bal dans la bibliothèque 
de Saint-Vaast (3), on arrêta la forme de la lettre d’invi- 


jours. Vive le Roïl Arras, 12 juillet 4827, en l'absence de M. le Maire, 
Linque adjoint. » ; 

La Revue Départementale dit : « Les auditeurs écoutèrent cette 
nouvelle avec une joie bien vive et des acclamations de vive le Roi ! 
partirent du fond du cœur; on ne saurait s’y méprendre. » 

(4) Le 24 juillet, le Maire informe ses concitoyens que, conformé- 
ment à l'ordonnance du 11 janvier 1816, Sa Majesté admettra la Garde 
nationale de cette ville à lui former une garde d'honneur qui fera le 
service pendant toute la durée de son séjour à Arras, concurremment 
avec la maison militaire de Sa Majesté. En conséquence, l'administra= 
tion municipale s'empresse d'annoncer cette faveur aux gardes natio+ 
paux qui y verront une nouvelle preuve de la bienveillance et de 
l'affection de S. M. Charles X et pour les engager à prendre dès à 
présent toutes les dispositions nécessaires pour que Icur tenue soit 
digne du privilège qui leur est accordé. Signé : Linque. 

(2) La ville, pour la remercier de son dévouement, fit don à la 
Garde nationale de vingt bonnets à poil destinés aux deux compagnies 
de grenadiers, et de. mille francs pour acheter des shabraques à la 
. Garde nationale à cheval. 

(3) Ce bal donna licu à des difficultés avec l’Evêque. On voulait faire 
passer Charles X par la cour de l’Évêché et les huit cents invités par 
le jardin du séminaire. Mgr de Latour d'Auvergne y avait d’abord 


* .— 148 — 


tatiou et on décida qu’on ferait frapper une médaille com: 


mémorative (1). 

A Saint-Omer, on fit également de grands préparatifs (2). 

Ce fut le 3 septembre 1827 que le Roï quitta Saint Cloud, 
le duc &’Angouléme partit trois quarts d'heure avant lui 
pour le camp de Saint-Omer. Il devait ensuite aller en Nor- 
mandie. Il passa à Compiègne le 6, le 7 il arriva à Arras 
par Péronne, accompagné des ducs de Guicheet de Venta- 
dun. {1 descendit à la préfecture, demanda a être reçu sans 
apparat et n’accepta qu’une garde de cent hommes fournie 


consenti, puis il demanda qu’on en référât au Roi, car, selon lui, c'était 
peu convenable. Le Conseil municipal, après avoir fait observer que 
les généraux logés dans les bâtiments de l’abbaye de Saint-Vaast 
avaient donné des bals sans que l’Evêque se plaignît, décida que les 
invités passeraient par la rue des Teinturiers et le petit perron de la 
bibliothèque. 

(1) « La ville d'Arras, heureuse et fière de posséder son Roi dans 
les journées des 16 et 17 septembre, a voulu consacrer cet événement 
par un monument durable, et afin d’en perpétuer le souvenir, l’'Admi- 
nistration municipale a fait frapper une médaille qui retrace cette 
époque si chère à tous les fidèles Artésiens. 

» L’amour porté par les habitants d'Arras à Charles X le Bien 
Aimé, est gravé dans tous les cœurs, et le bronze, ons durable, 
en marque difficilement l’expression sincère. 

» Nous avons l’honneur de vous offrir une de ces médäilles en 
témoignage de l’estime et de la haute considération de l’Administfa- 
tion municipale d’Arras, veuillez l'agréer et recevoir l'hommage des 
sentiments distingués avee lesquels nous avons l’honneur d’être, etc. 

Les Maire, Adjoints et Membres du Gonseil munipal. » 


(2) Voilà comment un journal du temps parle du voyage dé Charles X 
dans lé Pas-de-Calais : « Les villes d’Arras et de St-Omer rivalisent 
de zèle dans leurs apprêts des fêtes et des bals que Sa Majesté a bien 
voulu accepter. Cette époque sera longtemps mémorable pour nous; 
des princes et des personnages étrangers se rendront, dit-on, à 
Saint-Omer ; ils verront combien la France idolâtre ses princes, et 
l'Europe pourra au besoin déduire les conséquences de tant d'amour. 
La France goûte une paix qui sera longue encore et les étrangers 
_crieront avec nous : Vive le Roi de Francel » C'était de la prose 
officielle bien loin de la vérité. 


— Ali — 


par moilié par la garde nationale et par moitié par le régi- 
ment du génie. Le Préfet lui présenta les autorités, le prince 
en invita quelques unes à diner avec lui. Enfin il y eut 
réception où les dames furent admises. Le soir toute la 
ville fut brillamment illuminée, aux cris mille fois répétés 
de Vive le Roi! Vive Monseigneur le Dauphin ! I] partit 
le 8 pour Lille. 

Charles X, le 3 septembre (1), arriva à Laon (2), puis 
passant par la Fère et Saint-Quentin, vint coucher le 4 à 
Cambrai et le 5 à Valenciennes, où.il alla visiter les mines 
d’Anzin, il arriva à Douai et le 7 à Lille. Partout il était 
reçu avec enthousiasme par les populations, recevant les 
autorités, visitant les établissements de bienfaisance et 
d'industrie. 

Le Roi partit de Lille le 9 septembre à 7 heures du matin. 
À 4 heures de l’après-midi, sa voiture attelée de huit che- 
vaux blancs et escortée par un détachement de gendarmerie 
arriva-par la route de Cassel à St-Omer, à quarante pas de 
la limite du Pas-de-Calais (3), elle s'arrêta devant un arc 
de triomphe, et le vicomte Blin de Bourdon s’approchant 
de Charles X, lui dit : Combien les Artésiens étaient recon- 
naissants de la faveur qu’il leur accordait, le Roi lui répon- 
dit; puis il reçut les hommages du Général Barathier, 
commandant le département, du Sous-Préfet de Saint-Omer, 


(4) Le prince d'Orange partit également dans la nuit pour le camp 
où il arriva le 8 septembre. La duchesse de Berry se rendit à Dieppe. 

(2) Le Roi était accompagné du duc de Polignac, premier écuyer 
du Roi et futur ministre; du duc de Blacas, premier gentilhomme de 
la chambre; du duc de Luxembourg, capitaine des gardes du corps ; 
_du comte de Pradel, premier chambellan; du duc de Mortemart, 
capitaine des Gardes à pied; du duc de Maillé, premier aide de camp. 

(3) Le Conseil général du Pas-de-Calais en avait fait les frais et 
M. Letombe, architecte du département, le plan, et des artistes de 
Paris étaient venus le peindre : sur la clef de la voûte se trouvaient 
les armes de l’Artois, avec des vers composés par M. de la Rivière, 
secrétaire-général, 


— 145 — 


M. de Laage, du baron de Coupigny, du marquis de 
Tramecourt, de M. du Hays, députés, etc. Le Lieutenant- 
Général Rottambourg, commandant la 16° division militaire 
et le comte Curial, Commandant du camp avec leurs états- 
majors se joignirent au cortège. Quaire-vingts gardes du 
corps étaient arrivés à Saint-Omer pour former l'escorte du 
Roi. La division de cavalerie était rangée en bataille à 
gauche de la route (1). 

À à la porte de Saint-Omer, l' Admitistration nuniciodle: 
qui s’y trouvait avec la compagnie des pompiers, offrit 
au Roi les clefs de la ville (2). Le 2° régiment de Ligne était 
formé en bataille sur les glacis. 

Ce fut un grand jour pour Saint-Omer, il concordait avec 
la fête de son patron. Dès 5 heures du matin, les cloches 
s’élaient ébranlées, elles continuèrent de retentir à l’arrivée 
du Roi. À ce moment, les musiques militaires jouent. Le 
peuple crie avec enthousiasme : Vive le Roi! C’est ainsi que 
Charles X arrive à l'Hôtel äe Sandelin, où il doit loger. Là, 
il reçoit les hommages des corps constitués et des officiers 
de la Garde Nationale. On lui adressa des discours ; il y 


(1) Voilà comment un journal raconte l’arrivée de Charles X : « Par 
tout, depuis son départ de la capitale, le Roi avait recueilli sur son pas- 
sage les témoignages de respect et d'amour que son peuple lui a voués, 
lorsque le dimanche 9 septembre, vers 5 heures du soir, il arriva au 
hameau du Fort-Rouge, commune d’Arques, limite du département 
du Pas-de-Calais. Une nombreuse population de toutes les communes 
voisines garnissait la route et faisait retentir les airs des cris mille 
fois répétés de « Vive Charles X ! Vivent les Bourbons ! » Le ciel était 
pur, le soleil projetait ses rayons sur les masses de verdure qui 
bordent le chemin ; tout, en un mot, semblait s’harmoniser avec les 
sentiments de joie qui animaient les fidèles Artésiens. Les moindres 
hameaux montrèrent sur la route une population avide de contempler 
le Roi, et la maison du pauvre avait elle-même son drapeau blanc ; la 

présence du Père des Français doit être une véritable fête de famille. » 

(2) Le Maire étant malade, ce fut M. Gaddebled, premier adJoint, 
‘qui organisa la réception du Roi. Ilen fut récompensé par la croix 
de la Légion d'honneur. 


10. 


— 146 — 


répondit. M. Wissocq, Président du Tribunal de Boulogne 
lui exprima les regrels de celle ville de ne pas avoir l’hon- 
neur de le recevoir dans ses murs. Charles X pria Monsei- 
goeur de Latour d'Auvergne (1) de rester auprès de sa 
personne pendant son séjour à Saint-Omer (2). À 7 heures 
eut lieu le dîner. 48 personnes y furent admises (3). Le soir 
toute la ville fut brillamment illuminée. | 

Le lendemain Charles X partit à 11 heures pour le camp. 
Il avait dans sa voiture : À droite, le Dauphin, en face, le 
prince d'Orange. L’escorte était superbe : trois cents officiers 
et cinquante-trois généraux en faisaient partie. On y voyait 
des Anglais, des Russes et des Belges. Sur les bruyères, où 
se trouvait le camp, étaient rangées en bataille trois divi- 
sions d'infanterie comptant environ douze mille hommes et 
une de cavalerie composée de deux mille hommes en cinq 
régiments, formés en deux brigades. 1l y eut une revue 
et l’attaque d’un mamelon ; les autres jours, les manœuvres 


(1) Voici quelques détails donnés par le Journal de Saint-Omer : 
« Une demi-heure avant la sortie du Roi de son appartement, le duc 
de Blacas, premier gentilhomme, fit entrer l’Evêque dans le premier 
salon du Roi, où Sa Majesté daigna faire deux pas en avant pour 
recevoir ses hommages. Elle lui parla avec bonté et intérêt de son dio- 
cèse et le fit rester auprès d’Elle jusqu’à ce que le clergé de St-Omer 
fut admis à déposer à ses pieds le tribut de son respect. Mgr de 
Latour d'Auvergne présenta MM. Lefebvre des Palmes, chapelain de 
Sa Majesté et vicaire-général d'Arras, Decan, curé de Notre-Dame 
de Saint-Omer, et Herbet, vicaire-général. » 

(2) L’Evêque vélébra la messe en la présence du Roi dans la Cha- 
pelle de ses appartements, excepté le dimanche 11 et le 12 septembre, 
et dina tous les jours avec le Roi. Une fois Charles X le mit à sa 
gauche avec le prince d'Orange à sa droite ; une autre fois on le plaça 
à gauche du Dauphin, en face de Sa Majesté. Le 11 septembre, il 
déjeuna avec lui au camp. 

Le Roi était éminemment religieux ; aussi il ne cessa de combler 
de bontés le premier pasteur du diocèse et de rendre sa dignité respec- 
table aux yeux de tous. 

(3) Le Roi retint à sa table l’Évêque et le baron de Coupigny, le 
marquis de Tramecourt et M. du Hays, députés, 


L.] 


— 147 = 


continuèrent en présence du Roi, sauf le dimanche, où 
Charles X vint assister à la messe célébrée au camp en 
présence de toutes les troupes (1). Cette cérémonie impo- 
sante avait attiré cinquante mille speclateurs. Le qua- 
trième jour le Roi alla entendre la messe à Notre-Dame (2), 
puis visita la ville et ses monuments: les hôpitaux (3), 
les barrages construits pour éviter les inondalions, l’arse- 
nal, les ruines de l’Abbaye de Saint-Berlin et le Collége.. 
Partout réceptions et discours. Le soir bal à l’Hôtel-de- 
Ville. Le cinquième jour, le Roi assista à l'attaque et à la. 
défense du camp; le sixième, il alla passer la journée à. 
Dunkerque ; le septième eut lieu au camp devant lui l'assaut 
du Corps de Place (3). Charles X avant son départ, donna 
des décorations, et remit des cadeaux aux personnes les plus 
distinguées de la ville. Le Conseil municipal décida qu’en 
souvenir de cette visite, la porte d'Arras s’appellerait « porte 
Royale ». Le lendemain le Roi partit pour cette ville (4). 


(1) La messe fut dite par M. fées des Palmes. L’Evêque rem- 
plit les fonctions de Grand Aumônier du Roi, puis lui donna le Missel 
à baiser, après le derniér évangile, l’officiant porta à S. M. le corporal. 
Charles X était à genoux, l’Evêque sur un tabouret à droite de son 
fauteuil, les fonctionnaires derrière. Après la messe, Mgr de Latour 
d’ Auvergne offrit l’eau bénite au Roi. La musique militaire se fit 
entendre pendant-la cérémonie. 

(2) Elle eut lieu à onze heures du matin. fe Roi était accompagné 
du Dauphin. L’Evêque alla le recevoir au grand portail et lui adressa 
‘un discours. Le Roi remercia et se plaça sous le dais pour s’avancer 
processionnellement jusqu’au chœur. La messe fut dite par le curé 
l’abbé Decan. L’Evêque remplit les fonctions de grand aumônier. 

(3) A l'Hôpital général, l’Evêque présenta au Roi les religieuses et 
les frères de la Doctrine chrétienne. Dans la chapelle, on chanta le 
Domine salvum fac regem. Gharles X, fit ANR questions sur 
l’origine de l’établissement. 

(4) Le duc d'Angoulême partit trois a d’heure avant lui ; la popu- 
lation de la ville et des villages voisins s'était rassemblée sur sa route. 
Arrivé à Saint-Pol vers midi, le prince fut accueilli aux ‘cris de : 
Vive le Roi! Vive le Dauphin! Vivent les Bourbons! Il s’entretint. 
quelques instants avec les autorités qui l’attendaient à son passage, ef 


— 148 — 


Partout sur sa route, on avait ‘élevé des arcs de triomphe 
avec des inscriptions en l'honneur du monarque. Les maires, 
les curés, les populations acclamaient le souverain sur son 
passage. Charles X se montrait à la portière de sa voiture et 
saluait affectueusement. Les maisons s’effaçaient derrière des 
arceaux de verdure ornés de drapeaux et soutenus par des 
pilastres entourés de torsades fleurdelysées, le bruit du canon 
le son des cloches, les fanfares, les tambours se faisaient 
entendre, mille voix retentissaient en même temps. C’étail en- 
core un beau jour pour la monarchie (1) légitime, mais hélas! 
ce devait être le dernier. Le Roi s’arrêta à Aire, à Lillers, où 
il alla à l’église ; A Béthune quinze mille personnes étaient 
arrivées pour le voir : Le marquis de Baynast, maire de la 
ville, proposa au Roi de monter dans une calèche découverte 
qu'il avait amenée pour qu’on püt mieux contempler les 
traits du monarque, Charles X accepta gracieusement, les 
mouchoirs blancs s'agitaient à toutes les fenêtres de cette 
ville, alors si royaliste. Le Roi s’arréta à l’Hôtel-de-Ville où 
trente jeunes filles étaient réunies. Une d’elles Mlle de Genne- 
vières lui offrit un bouquet et lui fit un compliment ; puis 
on lui présenta les autorités ainsi que M. du Hays député. 
Comme partout, il laissa des marques de sa générosité pour 
les pauvres. À une lieue d'Arras, la Garde Nationale à cheval, 
commandée par M. de Grandval vint former l’escorte d’hon- 
neur, suivie du douzième chasseurs. Un arc de triomphe 
avait été élevé par la ville à 501) mètres de la porte Méaulens : - 
on yavait placé le buste de Charles X avec quatre figures allé- 
goriques : la Prudence, la Justice, le Commerce et l’Abon- 


il laissa des marques de sa bienfaisance accoutumée. Le soir, il y eut 
un bal nombreux à l’Hôtel-de-Ville de cette ville où assistèrent les 
Gardes du corps du Roi, compagnie de Luxembourg. 

(1) M. Derhems, dans son Histoire de Saint-Omer, dit que le pro- 
gramme des fêtes de Saint-Omer pour l’arrivée du Roi portait que 
les habitants, auxquels leurs facultés le permettaient, étaient invités à 
illuminer tous les soirs le devant de leurs maisons, 


— 119 — 


dance. Au-dessus de l’archivolte, on lisait : Au Roi, la Ville 
d'Arras. Une foule considérable s’était rendue à la porte 
de la ville, où le Roi arriva à quatre heures de l’après-midi, 
il descendit de sa voiture de voyage pour monter dans une 
calèche découverte. Le maire, les adjoints, les membres du 
Conseil municipal l’attendaient. Le Baron de Hauteclocque 
lui présenta les clefs de la ville, les mèmes qui avaient été 
offertes au Roi Louis XV quand il vint à Arras, et lui adressa 
un discours, auquel le Roi répondit (1). A la première barrière 
le comte de Courteilles, lieutenant de Roi, offrit les clefs de 
la Place. Pendant ce temps-là, on tirait cent un coups de 
canon. | 

Les rues, par lesquelles devait passer le cortège, étaient 
_Sablées et élégamment décorées. Les acclamations des habi- 


(1) Voici le discours du Maire : 

SIRE, quand vos enfants de l’Artois, dans l’ivresse de leur bonheur, 
s’empressent de déposer aux pieds de Votre Majesté l'expression de 
leur amour et de leur dévouement pour le plus tendre des pères, 
l'administration municipale d’Arras sera-t-elle assez heureuse pour 
exprimer à Votre Majesté combien l’auguste personne du Roi remplit 
de joie tous les cœurs ? Aux acclamations générales que font éclater 
vos fidèles Artésiens et auxquelles se mêle la pensée qu’ils sont plus 
particulièrement vos enfants, puisqu'ils ont eu le bonheur d’appartenir : 
à Votre Majesté dès son berceau, les habitants d’Arras, les aînés de 
cette grande famille osent supplier Votre Majesté d’accueillir avec 
bonté l'hommage de leur fidélité et de leur dévouement sans borne. 

Daignez, Sire, recevoir les clefs de votre fidèle ville d’Arras, tous 
les cœurs ici sont ouverts à la joie et au bonheur, et Votre Majesté 
n’y trouvera que des enfants fidèles, remplis de la plus vive piété, de 
l’amour le plus tendre pour le Roi, pour leur père. 

Le Roi a répondu : : 

« M. le Maire, j'accepte avec beaucoup de plaisir l'expression des. 
sentiments de la ville d'Arras. J’ai toujours eu une affection particu- 
lière pour cette province dont mon grand-père m'avait donné le nom. 
Croyez que je suis profondément touché des sentiments qui animent 
aujourd’hui les Artésiens. Tout mon désir est de contribuer à les 
rendre heureux. » 


— 150 — 


tants se mélaient au bruit du canon (1). La Garde Nationale 
à pied faisait la haïe; elle était forte de cinq cents hommes. 

‘Aù Pont-de-Cité, les portefaix et les déchargeurs du 
marché avaient construit une fausse porte en verdure ; une 
couronné royale y était suspenduë au milieu de touffes de 
fleurs. La corporation étaît réunie en lête avec son costume : 
pantalon bleu, blouse bleue, chapeau gris, un bouquet à la 
boutonnière ; ils accueillirent Charles X aux cris répétés 
mille fois : Vive le Roi ! | 

Dans la rue de Baudimont, se trouvait un immense porti- 
que, . d'ordre dorique ; les colonnes étaient ingénieusement 
imitées par de la percale plissée, et ornées de feuillages. [1 
était surmonté d'une galerie, sur laquelle étaient rangés d’un 
côté des jeunes filles et de l’autre des jeunes gens, tenant à 
la main des drapeaux blancs qu'ils agitaient en criant : 
Vive le Roi! son buste était au milieu d'eux. C'’étaient 
les enfants des hospices, on lisait au-dessus de la galerie : 
« Nous étions orphelins ». Ils lançaient également des fleurs 
sur les pas du Prince. La foule était attendrie, en voyant ce 
touchant spectacle ; les rues où devait passer le cortège ne 
formaient qu’une lungue galerie de verdure. 

Charles X arrivé à la Préfecture, où il devait loger (2), fut 


_ (4) A l’occasion de la visite du Roi, le maire prit un arrêté où il 
disait : « Considérant que les sentiments d'amour et de fidélité, dont 
les habitants de cette ville sont animés pour notre Roi bien aimé, ne 
nous permettent pas de douter un seul instant du bonheur qu'ils éprou- 
veront dans les journées des 16 et 17 septembre et de leur zèle à le 
témoigner par des signes extérieurs, arrête... » Suivaient les diverses 
dispositions : on prescrivait le balayage de toutes les rues, on devait y 
mettre du sable partout où passerait le cortège ; sonner toutes les 
cloches. On invitait les habitants à tenir leurs boutiques fermées, à être 
vêtus d’une mariière convenable, à orner de fleurs et de feuillages les 
façades de leurs maisons, à ne pas laisser sortir les enfants au 
dessous de dix ans sans être accompagnés, à illuminer les deux jours 
et à faire des distributions aux pauvres. 

(2) Le Ministre de la Guerre logea au Collège et le Ministre de 
l'Intérieur chez le Maire, 


— 151 — 


reçu par la vicomtesse Blin de Bourdon, elle présenta. 
cinquante jeunes demoiselles de la ville (1). Sa fille fit un. 
compliment. Le Roi la remercia ; puis eut lieu la présentation 
des autorités. Ce fut le Lieutenant-Général, commandant la 
division, et le Général commandant le département, qui la 
firent pour les militaires. Le Procureur Général de Douai, 
pour les magistrats du Tribunal civil et du Tribunal de 
commerce. L’'Evêque, pour le Chapitre et les curés de la 
ville; puis vinrent le Maire (2), les Adjoints et le Conseil 


(14) Voici la lettre d'invitation qu’envoya le baron de Hauteclocque, 
le 4er septembre 1827: 

« J’ai l'honneur d'inviter Mademoiselle votre fille à se réunir 
avec les demoiselles qui doivent se rendre le 16 de ce mois chez la 
vicomtesse Blin de Bourdon pour complimenter Sa Majesté Charles X et 
lui offrir des fleurs au moment de son arrivée à Arras. 

» Les demoiselles sont priées d’être vêtues en blanc et autant que 
possible en robe de crêpe garnie d’un ruban de même étoffe, coiffées 
en cheveux sans fleurs ni ruban. 

» Veuillez.., etc... Le Maire d’Arras. 

» Réponse s’il vous plaît. » 

(2) Voici les paroles prononcées par le baron de Hauteclocque : 

« SIRE, Dans cette province fidèle, comme dans toute la France, 
tous les cœurs s’élancent vers Votre Majesté, et le mémorable événe- 
ment de l’auguste présence du Roi dans nos murs remplit toutes les 
âmes des sentiments de là plus vive reconnaissance. Daignez, SIRE, 
accueillir avec bonté l'hommage de l’amour et du dévouement du 
Conseil municipal d'Arras, organe fidèle des habitants de cette Cité. 

» Daignez, Sire, compter la ville d’Arras, la capitale de votre 
ancienne province d’Artois, au nombre de vos bonnes villes, heureuse 
et fière de posséder son Roi; les cris de l’allégresse générale et le 
bonheur répandu partout en cette journée, dont le souvenir précieux 
vivra éternellement, témoignent l’attachement que cette ville porte à 
CHARLES X LE BIEN AIMÉ. 

» Permettez-nous, SIRE, de laisser éclater nos transports et de dire 
et de répéter toujours dans l’effusion de nos cœurs : Vive notre bon 
Rot! Vive Charles X le bien aimé! » 

Le Roi a répondu : « C’est la première fois de ma vie que j'ai pu 
visiter la ville d'Arras ; je suis très sensible à l’accueil que j'ai reçu. 
Le plaisir que j'éprouve de me trouver au milieu de sujets tels que 


— 152 — 


municipal ; selon un ancien usage, ils offrirent à Sa Majesté 
quarante-huit pains mollets et quarante-huit bouteilles de 
vin de Bourgogne, plus une élégante corbeille ornée sur ses 
côtés de fleurs de lys et du chiffre du Roi, elle contenait les 
échantillons des produits de la ville : des dentelles, du sucre 
de M. Crespel, du pain d’épices, et un bocal de cristal 
monté sur un pied doré renfermant de l’huile d’œillettes ; 
puis vinrent les Juges de paix, la Société royale (Académie 
d'Arras) (1), les professeurs du Collège et de l'Ecole de 
médecine, les Frères de la Doctrine chrétienne, etc. En 
général, dans un discours de peu d’étendue, on adressait ses 
hommages au Roi et celui-ci y répondait par quelques mots 
où il disait les choses les plus flatteuses pour remercier du 
dévouement qu’on montrait pour lui. 

Après le diner où Charles X retint quelques personnes, à 
huit heures, il alla au théâtre (2). A son entrée, l’orchestre 
fit retentir l’air : « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa 
famille ? » Les dames, en élégantes toilettes, agitaient leurs 


vous, restera à jamais gravé dans mon cœur. Si vous gardez le sou- 
venir du séjour que j'aurai fait dans vos murs, croyez que mon cœur 
s’en ressouviendra également. » | 

(4) La Société Royale d’Arras était représentée par une députation 
composée de MM. Thelliez de Sars, président ; de Missy, vice-chancelier ; 
Herbet, archiviste-adjoint ; Dissaux, Faille, Mercier et Toursel. Le prési- 
dent prononça ce discours : « SiRE, héritier des sentiments de l’ancienne 
Académie d’Arras, la Société Royale de cette ville, instituée pour 
l’encouragement des sciences, des lettres et des arts, se félicite de la 
faveur qu’elle obtient aujourd’hui de pouvoir vous présenter ses plus 
respectueux hommages ; cette marque de bonté que vous daignez lui 
accorder en l’admettant près de votre personne sacrée, lui donne la 
certitude qu’elle peut compter sur votre protection. Quelle plus belle 
récompense de ses utiles travaux pouvait-elle désirer que celle de venir 
déposer, aux pieds de Votre Majesté, l'assurance de son amour et de 
son inviolable fidélité. | 

(2) La troupe d'opéra étant en représentation à Valenciennes, le 
maire d'Arras dut s’entendre avec le maire de cette ville pour la faire 
venir pour quelques jours. 


— 153 — 


mouchoirs ; on chanta des couplets de circonstance, puis 
on joua les deux opéras d’Adolphe et Clara et des voitures 
versées (1). On entendit entre les deux pièces le chant 
français : « de Vive le Roi! Vive la France! » (2). Il produisit 
un enthousiasme général. Les plus vives acclamations 
accueillirent S. M. à son entrée et à sa sortie du théâtre, 


(1) On délivra des cartes pour circuler autour de la table du Roi et 
pour assister à la représentation du théâtre. 

(2) Voici le Chant artésien composé par deux grenadiers de la 
Garde nationale : 


Air : Vive le Rot! Vive la France ! 


Dans nos cœurs, le jour du bonheur 
Répand sa plus vive lumière ; 
Nous contemplons, dans sa grandeur, 
L’idole de notre bannière 
Notre amour dicte nos concerts, 
De nos cœurs le plaisir s'élance (bis) 
Et nos chants portent dans les airs, 
Vive le Roi! Vive la France! (bis). 


Antique Artois, noble pays 
De fidélité, de courage, 
Du fils du plus grand des Henry 
Sois toujours le bel apanage ; 
Il a daigné combler nos vœux; 
Il a rempli notre espérance ; (bis) 
Nous sommes doublement heureux : : 
Vive le Roi! Vive la France ! (bis). 


Nous:admirons ses nobles traits, 
Dans nos cœurs ils portent l'ivresse ; 
Le souvenir de ses bienfaits 
Augmente encor notre allégresse 
CHarLes sourit à nos regards, 

Nous bénissons sa confiance (bis). 
Ah! Quel beau jour pour nos remparts! 
Vive le Roi! Vive la France ! (bis). 


De ce moment si précieux, 
Ah! Conservons bien la mémoire ; 
I] sera cher à nos neveux, 

Près d’eux il fera notre gloire, 

ls partageront notre amour, 

Et fiers de notre jouissance, (bis) 
Comme nous, ils diront un jour : 
Vive le Roi! Vive la France ! (bÿs). 


— 154 — 


ainsi que sur son passage dans la ville. À onze heures, il 
était rentré à la Préfecture. Toute la ville était illuminée, le 
Beffroi en verres de couleur. 

Le 17 septembre, Charles X alla entendre la messe à 
l'Eglise de St-Vaast qu’on 'inaugurait en quelque sorte, bien 
que les travaux ne fussent pas terminés (1). Une foule 
considérable était rassemblés sur sa route, Mgr de la Tour 
d'Auvergne altendait le Roi au portail de l’église, après avoir 
présenté l’eau bénite et offert l’encens ; il lui adressa un 
discours auquel le Roi répondit. Le Chapitre et le clergé de 
la ville étaient rangés sur deux lignes dans la nef du milieu, 
les chanoines en habits de chœur et les autres ecclésiastiques 
en surplis Un grand nombre de prêtres étrangers et de 
séminaristes s’élaient joints au clergé de la ville. Les auto- 
rités et une foule immense remplissaient l'Eglise. S. M. 
s’avança sous le dais jusqu’au milieu du chœur, où il y 
avait un prie-Dieu. Les cordons étaient portés par le doyen 
du Chapitre et les cinq plus anciens chanoines. Les chantres 


(1) L'ancienne cathédrale, superbe monument gothique, avait été 
vendue et détruite sous le Directoire. L'Empereur, pour la remplacer, 
lors du Concordat, accorda l’ancienne chapelle des moines de Saint- 
Vaast; mais elle n’était pas terminée. Abandonnée sous la Révolution, 
elle avait beaucoup souffert des infiltrations de la pluie ; et, en atten- 
dant, l’Evêque dut se servir de l’église de Saint-Jean-Baptiste. Le 
Conseil Général fit de louables efforts et des votes généreux pour ter- 
miner la nouvelle cathédrale. On fit faire des plans par l'architecte 
Verly ; ils montèrent à des sommes importantes, et sous l’Empire les 
finances obérées par la guerre ne permettaient pas de grandes 
dépenses. Aussi les travaux traînèrent en longueur. Ils reprirent avec 
plus d'activité sous la Restauration. En 1827, si le gros œuvre était 
terminé, il n’en était pas de même des voûtes, du pavage, du portail, 
de l’ornementation et du mobilier, aussi quand le peu d’étendue de 
l’église Saint-Jean-Baptiste obligea à chercher un local plus grand 
pour la réception du Roi, on dut à Saint-Vaast faire des travaux et 
une appropriation provisoire pour pouvoir y célébrer la messe. La 
cathédrale ne fut inaugurée qu’en 1833, 


— 155 — 


précédaient le Roi, en faisant entendre les prières du 
pontifical. M. Denissel, doyen du Chapitre, célébra la messe 
et donna la patène à baiser à Charles X : les ornements 
étaient en drap d’or. L’évèque exerça les fonctions de Grand 
Aumônier. On chanta O Salutaris. Après la messe, le 
grand Chantre entonna l’antienne Exaudiat, et, par trois 
fois : Domine saloum fac Regem, puis le cortège se reforma 
pour conduire le Roi sous le dais jusqu’au grand portail. 
Sa Majesté parut extrêmement touchée des acclamations qui 
l’accueillirent sur son passage. 

Charles X monta en voiture pour parcourir les principales 
rues et places de la ville, et arriva à la fabrique de sucre 
de M. Crespel-Dellisse (1). La façade était ornée de cou- 


(1) M. CRESPEL-DELLISSE ou d’ELLISSE naquit à Lille en 1780. 
Ses parents étaient commerçants; il commença par tenir les livres 
de la maison de sa mère, voyagea pour en placer les produits, puis 
alla à Béthune entreprendre le commerce de grains et d’eau-de-vie. Il 
y avait épousé Mlle Dellisse. 

Le Prussien Margraff, en 1747, trouva le moyen d'extraire du sucre 
de la betterave. Il eut peu de succès au début, et ce fut un chimiste 
français, Achard, expulsé de Berlin, en 1795, qui chercha, par ses 
travaux, à utiliser cette découverte. 

M. Crespel, apprenant l’utilité qu’on pouvait retirer de cette plante, 
fonda à Lille, en 1810, avec son beau-frère M. Dellisse et M. Parc, 
une fabrique de sucre. 

Napoléon, en 1811 et en 1812, pour diminuer la rareté et la cherté 
du sucre, décida que 32,000 hectares de terre seraient, chaque année, 
livrés à la culture de Ja betterave, au compte du Gouvernement. Afic 
d'encourager les fabricants, il leur délivra des licences qui leur procu- 
raient des avantages considérables. M. Crespel en obtint une et sa 
fabrication atteignit 50,000 kilos de sucre par an. 1l employa des 
procédés perfectionnés, tels que le noir animal pour la décoloration 
du jus. Le Gouvernement, en présence de son succès, renonça à éta- 
blir, à ses frais, une fabrique modèle à Paris. | 

Les événements de 1812 et de 1813 arrêtèrent la prospérité de 
M. Crespel. Avec les débris de sa fortune, il vint s’établir à Arras. 

Il existait alors, rue des Promenades, dans l’ancien refuge de 
l'abbaye d’Arrouaise, une fabrique de -sucre ‘fondée, avec l’auto- 


— 150 — 


ronnes de lierre surmontées du buste du Roi, et dans la 
cour se trouvait un arc de triomphe. À son entrée, dans le 


risation ministérielle, par MM. Ledru et Lefran. Les désastres de 
la fin du régime impérial les empéchèrent de réussir. On vendit 
jusqu'aux meubles de M. Ledru. M. Crespel était le subrogé-tuteur 
des enfants de celui-ci ; il acheta la fabrique. Le retour des Bourbons 
rendit la prospérité à l’industrie ; il put se relever ; mais il eut à lutter 
contre l’opinion répandue chez les cultivateurs que la betterave épui- 
sait la terre ; enfin, en 1819, le succès couronna ses efforts et, en 
1821, on le proclama le premier fabricant de sucre de France. 


L'Académie d’Arras, dont M. Crespel était membre, chargea une 
Commission (en 1818) de visiter son établissement. L’un des membres 
de cette Commission, M. Burdet, professeur de dessin à l’Ecole régi- 
mentaire du Génie d’Arras, fit un rapport très élogieux : il est imprimé 
dans le premier volume des Mémoires de cette Société savante. Après 
avoir fait valoir les encouragements donnés aux arts et à l’industrie 
par l’Académie d'Arras, il ajoute : « elle doit aussi indiquer la route à 
une foule d'hommes généreux, ambitieux d’assurer leur nom à des 
conquêtes plus douces et plus solides que celles de l'épée. » Puis il 
raconte que pendant les dernières guerres des fabricants ont cherché 
dans des végétaux un sucre destiné à suppléer à celui de cannes 
devenu d’un prix exorbitant. La Prusse donna le signal. En France, 
une action coercitive, mêlée à une aveugle réaction de lopinion, 
contribua à renverser des établissements qui ne faisaient que naître. 


M. Burdet fit ensuite l'éloge de celui de M. Crespel, qui a l'avantage 
de joindre une exploitation rurale à une fabrique de sucre, puis il en 
passa en revue les diverses parties : 40 le nettoyage et le lavage de la 
betterave ; 2* la trituration, la pression, la clarification et la cris- 
tallisation. 


Cet établissement, encore bien modeste, fut l’origine de ces vastes 
constructions, où la fabrication du sucre et la culture se trouvaient 
réunies, au grand avantage de la propriété, et donnèrent tant d’ani- 
mation à celte partie de la ville d’Arras. 


Le duc d'Angoulême aimait à encourager l’industrie. En 1828, il 
se tit conduire chez M. Crespel, et on lui expliqua les divers procédés 
de la fabrication du sucre. Il loua les produits et encouragea le fabri- 
cant. Après son départ, le 28 décembre, le Préfet annonça qu’il avait 
chargé les ingénieurs Martin, Garnier, etc., d'assister aux principales 
opérations, afin d’envoyer quelques produits au Prince et au Ministre 


— 15? — 


salon où étaient réunis les fabricants de sucre de l’arron: 
dissement, M. Crespel lui souhaita la bienvenue et lui 


de l’Intérieur ; et, le 24 mai 1829, celui-ci remercia M. Crespel, tant 
en son nom, qu'en celui du duc d'Angoulême, et déclara que cette 
Commission avait trouvé les produits aussi avantageux que possible. 

Le Roi de Bavière envoya trois habitants de ce pays chez M. Crespel, 
en 1829, pour étudier sa fabrication. 

Les membres du Congrès scientifique de France, tenu à Arras en 
1853, allèrent visiter l’établissement de M. Crespel. Le célèbre pro- 
fesseur Payen, membre de l’Institut, dans un rapport lu dans une des 
séances, rendit compte de la bonne impression qu'ils en avaient 
rapportée. Son travail fut couvert d’applaudissements et inséré dans les 
Mémoires du Congrès, tome 1er, page 266. 

Ni les Révolutions de 1830 et de 1848, ni les crises qui se Sd 
sirent, à diverses époques, pour la fixation des droits et la protection 
réclamée par les colonies, la marine et le commerce pour la canne à 
sucre, ne purent abattre le courage de M. Crespel et, lors de l'Exposition 
de 1855, il avait des fabriques de sucre ou des exploitations rurales à 
Arras, à Beaumetz, à Berneville, à Neuville-St-Vaast, à Roclincourt, à 
Saulty, à Courcelles, à Eaucourt, à Sailly-Saillisel, à Roye, etc. Il cultivait 
2,278 hectares, dans trois de ses fabriques et une exploitation rurale 
de 650 hectares produisait 20,000 hectolitres de blé. Il occupait 462 
bœufs au labourage et au transport, et ses étables renfermaient 
29 taureaux, 273 vaches, 175 porcs et 5,900 moutons. Quatre millions 
de betteraves donnèrent 1,500,000 à 2,000,000 kilos de sucre. On 
était loin de la modeste fabrique de Lille. Tous les instruments, toutes 
les machines, dont M. Crespel se servait, étaient construits dans les 
ateliers annexés à son établissement central. Il payait pour impôts et 
divers droits 1,400,000 francs par an au Gouvernement. Il ne profitait 
pas seul de ses inventions, au lieu de prendre des brevets, ses établis- 
sements étaient ouverts aux industriels français et aux étrangers qui 
voulaient s’instruire de ses procédés de fabrication. Comme dit un de 
ses biographes : « M. Crespel put se convaiacre, comme tant d’ autres, 
qu’il était quelquefois dangereux de faire trop de bien, et sa générosité 
fut récompensée souvent par la plus noire ingratitude. Ainsi le veut 
 l’humanité. On les poursuit, on les tue, sauf à leur élever demain quel- 
que misérable statue à la gloire du genre humain. C’est ce qui arriva 
à M. Crespel. » Ce fabricant de sucre avait engagé trop de capitaux 
et sa besogne excédait les forces d’un homme déjà âgé. Malgré son 
activité et l'aide de son fils, il suffisait difficilement à une si vaste 


= 158 — 


présenta ses joues et son fils, puis lui fit remarquer ses 
produits que S. M. trouva très beaux. Après avoir parcouru 
les différentes parties de l'établissement et en avoir examiné 


entreprise. La variation des cours et des droits, la désastreuse cam- 
pagne de 1857, furent les préludes de revers qui ne le découragèrent 
pas. Le Gouvernement vint à son aide, avec le crédit de 40 millions 
affecté à l’industrie ; mais ce fut insuffisant et, en 1863, il dut se 
résigner à une liquidation qui fut désastreuse. Dans cette douloureuse 
circonstance, grâce en partie à l'intervention du marquis d’Havrin- 
court, auprès de l’Empereur et des Ministres, une pension viagère de 
6,000 francs lui fut accordée par le corps législatif. Il n’en jouit pas 
longtemps, car il mourut en 1865, d’une attaque de choléra à Neuilly- 
sur-Seine, où il s'était retiré. Il avait 76 ans. | 

M. Crespel avait obtenu, en 1833, la croix de la Légion d'honneur 
et était chevalier de l’ordre du Mérite du Grand Duché de Hesse et de 
l'Ordre de l’Aigle royal de Prusse. Il avait obtenu, en 1825, sur le 
rapport de Chaptal, la grande médaille d’or accordée par la Société 
d’Encouragement de l’industrie. Il reçut un grand nombre d’autres 
médailles. En 4827, le Jury de l'exposition le proclama le régénérateur 
et le bienfaiteur de l’industrie sucrière. 

M. Fournier, dans un rapport à la Société Centrale d'agriculture, fit 
valoir, non seulement ce qu’il avait fait pour la fabrication du sucre, 
mais pour la culture des céréales. M. Crespel fit partie de l’Académie 
d’Arras dès sa reconstitution en 1817, et en devint le doyen. En 1864, 
devant quitter Arras, il donna sa démission de membre titulaire et 
reçut les honneurs de l’honorariat. Les Sociétés d’'Encouragement 
pour l’industrie de Paris, de Berlin et de Londres le comptaient au 
nombre de leurs membres. La ville d'Arras l’avait admis à son Conseil 
municipal ; il rendit de grands services au Tribunal et à la Chambre 
de Commerce. Pour conserver le souvenir des immenses services 
rendus par M. Crespel à la culture et à la propriété dans nos pro- 
vinces du Nord, on donna son nom à un des boulevards d’Arras, où 
est placé un modeste monument qui reproduit les traits de M. Crespel. 

M. Crespel laissa trois enfants, dont une fille qui “pause M. Lecesne, 
qui fut président de l’Académie d’Arras. 

(Voir sur M. Crespel sa biographie publiée par M. Parenty dans 
l'Annuaire du Pas-de-Calais de 1866 ; Les Rues d’Arras, par le comte 
d’Héricourt et M. Godin, tome n, page 317; l’article de M. Brisson 
dans le journal des « Travaux de l’Académie nationale agricole, 
manufacturière et Commerciale, année 1855, page 542.) 


— 159 — 


les machines, le Roi lui dit : « qu’il voyait avec plaisir cette 
fabrication si utile, surtout pour l'agriculture. » Il ajouta : 
« qu’il l’assurait de sa protection ». En partant, il laissa 
aux ouvriers des marques de sa munificence (1). 

* Charles X se rendit à l'hopital général (2) dans la cour 
on avait réuni, en outre des religieuses de la maison, celles 
non-cloitrées des autres couvents de la ville, ainsi que les 
orphelins et les vieillards, L’Evêque fit les présentations et 
le Roi, accompagné de M. Thevenet de Saint-Blaise, son 
premier chirurgien ordinaire, examina ensuite avec le plus 
grand détail ce bel établissement qui renferme les différents 
hospices de la Ville. Il témoigna sa satisfaction de l'ordre et 
de la bonne tenue qui régnaient dans les différents services. 
Dans la parlie consacrée aux militaires (3), Charles X s’in- 
forma auprès du chirurgien des causes et de la nature des 
diverses maladies dont étaient atteints les malades, donnant 
aux uns des encouragements, aux autres des consolations (4). 


(1) Dans la cour de cet établissement, se trouvait la famille Thierry 
composée de dix garçons habitant la commune de Gouy-sous-Bellone. 
Le Roi lui accordait annuellement un secours ; ils ont témoigné leur 
reconnaissance par le cri de : Vive le Roi! et M. Leroux du Chà- 
telet, député de l’arrondissement, a été leur organe auprès de Sa 
Majesté. 

(2) Sur la place du Wetz-d’Amain on avait élevé une pyramide. 

(3) En traversant l’une des salles, Sa Majesté reconnut sur le lit 
d’un vieillard de 94 ans, l’uniforme de l’ancien régiment du Poitou et 
a daigné adresser à ce vieux et fidèle serviteur le témoignage d’un 
vif intérêt. Ce respectable vieillard fondait en larmes et le Roi parais- 
sait vivement ému. 

(4) Avant de quitter l’hôpital, le Roi se tournant vers le baron de 
Hauteclocque, lui dit : « Vous êtes président de la Commission des 
Hospices ? Oh ! oh ! ajouta le Roi, vous n'êtes pas un bien vieux pré- 
sident (Il n’avait que 34 ans). » — « Sire, dit alors le Préfet, Votre 
Majesté sait : 

... Qu'aux âmes bien nées 
La valeur n'attend pas le nombre des années, 


et je puis assurer que le Maire d’Arras en est la preuve. » 


— 160 — 

De là, le Roi alla sur l’esplanade passer en revue le 
12° chasseurs à cheval, et ensuite se rendit à pied à la 
Citadelle. Une grande foule l’entourait au point de gêner sa 
marche. Le Roi dit: « Laissez-la faire, je n'ai jamais été 
mieux gardé ! » On avait élevé sur le saillant du bastion, 
dit de la Reine, un élégant pavillon, d’où le Roi put voir les 
opérations d’un siège exéculées par le premier régiment du 
Génie (1). Charles X quitta ia citadelle pour se rendre à 
l'établissement métallurgique. de MM. Hallette, Tournel et 
Cie (2). Les enfants de ces industriels lui offrirent une cor- 


(4) On lit dans un journal du temps : 

« On avait exécuté sur le terrain tous les travaux d’attaques d’un 
des fronts de la Citadelle. Il y eut successivement treize explosions, 
tant de fougasses que de fourneaux et de globes de compression : cela 
donna au Roi une idée de la guerre souterraine, dont l’action est si 
puissante dans les sièges. L’assiégeant et l’assiégé ont successivement 
cherché et réussi, l’un à crever les travaux de mine de son adver- 
saire, l’autre à faire'‘sauter ceux dont on connaissait les entonnoirs 
produits par les diverses explosions. Le Roi demanda des explications 
au lieutenant-général vicomte Rogniat, inspecteur-général du’ Génie, 
et au colonel Thibaut. Le Prince parut satisfait de ce spectacle, qui 
aurait été beaucoup plus animé si le régiment du Génie, dont la plus 
grande partie était au camp de Saint-Omer, où il Joua un rôle si 
distingué, avait pu fournir assez d'hommes pour simuler en même 
temps une petite guerre. 

Sa Majesté a examiné avec soin le plan général de la place et de la 
citadelle sur lequel le comte de Missy, directeur-général des fortifica- 
tions, et le lieuteuant-colonel Cournault, ingénieur en chef, ont eu 
l’honneur de donner au Roi, sur les travaux qu’on y exécute et sur 
ceux qu’on y projette, les explications qu’il a écoutées avec beaucoup 
d'intérêt. Un beau ciel ajoutait à l’éclat de cette scène militaire. » 

(2) HALLETTE (LOUIS-ALEXIS-JOSEPH) naquit à Lille le 44 avril 
1788. Son père était commissaire de Section lors du siège de cette ville 
en 1792. Plus tard, il ne craignit pas de résister en face à Joseph Lebon; 
mais, si ce siège avait été glorieux pour les Lillois, les commerçants 
en souffrirent, puis vint la baisse des assignats, et M. Hallette, père 
dut renoncer à la fabrication du fil retors et établir, d’après les pro- 
cédés allemands, une grande fabrique de tresses pour passementerie 
et lacets. Son fils n’avait que douze ans quand ïl lui fit cessèr ses 


— 161 — 
beille de fleurs, et Mille Hallette fit un compliment en vers. 


Sur une terrasse ornée de tentures, était rassemblé un 
grand nombre de personnes appartenant à la société d'Arras. 


études, pour commencer son apprentissage ; ce métier ne lui convint 
pas, et, en trois ans, il devint un des plus habilles dessinateurs de la 
manufacture de porcelaine de Lille. Sa tante maternelle était sœur du 
maréchal Mortier ; elle l’engagea à prendre la carrière militaire, où 
l'appui de son oncle lui promettait un brillant avenir ; mais les larmes 
de sa mère l’empêchèrent d'accepter ; il entra à la manufacture de 
Sèvres, où les leçons du peintre David lui acquirent un beau talent ; 
il gagnait peu, et, pour n'être plus à la charge de sa famille, il 
retourna diriger les ateliers de son père. Cette industrie ne lui plaisait 
pas ; il préférait celle du fer, et alla l’étudier dans de simples forges, 
Comme dit un de ses biographes, sans maître, disciple de ses propres 
inspirations, il cherchait la lumière comme tant d’autres cherchent le 
plaisir. Sa devise était : savoir pour faire, persévérer pour réussir, 
Le jour, il surveille les atetiers ; la nuit, il étudie les éléments qui 
composent les machines, la géométrie, la statique mécanique, devient 
ingénieur mécanicien, et crée d’utiles perfectionnements. 

Son père l’avait associé à son commerce ; ce qui le conduisit, en 
1812, aux environs d'Arras. Il connut, dans cette ville une jolie per- 
sonne Mile Emilie Bacqueville et l’épousa : ce qui le décida, après la 
paix amenée par le retour de Louis XVIIL ‘à fonder, à Arras, un 
modeste établissement métallurgique, où il était l'ingénieur et le contre- 
maître. Il employa, comme ouvriers, les prisonniers anglais qui se 
trouvaient à la citadelle quand, en 1815, il avait transporté son éta- 
blissement à Blangy-lès-Arras. L'Académie d’Arras chargea une 
Commission de visiter cet établissement. M. Burdet, professeur à 
l’École du Génie, fit un rapport en une séance publique du 24 août 
1818, où il dit que les vieilles machines, en usage dans les fabriques 
d’huile, ont été remplacées par des cylindres et des presses nouvelles 
inventées par M. Hallette. Après la seconde rentrée de Louis XVIII, on 
put espérer que la tranquillité politique était assurée. Il avait donné de 
l'essor à son usine, et les ouvriers qu’il appela augmentèrent la popu- 
lation de la commune. Il fabriquait des cylindres où les graines oléa- 
gineuses broyées étaient chauffées par la vapeur. La description en 
futdonnée dans des manuels spéciaux. M. Hallette alla étudier en 
Angleterre et en rapporta des perfectionnements pour son industrie ; 
il construisit des machines pour donner de l’eau à Roubaix ; il créa, 
dans le Nord, des puits artésiens qui étaient encore inconnus dans la 


1 


« 162 — 


Dans la salle, se trouvaient deux machines à vapeur en 
mouvement. Pendant la visite du Roi à la fonderie, on coula 
devant lui son buste en fonte. A peine refroidi, il fut plaçé 


région. En 1819, une loi protectrice fixa les droits à percevoir sur les 
matières étrangères et cela le décida à donner plus d’importance à 
son établissement et à le transporter à Arras, rue de Beaudimont, 
dans l’ancien hôtel de Mingoval, devenu le refuge des dames d’Avesnes 
et dans les terrains occupés, avant la Révolution, par le Bon Pasteur. 
Il demanda à établir des ateliers de construction mécanique et de 
préparation de métaux qui « entrant bruts seraient suffisamment pré- 
parés, ouvrés ét ramenés à la dernière perfection de fini qu’exi- 
gent les machines destinées aux manufactures ». Il fallait établir 
des moteurs à vapeur : ce qui était à cette époque un épouvantail pour 
beaucoup de monde. Les voisins disaient que la quantité d’eau qu'il 
faudrait puiser tarirait les puits, de plus qu’on écoulerait les eaux 
chaudes dans la rue, etc. Aussi le Conseil municipal consulté hésitait 
à donner un avis favorable. Ce fut le maire, M. Lallart, qui fit, à ce 
‘sujet, ua rapport très complet et très bien fait, lequel est conservé 
aux archives municipales. En voici le résumé : « Il s'agissait : 
40 d'établir une machine à vapeur à condensation, construite d’après 
le système de Bolton et de Walt, destinée à faire mouvoir des tours, 
pour travailler les métaux ; 20 de créer des fourneaux à réverbère, 
destinés à fondre les diverses parties des machines qui se font en fer. 
M. Hallette faisait valoir que son établissement rentrait dans les vues 
du Gouvernement qui avait pris des mesures pour empêcher d’entrer 
en France des machines construites à l’étranger, et promis des mar- 
ques de distinction aux ingénieurs-mécaniciens qui contribueraient de 
plus à l’établissement de manufactures en notre pays. 

M. Hallette employait, dans le vaste terrain qu'il avait acquis, 
cinquante à soixante ouvriers de tous arts. Il en entretenait, depuis 
trois ans en Angleterre, pour étudier la construction des machines à 
vapeur. M. Lallart, dans son rapport, concluait à accorder l’autorisa- 
tion, avec quelques modifications. La demande de M. Hallette ayant 
été accueillie, il construisit, dans les années qui suivirent, de vastes 
ateliers situés entre la rue de Beaudimont et celle des Bouckers de 
Cité, séparés en deux parties par la rue Maître-Adam. On y trouvait 
de grosses forges à marteaux, des laminoirs, des ateliers dé chaudron- 

-nerie et de travail en fer fondu, de fabrication de machines pour les 
constructions navales, des fonderies, des ateliers de moulage, d’ajus- 
tage, de menuiserie et de charpente. Il fallut d’abord faire faire en 


— 163 — 


sur un piédestal. Le Roi, après avoir vu les principaux 
ateliers, partit, en disant à M. Hallette : « qu’il mettait son 
établissement au nombre de ceux qui lui avaient offert le 


Angleterre pour son usine neuf machines à vapeur. M. Hallette, à 
partir de 4829, les construisit lui-même. Il travaillait beaucoup pour 
les fabriques de sucre et les moulins à l’huile ; il fabriqua pour ces 
derniers les machines muettes qui leur étaient nécessaires. En 1893, 
la Société d'encouragement pour l’industrie nationale proposa un prix 
pour l’application de la presse connue dans les arts sous le nom de 
presse hydraulique, destinée à l’extraction de l’huile et du vin et en 
général de tous les fruits. En 1824, elle décerna trois médailles d’or 
pour l'introduction des puits artésiens dans les pays où ils n’exis- 
taient pas. M. Hallette eût part à ces récompenses. 

Le 8 septembre 1825, le Ministre de l’Intérieur demanda aux Cham- 
bres de commerce des détails sur la fabrication des machines à vapeur 
dans leurs villes. Celle d'Arras répondit que les ateliers de M. Hallette 
fabriquaient seuls la fonte de cuivre et de fer, et des machines méca- 
niques à l'instar de celles qui s’importaient d'Angleterre : elles étaient 
destinées. aux fabriques de sucre et d’huile, aux papeteries et au 
chauffage par la vapeur. M. Hallette avait construit un grand nombre 
de machines de toutes espèces, dont treize à vapeur, des moteurs 
hydrauliques de toutes formes, des moulins à vapeur à l’huile et au 
blé, des presses hydrauliques, des communications de mouvement, 
des sondes pour la recherche des minéraux et pour les puits artésiens. 
Il avait fait la machinerie de la grande filature d’Auchy-les-Moines, 
utilisé son moteur hydraulique de 75 chevaux, et chauffé trois cents 
pieds cubes d’air. Cent cinquante ouvriers étaient employés dans ses 
ateliers ; les femmes n'étaient pas admises. Dès son arrivée à Arras, 
il avait fait un règlement pour ses rapports avec ses ouvriers. A cette 
époque, la navigation à vapeur prit de l’extension et le Gouvernement 
de 1828 comprit la nécessité d’avoir des vaisseaux de guerre avec ce 
moteur. Il acheta, à grands frais, en Angleterre, un navire construit 
en ce pays appelé « le Sphinx », ayant une machine de 160 chevaux 
et la proposa comme modèle aux maisons françaises. M. Hallette est 
le premier qui reproduisit cette machine qu’on trouvait alors formi- 
dable et qui, de nos jours, serait bien modeste. Il en fit une de deux 
cents à deux cent vingt chevaux pour le Fullon ; une de trois cents 
chevaux pour l’£Euménide, et trois autres, ce qui prouva que la France 
pouvait se suffire. M. Hallette, en 1828, essayait une chaudière ; elle 
éclata et des morceaux de fer et de bois allérent tomber chez leg 


Re 


plus d'intérêt, et qu’il mérilait de plus sa protection ». Là 
encore il se montra généreux pour les ouvriers. 
Charles X rentra à la Préfecture à quatre heures et demie. 


voisins ; effrayés, ils portèrent plainte et le maire invita M. Hallette à 
aller Aie ses essais extra muros ; mais le Gouvernement s’y opposa. 
On avait souvent engagé cet industriel à à transporter ses ateliers à 
l'étranger, mais il ne voülut pas quitier son pays et, pour donner plus 
d’importance à son établissement, il chercha des commanditaires : il 
trouva M. Tournelle et d’autres capitalistes. En 1841, il s’associa 
avec M. Leloup venu de Liège et, en 1843, son établissement prit 
un grand développement. On y fondit, d’un seul jet, des pièces 
de vingt mille kilogrammes; il construisit beaucoup de pompes à 
incendie, montées sur un chassis à deux roues ; elles avaient été 
l’objet, en 1833, d’un rapport des plus flatteurs signé d'ingénieurs et 
d'officiers supérieurs du corps de pompiers de Paris, de Lille, de 
savants et d’industriels. M. Hallette était donc en droit, dans une note 
à l’administration, de dire : « Le génie français n'est pas inférieur à 
« eelui de nos voisins, seulement nous manquons d’expérience ; mais 
« tous les jours ce défaut de pratique s’efface et notre pays, sous ce 
« rapport, comme sur beaucoup d’autres, se suffira bientôt à lui-même; 
« il aura même des commissions de l'étranger ; nous en avons reçu 
« de la Prusse, des Pays-Bas, de Naples, de l'Egypte, etc. » 

En 1844, on s’occupa de créer, en France, les chemins de fer, et 
M, Hallette fut chargé de construire un certain nombre de locomotives, 
On cherchait le meilleur système de traction, et on avait établi en 
Irlande un chemin de fer avec propulsion atmosphérique, sur les plans 
de MM. Cleys et Samondo. M. Hallette alla l'étudier, résolut de remédier 
aux inconvénients qu’il présentait, et de supprimer des reñtrées d’air 
très importantes dans le système anglais. Il fit construire pour cela, 
dans ses ateliers, un spécimen de chemin de fer et demanda au Gou- 
vernement de le faire essayer. Celui-ci nomma une Commission com- 
posée de MM. Mallet, Bellanger et Baude pour aller l’examiner, et sur 
leur proposition, les Chambres votèrent, en 1844, 1,800,000 francs 
pour faire l’essai de ce système atmosphérique sur un parcours de 
quatre kilomètres ; mais on décida qu’il aurait lieu sur la ligne de 
Paris à Saint-Germain et que ce serait celui inventé par les Anglais 
dont on verrait les résultats. C'était ajourner l’offre de M. Hallette. On 
l’attribua à des intrigues de banquiers qui lui étaient défavorables. Il 
n’en était pas de même à Arras. La Chambre de Commerce avait 
nommé une commission composée de MM. Braine, Lesage-Brazier et 


= 


Le soir, S. M. daigna honorer de sa présence le bal donné 
par la Ville, dans la vaste salle de la bibliothèque, qui était 
ornée avec beaucoup d'élégance par les soins du gards- 
meuble de la couronne. On avait dressé un trône pour le Roi. 


Renard-Rohart : celui-ci fit le rapport. On l’imprima et il le présenta 
à la séance du 20 juin 1845. Il disait que le système de M. Hallette 
paraissait supérieur au système anglais, au dire même des ingénieurs 
les plus éminents de ce pays, comme sécurité et économie. Ceux de 
la France y étaient favorables. Comme il était utile d'encourager l'in- 
dustrie de notre pays, il concluait en demandant à l'Etat d’affecter 
uné partie des 1,800,000 francs à étudier le projet Hallette ou à pro- 
poser un nouveau crédit aux Chambres. Cette demande ne fut pas 
accueillie. Celui-ci alors invita le public à venir voir fonctionner le 
chemin de fer dans ses ateliers le dimanche, de midi à deux heures. 

En 1846, le Ministre de la Marine envoya M. Mimerel, directeur 
des constructions navales à son Ministère, visiter les établissements 
de M. Hallette qui, cette même année, retourna en Angleterre pour 
étudier encore : il reçut des'‘ingénieurs anglais de vifs compliments. Il 
rentrait en France quand, arrivé à Boulogne, une maladie, produite, 
dit-on, par un excès de travail et peut-être aussi par ie chagrin que 
lui causait le peu de sympathie du Gouvernement pour son invention, 
s'aggrava. On le transporta chez son neveu, banquier à Hesdin. Il y 
mourut subitement à 58 ans. Son corps fut ramené à Arras et ses 
funérailles eurent lieu le 6 juillet 4846 avec une grande solennité. 
Après un service à l’église de Saint-Nicolas, on emporta son corps au 
cimetière. Il traitait ses six cents ouvriers comme ses enfants, aussi, 
ceux-ci portaient son cercueil en sanglottant. Les coins du poêle 
étaient tenus par MM. Cornille, président du tribunal ; Colin, maire 
d’Arras ; Lantoine-Harduin, président de la Chambre de Commerce ; 
et Calluaud, receveur-général. Jamais, dit le Courrier du Pas-de- 
Calais, du 8 juillet 1846, on avait vu un si grand concours apparte- 
nant à toutes les classes de la société, venir saluer une tombe ; depuis 
la maison mortuaire jusqu’au-delà de la porte Ronville, les rues 
étaient pleines de monde. Le fils unique de M. Hallette, les yeux 
pleins de larmes, suivait le cercueil; vaincu par la douleur, il ne put 
aller plus loin. Quatre discours furent prononcés par MM. Colin, 
Lantoine-Harduin, Frédéric Degeorges, rédacteur en chef du Progrès 
du Pas-de-Calais, et Gibon, ingénieur civil, secrétaire de M. Hallette. 
Tous rendaient hommage à sa haute intelligence, au caractère géné- 
reux de son cœur, à l’élévation de son caractère, et disaient la perte 


— 166 — 


La fête fut très brillante (1). Le soir dans la ville illuminée, 


que faisait la ville d'Arras par la mort de cet industriel dont la renom- 
mée était européenne. | 

M. Hallette avait mérité quatre médailles d’or de diverses sociétés 
pour l’encouragement de l’industrie. On lui décerna le prix destiné à 
celui de tous les ingénieurs de France qui a produit et perfectionné, 
depuis quatorze ans, le plus grand nombre de machines utiles. 
Charles X, en 1827, visita ses ateliers et lui donna en 1829 la croix de 
la Légion d’honneur. M. Hallette était membre du Conseil Général, du 
Conseil municipal, de la Chambre de Commerce d’Arras, et de l’Aca- 
démie de cette ville, depuis sa reconstitution en 1817. 

On espérait, comme disait M. Colin dans son discours, que l’œuvre 
de M. Hallette était assise sur des bases inébranlables, que son fils 
hériterait de l’activité et de la persévérance de son père, et que la cité 
d'Arras conserverait toujours l'établissement modèle qui ennoblit 
le nom d’Hallette, donnant du pain à des milliers de bouches. et 
procurant du travail à des milliers de bras. Il n’en fut rien. Son fils, 
également ingénieur civil, eut pour précepteur Louis Blanc, et 
celui-ci, dans un de ses ouvrages, donne la description de cette usine : 

M. Alfred Hallette n'avait pas les qualités de son père. On le vit, en 
Charles-le-Téméraire, dans une grande fête historique qui eut lieu à 
Arras. Quant à l’usine, sa situation devint difficile ; l’essai de chemin 
de fer avait coûté cher et rien produit. Elle passa en partie sous la 
direetion de M. Cuvelier, qui continua avec quatre cents ouvriers à 
construire des machines à vapeur, des presses hydrauliques, des 
pompes, des moulins, des appareils pour les fabriques de sucre et les 
distilleries. Mgr Parisis, voulant créer un petit séminaire, acheta 
l'établissement. 

M. Leloup alla à Blangy continuer le travail du fer. Cet établisse- 
ment finit aussi par disparaître. Le Moniteur industriel avait dit : 
«Ilya trente ans, Arras ne possédait pas une seule usine d’une 
importance notable. Aujourd’hui, grâce à M. Hallette, elle a un nom 
dans l’industrie ; il faut ajouter que M. Crespel y avait contribué. Tous 
deux eurent un moment de gloire bientôt oubliée ; c’est le sort des 
inventeurs. Pour rappeler M. Hallette, il ne reste qu’un monument au 
cimetière d'Arras, élevé par souscriptton et sur les dessins de l’archi- 
tecte Grigny, bien oublié aussi malgré son grand talent. 

(Voir la biographie de M. Hallette dans le Courrier du Pas-de- 
Calais du 14 juillet 1846.) | 
_ (1) Le quadrille d'honneur se composait de Mile Blin de Bourdon, 
de la baronne de Hauteclocque, de la comtesse de Courteilles et de 


— 107 - 


on remarquait un temple en verres de couleur à la porte de 
l'Evéché. | 

Le 18 septembre, après avoir entendu la messe, dite à la 
Chapelle de la Préfecture par M. Rambures, doyen de St- 
Nicolas, le Roi partit pour retourner à Paris. 

A sept heures et demie du matin, il traversa la ville au 
pas ; et à la première barrière, il rendit les clefs de la place 
au comte de Courteilles. À 500 mètres de la porte, le Maire 
avec ses Adjoints et le Conseil municipal prirent congé de 
Charles X, qui leur dit: « J'ai passé deux jours heureux 
» avec vous; j'en conserverai le souvenir ». Il remercia la 
Garde Nationale, celle à cheval lui servit encore d’escorte. 
L’'Evêque l’attendait depuis cinq heures et demie du matin 
à une lieue de Doullens (1), à la limite de son diocèse, et dit 
au Roi : « Mes regrets de votre départ seront adoucis si 
vous êtes content de moi ». Le Roi répondit : « J’ai été 
extrémement satisfait de Monsieur l’Evèque, je vous assure ». 

Partout les cloches sonnaient et le clergé, avec croix et 
bannières se trouvait sur le passage du Roi. Charles X fut 
accueilli sur sa route par les mêmes transports. Les autorités 
de la Somme l’attendaient à la frontière du département. 
Arrivé à Amiens, vers deux heures, il repartit le 19 pour 
Beauvais et rentra le 20 à Paris (2). 


Mile d'Havrincourt conduites par le marquis d’Havrincourt, le prince de 
Borghes et les comtes de Maillé,colonel des Chasseurs,et de Lur Saluces. 

(1) A L’Arbret, le marquis d'Humerœuille, sous-préfet de St-Pol, 
et M. Fourdimier, président du tribunal de cette ville, avec le doyen 
etles curés du canton, attendirent le Roi. Le maire de L’Arbret- 
Bavincourt, mit à ses pieds les hommages de sa commune. Charles X, 
en le remerciant, lui assura qu’il aimait tous ses sujets. 

(2) Il n’y eut, pendant le voyage de Charles X dans le Pas-de-Calais, 
aucun désordre. Pourtant, le colonel de gendarmerie Raviez écrivit 
au Préfet d’avoir à veiller sur les étrangers venus à Saint-Omer pen- 
dant le séjour du Roi. Le 28 août, il demanda leurs noms, le 13 sep- 
tembre on signala un caporal ayant crié : « Vive Napoléon ! » pendant 
que les jeunes soldats chantaient des chansons royalistes. Un agent 
supérieur de la police, attaché à la personne du Roi avec deux agents, 


— 168 — 


“Charles le Bien-Aimé eut la satisfaction de remarquer 
partout que l’Artois est rempli de citoyens religieux et 
dévoués à Son Auguste Personne, disent les journaux du 
temps, que nous avons reproduits si souvent textuellement. 
Si le voyage-de Charles X excita l’enthousiasme, ce fut un 
beau jour qui ne devait pas avoir de lendemain. 

Le Préfet envoya aux maires une circulaire pour les 
remercier au nom du Roi (1). Le Préfet et le Maire d'Arras 
reçurent des tabatières d’or enrichies de diamants. Celle du 
baron de Hauteclocque renfermait dix billets de mille francs 
pour les pauvres de la ville. Ceux du département reçurent 
vingt mille francs. 

M. Sénéca, juge auditeur, à St-Omer, fit imprimer dans 
cette ville un récit très complet du voyage de Charles X 
dans le Pas de-Calais, dédié au vicomte Blin de Bourdon. 
Pour en perpétuer la mémoire, on frappa une médaille, et 
deux poëtes artésiens firent retentir leur lyre (2). A l’occasion 


avait été chargé d’une surveillance spéciale, on lui remit mille francs. 
11 arriva dix jours avant Charles X et organisa un service de sùreté. 
On demanda confidentiellement des renseignements aux maires des 
endroits où Charles X devait passer. M. Franchet d’Espéray, direc- 
teur général de la police, signala une lettre anonyme adressée au Roi. 
On éloigna les forçats libérés, on devait surveiller des émissaires 
chargés d’agir sur la garde nationale d’Arras, éviter les encombre- 
ments de voitures. 

(1) La voici : « Vous avez eu linappréciable honneur de posséder 
l’Auguste Monarque à qui la Providence, dans sa sagesse et sa bonté, a 
confié les destinées de la France. Votre Souverain Bien-Aimé, témoin de 
la joie et de l’enthousiasme que sa présence n'avait cessé d’exciter de 
toutes parts, m’a spécialement chargé, en quittant le département, de 
témoigner à ses fidèles habitants, combien il avait été touché de leurs 
sentiments, et que l’époque de son séjour au milieu d’eux ne s’efface- 
rait jamais de sa mémoire. Personne, mieux que vous, ne pourrait 
mieux apprécier les paroles royales et être un interprète de votre Roi, 
auprès des fidèles habitants de son ancien apanage. » 

(2) Voir leurs poèmes à la page suivante ; 


— 169 — 


de ce voyage on distribua un certain nombre de décoralions 


HOMMAGES 


OFFERTS À S. M. CHARLES X, 

LORS DE SON PASSAGE DANS LA VILLE D'ARRAS, 
APRÈS AVOIR VISITÉ LE CAMP DE St-OMER, 
| LE 46 SEPTEMBRE 1827; 


Par son très-humble et très-fidèle sujet, J.-N. SAUVAGE, 
Professeur de Rhétorique et Membre de la Société royale. 


Des plaines de l'Artois fortunés habitans, 
Rompez un coupable silence ; 
Qu'on entende partout vos concerts éclatans ; 
Comme un autre Titus, votre Prince s'avance ; 
Comme un père, entouré d'une famille immense, 
Il vient visiter ses énfans. 
Poëtes, Orateurs, dans les transports brûlans, 
D'une sainte reconnaissance, 
Offrez au bienfaiteur, au Maitre de la Frence,, 
Le tribut de vos cœurs, vos plus mâles accens, 
C'est le prix de la bienfaisance. 
C'est lui qui dans nos champs ramena l'abondance ; 
Qui fit fumer l'encens dans nos temples rouverts, 
Poursuivit et chargea de fers 
Le monstre affreux de la Hicence ; 
C'est lui qui repeupla nos villages déserts, 
Fit renaitre partout la douce confiance, 
Les Vertus, les Lois, l'Éspérance, 
Qu'exilaient des hommes pervers. 
Lui seul sut réuair, dans'son vaste génie, 
Du bonheur des humains les éléments épars, 
Allier aux travaux de l’active industrie 
_Les travaux glorieux de Mars 
Rapprocher et souder la chaîne désunie 
Du Trône et de l’Autel, des Vertus et des Arts. 


Interprètes sacrés du dieu de l'harmonie, 
Des neuf sœurs chastes nourrissons, 
Qui, dans nos lices poétiques, 
Cueillez les palmes olympiques, 
Montez, montez vos luths sur les plus nobles tons, 
Et, dans vos stances prophétiques, 
Publiez des Français les destins pacifiques 
Sous le plus aimé des Bourbons, 
Dans une si belle journée 
Chacun croit n'avoir que vingt ans ; 
Et désire parer sa lyre surannée 
Des plus vives fleurs du printems. 
Ah! si la vicillesse pesante 


— 170 — 
de. la, Légion d'honneur. Les demandes avaient été très nom- 


Me permettait encor un élan généreux, 

Vous me verriez voler sur vos pas glorieux, 
Suivre votre troupe brillante, 
Mêler à vos accords joyeux 

Les derniers sons d’une voix expirante, 

Offrir à ce bon Roi mon hommage, mes vœux, 
Et, comme l'on chante une amante, 

Chanter un Sage, un Monarque pieux. 


O toi, de tes sujets le père le plus tendre, 
Quand l'âge et le respect m'empèchent de prétendre 
A l'honneur c'arriver aujourd’hui jusqu’à toi, 
Ma muse timide et glacée 
Sourit du moins à la pensée 
De voir tomber sur elle un regard de son Roi. 


CAROLO DECIMO 


OPTIMO REGI, 
CUM ATREBATUM TRANSIRET URBEM, 
ARTESIΨ METROPOLIM, 
ANNO À REPARATA SALUTE M.DCCC.XXVII, DIE 46 SEPTEMBRIS. 


Huc nunc, Artesn, propero concurrite gressu ! 
Undique vos agitate dies per compita festos, 
Cordibus et rectis hilares expromite vulius. 
Mensæ epulis onerentur, lœto dolia Baccho 
Exundent.: faustum hϾc vobis jubet otia numen. 
Tu quæ, Astræa, virent gaudes pacis olivä, 
Ac flatu spirans divino bella repellis ; 
Nos quæ hodie invisis, cœælesti sede relictà, 
Aurea spes nostri, velamen rejice vultum 
Quo tegis, Ô Virco. Et quovis tibi nomine plaudam, 
Seu Rex seu (Comes incedas. nos respice præsens ; 
Nobis, si qua manent sceleris vestigia, parcas 
Quœæ non dira fames non funera sœæœva luerunt. 
Vos inflate tubas, impellite tympana, cives ! 
Bellica continuo crebescant fulmina bombo, 
Æraque vibrentur modulis campana canoris 
Lilia vexillis niteant, valvæœque decenti 
Ornatæ cultu sertis redolentibus halent. 
BorsoniÆ hinc antiqua micent insignia GENTIS, 
Splendeat hincque recens DezPpaini pompa triumphi, 
Lychnorum noctes clarescant ordine longo. 
Vosque, chori niveis prœæœcinti pura corollis 
Pectora virginei. citharis sociate sonoros 
Cantus inque vias densos dispergite flores. 
Hæc est exoptata dies quâ REX venit ad nos 


— 171 — 


breuses, souvent appuyées par des personnages influents (1). 


Vota fidesque suo Francorum pectore gestans. 
En dudum cunctatus adest ! ecce intrat in urbem 
Auçusrus Pinceps rarâ pietate refulgens, 
DeliciŒ populi, patriæ nomenque decusque. 
O cerealis ager Mavorte togâque celebris, 
Musæ quem delectant et cui arridet Apollo, 
Artesiæ felix tellus, tibi quanta voluptas 1° 

In gens fit subito strepitus, Recisque videndi 
Quisque explorat honorem ; vox est omnibus una : 
Sunt œdes vacuæ, totâ coneurritur urbe ; 
Fervent effusi undique cives, omnia cedunt 
Lœtitiæ ; usque adeo Atrebates laus regia vincit ! 
Obvia plebs currit, velocique impete præceps 
Corruit exultans ; duplicesque ad sidera palmas. 
Extollens Ilæto concentu personat auras. 
Plausibus ingeminatis gaudia grata celebrat ; 
Carmina io modulatur, io his carmina cantat. 

Jam REX progreditur, clarâ stipante catervä, 
Incessu rutilans insigni ; inter micat omnes 
Ore oculisque benigne lustrans omnia circum. 
Moxque, pio ritu, supplex sacras adit œdes, 
Sollicitus plebi ac divino afflatus amore : 
In que preces fervens, ibi Cœlum, poplite flezo, 
Appetit et votis et victor numina placat. 
Francos Ô nimium Tanro sub Rece beatos! 
Intereà ReGis vestigia cara sequuntur 
Cives, sicque PARENTEM iterumqu: iterumque salutant : 
» Borsonioum illustri, OPpr me Rex, à sanguine nate, 
» Magnanimi Hero1is PATEr et spes aliera FRrATRUM, 
» În quo se agnoscet series clarissima Regum ; 
» CarROLE, tu sacro cujus jam vertice fulgent 
» Virtutes. defensor avitæ Relligionis 
» Et vindex, Regnique perennis gloria, salve. 
» Salve, semper amans Princers ac semper amate, 
» Qui nos pace beas tranquillä et vuta secundas ; 
» Quutidië nobis vero qui ardescis amore 
» Nosque hodiè memoies regali munere ditas, 
» Oblitus Regis, mirum ! ut te civibus æques. 
» Grata Deo Prozes, populorum dulce levamen, 
» Qui Francis semper, Rex Maxime. lumina flectis, 
» Et crjus cœlèstis imago mentibus hœæret, 
» Accipias grates imo de pectore dignas ; 
» Ac rutsus nobis hoc des persolvere votum 
» Ouo sol: mne frui festum nos provocat omnes : 
» REX, luce Ætherea multos potiere per annos 
» Floreat L4LMA DOMUS radient dum lumina Cœlo !» 


Charles Faucuison-DurLessis, 
bibliothécaire de la Ville d'Arras. 


(1) Le vicomte Blin de Bourdon fut nommé officier de la Légion 


— 172 — 


La Saint Charles, fête du Roy, permit de récompenser les 
quelques personnes quin avaient pu recevoir celle distinc- 
tion (1). 

Le camp de St-Omer fut levé le 30 seplembre. Les années 

suivantes, on y réunit encore quelques troupes d'infanterie. 
Le 51° de ligne rentra à Arras pour partir bientôt pour 
Verdun, et fut remplacé par le 12° venant de Lyon. Le 12° 
chasseurs à cheval fut énvoyé à Nancy et c'est le 1°7 et 
superbe régiment de carabiniers qui vint prendre sa place (2). 


d'honneur ; M. de Cazes, receveur général ; le baron de Hauteclocque; 
M. Linque, adjoint de la ville d'Arras; M. Roguin, payeur à Arras ; 
M. Siriez de Bergues, adjoint de Saint-Omer; M. de Sandelin, pro- 
priétaire de l’hôtel où avait logé le Roi à rence furent nommés 
chevaliers de cet Ordre. 

(1) MM. Hallette, Boucher d’Argis, directeur des contributions 
indirectes, Suin, directeur de l'enregistrement, furent nommés, en 
1829, chevaliers de la Légion d'honneur. 

(2) Les hommes étaient tellement grands que les lits de la caserne 
étaient trop courts ; il fut question de faire partir ce régiment. 


à M. Pau LAROCHE 
| Chancelier 


M. l'Abbé ROHART 


Président. 


Messieurs, 


orne vénéré Chancelier, aussi modeste dans sa mort 
qu’il l'avait été dans sa vie, a pu, par une défense 
expresse, écarter de sa tombe le bruit des discours et l'éclat 
des couronnes. Ici, dans le home familial de l’Académie 
il ne saurait nous empêcher de verser sur sa mémoire des 
regrets et des larmes. 
La semaine dernière, à pareil jour, il était encore la, au 
milieu de nous, souriant, affable, affectant un superbe 
dédain pour les précautions dont je voulais l’entourer afin 
de le protéger contre les rayons intempestifs d’un soleil 
aussi ardent que rare. 
| +". ee | 
Et maintenant il repose là-bas, dans son cercueil, adosse 
au mur de l’humble église dont, toute sa vie, il avait été le 
soutien, au pied de la statue de N.-D. de Pitié, qui n'eut 


= 174 — 


jamais que des sourires à lui donner, sans pardons à lui 
concéder, sous la terre ancestrale de son vieux et cher 
Duisans dont il chérissait l'ombre, le silence, le recueille- 
ment, si bien faits pour encadrer son profil, abriter ses 
efforts, répondre à ses aspirations. Car à cet homme de foi, 
d’honnèteté, de labeur et d'espérance, il fallait une atmos- 
phère, où il put se délasser des luttes du présent, vivre 
beaucoup du passé, un peu de l’aveuir, et mettre sa confiance 
bien plus en Dieu que dans les hommes. Il avait vécu pour- 
tant avec ceux-ci, combattu avec eux, toujours pour 
eax. Il les avait aimés, secourus, encouragés. J'en ai 
pour garant les pleurs et les regrets de ses anciens ouvriers 
et collaborateurs, dont l’un me disait hier même: « Ah! Mon- 
sieur, j'ai travaillétrente-cinq ans avec M. Laroche. Ce n’était 
pas un maître, un patron, un directeur ; c'était un père, un 
ami, un collègue ». Et cependant nul moins que lui ne 
quémandait la popularité, qui venait à lui bien plus qu’il 
n'allait à elle. Nul moins que lui ne cherchait à se faire 
valoir, à se mettre aux premières lignes du combat qu’il 
dirigeait cependant avec une volonté et une perspicacité 
rares. 


Je le vois encore dans son bureau de la rue d'Amiens, 
mal abrité derrière des montagnes de livres, de brochures, de 
documents, où il faisait son érudition saine autant que solide. 
Je le vois la tête et les mains enfoncées dans ces tiroirs où 
il accumulait et savait quand même retrouver notes et 
observations concernant toutes les branches de son savoir, 
de son industrie et de sa charité. C’est là aussi qu'il renfer- 
mait pour les mieux contempler et étudier tous les trésors 
d'imprimés, artésiens surtout, consolation et gloire de celui, 
qui fut tout à la fois un modéle de bibliographe et de 
bibliophile. , | | 


— 195 — 


N'étaient-ce point ces goûts et ces aptitudes qui l'avaient 
désigné à nos prédécesseurs pour l’amener dans cette 
enceinte, l’y installer au fauteuil de son digne père et l’y 
faire prononcer l’éloge du Livre, dans le culte duquel il avait 
élé élevé et avait lui-même sacrifié soit à la bibliothèque 
d'Arras comme sous-bibliothécaire, soit dans sa propre 
bibliothèque comme collectionneur infatigable de tout ce qui 
élait sorli des presses d’Arras et de la région. C'est ainsi, 
disait-il, qu’il avait été « formé à devenir, par devoir. le servi- 
teur et l’ouvrier du journal », le livre de tous les jours, des 
heures de loisirs, de recueillement ou d'action pour entraîner 
la foule, élever les cœurs, exciter en eux les saintes ardeurs 
de la Patrie et du devoir, et les soulever pour la défense du 
droit et de la saine liberté. Chez M. Laroche, le journalisme 
était donc un sacerdoce dont, presque toute sa vie, il exerça 
les fonctions, que jamais il ne sut ni ne voulut rabaisser aux 
petitesses et aux mesquineries des rivalités cupides, des 
ambitions malsaines, des exigences du jour, des puissances 
du temps. Fidèle à sa foi comme à ses convictions, il les a 
ainsi arborées sans faiblesse, comme sans forfanterie, 
intransigeant pour lui-même, mais jamais pour autrui, non 
pas qu’il doutât de la valeur de ses principes et de sa poli: 
tique, mais parce qu'en homme profondément convaincu, il 
ne supposait pas qu’il püt en être autrement chez les autres, 
dignes alors de tous les respects dûs à la conviction basée 
sur l’étude, la bonne foi, le désir et la volonté de rechercher 
et de posséder la vérité. | 


*". 


Voilà pourquoi fier et fort de ses opinions il était aimable 
pour tous et aimé de chacun. Qu’au cours de sa vie il ait 
souffert de ne pas voir sa cause mieux comprise et mieux 


— 176 — 
servie ; qu’il ait travaillé sans guère réussir à la faire triom- 
pher ; qu’il en sait eu l'âme meurtrie, d’autres nous pour- 
raient le dire. Mais qu’il ait perdu courage, déposé les 
armes ? — La roche, aurait-il dit, avec cet esprit caustique 
qui le caractérisait, a vu et senti rouler sur elle les flots 
du déluge. Le déluge a passé et la roche est restée. 

Car notre collègue élait un de ces opiniâtres que rien 
n’abat, rien ne déracine, rien ne fait décliner ni à droite, ni 
à gauche : Justum ac tenacem propositi virum. Il savait ce 
qu’il voulait et ce qu’il voulait, il le voulait à la vie, à la 
mort. Sa fin l’a bien prouvé. Il avail voulu vivre dans le 
mépris de la mort et des soins et précaulions, qui sans 
l’écarter toujours n’en sont souvent que l'annonce et les 
préambules. Et il est tombé en pleine vie, à la table modeste 
et intime du père de famille, en en remplissant les fonctions. 

Il avait vécu dans l'espoir de la vie éternelle ; et 
avant que ses yeux ne se ferment à la lumière de ce monde, 
il a encore pu voir près de lui l'Eglise et son ministre garnir 
 d’huile et allumer la lampe qui devait éclairer sa marche 
triomphale vers la salle du festin éternel. 

«" + 

Et maintenant je le vois là-haut feuillelant le livre de la 
vie éternelle depuis l’Alpha qui en marque la première page 
jusqu’à l'Oméga qui en clôt la dernière. 

C'est Dieu, la vérité, la beauté, la bonté par essence, qu'il 
y voit parlout, et son Te Deum perpétuel sera de l’avoir eu 
pour lui et de l’avoir donné aux siens comme principe et 
comme fin du volume de l'existence humaine. 

Tel M. Laroche nous est apparu dans la vie de notre Aca- 
mie, tel il restera dans le souvenir de notre affection, et la 
gratitude de notre vénération. 


LES PRÉLIMINAIRES 


DU 


Congrès d’Arras 1435) 
d'après un document lyonnais 


PAR 


M. Louis CAILLET 


Sfiour le monde connatt l'importance historique du traité 
els d'Arras de 1435 et du Congrès qui le précéda. M. de 
Beaucourt a consacré à ce Congrès un des meilleurs cha: 
pitres de sa remarquable « Histoire de Charles VII » {1}, 
La réunion avait été fixée au 1er juillet (2); mais, par suite 
de divers retards, la première séance se tint seulement le 
vendredi 5 août, « vers trois heures » (3). Les membres de 
ce Congrès, que présida le Cardinal de Sainte-Croix, légat 
du Pape, étaient extrêmement nombreux, si nous en croyons 
les listes données par divers chroniqueurs (Jean Chartier, 
Enguerrand de Monstrelet, Saint-Remy) et par un manuscrit 
anglais du British Museum, étudié par feu Vallet de Viri- 


(4) Voir G. du Fresne de Beaucourt : Histoire de Charles VII, 
t: 11, le Roi de Bourges, 1422-1435. Paris, libr. de la Société biblio- 
graphique, Maurice Tardieu, dir., 1882, in-80, chap. xar, p. 505-560, 

(2) Voir tbid., p. 523 (5e ligne). 

(3) Voir tbid., p. 525 (av. dern. ligne), 

| | 18 


= 478 = 


ville (1).Ces nomenclatures ont été mises à profit par M. de 
Beaucourt, mais il y a encore des points obscurs. Ainsi, 
l'ordre dans lequel sont arrivées les diverses ambassades est 
loin d’être établi d’une façon sûre et définitive. 

Nous doutons d’autant plus des dates assignées jusqu'ici à 
leurs arrivées respectives qu’elles sont en contradiction avec 
celles données par un billet très court, trouvé récemment 
par nous aux archives municipales de Lyon. 

11 s’agit d’une petite lettre écrite à Arras, le 2 août, c’est-à- 
dire trois jours seulement avant l’ouverture du Congrès. Ce 
document n’est pas signé (il y a quelques exemples de lettres 
authentiques non signées); au dos, on ne lit aucune adresse. 
C'est à peine si l’on peut distinguer de légères traces de 
scellement à peu près effacées par la colle dont on s'est servi, 
il y a de longues années, pour fixer la lettre sur un morceau 
de papier (2). De qui émane-t-elle ? Nous l’ignorons abso- 
lument, car les registres consulaires de la ville de Lyon n’y 
font aucune allusion (3). C’est à peine si nous nous permet- 
tons une conjecture (voir plus loin). Mais cela ne diminue 
en rien l'intérêt considérable de ce petit texte qui a le grand 
avantage d’avoir été écrit par un témoin oculaire au moment 
même des évènements, Si nous en croyons ce dernier, les 
députés seraient arrivés aux dates suivantes et dans l’ordre 
que voici : le mercredi 13 juillet (4) : l'archevêque d’York (5), 


(4) Voir &bid., p. 326, note 2. — Pour le manuscrit du British 
Museum 141.342, voir Vallet de Viriville (Bibliothèque de l’École des 
Chartes, t. vi, p. 148-121). — Pour le récit de ce qui sé passa au 
Congrès, voir la note 4 de la même page où sont mentionnés divers 
documents, 

(2) Nous avons nous-même décollé avec soin cette lettre (écrite 
sur papier) jadis classée par M. Rolle. 

‘ (8) Voir à ce point de vue le registre BB 3. 

(4) Quoi qu'il dise le 16, c’est le 13 juillet qui tomba un mercredi. 

(5) Thomas Kempf, qui était cardinal. (Voir aussi Vallet de Viri- 
ville : Histoire de Charles VII, t. 11, Paris, Renouard, 1863, petit 
in-80, p. 317, $ 2, 2e ligne.) 


— 179 — 


deux évêques anglais (1), le comte de Suffolk (2), le sénéchal 
de Bordeaux (3), représentants du roi d'Angleterre. Deux 
jours après, c’est-à-dire le vendredi 15, le duc de Bourgogne 
fit son entrée dans la ville, accompagné du duc de Gueldre (4), 
du comte de Nassau (5), du comte de Vaudémont (6), du 
comte de Meurs (7), du comte d'Étampes (8), du damoi- 
seau de Clèves (9), et d’une suite de trois mille chevaliers 
environ. 

Le dimanche 17, ce fut au tour des ambassadeurs de 
France: le duc de Bourbon (10), Richemont, le comte de Ven- 
dôme (11), l’archevèque de Reims (12}, Christophe d’'Har- 
court, le sire de La Fayette (13). Le duc de Bourgogne alla 
au devant d'eux dans un costume magnifique et leur fit servir 
des mets excellents. Quelque temps avant, élaient arrivés les 
cardinaux de Sainte-Croix et de Chypre (14), les ambassa- 


(1) William Alnewick, évêque de Norwich, et Thomas Rodburn, 
évêque de Saint-David (pays de Galles). (Voir aussi de Beaucourt, 
ibid., p. 524, début du $ 2.) 

(2) William de La Pole. 

(3) Appelé aussi le sénéchal de Guyenne. Il se nommait John Radclif, 
(Voir ibëd., p. 523, 9e ligne.) 

(4) C’est sans doute ainsi qu’il faut interpréter ces mots : le duo de 
Guierlles, qui représentent sûrement un nom propre estropié (Voir 
p. 525,. 3e ligne). — Il s’appelait Arnould d’Egmont. 

(5) Son nom est écrit Nanso. 

(6) Antoine de Lorraine, non mentionné dans les récits du Congrès 
auxquels nous faisons allusion. 

(7) Ecrit Murs. — Frédéric, comte de Meurs. (Voir cbid., p. 521, 
be ligne). 

(8) Jean de Bourgogne, comte d’Étampes. (Voir ébid., p. 521, 

Ge ligne.) 
= (8) Jean, damoiseau (plus tard due) de Clèves. (V. p.527, 3e ligne.) 

(10) Charles de Bourbon. (V. p. 525, lignes 5 et suivantes.) 

(41) Louis de Bourbon. 

(42) Regnauld de Chartres, chancelier de France, 

(13) Gilbert Motier, seigneur de La Fayette. 

(44) Voir p.520, $ 4er. Le cardinal de Chypre (Hugues de Lusignan, 
fils de Janus, roi de Chypre) était l'ambassadeur du Concile de Bâle, 


+ 


— 180 = 


‘deurs du Concile de Bâle et celni du roi de Pologne (1). 


Enfin, l’auteur de la lettre mentionne le débarquement à 
Calais du Cardinal d'Angleterre, qui amenait avec lui le duc 
d'Orléans (2) et le comte de Huntingdon (3); mais, ceux-ci 
attendaient, avant d'aller plus loin, qu’un arrangement fût 


_ intervenu. Le duc d'Orléans était alors le prisonnier des 


Anglais ; on avait souhaité sa venue, mais on n'avait pas 
slatué sur son sort, dont devait s'occuper le Congrès d'Arras, 
qui allait s'ouvrir incessamment. 

Toutes ces dates ne sont pas précisément celles qui avaient 
été données jusqu'ici. Ainsi, il est admis que l'archevêque 
d’York, les deux autres évêques anglais, Suffolk et le reste 
de l’ambassade anglaise étaient arrivés seulement le lundi 
25 juillet (soit treize jours plus tard que le jour indiqué dans 


_ notre document) (4). Quant au sénéchal de Guyeune, Jean 


Radclif, il aurait fait, dès le {er juillet, constater sa présence par 


acte notarié, ainsi que deux autres ambassadeurs anglais (5). 


Le duc de Bourgogne, que l’auteur de la lettre, fait entrer à 
Arras le vendredi 15, serait arrivé seulement le 29 (un ven- 


_N arriva le 8 juillet (V. p. 593, $ 3). — Le Cardinal de Sainte-Croix 


(Nicolas Albergati) était le légat du Pape. Il fit son entrée le 12 juillet 
(V. p. 524, {re ligne). Il appartenait à l’ordre des Chartreux (Voir 


Vallet de Viriville, bid., p. 318 (fin). 


(4) Nicolas Lazisky, cran archidiacre de Pologne. (Voir ibid. 


._p. 523, dern. ligne, et p. 523-b24, note 7 de la p. 323.) Arrivé le 
8 juillet. 


(2) Venu en France à la demande du duc de Bourgogne (Voir £bid. 


” p. 521, 18e ligne). Le Cardinal d'Angleterre se nommaïit Henri Beau- 
fort (V. Vallet de Viriville, cbid., p. 317, $2, 2e ligne). Il était évêque 


de Winchester el chancelier (Voir aussi la dernière note de l’'Obser- 
vation). 
(3) John, comte de  Hntiedes. appelé dans la lettre Hentiton. 


‘Son nom complet était John Holland, comte de Huntingdon (V. Vallet 


de Viriville, ouvr. cité, t. 11, p. 317, 18e ligne). 
(4) Voir de Beaucourt, tbid., tn, p. 84, $2.. 
(8) Voir ibid. p. 523, 9e ligne. | 


— 181 — 


dredi aussi) avec son neveu, Jean de Clèves, son beau-frère, 
le duc de Gueldre, et une suite brillante ({.). | 
Encore, le comie de Meurs, un des membres du parti 
bourguignon n’aurait-il fait son entrée que le 9 août (2). 
Enfin, on place l’entrée de l'ambassade française au soir du . 
30 juillet (entre 6 et 7 heures), et non au 20, jour où elle 


est censée avoir passé à Reims (3). Un point toutefois sur 


lequel tout le monde est d'accord, c’est la délicate attention 
qu’eut le duc de Bourgogne d’aller à une lieue de la villeau 
devant des délégués de Charles VII, qui avaient une « suite 
de près de mille chevaux » (4). | 
Quoiqu'il en soit, le récit contenu dans la lettre anonyme 
aux Lyonnais est en opposition complète avec celui des chro- | 
niqueurs, et il semble d'autant plus difficile de le rejeter qu’,à 
première vue, ce petit document nous paraît pour les raisons 
indiquées plus haut avoir une autorité plus grande. Toute- 
fois, certains points de la thèse traditionnelle nous parais- 
sent assez bien établis pour que nous ne nous demandions 
pas si l’auteur de cette lettre est véritablement et dans toute 
l’acception du terme, un témoin oculaire. Comme nous l’avons 
vu, il a tenu à rester anonyme et aucun document ne nous 
révèle son nom. Ce n’est pas un motif cependant pour qu'il 
doive nous demeurer inconnu. Si nous consultons la liste 
complète des ambassadeurs (ils'en faut quela sienne le 
soit), nous voyons qu'au nombre des envoyés de Charles VII 
figure un Milanais, Téaude de Valpergue (5). Or, ce capi- 


(4) Voir ‘bid., p. 524, 3e ligne du $ 2, et aussi p. 327. 

(2) Voir p. 827, note 2. 

(3) Voir p. 524 (fin). — Elle arriva par Cambrai. — Le 30 juillet 
fut un samedi. 

(4) Voir p. 525. 

(5) Les noms oi sont (rès Seront des cette lettre. On con- 
çoit sans peine qu’un étranger ait, malgré une réelle connaissance 
du français, orthographié d’une façon très fautive des noms avec les- 
quels il était, sans aucun doute, très peu familiarisé, 


. — 182 — 


taine étranger, qui combattit longtemps pour la cause fran- 
çaise, portait depuis la fin de 1434, le titre de Sénéchal de 
Lyon. Il avait succédé à Humbert de Grolée (mort à trois 
heures du matin, le 24 décembre) dans ses trois dignités de 
bailli, de sénéchal et de capitaine de la ville. On peut être 
frappé de voir son nom omis dans la liste des députés fran- 
çais énumérés dans la lettre. 

Adam de Cambray (premier président), Jean Tudert 
(doyen de Paris),Guillaume Chartier (1), (conseiller au Parle- 
ment),ne sont pas mentionnés davantage, mais il n’y aaucune 
raison de supposer que la lettre en question soit l’œuvre 
d’un de ces trois hommes. Nous sommes dès lors admis à 
conjecturer, avec beaucoup de vraisemblance, que l’auteur 
de cette missive est bien le sénéchal Théaude de Valper- 
gue, dont nous possédons d’ailleurs aux archives de Lyon 
une autre lettre signée. Sans doute, plusieurs bonnes villes 
avaient des représentants au Congrès d’Arras (Paris notam- 
ment) (2), mais nous ne trouvons pas dans les documents 
lyonnais la moindre allusion à l'envoi d’un député à Arras. 

Si donc la lettre aux Lyonnais est bien de Théaude de 
Valpergue, (3) il faut admettre, l’ambassade française étant 
arrivée le 17 juillet au plus tôt,qu’il n’a pas assisté à l’arrivée 
des Anglais le 13 et à celle des Bourguignons, le 15. Il n’a 
en tout cas pas vu celle des cardinaux de Sainte-Croix et 
de Chypre, arrivés le 8 juillet. Aussi, il ne serait pas impos- 
sible qu'il ait commis plusieurs erreurs. Bien informé de ce 


(4) Voir de Beaucourt, tbid., p: 525, et Vallet de Viriville, t. n, 
p. 318. Il y avait aussi Robert Mallière et Jean Chastenier, secrétaires 
du roi. 

(2) Voir Vallet de Viriville, t. n, p. 318, fin du $ 4er. 

(3) Chypre, en italien, se dit Cipro (en italien moderne). L'auteur 
de la lettre dit Chippores, qui n'est ni français, ni italien, mais peut 
bien être la forme française de Chypre, influencé par la forme italienne. 
Théaude de Valpergue avait quitté Lyon pour se rendre auprès du 
roi, vers le 24 mars 1435 (V. BB 3, fol. 37vo, la délibération de ce 
jour). : | 


— 183 — 


qui a pu se passer le 13 et le 15, au moins en gros, il a pu 
croire par contre que tous les députés anglais, qu'il voyait 
dans la ville, étaient à Arras seulement depuis le 13. Or il 
est presque certain que le Sénéchal de Bordeaux élait dans 
cette ville dès le {7 (1). Inversement, il est permis de suppo- 
ser que son récit doive être préféré à celui des documents 
qui font arriver le comte de Meurs seulement le 9 août. En 
tout cas, nous devons être très prudent. Au reste, il n'est 
pas impossible que les ambassadeurs de Charles VIT soient 
arrivés par groupes séparés, et que Théaude de Valpergue 
ait fait son entrée à Arras, entre le 8 et le 16 juillet, ce qui 
expliquerait tout et serait d’ailleurs plus vraisemblable, 
étant donné le ton général de la lettre. Mais, comme nous le 
disons, il s’agit d’une conjecture, non d’une certitude absolue. 

Mais nous ne pouvions pas laisser dans l'oubli un docu- 
ment aussi important et ne pas essayer de l’interpréter et 
de l'expliquer. (2) 


(1) Avec Guillaume Lyndwoode, garde du Privé-Scel, et Guillaume 
Érard, vicaire-général de Rouen, en compagnie des baillis de Ver- 
mandois et d'Amiens (V. de Beaucourt, £bëd., p. 523, $ 2): — Un 
acte notarié fut aussitôt dressé devant ‘le gouverneur d'Arras. — Par 
contre, Vallet de Viriville commet l'erreur inverse en faisant arriver 
tous les Anglais le 4er juillet (t. ar, p. 318, {re ligne, $ 4). — En 
réalité, ils arrivèrent en trois groupes (le 4er juillet, le 13 juillet et 
avant Je 2 août). Les Anglais arrivèrent nombreux au début pour 
pouvoir conférer avec le duc de Bourgogne avant l’arrivée des ambas- 
sadeurs de Charles VIT. 

(2) Il est à noter que l’auteur de la lettre n’a pas mentionné l’entre- 
vue (du 2 août) des ambassadeurs avec le cardinal de Sainte-Croix 
(V. de Beaucourt, p. 525, avant dern. parag.). 


— 184 — 


OBSERVATION 


0 


Nous nous sommes demandé s’il ne conviendrait pas de 
corriger (mercredi) xvi juillet en xxvi juillet. Cette correc- 
tion s’imposerait nécessairement si le 26 juillet était un mer- 
credi, et si les jours de la semaine indiqués par Théaude de 
Valpergue, l’auteur présumé de la lettre (vendrediet diman- 
che), coïncidaient avec les quantièmes du mois proposés 
par les chroniqueurs. 

Malheureusement, il n’en est rien, car le 26 juillet fut, 
cette année là, un mardi; et si le vendredi qui suivit, le 29, 
est le jour où, selon eux, arriva l'ambassade bourguignonne, 
le dimanche, jour de l’arrivée des Français, dans cette h ypo- 
thèse, serait le 37 juillet, non le 39, comme on l'a admis 
jusqu'ici. Nous reconnaissons, il est vrai, que ces dates se 
rapprochent davantage de celles des chroniqueurs, et ce fait 
doit être pris en sérieuse considération. Toutefois, s’il est 
très facile d'admettre que l’auteur de la lettre, qui écrivit 
le 2 août, ait pu se tromper sur une date du milieu de juillet 
(mercredi 16 au lieu de mercredi 13), il est peu probable 
qu'il ait commis une erreur du même genre pour une date 
aussi rapprochée que le 26 et, qu’en outre, il se soit trompé 
de chiffre en écrivant. Cette hypothèse là nous entrainerait 
à deux corrections au lieu d'une (1). 11 est singulier aussi que 
les chroniqueurs qui font arriver les Bourguignons le ven- 
dredi 29, fassent entrer le comte de Nassau, un de ceux-ci, 
le vendredi 15, qui est, dans notre première hypothèse, le 


(1) On peut conjecter aussi xxvu, mais cela suppose aussi deux 
corrections, 


— 185 — 


jour de l’arrivée de l’ambassade bourguignonne (1). Il n’y a 
que la connaissance très précise de l'itinéraire des diverses 
ambassades qui pourrait nous imposer le choix entre l’une 
ou l'autre des deux hypothèses examinées par nous. Mais, 
la dispersion des documents permettant de l’établir (si tou- 
tefois on peut l’établir), nous empèche, pour l'instant, de le 
connaître. Aussi, croyons-nous que, sans rejeter la deuxième 
hypothèse, on peut avec vraisemblance proposer aussi la 


première. 
Louis CAILLET. :: 


(1) Voir de Beaucourt, tbid., p. 524, ligne 10. — Le comte de 
Nassau aurait, il est vrai, apporté les excuses du duc de Bourgogne 
encore absent. 

Sur ce Congrès, voir aussi E. Cosneau : Les grands traités de la 
Guerre de Cent Ans, Paris, A. Picard, 4889, in-80, 487 pages, 
(Collection de textes pour servir à l’étude et à l’enseignement de l’his- 
toire) p. 116-419. — Voir aussi E. Cosneau : Le Connétable de 
Richemont (Arthur de Bretagne) (1393-1458), Paris, Hachette, 1886, 
in-8v de xv-712 pages, p. 222-224. — Selon lui, les ambassadeurs 
français, nommés par Charles VII le 6 juillet, passèrent à Cambrai 
. le 29 (V. p. 222-223) et furent reçus au bois de Moufflaine, à une 
lieue d'Arras, le dimanche 31 juillet (V. p. 223, début du $ 2). Selon 
lui, le cardinal de Winchester, chef de l’ambassade anglaise, arriva 
seulement le 25 août (V. p. 225, note 4). D’après lui, le duc de Gueldre 
dont il s’agit est Adolphe, duc de Berg et de Guldre (V. p. 223, note 4, 
d’après l’Art de vérifier les dates, t. 11, p. 181). 

La date du 31 juitlet, proposée par M. Cosneau, s’accorderaït avec 
la deuxième hypothèse, mais ce n’est pas celle qui avait été admise 
jusqu'ici, comme nous avons vu. Le peuple, à l’arrivée des Français et 
des Bourguignons, cria : Noël, Noël (V. #btd., p. 223, milieu du $ 2). 

Beaucoup de chroniqueurs, d’ailleurs, donnent des dates vagues. 

M. Bazin fait arriver les Bourguignons le 30 et ceux de Charles VII, 
deux jours après, le 4er août. 

Il cite l’histoire des ducs de Bourgogne de De Barante (t. rv, p. 60 
et suiv. — 1860). 

V. J. Louis Bazin. La Bourgogne de la mort du duc Philippe le 
Hardi au traité d'Arras, 1404-1435. Beaune, 1898, in-80, 221 p. 
‘Extr. des Mém. de la Soc. d’Hist. et d’Arch. de Beaune, 1897, p- 209. 


eg 
à : x \ 


— 186 — 


[1435] 2 Août. — Arras. — Lettre [aux Lyonnais] leur annonçant 
l’arrivée à Arras : 19 «le mercredi, 16 juillet», des ambassa- 
deurs du roi d'Angleterre(l'archevèque d’York, deux évêques, 
le comte de Suffolk, le sénéchal de Bordeaux) ; 2° le ven- 
dredi suivant, du duc de Bourgogne (ac:ompagné du duc de 
Gueldre, du comte de Nassau, du comte de Vaudémont, 
du comte de Meurs, du comte d’Étampes, du damoiseau de 
Clèves, etc.) ; 30 le dimanche suivant, des ambassadeurs du 
roi de France (le duc de Bourbon, Richemont, le comte de 
Vendôme, l'archevêque de Reims, Christophe d’Harcourt, La 
Fayette), au devant de qui alla le duc de Bourgogne, qui 
leur fit faire bonne chère ; 40 auparavant, des Cardinaux 
de Suinte Croix et de Chypre, des ambassadeurs du Concile 
de Bâle et du roi de Pologne; 59 l’arrivée à Calais du 
cardinal d'Angleterre, accompagné du duc d’ Orléans et du 
comte de Huntingdon. 


(Archives municipales de Lyon, AA 83, no 10.) 


(Original sur papier). — Au dos, très faibles traces de scellement 
en cire rouge. 


Des nouvelles d'Arras : les ambeisseurs du roy d'Angleterre arrive- 
rent en la dite ville {] d'Arras, le mercredi, XVIe (1) jour de juillet 
derrain passé, c’est assavoir l’arcevesque d’Iorlz et {| deux evesques, 
le conte de Suffort, le seneschal de Bourdeaux, bien acompaignié; || 
Monseigneur le duc de Bourgogne y arriva le venred! ensuite (2), acom- 
paignié de plusieurs ducs, || contes, chevaliers et escuiers, c’est assa- 
voir, le duc de Guierlles, le conte de Nanso, le conte || de Vaude- 
mont, le conte de Murs, le conte d’Estampes et le damoisel de Cleves|| 
et autres notables gens, chevaliers et escui[e]rs d’estat, jusques au 
nombre de environ || 1m chevaliex, et estoit ung moult grant pleysir 
de les veoir entrer en la dite ville; |] les ambeisseurs du roy de Franse 
y arriverent a belle et gente compaignie, le |] dimenche ensuivant (3), 


(1) Mercredi XVIe jour de juillet. — 1l y a une erreur, car le 16 juillet 
tomba, en 1435, un samedi. Il doit s'agir du mercredi 13 (C'est en 1432 
et en 1438, que le 16 juillet tomba un mercredi). C'est sur le quantième 
du mois que l'auteur a dû se tromper plutôt que sur le jour de la semaine. 
— Le 25 fut un lundi. 

La correction XXVI ou XXVII amènerait un changement dans les dates 
suivantes. 

(2) Le 55, s'il s'agit du mercredi 13. — Le 29, s'il s’agit du mardi 26 
ou du mercredi 27. 

(3) Le 17 dans la première hypothèse, le 31 dans la seconde. 


— 187 — 


c’est assavoir : Monseigneur de Bourbon, Monseigneur de Richemont, 
le conte || de Vendosme, l’arcevesque de Rains, Christoffle de Hare- 
court, le sire de La Faietes et {| autres grans seigneurs et fuit Monsei- 
gneur le duc de Bourgogne au devant d’eulx, {] bien notablement et 
richement habillé, et leur fit mon dit seigneur (1) tres bonne chiere 
et || par avant estoient arrivez en la dicte ville d’Arras les cardinaulx 
de Sainte Crois || et de Chippores, les ambeisseurs du saint consile et 
du roy de Pouloigne {| et le cardinal d'Angleterre est arrivé a Calaix et 
a amené le duc d’Orleans || et le conte de Hentiton, lesquelx on tient 
qu'ilz ne yront plus avant jusques || yl y aura bon appointement 
entre les dis seigneurs; les dis seigneurs n’ont point esté encores || 
assemblés por le fait de la paix, mais ilz se assambleront bien brief f 
et espere l’en qu’il y aura bonne paix entre eulx. Escript a Arras, 
le ne jour {| d’aoust. | 


{1) On peut mettre deux virgules; dans ce cas, ees mots : mon dit 
seigneur, iraient au destinataire de la lettre. Dans ce cas, il faudrait 
admettre que le d[it] a été ajouté par inadvertance à mon, ce qui est 
très possible. Mais il n'est pas nécessaire de recourir à cette interpré- 
tation. Îl est plus facile aussi de ne pas mettre de virgules et de sup- 
poser que cette expression : mon dit seigneur, est une marque de 
respect pour le duc, qui était le maître à Arras, et non pas la preuve 
que l’auteur de la lettre se soit considéré comme un de ses sujets, 


| da 


ÉRRRESARRESENNS 


Les Aéroplanes. 
Lecture faite à l’Académie d’Arras 


PAR 
._ M. François BLONDEL 


Secrétaire-A djoint 


Ge problème de la locomotion aérienne admet deux 
solutions, l’Aérostation et l'Aviation, qui diffèrent 
essentiellement l’une de l’autre d'après le principe adopté 
pour obtenir la sustentation, c’est-à-dire, le maintien en 
équilibre dans l’atmosphère d’un corps pesant. | 

Dans l’aérostation, l’action de la pesanteur est contre- 
balancée par la force ascensionnelle d’un ballon gonflé 
d'hydrogène, gaz plus léger que l’air ; mais, en raison de la 
faible différence des densités des deux fluides, pour obtenir 
l'équilibre dans le milieu atmosphérique d'un corps notable- 
ment pesant, il faut réaliser un déplacement d'air considéra- 
ble ; d’où il résulte que le ballon sustentateur constitue un 
organe nécessairement très volumineux, encombrant et 
fort coûteux. | 

Les divers systèmes d’Aviation s’inspirent, en principe, 
du vol des oiseaux, et ils s’appliquent à réaliser une combi- 
naison du vol plané et du vol ramé au moyen d’un appareil 
mécanique produisant la sustentation par l'effet mème de 
la propulsion. Grâce à l'invention toute moderne des moteurs 


— 18ÿ — 


” à explosion, qui allient si heureusement la puissance à la 
légèreté, le problème de l’avialion se trouve aujourd'hui 
résolu expérimentalement ; je n’oserais dire encore prati- 
quement, quoique divers constructeurs offrent déjà, à un 
prix abordable, des appareils relativement peu encombrants, 
qui permettront aux amateurs intrépides de se livrer au 
sport tout nouveau de la locomotion ultra rapide à travers 
l'espace libre. 

Après les envolées superbes réalisées par les Blériot, les 
Farman et les Wright, la supériorité sur tous les autres 
systèmes est acquise sans conteste aux aéroplanes : c'est 
donc uniquement de ces appareils que je vais vous entre- 
tenir, pour faire suite à la communication si intéressante de 
notre collègue, M. Bedel, sur les ballons dirigeables. 

Un aéroplane est essentiellement un appareil mécanique 
comportant un agent de propulsion, déterminant un dépla- 
cement rapide dans le sens horizontal, et une cvoilure, 
disposée pour obtenir, par l'effet de la résistance de l’air (1), 
la sustentation et la dirigeabilité dans l’espace. 

Le propulseur est toujours une hélice aclionnée par un 
moteur à essence ; quant à la voilure elle revêt, suivant les 
différents systèmes imaginés, des formes assez variées, mais 
qui peuvent se classer en deux catégories : le type monoplan, 
dans lequel les surfaces sustentatrices s'étendent sur un seul 
et même plan, et le type biplan, dans lequel les surfaces sus- 
tentatrices sont réparties sur deux plans superposés. 

C'est avec un aéroplane monoplan que Louis Blériot a 


(1) La considération de la résistance de l'air intervient dans la 
technique de l’Aviation à un double point de vue, utile et nuisible, 
La résistance de l’air est utilisée par la voilure pour. contrebalancer 
l’action de la pesanteur et obtenir la sustentation de l'appareil, par 
_ l'hélice et par les gouvernails comme point d'appui uécessaire à la 
propulsion et au réglage de la direction. Par contre, elle constitue par 
son effet sur les surfaces non sustentatrices un pes à l'avance- 
ment dont l'importance croît avec la vitesse, : LÉ 


— 19ÿ — 


accompli si brillamment ses deux voyages aériens à travers 
la Beauce et la traversée du Pas-de-Calais ; et c'est avec des 
biplans, d’ailleurs assez semblables, que Wilbur Wright et 
Henry Farman ont réalisé leurs belles performances. 

La forme générale de ces appareils désormais célèbres a 
été popularisée par les journaux illustrés, et leur constitu- 
tion, d’ailleurs très simple, se comprend immédiatement à 
l'inspection d'une reproduction photographique ; une des- 
cription détaillée serait donc superflue ; mais, pour apprécier 
le rôle des diverses parties de l’appareillage, et juger de la 
valeur des dispositifs nouveaux qui pourront être proposés 
ou expérimentés, ce qu’il importe de connaître, ce sont les 
principes mécaniques et les conditions techniques qui 
régissent le fonctionnement des aéroplanes. 

Pour suivre un ordre logique, il convient tout d’abord 
d'exposer les lois du planement, c’est-à-dire de la sustenta- 
tion d’un corps pesant au sein de l'atmosphère par l'effet de 
la résistance opposée par l'air à son déplacement ; viendra 
ensuite l’étude de la propulsion, de la dirigeabilité et de la 
_ stabilité, avec l'indication des organes appropriés à ces 
différentes fonctions. 


I, — Le planement, 


C’est le vol plané qui caractérise le mode de fonctionne- 
nement des aéroplanes, auxquels on pourrait appliquer la 
dénomination plus précise d’Autoplaneurs. Ces appareils 
sont, en effet, de véritables véhicules automobiles, c’est-à- 
dire possédant dans leur appareillage l’organe producteur de 
la puissance motrice, et c’est par l'effet du planement, obtenu 
. par la disposition de la voilure utilisant la résistance de 
l'air, que se trouve neutralisée l'action de la pesanteur et 
réalisé finalement l’équilibre aérien du plus lourd que l'air. 

Voyons comment prend naissance la force ascensionnelle 
_ qui soulève et sustente tout appareil pesant. Considérons un 
plan, légèrement relevé sur l'horizon et animé par un pro- 


= 


pulseur d'un mouvement de translation horizontale ; les 
molécules de l'air, heurtées par la face inférieure du plan, 
opposeront une résistance à l’avancement qui se traduira 
par une pression normale au plan, donc dirigée oblique- 
ment de bas en haut. Celte force résistante doit être consi- 
dérée comme la résultante de deux composantes : l’une 
horizontale, directement opposée à la propulsion, l’autre 
verticale et opposée à la pesanteur ; celle-ci constitue la 
composante de soulèvement (1). 

Or l'expérience a démontré que la résistance de l'air, et 
par voie de conséquence la composante de soulèvement, 
croît d’une façon générale en raison directe de l’aire de la 
surface frappée et du carré de la vitesse de translation ; 
d'où il résulte qu’en donnant à l’étendue de la voilure d’un 
aéroplane et surtout à sa vitesse de translation une valeur 
convenable, on pourra obtenir une composante de soulève- 
ment faisant équilibre à la pesanteur et neutralisant son 
action sur l’ensemble du système ; ce minimum de vitesse 
nécessaire à lasustenlation une fois atteint, l’aéroplane, ayant 
abandonné le sol, continuera de se mouvoir d’un mouve- 
ment uniforme, avec cette même vitesse, et suivant une 
trajectoire horizontale, — Cette vitesse minimum est dite 
oitesse de régime et correspond à la marche en palier. 

Toute augmentation dela vitesse, déterminant un accrois- 
sement de la composante de soulèvement, provoquera 
l’ascension de l’autoplaneur suivant une ligne oblique par 


(4) En représentant par R la résistance exercée par l’air sur la sur- 
face sustentatrice, a étant l’angle d’inclinaison, la composante verti- 
cale, CY, qui doit faire équilibre au poids, P, de l'appareil monté, 
aura pour expression mathématique : CY — R Cos. a = P; et la 
composante horisontale, Ch, qui correspond à l'effort propulseur 
nécessaire, F, s’exprime par la formule : Ch = R Sin. a = F, 

L'angle a étant toujours très aigu, la valeur du cosinus s’éloigne 
peu de l’unité, et celle du sinus ne s’écarte pas sensiblement de la 
valeur moyenne adoptée 0,4. 


— 199 — 


rapport à l'horizon ; l'inverse se produirait en cas de raien- 
tissement de la vitesse. De même toute variation de l'étendue 
de la voilure sustentatrice donnerait lieu à des effets ana- 
logues de montée ou de descente. 

Notons encore une autre conséquence très importante de 
la loi fondamentale du planement : on pourra à volonté 
augmenter le poids transporté, soit en donnant un plus 
grand développement à la voilure, soit préférablement en 
accroissant la vitesse de translation ; mais, si par une majo- 
ralion de la puissance propulsive on se proposait d'accroître 
la rapidité du déplacement horizontal et de dépasser la 
vitesse de régime, il faudrait nécessairement soit diminuer 
la voilure, soit augmenter le poids total du système, afin 
d'éviter l’ascension brusque suivant une inclinaison dange- 
reuse pour la stabilité. | 

La capacité de transport est donc subordonnée à la vitesse 
de translation et réciproquement. 

Dans les considérations précédentes, nous n’avons envi- 
sagé, pour plus de simplicité, que l'étendue de la voilure 
sustentatrice, abstraction faite de sa forme ; or celle-ci jous 
un rôle important, que l’observation de la courbure et de 
l’envergure des ailes des oiseaux rendait manifeste, et que 
les expériences ont confirmé. 

Une voilure incuroée, c’est-à-dire dont la surface exposée 
au vent est légèrement concave, a une valeur sustentatrice 
nettement supérieure à celle d’une surface plane ; et une 
certaine courbure d'avant à l'arrière favorise même la pro- 
pulsion, parce qu’elle a pour effetnon seulement d'augmenter 
l'effort de réaction de l'air, mais encore de reporter cet 
effort vers le bord d’altaque. | 

D'autre part, l’expérience a démontré qu’un plan rectan- 
gulaire très allongé, atlaquant l'air par son plus grand côté, 
éprouve une résistance beaucoup plus considérable qu'un 
plan carré de surface égale, en raison de ce que les filets 
d'air avoisinant les bords latéraux tendent à s’écarter et à 


az 193 — 


s'échapper en ne produisant qu’une très faible réaction,. 
tandis que les autres, retenus par leurs voisins el forcés de 
rester parallèles, s’écoulent suivant la ligne de plus grande 
pente en direction et donnent le maximum de réaction. Il 
est admis que lorsque le rapport de la largeur de la voilure 
à son envergure est de 1 à 6, sa force portante est triple de 
celle d’une surface égale mais de forme régulière. | 

Le degré d’inclinaison de la voilure sur l'horizon, ou 
angle d'attaque, règle le rapport entre les deux composantes 
de la résistance de l’air, la composante de soulèvement 
diminuant avec l'ouverture de l’angle ; comme il importe 
que cette force ascensionnelle fasse toujours équilibre à la 
pesanteur, et que, d’autre part, tout accroissement de l’in- 
clinaison des surfaces augmente l’obliquité de la poussée 
avec tendance au redressement et an renversement de 
- l'appareil, on conçoit que l’amplitude des variations de 
l'angle d'attaque est nécessairement très limitée. En aviation 
on ne dépasse guère sans danger 3° comme minimum et 10° 
comme maximum d'inclinaison ; quant à la valeur totale de 
Ja résistance de l'air sur les ne sustentairices, elle suit 
la loi de variation du sinus de l'angle. 

Une formule très simple : 

| KSV'Sin,a—=R | 
résume les lois fondamentales de l’Aviation, et traduit Îles 
relations que nous avons signalées entre l’aire de la voilure, 
S, la vitesse de translation, V, l’angle d'attaque, a, et la 
valeur de la résistance de l'air, KR. 

La valeur du cœæfficient, K, qui caractérise la qualité ou 
puissance sustentatrice de la voilure, varie nécessairement 
suivant la forme et la disposition des surfaces portantes ; 
on admet, toutefois, que pour les types actuels d’aéroplanes, 
la qualité sustentatrice des voilures est de 5 à 6 fois supé- 
rieure à celle du plan rigide de forme carrée. Si l’on adopte 
0,08, soit 80 grammes par mètre carré, pour la pression 
exercée sur un tel plan par l'air animé d’une vitesse de 1 


13 


— 194 — 


mètre à la seconde, la valeur moyenne de K ressort. à : 
0,08 X 5,5 — 0,44. 

Pour le sinus de l’angle d'attaque, comme ses variations 
sont habituellement comprises entre 3° et 8°, on adopte 
comme chiffre moyen 0,1 qui correspond à l’angle de 6°. 

Observons. d’ailleurs, que dans l’état actuel de la science 
aérodynamique, il importé expressément de ne pas se faire 
d’illusion sur le degré de précision des conclusions théo- 
riques, qui sont basées sur des données expérimentales 
encore très imparfaites et insuffisantes ; aussi pour un 
calcul de simple approximation des premiers éléments d’un 
projet d’aéroplane, on peul considérer la résistance de l'air 
comme équilibrant exactement le poids et admettre comme 
formule pratique : KSV2 Sin. a — P, dans laquelle P s’ex- 
prime en kilogrammes, S en mètres carrés et V en mètres 
par seconde de temps (1). 

Comme exemple d'application numérique, calculons quel 
serait le poids transportable par un aéroplane de 50 mètres- 
carré de surface portante, aux deux vitesses différentes 
16,66 et 20 à la seconde, soit 60 et 72 kilomètres à l'heure : 


P = 0,44 X 50 X 16,66 X 0,1 == 610 kilogs. 
P—0,44 X 50 X 20° X 0,1 — 880 kilogs. 
Dans le premier cas, à l’allure de 60 kilomètres, la ae 
portante par mètre-carré ressort à environ 12 kilogs ; 
dans le second cas, à l’allure de 72 kilomètres, elle s'elbve 
à plus de 17 kilogs. 
La réciproque s'impose, c’est-à- dire que, pour qu'un 
aéroplane de 50%? de surface puisse réaliser dans des condi- 


(1) En réalité P — R Cos. a (voir note page 6) 
Donc P = KSV2 Sin, a Cos. a 
En élevant au carré et divisant les deux membres de l'équation par 
KSV Cos.2 a, on obtient l'expression suivante : 


HV Gg = KSVI Sin-êe 


que nous retrouverons dans le calcul du travail. 


cz 195 — 
tions de sécurité suffisantes des vitesses de régime de 
162,66 et 20m à la seconde, il est nécessaire que le poids 
tolal de l'appareil, aviateur compris, soit d'environ 600 ou 
800 kilogs. 

11 convient également de noter que, pour assurer l’alter- 
rissage par vol plané et éviter une chute dangereuse, en cas 
d’arrèêt brusque du propulseur, il importe que la force por- 
tante de la voilure ne dépasse pas 20 kilogs au maximum 
par mètre carré. | 

Il reste à examiner l'influence de la Densité du milieu 
atmosphérique, qui affecte directement la valeur de la résis- 
tance de l'air, et, par voie de conséquence, la composante 
verticale de sustentation. 

La densité, ou poids spécifique, de l’air atmosphérique est 
essentiellement variable et dépend de trois conditions d'ordre 
météorologique : l'état thermométrique, l'état barométrique 
et l’état hygrométrique. 


Influence de la température. — Conformément à la loi de 
 Gay-Lussac, à chaque degré thermométrique correspond 
‘une variation de _—_. du volume et de la densité de l’air. 
La température sous notre climat étant susceptible de 
varier d'environ 20° au dessus ou au dessous de la moyenne, 
la densité de l'air peut donc subir un écart maximum par 
‘rapport à la normale de 7 ou environ-= . 
Ainsi, par exemple, si la température de l’air atteint 
+ 300, sa densité et sa résistance se trouveront diminués 


de + relativement à leur valeur normale à +- 100. 


Infiuence de la pression barométrique. — En vertu de la 
loi de Mariotte, la densité de l'air varie proportionnellement 
_ à la pression. | 

La pression barométrique moyenne 760% admettant dans 
notre région une variation d'environ 202 en plus ou en 
. moins, la densité de l'air peut Done subir de ce chef un 


écart par rapport à la normale de a ou CES | 


— 106 — 


En conséquence, si la pression barométrique se trouve 
abaissée à 740nn, la densité et la résistance de l'air seront 
inférieures à la normale de — 

Influence de l'état hygrométrique. La vapeur d'eau étant 
plus légère que l'air, plus la teneur en humidité augmente, 
plus s’abaisse la densité du milieu atmosphérique ; mais 
l'effet des variations hygromélriques est de faible importance 
et ne peut affecter la densité de l’air que de--au maximum. 

En résumé, la valeur normale de la résistance de l’air, 
à + 10° et pression 760, est susceptible de varier de 10 c/o 
en plus ou en moins suivant les circonstances météorologi- 
ques. Il en résulte, par exemple, qu’un aéroplane, capable 
dans les conditions normales d’emporter un poids total de 
600 kilogr. perdrait 50 kilogr. de force portante et ne pour- 
rait pas s’enlever uu jour d’été où simultanément la tempé- 
rature de l’air atteindrait + 30° et la pression barométrique 
740nn, 

Dans le cas particulier du Vol en Altitude, il y a lieu de 
considérer que la variation de densité de l'air, suivant la 
hauteur au dessus du niveau de la mer, est régie par les 
lois spéciales de décroissance de la pression et de la tempé- 
rature. 

La pression atmosphérique décroît suivant une loi logarith- 
mique : à chaque mètre de différence de niveau correspond 
une réduction de _—_- de la pression ambiante ; la valeur 
de cette fraction n’est donc pas une quantité fixe et cons- 
tante, mais au contraire une quantité indéfiniment décrois- 
sante. 

Alors que la pression barométrique au niveau de la mer 
est de 760mn, c’est à l'altitude 5500 mètres, et non pas de 
4000, qu’elle sera abaissée à 380mm c’est-à-dire réduite 
de moitié ; et à une hauteur doublée, soit à 11.000 métres 
d'altitude, la pression serait encore de 190mm et la valeur 
de la fraction perdue ressortirait à la moitié seulement de 
la dépression précédente, 


— 197 — 


Pratiquement, pour des différences de quelques centaines 
de mètres au-dessus du niveau de la mer, on peut admettre. 
pour le calcul de la dépression une diminution moyenne de 
5" par cent mètres d'élévalion. 

D'autre part, la éempérature atmosphérique s’abaisse 
d'environ 1° par 150 mètres d'altitude ; mais, comme nous. 
l'avons vu plus haut, à tout abaissement du degré thermo- 
métrique correspond une augmentation de la densité de l'air. 
Cet accroissement de -— pour 1° équivant donc à _… 
par cent mètres d’élévation. 

En résumé, par chaque centaine de mètres d'altitude la 
densité de l’air est affectée d’une part d’une diminution de. 
_ et d'autre part d’une augmentation de: de ces deux 
effets combinés, il résulte donc que réduction nette de la 
densité et de résistance de l’air de ; 

Tout aéroplane qui s’élève dans l’atmosphère perd donc 
1°/, de sa force portante par chaque centaine de mètres de 
hauteur ; en conséquence, pour qu’il puisse atteindre et se 
maintenir à de hautes altitudes, il faudrait nécessairement 
que celte diminution se trouve à chaque instant compensée 
par un accroissement progressif, soit de l’étendue des sur: 
faces sustentatrices, soit de la vitesse de translation. 

D'ailleurs, il ne faut pas oublier que le moteur à explosion 
souffre, comme l'appareil respiratoire de l’homme, d’un 
véritable mal des montagnes ; un même volume d’air raréfié 
fournissant à la combustion de l'essence une quantité 
réduite d'oxygène, il en résulte une grande diminution de la 
puissance mécanique du moteur. 


II. — La Propulsion. 


La translation et la sustentation d’un aéroplane sont le 
résultat de la propulsion. L’organe propulseur est l’hélice, 
et la machine motrice à la fois légère et puissante, grâce à 
laquelle le problème de l'aviation a pu être résolu, c’est le 


— 198 — 


moteur à essence universellement employé dans l’automo- 
bilisme. 

L'hélice est un appareil mécanique, qui transforme le 
mouvement de rotation d’un arbre en un mouvement de 
progression suivant son axe. L’hélice agit par déplacement 
de l’air ambiant, elle l’aspire par sa face avant et le refoule 
par sa face arrière ; se vissant en quelque sorte dans 
l'atmosphère, l'hélice imprimera toujours à l’aéroplame la 
même vitesse absolue, quel que soit l’état de calme ou d’agi- 
tation du milieu atmosphérique et la direction du vent. 

Mais il est évident que la vitesse relative du déplacement 
de l’aéroplane par rapport au sol variera du tout au tout par 
vent debout ou vent arrière, suivant que les deux mouve- 
ments propres du vent et de l’appareil propulsé s’ajoutent ou 
se retranchent. Avec une vitesse de régime de 155 (54 kilm 
à l’heure) et par vent arrière de 155 par exemple, le dépla- 
cement par rapport au sol sera de 30ms (108 kilom.) ; mais 
au contraire, par vent debout de vitesse égale, l'appareil 
apparaîtra immobile, en équilibre dans l’atmosphère. 

Les vents soufflant en France un jour sur dix en moyenne 
à une vitesse supérieure à 205 (72 kil.-heure), il faudrait 
donc, pour assurer pendant les neuf dixièmes du temps la 
locomotion aérienne régulière, équiper les aéroplanes pour 
une vitesse de régime de 35 à 40m, de façon à pouvoir 
maintenir par vent debout une allure minimum de 155, soit 
50 kilomètres, et filer par vent arrière jusqu’à 200 kil. à 
l'heure. | 

La vitesse de propulsion dépend du pas de l’hélice et du 
nombre de révolutions accomplies dans l'unité de temps. Le 
pas d’une hélice correspond, en effet, à la longueur dont 
elle avancerait pendant un tour complet, si elle se vissait 
dans un écrou à la façon d’une vis ; mais le milieu dans 
lequel se meut l’hélice et qui sert de point d'appui à la pro- 
pulsion, étant un fluide qui tend à se dérober d'autant plus 
que la résistance du mobile au déplacement est plus grande, 


— 199 — 


il en résulte que l'appareil ne se déplace pas à chaque tour 
d’uae longueur égale au pas, mais d’une fraction seulement 
de.cette longueur. 

La différence entre la ébeue du pas de l'hélice et le 
chemin effectivement parcouru par le mobile propulsé cons- 
tilue ce qu’on appelle le recul de l’hélice. Pour les hélices 
marines Île recul est de un dixième environ ; dans l'air, si 
éminemment compressible, le recul est fatalement plus con- 
sidérable et le meilleur moyen de le réduire est d'augmenter 
le diamètre du cercle balayé. 

On estime que le rendement effectif des hélices aériennes 
ne peut guère dépasser 60 à 70 °/o, c'est-à-dire qu’un tiers 
environ du travail développé par le moteur est dépensé en 
pure perte, absorbé par les frottements et le refoulement de 
l'air. Il importe donc de réduire au minimum les frottements 
_nuisibles par une construction très soignée des branches de 

l'hélice, assurant sur toute leur étendue la courbe géomé- 
trique régulière correspondant au pas adopté, avec un poli 
parfait et une épaisseur tout just suffisante pour éviter une 
rupture. | 

Un excès de vitesse de rotation est nuisible au bon ren- 
dement de l’hélice en engendrant le phénomène de la cacvi- 
tation, ou formation dans le milieu ambiant d'un vide relatif 
dans lequel les ailes perdent en partie leur point d’appui, ce 
qui exagère encore le recul normal. Il convient aussi à ce 
point de vue de réduire le nombre des ailes et de dégager 
parfaitement les hélices, en les établissant à une distance 
suffisante du corps principal de l’aéroplane, de façon que le 
courant d'air aspiré ou refoulé ne heurte aucune surface 
contre laquelle puisse se produire une réaction opposée à la 
direction suivie. 

Les conditions les plus favorables au rendement des 
hélices aériennes sont donc : une vitesse de rotation rela- 
tivement modérée, variant entre huit cents et douze cents. 
tours à la minute, un grand diamètre, 2 mètres au moins 


— 200 — 


pour un aéroplane de 400 kilogs, avec un pas égal ou supé- 
rieur à la longueur du diamètre, et enfin un petit nombre 
d'ailes, 2 ou 3 au plus (1). 

La question du nombre et de l'emplacement des hélices 
est encore controversée ; une hélice unique peut indifférem- 
ment se placer à l'avant ou à l’arrière du corps principal de 
l'appareil, et agir soit per traction, soit par poussée ; les 
aéroplanes monoplans ont généralement leur hélice installée 
à l’avant, mais pour les biplans l’emploi de deux hélices 
jumelles, placées à l'arrière, à droite et à gauche de l’axede 
l'aéroplane et tournant en sens inverse l’une de l’autre, sem- 
ble plus rationnel et contribue aussi à augmenter la stabilité 
latérale. | 

Les qualités requises spécialement du moteur pour 
aéroplane sont la légèreté alliée à la puissance, et il semble 
bien qu'on est parvenu aujourd'hui à la limite compatible 
avec les garanties essentielles de solidité, car le poids total 
du moteur en ordre de marche a été abaissé entre 1 kilogr. 
et 1 kilogr 1/2 par cheval ; à la régularité et à l'endurance, 
le moteur doit encore joindre la souplesse, de façon à per- 
mettre au pilote de faire varier rapidement la puissance 
développée pour la proportionner aux nécessités éventuelles 
au cours de la marche. 

Nous nous bornons à mentionner les caractéristiques des 
types de moteur, qui présentent les perfectionnements les 
plus récents. 

Le moteur Antoinette, créé en 1903 par Levavasseur, 
avec 8 cylindres de 195 m/xn d’alésage et course, donne à 
1400 tours 50 chevaux de force pour un poids en ordre de 


(1) On admet généralement que le diamètre doit être le décuple 
du Module de l’hélice. Le module se calcule suivant la formule M — 


= V est la vitesse de translation de l’aéroplane, n est le nombre 
rn 


de tours de l’hélice par seconde, 


— 201 — 


tharche de 85 kilogr. Les 8 cylindres sont disposés en deux 
groupes sur les faces inclinées à 45° d'un bâti en forme de 
prisme triangulaire, ils sont refroidis par circulation d’eau ; 
les dimensions d’encombrement sont 75 centimètres en 
longueur et 60 centimètres en largeur et hauteur. 

Le moteur E N V, présente une disposition analogue de 8 
cylindres 100-130, donnant 50 chevaux à 1000 tours et 75 
chevaux à 1,500 tours. Il pèse 140 kilogr. 

Le moteur À E P, combiné en 1907 par Esnault Pelterie 
sur des principes d’une remarquable originalité, comporte 7 
cylindres, 85-95, donnant à 1500 tours 35 chevaux pour un 
poids total de 52 kilogr. Les cylindres sont disposés en 
éventail sur deux rangées parallèles et actionnent un arbre 
horizontal, ils sont garnis d’ailettes et simplement réfrigérés 
par l'air: | 

Le moteur Gnome, créé tout récemment par Seguin, est à 
7 cylindres, 110-120, donnant à 1200 tours 55 chevaux. Il 
appartient au type particulier des moteurs rotatifs chez 
lesquels les cylindres sont mobiles et l'arbre coudé est fixe ; 
c'est donc le bloc des sept cylindres disposés en étoile qui 
entre en rotation, constituant ainsi un véritable volant régu- 
lateur et assurant un parfait refroidissement des cylindres 
par l'air. 

Le moteur Anzani est constitué par 3 cylindres disposés 
en éventail. Le type léger donne à 1400 tours 30 chevaux 
pour un poids de 60 kilogs en ordre de marche. 

Le moteur Darracq comporte 2 cylindres horizontaux 
opposés, 130-120, donnant à la vitesse de 1800 tours 30 
chevaux pour un poids total de 55 kilogs. 

Il reste maintenant à déterminer le travail dépensé par 
un aéroplane en marche, pour servir de base au calcul de Ja 
puissance que le moteur doit être capable de fournir. 

Nous devons distinguer : 1° le travail de translation, qui 
_ correspond à la vitesse de régime assurant la sustentation ; 
2° le travail de pénétration, résultant des frotlements et des 


— 202 — 


résistances opposées par l’air contre les surfaces non susten- 
tatrices ; 3° le travail supplémentaire, qui correspond à 
l'exécution d’un virage ou d’un mouvement ascensionnel. 

1° La valeur du traoail de translation effectué par un 
aéroplane, se déplaçant suivant une trajectoire horizontale, 
est donnée par la formule classique : T = FV; c’est le pro- 
duit de la force développée par le chemin parcouru dans 
l'unité de temps. | 

La force propulsive, devant égaler la composante horizon- 
tale de la résistance de l'air, a pour expression : 


F = R sin. a (Note page 6). 
On a donc : | 
T=Resin. a V —=KS Vàsin? a. 


É Due pa 
Mais en observant que: KSVS sin? a — 


KSV cos.? a 


{Note page 9). 
p? 


KSV cos.? a 
formule qui exprime le travail de propulsion en fonction des 
quatre éléments caractéristiques, poids total, surface sus- 
tentatrice, vitesse et angle d’inclinaison, et qui montre que le 
travail augmente proportionnellement au carré du poids et 
diminue au contraire avec l’accroissement de la vitesse et 
l'étendue de la voilure. Cette formule met particulièrement en 
évidence l'intérêt considérable qu’il y a, au point de vue du 
travail dépensé, à réduire le plus possible le Peu de l'appa- 
reillage. 

Pratiquement, pour un calcul approché de la puissance 
motrice nécessaire, on peut se contenter d'appliquer la for- 
mule plus simple: T — P sin. a V, (1) dérivant de celle 


On obtient par substitution : T — 


(1) A remarquer que cette formule donne pour le travail de transla- 
tion, lorsque sin. a est voisin de 0,1, la même valeur que la formule 


mécanique LT G , qui exprime le travail qu’il faut dépenser pour 
imprimer la vitesse V à un appareil de poids P considéré comme 
_ masse en mouvement, puisque & — 9,84. | 


— 203 — 


mentionnée ci-dessus par la substitution de P à R, ces deux 
valeurs différant peu l’une de l’autre en vertu de l'égalité : 
R cos. a = P (Note page 6). : 

20 Le travail de pénétration correspond à l'effort accompli 
pour vaincre la résistance opposée par l'air contre les 
diverses surfaces non sustentatrices, c’est-à-dire les hau- 
bans, les agrès, l'appareil moteur et l'aviateur lui-même ; 
en admettant pour la pression de l’air 80 grammes par 
mètre carré, la valeur de cette résistance est R’=—0,08S’ V2, 
et en conséquence le travail de pénétration s'exprime par la 
formule : T’ — R’V = 0,08 S’Vi. | 

Il importe donc de réduire le plus possible les surfaces, 
qui engendrent cetle dépense de travail croissant si énor- 
mément avec la vitesse, et de leur donner une forme carénée. 
L'expérience des ballons dirigeables a démontré que l'effet 
de la résistance de l’air sur un corps fusiforme, se présen- 
tant par la pointe, est trente fois moindre que sur un plan 
mince d’êgale section. 

En allure normale, c’est-à-dire en marche hosrontale, le 
travail total a donc pour expression : 

T+T — P Sin. a V + 0,08 S’ V3 

ou plus exactement : ” | 
T + T = ERA PTE +KSVi 

Dans cette équation du travail, fonction de la vitesse, on 
voit que le travail de translation et le travail de pénétration 
correspondent à. deux termes dont l'un diminue avec 
l’accroissement de la vitesse tandis que l’autre augmente 
proportionnellement au cube de cette vitesse ; cette fonction 
de la variable V est donc susceptible d’un minimum, qui est 
obtenu lorsque les dérivées de ces deux termes sont égales, 


p2 
c’est à-dire lorsque: -syvrcosra — 3 K’S’ V? 


T 
Or, en observant que: F — y , on constale que cette 
égalilé correspond à : f —3 f. 


— 204 — 


Le travail total de translation et de pénétration est donc 
” minimum lorsque la force, f”, correspondant à la résistance 
opposée par l’air contre les surfaces nuisibles, est trois fois 
moindre que la force, f, correspondant à la composante hori- 
zontale de la résistance de l’air sur les surfaces susten- 
tatrices. 

30 Le travail supplémentaire qu’accomplit l’aéroplane 
lorsqu'il effectue un déplacement ascensionnel, soit au 
départ soit en cours de route pour franchir une colline ou 
surmonter un obstacle, arbres, monuments, etc., correspond 
au travail d’élévation d’un corps pesant ; il a donc pour 
valeur le poids multiplié par la hauteur et s’exprime par la 
formule : T” = PH. 

A l’aide des trois formules que nous venons d'établir, le 
calcul de la puissance motrice nécessaire au fonctionne- 
ment d'un aéroplane se réduit à une opération arithmétique 
des plus simples. 

Comme exemple numérique, calculons la puissance du 
moteur de l’aéroplane Wright dont les caractéristiques sont : 
P = 450 kilogs, V = 16 mètres à la seconde, S’ = 0,5 mè- 
tre carré, sinus a = 0,1. 

THT = 450 X 0,1 X 16 + 0,08 X 0,5 X 16 — 884 
kilogrammètres. Tel est le travail dépensé pour maintenir 
l'aéroplane en plein vol au régime normal, ce qui correspond 
à une puissance d'environ 12 chevaux. 

11 faut envisager en outre l’obligation occasionnelle de 
‘provoquer l'ascension de l’aéroplane à raison de 1250 par 
seconde (1), en conséquence : 

T” = 450 X 1,50 — 675 kilogrammètres, puissance équi- 
valant à 9 chevaux. 

Donc, au total, la puissance effective développée par 


(1) Pour franchir une dénivellation de 30 mètres, le temps employé 
serait de 20 secondes, ce qui, à la vitesse de 16 mètres, représente un 
parcours de 320 mètres suivant une pente moyenne de 40 0/0, 


— 205 — 


l'hélice propulsive doit pouvoir atteindre 21 chevaux ; mais 
comme, d'autre part, le rendement mécanique de l’hélice ne 
dépasse pas 70 °/o, la puissance réelle que le moteur devra 
fournir sur l’arbre de l’hélice ést d'environ 30 chevaux. 


111. — Dirigeabilité et Stabilité. 


Voyons maintenant quels sont les moyens dont dispose 
l’aviateur pour imposer à l’appareil une direction détermi- 
pée et rectifier les écarts qui, à tout instant, peuvent se 
produire. | 

L'application du principe de la réaction, engendrée par la 
pression d'un courant fluide, sur une surface rigide se pré- 
sentant obliquement à sa direction, conduit à doter l’aéro- 
plane de deux gouvernails, actionnés directement par l’avia- 
teur, et agissant l'un dans le sens vertical et l’autre dans 
le sens horizontal. 

Pour imprimer à l’appareil un changement de direction 
dans le plan horizontal, le classique gouvernail à axe verti- 

cal est-tout indiqué, et il remplit dans la locomotion aérienne 
exactement le même rôle que dans la navigation. Sa place 
est tout naturellement à l’arrière. 

Pour rectifier les déviations dans le plan vertical, de même 
que pour déterminer l’ascension ou la descente, opérer 
l’envolée ou l’atterrissage, l’aviateur dispose d’un second 
gouvernail, à axe horizontal, qui est placé à l'avant dans 
les biplans et à l’arrière dans les monoplans. 1] a reçu des 
dénominations diverses : équilibreur, gouvernail de pro- 
fondeur, gouvernail d'altitude. 

D'une manière générale, la stabilité d’un autoplaneur est 
une conséquence de la vitesse du mouvement de translation 
et de la construction même de l’appareil, dont on s’applique 
à répartir les diverses surfaces et les masses pesantes symé- 
triquement par rapport à l’axe longitudinal, de façon à 
assurer la position du centre de gravité un peu plus bas et 


et. sur la même verticale que le centre de pression ou poussée 
sustentatrice. 

Mais celte stabilité est néanmoins très précaire et à la 
merci d'influences variables qui modifient l'équilibre à tout 
instant. | 

C'est qu'en effet l’air est toujours animé d’un mouvement 
qui n’est nullement régulier et uniforme ; en réalité le vent 

est constitué par une série de pulsatious, et dans l’atmos- 
phère règnent très souvent des courants fort variables en 
intensité comme en direction ; il en résulte des variations 
continuelles de la poussée sustentatrice lendant tantôt à 
faire cabrer l’appareil et tantôt à le faire piquer du nez ; en 
outre, dans le voisinage de la terre, c'est-à-dire jusque vers 
2 à 300 mètres de hauteur, des remous, engendrés par les 
aspérités et dénivellations du sol, provoquent fréquemment 
des embardées brusques, analogues au tangage et au roulis 
des navires, et ces oscillations peuvent devenir dangereuses 
pour la sécurité lors qu’elles dépassent une certaine amplitude. 

L'aviateur doit donc constamment veiller à corriger ces 
mouvements irréguliers par le jeu des gouvernails et des 
organes accessoires, ce qui augmente la difficulté de con- 
duite de l’appareil ; aussi l’usage des aéroplanes ne sera-t-il 
rendu réellement pratique que lorsque la stabilité aura été 
assurée par des dispositifs automatiques. 

L’adjonction des surfaces planes accessoires, dites d’em- 
pennage, a pour effet d’atténuer les oscillations dangereuses 

_en provoquant des réactions antagonistes. 

Les mouvements de bascule, ou de tangage, dans le sens 
longitudinal sont considérablement amortis lorque l’aéro- 
plane est muni à l'arrière d’une queue d’empennage terminée 
ou non par une cellule dite stabilisatrice ; lorsque l’appareil 
commence à se cabrer, la queue s’abaisse, etimmédiatement 
la résistance de l'air s’exerce sur sa face inférieure ; il se 
produit donc un effort antagoniste à l'arrière, qui s'oppose 
‘au mouvement de redressement de l’avant et tend à ramener 


_— 507 — 


l'appareil dans sa position normale ; l'effet inverse se pro* 
duirait si l’aéroplane piquait du nez. 

Pour obtenir la stabilité dans le sens transversal, on 
utilise également la résistance de l'air de diverses manières : 
soit par l'établissement de cloisons verticales entre les deux 
plans sustentateurs d’un biplan, soit par l’addilion aux 
extrémités latérales de la voilure d’ailerons mobiles com- 
mandés par l’aviateur qui règla à volonté leur obliquité, de. 
façon à créer des résistances en sens inverse du mouvement 
d’inclinaison de l’appareil, qui se trouve ainsi rappelé à 
l'horizontalité normale. | 

Un effet analogue est oblenu par le système de gauchisse- 
ment des ailes, imaginé par les tréres Wright, qui constitue 
la caractéristique de leur aéroplane ; le gauchissement diffé- 
rentiel des extrémités postérieures de la voilure modifie en 
sens inverse la valeur des composantes verticales appliquées 
aux deux extrémités latérales, il provoque donc le relèvement 
d’un côté de l'appareil et l’abaissement de l’autre ; mais en 
même temps il tend à déterminer un mouvement général de 
conversion. Cette manœuvre exige donc une grande habileté 
de la part de l’aviateur. 

Dans l'exécution des virages les condilions de la stabilité 
transversale sont influencées par deux causes particulières : 
lorsque, obéissant à l’action du gouvernail, l'aéroplane com- 
mence à virer, c’est-à-dire à décrire dans l’air une trajectoire 
curviligoe, l'aile extérieure à la courbe est animée nécessai- 
rement d’une vilesse linéaire supérieure à celle de l'aile 
intérieure, il en résulte que les composantes de soulèvement 
des deux ailes sont de valeur inégale, et le côté extérieur 
tend à s'élever en déterminant une inclinaison de tout l’ap- 
pareil. Il faut donc se garder d'entreprendre un virage trop 
court, et prendre un rayon d'autant plus grand que la vitesse 
est plus élevée et que l'appareil offre plus de cloisons verti- 
cales, dont les surfaces indéformables ne peuvent épouser la 
courbe de la trajectoire. Une inclinaison dépassant 20° peut 


— 908 — 


en effet amener un glissement de l’aéroplane et le chavire- 
ment fatal. 

En outre, le mouvement circulaire donne naissance à la 
force centrifuge qui tend à rejeter l’aéroplane hors de la 
courbe, à le faire dériver ; la résistance de l’air qui s'exerce 
alors sur les parois verticales des appareils cloisonnés 
annule en grande partie cet effet, mais il résulte de ce chef, 
ainsi que de l’inclinaison générale qui accentue les frotte- 
ments, une réduction notable de la vitesse de translation et 
conséquemment de la composante sustentatrice, ce qui 
détermine immédiatement l’abaissement du plan de la trajec- 
toire. L'action de la force centrifuge se traduit donc, finale- 
ment, par un accroissement apparent du poids de l’appareil, 
ce qui nécessite une dépense supplémentaire de force 
motrice pour éviter une descente trop accentuée. 

Notons qu'il est avantageux d’atterrir avec vent debout, 
pour éviter le risque d’être roulé en touchant terre, ou tout au 
moins d’endommager l'infrastructure de l’appareil en abor- 
dant le sol, ce qui se produirait sous l'influence d’un vent 
soufflant latéralement, ou même dans le sens de la marche 
lorsque la vitesse propre de l’aéroplane serait ralentie : 
l’aviateur doit donc reconnaître la direction du vent régnant 
et opérer un virage en conséquence, avant de procéder à la 
manœuvre d'atterrissage. 

{1 me reste à dire un mot du problème encore à l'étude de 
la stabilisation automatique ; cette question de l’équilibre 
stable de l’aéroplane en mouvement reste entièrement à 
résoudre. Actuellement, pour maintenir l'appareil en équi- 
libre, l’aviateur doit, à tout instant, corriger avec les moyens 
dont il dispose les variations continuelles de l'inclinaison 
soit longitudinale soit transversale, ce qui exigede sa part 
une préoccupation incessanle, un imperlurbable sang-froid 
avec un esprit de décision rapide et une grande sûreté de 
main. 

Dans ces conditions, la manœuvre des aéroplanes cons- 
titué un sport exclusivement réservé à quelques spécialistes 


longuement entraînés ; pour que l’aviation soit rendue réel- 
lement pratique et ouverte à tous, il faudrait que le pilote, 
délivré du souci de l'équilibre général, n’ait à s'occuper que 
de la direction et du fonctionnement du moteur ; et pour 
cela il serait nécessaire que l'aéroplane fût pourvu d'un 
organe régulateur, agissant automatiquement pour le rendre 
inchavirable en assurant la stabilisation de son équilibre. 

Deux appareils mécaniques semblent pouvoir conduire à 
ce résultat : le pendule et le gyroscope. 

Le pendule conservant invariablement une direction ver- 
ticale en dépit des variations d’inclinaison du plan portant 
son point de suspension, on conçoit que cette propriété 
puisse être utilisée pour modifier automatiquement là posi- 
tion du centre de gravité de l’aéroplane, soit par le dépla- 
cement d'un poids formant lest, soit par la commande d’une 
hélice spéciale à pas variable dont la marche serait ainsi 
réglée de façon à produire un couple de rappel, proportionné 
au degré de l’inclinaison. Deux pendules, affectés respec- 
tivement à la correction des inclinaisons, l’un dans le sens 
longitudinal et l’autre dans lé sens transversal, assureraient 
donc ls constance de l’équilibre. L'application de ce procédé, 
séduisant en théorie, offrira évidemment de grandes diff- 
cultés au point de vue mécanique ; on sait toutefois qu’il 
est utilisé dans la marine pour l’équilibre des sous-marins. 

Le gyroscope est préconisé depuis longtemps déjà par 
M. Soreau. La toupie gyroscopique possède la curieuse 
propriété de conserver son axe de rotation fixe dans l’espace 
sans être affecté par des causes de déplacement relativement 
légères ; cette permanence de position de l’axe de rotation 
constitue en quelque sorte une barre d’appui, susceptible 
d’être utilisée pour la stabilisation des aéroplanes, et des 
essais sont poursuivis en ce sens à l’école aérostatique de 
Chalais-Meudon. Dans la marine on a également fait l’appli- 
cation du gyroscope aux torpilles automobiles pour assuret 
l’horizontalité de leur direction. 


44 


214 — 


établissent leurs premiers records. Le biplan Voisin diftère 
du biplan Wright principalement par l’adjonction d’une 
queue terminée par une cellule, qui, en augmentant l’em- 
pattement longitudinal, donne une plus grande stabilité à 
l'aéroplane. 

Pour terminer cette rapide revue des étapes de l’Aviation, 
mentionnons, en l’année 1908, les premiers voyages aériens 
en rase campagne, accomplis les 30 et 31 octobre, par 
MM. Henry Farman et Louis Blériot, et, dans le courant 
du mois de décembre, les superbes envolées de Wilbur 
Wright au camp d’Auvours, établissant les différents records 
à 124 kilomètres pour la distance, à 2 heures 20 minutes 
pour la durée, et à 110 mètres pour la hauteur. 

Parmi les performances les plus intéressantes réalisées 
pendant la saison d’été 1909, citons en première ligne 
celles accomplies par Louis Blériot avec son monoplan 
léger de 14m? de surface portante, à ailes gauchissantes et 
moteur Anzani, pesant seulement 300 kilogs, aviateur com- 
pris : d'abord le parcours de 41 kilomètres effectuéle 13 juillet 
entre Etampes et Orléans, avec une escale volontaire en 
plein champ ; puis la sensationnelle traversée du Pas-de- 
Calais, accomplie en 31 minutes le 25 juillet ; et enfin l’éta- 
blissement du record de la vitesse, 77 kilomètres à l'heure, 
obtenu le 23 août à Reims avec un monoplan plus important 
muni du moteur ENV. 

Durant cette grande semaine d’aviation de Reims, 
Latham sur monoplan Antoinette, Paulhan sur biplan cloi- 
sonné type Voisin, Sommer sur biplan non cloisonné type 
Farman, de Lambert sur biplan type Wright, ont manifesté 
les qualités assez équivalentes de ces appareils divers, et 
réalisé parfois de véritables prouesses en affrontant des vents 
de 8 à 10 mètres ; Henry Farman, sur son biplan muni du 
moteur Gnome, s’est finalement acqusi le record de la dis- 
tance et de la durée par un vol de 3 heures 16" à l'allure de 
60 kilomètres ; enfin, le 18 octobre, le comte de Lambert, 
parti de Juvisy, est venu planer sur Paris, en virant au- 
dessus de la tour Eiffel à l'altitude 400 mètres. : 


PQ eee, 


; cs re 


DISCOURS 


Prononcé, le 13 Novembre 1900, 


SUR LA TOMBE DE M. LE BARON 


L. CAVROIS ne SATERNAULT 
| Mete résidant 
M. ARS ROHART 


Président. 


Messieu RS, 


> Président de l’Académie devra-t-il donc n'avoir plus 
que des larmes dans les yeux, des adieux dans la voix, 
sans une joie au cœur, sans un sourire aux lèvres ? Notre 
“Société serait elle destinée à devenir comme l’un de ces 
temples ou palais égyptiens, jadis si retentissants de vivats, 
de cris d’allégresse et de chants de bienvenue, aujourd'hut 
si tristes el si déserts, drapés dans un linceul et plongés 
dans un silence de mort ? Mais, malgré cet appareil de deuil, 
debout contre leurs murs, inondées de lumière, les statues 
gigantesques de leurs princes et de leurs prêtres demeurent 
immuables, imposantes et éloquentes. 

Tout païen que soit ce souvenir, il me hantait hier matin, 
quand dans une suprême visite je contemplais la dépouille 
mortelle de celui que nous pleurons. I] était 1à dans un 


_— 919 — 


aéroplane de 500%? de surface, à peine capable de soulever 
son moteur à vapeur de 300 chevaux ; Ader, encouragé par 
M. de Freycinet et aidé des subventions du Gouvernement 
français, réussit le premier, en 1897, à quitter le sol et à 
fournir un vol de quelques dizaines de mètres ; Lilienthal, 
en Allemagne, paya de sa vie ses expériences du planement 
sans moteur ; et enfin l'Américain Langley, avec un aéro- 
plane constitué par deux paires d'ailes disposées en tandem 
et deux hélices actionnées par une machine à vapeur de 30 
chevaux, parvint à réaliser un vol d'environ un kilomètre 
qui se termina par une chute en rivière | 

A l’aurore du XX° siècle,cesexpériences avaient du moins 
élucidé complètement la théorie du planement ; le moteur à 
essence venait d’être inventé, et le succès de son application 
à l’automobilisme routier faisait de lui l’organe puissant et 
léger rêvé depuis si longtemps par les aviateurs. 

C’est à un vieil ingénieur américain, ancien président de 
Ja Société des ingénieurs de New-York, Octave Chanute, né 
à Paris en 1831, que revient incontestablement l'honneur 
d’avoir orienté le problème de l'aviation vers sa solution 
pratique. 

Dès l’année 1894, Chanute s'était attaqué à la question en 
résumant dans une étude théorique les données fournies 
par tous les lravaux antérieurs ; puis, en 1896, son grand 
âge lui interdisant les expériences personnelles, il avait fait 
exécuter par des jeunes gens des essais de vol plané suivant | 
la méthode de Lilienthal., En 1897, il abandonne son premier 
appareil à plans multiples et adopte pour la surface susten- 
tatrice le type cellulaire du nouveau cerf volant, inventé en 
1892 par Lawrence Hargravé de Sydney ; puis, en 1900, il 
s’adjoint comme aides les frères Wright, mécaniciens à 
Dayton, et de cette heureuse collaboration sort enfin le 
modèle actuel de l’aéroplane biplan, muni à l’avant d’un 
gouvernail d'altitude et à l'arrière d’un gouvernail de 
direction. 


— 213 - 


Mais ce n’est qu’en 1903 que les frères Wright, ayant doté 
leur appareil d’un moteur d’automobile, commencèrent. à 
s’adonner franchement au vol aérien. Dans cette même 
année, Chanute s'était décidé à venir en France, et, dans 
une conférence donnée à Paris, il avait fait connaître les 
résultats auxquels on était parvenu en Amérique. 

Cette révélation inspire à nos compatriotes une vigoureuse 
émulation ; Ernest Archdeacon, l'intelligent et généreux 
sporiman parisien, entame en 1904 une campagne de propa- 
gande en faveur du plus lourd que l'air, et, pour donner 
l'exemple, il fait construire un biplan suivant le modèle 
décrit par Chanute ; deux jeunes mécaniciens de Lyon, les 
frères Voisin, s'offrent à lui, il leur confie son aéroplane ; et 
simultanément le capitaine Ferber, MM. Blériot et Esnault 
Pelterie se livrent à des essais de vol plané avec des appa- 
reils de leur invention. 

L'élan était donné, et les aviateurs Français allaient 
désormais rivaliser de succès avec les frères Wright. 

Ceux-ci, poursuivant paliemment leurs expériences, ima- 
ginaient en 1904 la manœuvre du gauchissement de l’extré- 
mité postérieure des ailes, qui leur permettait d'exécuter les 
plus audacieux virages ; et, en 1905, ils étaient parvenus à 
accomplir des envolées d’une durée d’une demi-heure. 

À Paris. Santos-Dumont rêussissait en 1906 une première 
envolée sensationnelle de 200 mètres avec un biplan cloi- 
sonné, portant à l’avant un long bec terminé par une cellule 
jouant le rôle de gouvernail stabilisateur ; un moteur Antoi- 
nette de 24 chevaux fournissait la force motrice. 

Dans la même année, Louis Blériot s’enlevait sur un 
monoplan doté d’un important perfectionnement consistant 
dans l’addition aux extrémités latérales de la voilure d'aile- 
rons mobiles commandés par le pilote, à l'effet de régulariser 
la stabi ité dans les virages comme dans la marche en palier. 

En 1907, les frères Voisin construisent les biplans stabi- 
lisés av c lesquels MM, Léon Delagrange et Henry Farman 


.æ 910 — 

Pour résumer, remarquons que le mécanisme d’un aéro- 
plane est, somme toute, fort simple et son appareillage fort 
peu compliqué : il comporte une voilure sustentatrice, une 
machine propulsive, deux gouvernails de direction, et enfin, 
quelques organes accessoires spécialement stabilisateurs. 

Les divers modèlss actuellement expérimentés se clas- 
sent, avons-nous dit, en deux calégories : les aéroplanes 
monoplans et les aéroplanes biplans. Monoplan et biplan 
ont respectivement leurs parlisans convaincus, parce que, 
du-chef de leur construction et de la forme de leur voilure, 
ils possèdent des qualités différentes. | 

La voilure du monoplan rappelle davantage l'aile de l'oi- 
seau, qui restera toujours un modèle inimitable, sa force 
porlante par unité de surface l’emporte notablement sur 
celle du biplan ; mais celui ci a l'avantage d’un appareïllage 
plus simple et plus robuste. Si le monoplan offre plus de 
facilité que le biplan pour l’envolée et l’allure à grande 
vitesse, par contre sa stabilité est moindre; il est plus sen- 
sible aux remous de l'air el plus exposé peut-être au danger 
de chavirement dans les virages. 

M. Chanute, le véritable créateur du biplan actuel, justifie 
comme suit sa préférence : « Mon opinion, au sujet des 
« qualités comparatives des biplaas et des monoplans, est 
« que les biplans présenteront toujours des qualités supé- 
« rieures de sécurité et d'utilisation : 1° parce qu’ils sont 
« plus stables par suite de la résistance moindre quetrouvent 
« les remous d’air sur leurs surfaces de sustentation ; 2° 
« parce qu'ils sont plus rigides, plus forts et plus légers pour 
« une même surface, par suite des entretoisements entre les 
« plans.» 

M. Soreau. dans une remarquable étude publiée par la 
Société des ingénieurs civils, formule une conclusion plus 
éclectique : « On peut dire que l'aéroplane futur ne sera pas 
« d'un type déterminé, il y aura au contraire des types 
« divers suivant les applications qu'on aura en vue, et 


= 211 — 


« notamment suivant les valeurs qu’on voudra obtenir pour 
« le poids utile et la vitesse de régime. . Quant aux aéro- 
« planes de tourisme à faible poids utile et à vilesse moyenne, 
« ce seront des monoplans ou tout au plus des biplans 
« relativement légers, emportant leur chariot à roues pour 
« qu’ils soient entièrement libres de leur itinéraire ». 


IV. — Historique de l'Aviation. 


Sans remonter aux précurseurs du mouvement actuel, 
expérimentateurs audacieux ou théoriciens patiemment 
appliqués à l’observation du vol des oiseaux, nous admel- 
trons pour point de départ de ia science de l'Aviation l'étude 
publiée en 1873 par notre compatriote Alphonse Pénaud, 
décédé si prématurément à l’âge de 39 ans. 

Après avoir très savamment discuté les essais et travaux 
successivement produits par Cayley en 1809, Hensom en 
1843 et Wenham en 1866, Pénaud donna de l'aéroplane et 
des conditions de sa stabilité une théorie, qui est la base de 
toutes les conceptions modernes et qui a servi de guide à 
tous les chercheurs. | | 

Ea 1879, Victor Tatin, le doyen actuel des aviateurs, 
imagina, un monoplan type oiseau, muni de deux hélices 
latérales actionnées par un moteur à air comprimé ; mais 
ce n’était qu’un appareil d'étude, car, pour enlever le poids 
d’un homme. il fallait de toute nécessité que l'organe moteur 
fût capable de produire un tel travail ; or, avant l'invention 
du moteur léger à essence, les machines à vapeur, seules en 
état de fournir cette puissance, comportaient un poids mort 
beaucoup trop élevé ne permettant qu’à grand'’peine à l’appa: 
reil de s’enlever lui-même. 

Durant une période de vingt ans, les efforts considérables 
d'hommes, dont l’intrépidité et la générosité méritent toute 
notre admiration, s’épuisèrent sans aboutir à une solu: 
tion pratique du problème : Maxim dépensa un million en 
essais divers pour arriver à construire un gigantesque 


— 216 — 


grand salon muet qu’assombrissaient les pensées et les 
réalités funèbres. 

Dans cette pénombre se détachait belle, douce, reposée 
et reposante la figure du défunt. La mort n’y avait laissé 
nulle empreinte, et quelque rayon d’une aurore céleste sem- 
blait l’illuminer déjà. Ce me sera toujours une consolation 
d’avoir pu, sans la cruelle réalité du cercueil, me faire une 
dernière illusion et me redire les paroles du Sauveur à 
propos de Lazare : Amicus noster dormit ; « c’est le sommeil 
que goûte notre ami ». Le sommeil, oui, mais le sommeil 
que ne sauraient troubler ni le bruit des sanglots étouffés, ni 
le murmure des paroles d'adieu, ni la douceur des derniers 
embrassements : c’est bien le sommeil de la mort, mais de 
la mort du grain de froment, qui va être jeté en terre pour 
en sortir un jour et pour s’épanouir. | 


"+ 


D'ailleurs, n’y eùt-il pas pour le baron Louis Cavrois de 
‘ Saternault cette promesse divine, et pour les siens celte 
consolation réconfortante, qu’à elles seules déjà ses œuvres 
assureraient sa mémoire et la conserveraient ære perennius, 
plus durable que l’airain, telles les statues de granit ou de 
bronze dont je parlais tout à l'heure. Car la mémoire de 
l’homme de bien reste en bénédiction et se transmet de siècle 
en siècle. Or, on vient de vous rappeler comment M. Cavrois 
avait été l’homme de bien par excellence, se donnant à tous, 
surtout à ceux qui peinent et qui souffrent. Je le vois encore, 
la serviette sous le bras, allant, venant, marchant à pas 
pressés, droit, réfléchi, ne s’inclinant que pour saluer cour- 
toisement, ne se déridant que pour sourire aimablement, 
préoccupé du devoir prochain. | 
Je me le rappelle aussi dans le silence de son uses où 
tout était disposé, livres, documents, manuscrits, avec ordre, 
méthode et élégance. Là, il aimait à méditer, à se recueillir, 
à se ressaisir, après la vie plus agitée qu'avait élé celle de 


— 217 — 
l'auditeur au Conseil d'Etat. L'amour du droit méconnu, de 
l'innocence accablée, de la justice opprimée l'avait conduit 
à ce sanctuaire des dernières revendications et des déses- 
pérances ; après l'avoir quitté, il sas l’empreinte de cette 


formation d'élite. 


PA” 


Son mariage le ramena, en 1868, en son cher Artois et 
lui permit de consacrer son talent de plume et de parole aux 
hommes et aux choses de son pays. Celui-ci avait alors dans 
les arcanes de son histoire des trésors inconnus, enfouis sous 
la poussière des Archives, perdus dans les rayons des Biblio- 
thèques, ensevelis sous les ruines des monuments ou dans 
les entrailles du sol. 

C'est à faire revivre ces vestiges du passé qu’il allait 
vouer une partie de son temps et de son activité. Il était donc 
naturel que la Commission départementale des Monuments 
historiques l’appelât dans son sein et fit de lui, pour la 
publication de son grand Dictionnaire historique et archéo- 
logique, l’historiographe de plusieurs cantons, en particulier 
du canton de Pas et de ses communes, qui toutes lui étaient 
connues, mais dont l’une devait lui être plus chère que les 
autres par son passé, son présent, son avenir. Cette collabo- 
ration de la première heure, le membre du Comité exécutif 
n’a cessé plus tard de neus la continuer avec autant de 
générosité que d’érudition. Le président de la Commission 
est heureux de le proclamer bien haut en rendant à l’un de 
nos doyens le juste hommage de notre reconnaissance. 


+" + 


L'Académie, dont M. Cavrois avait été lauréat avant d’en 
devenir membre et plus tard président, lui manquait, ou 
plutôt il manquait à l’Académie. Seule sa jeunesse, comme 
le disait Monsieur Aug. Paris, son introducteur dans notre 
Compagnie, lui avait imposé une allente qui n'avait rendu 


…— 059 — 

Énguerrand de Monstrelet, dans le Corps diplomatique de 
Dumont, sont datées simplement de /éorier 1415), ou plus 
exactement au dos, on lit un procès-verbal du 13 mars 
attestant que divers conseillers du duc de Bourgogne et 
les députés des États de Flandre jurèrent d'en observer 
fidèlement les conventions, ainsi d’ailleurs que les grands 
seigneurs français, lie duc de Guyenne et les principaux 
membres de l’épiscopat. ; 

On sait dans quelles circonstances fut signée la convention 
d'Arras. Le duc de Bourgogne,Jean sans Peur,venai!, malgré 
le traité d'Auxerre et sa promesse de ne jamais faire un 
accord avec les Anglais, de signer à Leicester une « conven- 
tion préliminaire stipulant une alliance. offensive et défen- 
sive » avec Henri V (1). Charles VI, irrité des procédés de 
son rival, mit le siège devant Arras. A ce moment, Jean 
sans Peur et le roi d'Angleterre s’alliaient d’une façon plus 
étroite encore par le traité d’Ypres (au mois d'août) (2). 
Arras allait succomber quand le frère de Jean sans Peur, 
le duc de Brabant et sa sœur, la comtesse de Haïinaut vio- 
rent trouver Charles VI, accompagnés des députés des 
États de Flandre (3j. 

Ils lui firent livrer la ville, sur les portes de laquelle on 
plaça les bannières de France, et lui annoncérent la sou- 
mission complète du duc de Bourgogne. Ils s'engagèrent au 
nom de ce dernier à livrer immédiatement le château du 
Crotoy (4). 

Charles VI, satisfait, consentit à lever le siège et, sur son 
ordre, le Dauphin Louis, duc de Guyenne, négocia avec 


a venir. Le quantième est indiqué et non pas seulement le mois, mais 
on trouve exceptionnellement des lettres patentes en forme de chartes 
datées du quantième. 

(4) V. de Beaucourt, ibid., p. 132. — Le traité d'Auxerre est du 
22 août 1412. La convention de Leicester, du 23 mai 1414. 

(2) V. p. 134, le début. 

(3) V. cbid., $ 2. 

(4) Voir plus loin, le texte de la lettre. 


— de 


les ambassadeurs bourguignons un accord dont les clauses 
sont les suivantes : 

Le roi de France consentait à pardonner à tous ceux qui . 
avaient servi le duc contre lui depuis le traité de Pontoise. 
Mais il exceptait de cette amaistie 500 personnes de petit 
état, qui n'étaient pas les sujets du duc de Bourgogne et 
. dont il devait remettre au duc de Brabant et à la comtesse 
de Hainaut une liste avant le 24 juin. Il faut dire qu'ultérieu- 
rement, Charles VI consentit, par ses lettres patentes du 
3L août, à leur pardonner également. Toulefois, cinquante 
trois personnes, dont il énumère les noms dans ce document, 
ne bénéficièrent pas de cette mesure (1). 

Le roi refusait aussi de comprendre dans l’amnistie 
d'Arras les personnes bannies dépuis le traité de Pontoise (2). 

En second lieu, il interdisait à tous ceux qu’une mesure 
quelconque avait éloignés soit de Paris ou d’une ville de 
France, soil de son hôtel ou de ceux de son épouse et de 
son fils, — de rentrer à Paris, daus leur ville ou dans ces 
hôtels avant deux ans. Pendant ce temps, ceux-ci n'avaient 
pas l'autorisation de s'avancer à plus de quatre ou cinq 
lieues de Paris. 

De plus, il était entendu qu’en aucun cas ces personnes 
ne pourraient recouvrer leurs offices qui restaient acquis 
à leurs nouveaux titulaires. Sous réserve des dispositions 
susdites, tous les faits survenus depuis le traité de Pon- 
toise devaient être oubliés de part et d'autre et nul ne pou- 
vait être inquiéôté à leur occasion. 

Les stipulatiors du traité de Chartres et des traités posté- 
rieurs devaient être observées fidèlement. 


(4) V. Du Mont, ouvr. cité p. 47-48. La liste de ces personnes est au 
bas de la deuxième colonne de la page 48. 

(2) Sur ce traité signé le 28 juillet 1413 voir A. Caville : Ærstoire 
de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (publiée sous la 
direction d’Ernest Lavisse tome 1v. —- I. Les premiers Valois et la 
Guerre de Cent ans (1328-1422) Paris (Hachette) 1902, petit in-40, 
page 349. | 


HE 
LE TRAITÉ D'ARRAS 
de 1414 
d’après un nouveau texte des Archives de Lyon 


PAR 


M. Louis CAILLET 


mens Amara eco monEAEREESE 


Ar traité d'Arras du 4 septembre 1414 est l’un des moins 
se connus et des moins étudiés des traités secondaires du 
xXv® siècle. Il semble que celui de 1435 l’ait complètement 
éclipsé. Les textes qui en ont été signalés (1) n’ont pas êté 
tous publiés, tant s’en faut (2), et les éditions que l’on en 
possède sont disséminées dans des recueils peu accessibles ou 
dans des ouvrages où l'on n’est pas tenté de les rechercher (3). 
Aussi, croyons-nous faire œuvre ulile en donnant le texte 


(1) V. Du Fresne de Beaucourt : Histoire de Charles VII, 1. 1, le 
Dauphin 1403-1422. Paris (libr. de la Soc. bibliographique, Maurice 
Tardieu) 1881, in-80 p. 130-1 (n. 4 de la p. 130). 

(2) Voir tbid. — Ainsi ceux qui se trouvent à la Bibl. nat. dans la 
Collect. Dupuy, vol. 247, fol. 243 vo (le meilleur connu jusqu'ici) ; 
et dans la Coll. Brienne, vol. 197, fol. 89 ; de même, la copie mo- 
derne des Arch. nation. K 58, no 102. Plus tard, nous pensons faire 
une étude comparée de ces divers textes et de celui que nous donnons 
aujourd’hui. 

(3) Voir tbid., quelques indications. On trouve dans J. Du Mont, 
baron de Carles-Croon : Corps universel diplomatique du droit des 
gens contenant un recueil des Traitez d’alliance, de paix, de trêve, 
de neutralité, de commerce, d'échange... faits en Europe, depuis 
le règne de l'Empereur Charlemagne jusqu'à présent (Amsterdam 


= 991 — 


des lettres patentes de promulgation écriles au nom de 
Charles VI qui se trouvent en original aux Archives muni- 
cipales de Lyon. A la suite de ce document, qui est daté 
du 2 féorier 1415 (1) (celles dont le texte se trouve, d’après 


et La Haye), t. 1, partie n, 1724, in-fol. : 40 à la p. 4, n0 r. Un 
« Extrait du traité de Paix fait à Arras » (d’après une continuat. 
de la Chronique de Flandres par Denis Sauvage, p. 231, d’où cette 
pièce était tirée. On renvoie aussi au t. 1: de la Chronique de Mons- 
trelet, fol. 205). ts 

20 — aux p. 24 (col. 2), 23 (col. 2), no x1, l'Édit de Paix de. 
Charles VI, de février 1415, portant promulgation de ce traité. On 
renvoie à la Chr. de Monstrelet, t. 1, fol. 211 d’où ce document a été 
üré : on en signale un extrait dans la continuation de Denis Sauvage, 
p. 234. L'Édit est daté ainsi : Donné à Paris, ou mois de février, 
l'an de grâce..... Ét. Mauregart. Mais on n’y trouve pas le procès- 
verbal placé au dos du document, que nous publions. 

L’éd. de Monstrelet, à laquelle il est fait allusion est celle de 1595, 
très difficile à consulter et très rare. (M. de Beaucourt renvoie aussi 
aux additions de la moderne éd. de la Soc. de l’Hist. de France due à 
Douët d’Arcq. t. vi (p. 1464-76) et au t. ur (p. 32). 

Nous avoss pu consulter l’édit. ancienne de 1572, publiée à Paris, 
t. 1, fol. 205 ro-206 vo, Trarté d'Arras, chap. cxxvur et fol.‘2145, 
Comment la paix d’Arras fut jurée solennellement en présence du roy 
et depuis le fut pareïillement en divers lieux et païs. Ch. cxxxvn. Voir 
fol. 214 vo le morceau intitulé : « Comment ceux de la commune 
d'Amiens furent assemblés... et pareillement les gens d'église » pour 
jurer le traité, le 18 avril 1415 sur l'ordre de Jean de Vailly, prési- 
‘dent au Parlement. — Il est question aussi d’une cérémonie sem- 
blable qui eut lieu, en mars, à Gand, pour la Flandre, en présence de 
Jean de Vailly et du sire de Rambures, grand maître des arbalétriers ; 
de celle qui eut lieu à Arras pour les États d’Artois et des démarches 
des commissaires (le sieur de Tynonville et Simon de Nanterre, pré- 
sident du Parlement) en Bourgogne dans le même but. 

(1) Le document que nous publions a été scellé en cire verte sur 
lacs de soie verte et rouge, ce qui indique, comme on sait, la perpé- 
tuité. Les lacs seuls subsistent. Il tient, à la fois, par les caractères 
diplomatiques, de la lettre patente en forme de charte et de la grande 
lettre patente, deux genres de documents qui tendaient à se confondre 
alors. Comme ceux de la première catégorie, il est dépourvu de salut, 
mais, comme ceux de la seconde, il a une adresse : a {ous presens et 


— 218 — 


que plus complet et plus riche son acquis littéraire et 
historique. 

Plus que jamais, il allait s’attacher à tout ce qui l’entou- 
rait. [1 n’avait garde d'oublier Saint-Omer, Malbrancq, le 
Collège anglais et O'Connel. Mais Arras, avec ses illustra- 
tions et ses dévotions, son chapitre et ses paroisses, son 
Académie et sa cité, devait le captiver tout entier. Je laisse à 
son successeur le soin de dresser, en d'autres circonstances, 
la liste bibliographique de ses œuvres, lectures et discours. 
Celui qui ajoutera un nom de plus à la brillante série des 
titulaires de notre xxine fauteuil, le fera avec recueillement 
et reconnaissance. 


«". 

Je ne puis et ne veux aujourd’hui que donner libre rours 
à ma douleur, en face de ce cercueil qui s’est refermé sur un 
grand chrétien au noble cœur, à l'intelligence vive, à la 
plume féconde, wise au service de la piété comme de la 
science et de la liberté. Ce serait coupable ingratitude de ne 
pas saluer d’une mention spéciale l’ardent défenseur de l’En- 
seignement libre à tous ses degrés et l’administrateur sage 
et prudent de l’Université catholique de Lille, à laquelle il a 
consacré la meilleure partie de lui-même, puisqu'il lui a 
donné son fils. 

Et tout cela il l’a réalisé avec la persévérance d’une 
volonté énergique qui faisait si justement comparer le baron 
Cavrois au Justum ac tenacem propositi rirum, d'Horace. 

Qu’au bord de cette tombe viennent donc mélancolique- 
ment et respectueusement expirer tous les bruits discordants 
qui ont pu s’élever aux jours de lutte : car celui que nous 
perdons était un homme d’action, il a fait beaucoup de choses, 
voulant toujours les faire très bien, il ne reculait devant rien 
quand il s’agissait de la défense de sa foi, de l’affirmation de 
ses opinions, de l’honneur de son nom. 

Sous ses dehors austères et rigidss, parfois insompris, 


— 219 — 


c’est un cœur d’or qu'il cachait pour ses amis et pour ses 
adversaires. Sous une volonté en apparence irréductible, 
c’est l'esprit de conciliation le plus doux, le plus désintéressé 
qu'il dissimulait. Moi-mème peut-être n'’ai-je pas toujours 
partagé son avis et son jugement sur les personnes et sur les 
choses; mais de nos conversations, pour ne pas dire de nos 
discussions, je ne suis jamais sorti sans l’estimer davantage 
et l'aimer encore plus. : 


L *. 

C'est cette estime et surtout cette affection respectueuse 
que. je dépose en suprême hommage sur son cercueil, ce 
sont ces sentiments dont je vous prie, mon cher Collègue, 
digne fils d’un si digne père, de recevoir l’assurance, en la 
faisant agréer, au nom de tous mes Collègues et en mon 
nom, à Madame votre mère et à tous les vôtres. Nous vous 
aimions beaucoup, Désormais nous vous aimerons deux fois, 
pour vous et pour celui à qui je dis : A Dieu! 


— 554 — 

Charles VI défendait énergiquement au duc de Bourgogne 
de s’allier avec ‘le roi d'Angleterre, sous aucun prétexte, et 
lui enjoignait de dénoncer les conventions qui pouvaient 
l’unir à lui. Enfin, il exigeait que le duc en personne et ses 
principaux vassaux jurassent d'observer fidèlement le nou- 
veau traité, ainsi que les députés des États de Bourgogne, 
de Flandre et d'Artois .Ce serment devait être prêté sur la 
croix et les Évangiles : en sa présence par ceux qui étaient 
alors auprès de lui; devant ses envoyés spéciaux par les 
autres. Un serment semblable était d’ailleurs demandé à ses 
familiers : le cardinal de Bar, le roi de Sicile, les ducs de 
Berry, de Touraine, d'Orléans, de Bretagne, de Bourbon, 
d'Alençon et de Bar, les comtes de Vertus, d'Eu, de Riche- 
mont, de Dreux, de La Marche, de Vendôme, de Marle, 
d'Armagnac, de Foix, de Saint-Pol, de Penthièvre et de 
Tancarville. 11 était stipulé aussi que le duc de Brabant et 
la comtesse de Hainaut feraient jurer au duc Guillaume de 
Bavière, comte de Hainaut, au duc de Lorraine, au comte 
de Savoie, à l’évêque de Liège et au comte de Namur 
d'observer ce traité. | | 

Le procès verbal du 13 mars placé au dos de ce document 
atteste que ce jour-là le serment exigé fut prêté : du côté 
bourguignon par le duc de Brabant, l’évêque de Tournai, le 
seigneur de Ron {1}, Guillaume Bouvier, gouverneur 
d'Arras et Thierry Gherbode, ainsi que par les députés des 
États de Flandre ; il fut prêté aussi, du côté français, par 
les ducs de Berry, d'Orléans, d'Alençon et de Bourbon, par 
le comte d’Eu, le comte de Vendôme, grand maître de l'Hôtel, 
par le seigneur de Préaulx et le chancelier ; par les arche- 
vèques de Sens, de Bourges et de Rouen; par les évêques de 
Laon, de Lisieux, de Paris et de Chartres; par le Dauphin 
Louis, duc de Guyenne et le comte de Tancarville. 

Ce traité, qui donna lieu à tant de démarches et fut juré si 


(1) Ron. Il s’agit sans doute de Ron (arr. de Marche. Luxembourg). 


— 955 — 
solennellement, n’arrèta pas la marche des évènements. 
Bien avant sa promulgation, le 29 septembre 1414, Jean 
sans Peur avait passé, à St-Omer, une convention nouvelle 


avec les ambassadeurs anglais (1) el l'on sait que l’année 
1415 fut marquée par l’effroyable désastre d’Azincourt (2). 


Louis CaAILLET. 


(1) V. de Beaucourt, tbid., p. 138, fin du $ 2. 
(2) 33 octobre 1415. 


LE 


Lettres Patentes de Charies VI 


[14145] 2 Février. — Paris. — Lettres patentes de Charles VI por- 
tant notification du traité d'Arras, signé par lui et le duc de 
Bourgogne {le 4 septembre 1414], après la levée du siège 
d'Arras à laquelle il consentit sur les instances du duc de 
Brabant et de la comtesse de Hainaut. 

(Archives municipales de Lyon, AA 5, n0 3.) 


Original sur parchemin. — À été scellé en cire verte sur lacs 
de cire verte et rouge; le sceau a disparu. 


CHARLES, par la grâce de Dieu, roy de France, A TOUS presens 
et advenir. COMME, pour plusieurs choses faictes et advenues depuis 
la paix de Pontoise (1), au tres grant desplaisir et dommaige de nous, || 
et de noz royaume et subgiez, pour lesquelles nous avions nostre 
tres cher et amé cousin le duc de Bourgogne en nostre indignacion 
et male grace, nous nous feussions nagueres transportez en ost, a 
grant assemblée de gens d’armes || et de trait, devant la ville d'Arras 
et, nous estans illec, feussent par devers nous venus noz tres chiers 
et amez cousin et cousine, le duc de Brebant (2) et la contesse de 
Haynau (3) et, en leur compaiguie, noz chevaliers et bien amez les || 
depoutez de par les trois estats du païs de Flandres, lesquelx, comme 
procureurs et ayans puissance de nostre dit cousin de Bourgogne, en 
grant reverence et humilité, nous fistrent obeissance pour nostre dit 
cousin {|| de Bourgogne, telle que nous feusmes contens et en signe et 
demonstrance d’icelle obeissance, nous firent faire ouverture de la dicte 
ville d'Arras sur les portes de laquelle furent mises noz bannieres et 
aussy nous || feistrent obeissance des autres villes et chasteaulx que 
nostre dit cousin de Bourgogne tenoit et tient de nous et des lors le 
receusmes en nostre bonne grace et amour; en oultre, nos dis cousin 
et cousine et depputez dessus diz promistrent || et accorderent, pour 
icellui nostre cousin de Bourgogue, de nous rendre et baillier incon- 
tinant ou a noz commis le chastel du Crottay (4), et de le mectre et 
faire mectre realment et, de fait, en nostre main et des chasteaulx de 
Chinon, {| faire tout leur loyal povoir de aussy les faire mectre realment 
et, de fait, en nostre dite main et, avec ce, pour bien de paix, eussent 
esté plusieurs autres choses pourparlées et appointiées, par le moyen 


(1) Traité signé par les factions d'Orléans et de Bourgogne en 1413, 
(V. Du Mont ibid. t. 1, part. 1, p. 352-3, qui en donne un extrait.) 

(2) Philippe de Bourgogne, duc de Brabant. 

(3) Marguerite de Bourgogne, comtesse de Hainaut. 

(4) Le Crotoy (Somme. — Arr. d'Abbeville. — Canton de Rue). 


z 997 — 


desquélles nous nous {| deppartismes et feismes deppartir nostre dit 
ost de devant la dicte ville d'Arras et, depuis, pour la perfection et 
accomplissement des choses dessus dictes soyent nagueres venus 
devers nous nos dis cousin de {| Brebant et cousine de Haynau, les 
ambaxadeurs d’icellui nostre cousin de Bourgogne et les deputez 
de par les trois estas du païs de Flandres, avecques lesquelx, en la 
presence de nostre tres cher et tres amé ainsné filz le duc de {| Guienne, 
Dalphin de Viennois, a ce faire commis de par nous, appointement a esté 
fait pour les choses estre mises a bonne fin et conclusion : SAVOIR 
faisons que nous, ayant pitié et compassion des grans oppressions, 
pertes, [| et dommaiges que nostre peuple a eues et soustenues ou temps 
passé pour occasion des guerres et armées faictes en nostre royaume, 
voulans noz subgés relever, garder et preserver d’icelles oppressions 
et desirans, || de tout nostre cuer, ferme propos et voulenté, faire cesser 
toutes voyes de fait et que bonne amour et union soient doresenavant 
entre noz diz subgiés, teles que iceulx noz subgiés se puissent retraire et 
demourer seurement, |] chacun en son lieu et habitacion et soubz 
confiance de bonne justice vivre soubz nous et nostre seigneurie, en 
bonne transquillité, que les laboureurs puissent fere leurs labourages 
et tous marchans et autres gens puissent aler || et mener leurs mar- 
chandises et autres biens, ou il leur plaira, par tout nostre dit royaume 
et dehors sanz peril ou empeschement aucun, considerans le bien de 
paix qui est inextimable, les grans maulx qui par guerre sont || ensuis, 
comme, par experience de fait, nagueres a esté assez veu et congneu 
et pourroient encores ensuir et affin que toutes creatures ayent et 
puissent avoir meilleur et plus ferme propos de eulx amander et 
retourner {| a nostre createur, de nostre certaine science, plaine puise 
sance et auctorité royal, par l’advis, conseil et meure deliberacion de 
nostre dit ainsné filz, de plusieurs de nostre sang et lignaige, prelas, 
barons, chevaliers de nostre grant conseil, || de nostre court de Parle- 
ment, de nostre chambre des comptes et autres noctables personnes 
en grant nombre, avons voulu, fait, ordonné et commandé, voulons, 
faisons, ordonnons et commandons paix ferme et estable estre en 
nostre dit || royaume et entre noz subgiés et que toute rancune et male 
veillances cessent, en deffendant a tous, de quelque estat, auctorité ou 
condicion qu'ilz soient, sur tant que ilz se pevent mesfaire envers nous, 
que doresenavant {| ne se mectent en armes ne procedent par voye de 
fait ou de guerre et pour nourrir et entretenir la dite paix, nous, pour 
honneur et reverence de Dieu, voulans preferer misericorde a rigueur 
de justice, avons || fait donné, et octroyé et de noz dites plaine puis- 
sance et auctorité royal, faisons, donnons et octroyons abolicion 
generale a tous, tant de nostre dit royaume et seigneurie, comme 


— 238 — 


ésirangiers, de quelque estat, auctorité, ou condicion qu'ilz soient, || 
de tout ce qui a esté fait a nostre desplaisir et contre nostre voulenté, 
pour avoir aïdié, servy et favorisié nustre dit cousin de Bourgogne, 
depuis la paix de Pontoise jusques aujourd’uy, excepté a cinq cens 
personnes non nobles {| de nostre dit royaume, qu'ilz ne soient subgés, 
vassaulx ou serviteurs de nostre dit cousin de Bourgogne, desquelx 
Ve personnes les noms seront bailliez a nos dis cousin de Brebant et 
cousine de Haynau dedens la feste de la Nativité || Saint Jehan Baptiste 
prouchain venant, excepté aussy a ceulx qui par nostre justice nom- 
meement par proces deuement fait et les solennitez en tel cas accous- 
tumé gardées ont esté bannis depuis le temps dessus dit, lesquelx 
ve{l et banniz ne seront aucunement comprins en icelle abolicion, 
et, pour tousjours mieulx fermer et garder la dite paix et eschever 
toutes manieres d'entreprinses, debats, divisions et sedicions avons 
voulu et ordonné, || voulons et ordonnons et nous plaist que tous ceulx 
qui depuis la dite paix de Pontoise en ça ont esté esloingniez des 
hostelz de nous, de nostre tres chiere et tres amée compaigne la royne 
et de nostre dit filz demeurent {| esloigniez d’iceulx hostelz et de nostre 
ville de Paris jusques a deux ans prouchain venans et que ceulx qui ont 
esté esloingnez de nostre dite bonne ville de Paris et des autres villes 
de nostre dit royaume ou qui de leurs volentez {| se sont absentez de 
leurs demourances par souspeçon, demeurent esloigniez et absentez de 
nostre dite bonne ville de Paris et des autres villes, dont ilz ont esté 
esloingniez jusques au dit terme de deux ans et que aucun Il d’iceulx 
pe pourront aproucher nostre dite ville de Paris plus pres que de ni 
ou v lieues, reservé tousjours sur ce nostre ordonnance et bonne grace 
et neantmoins il nous plaist et voulons que les dis esloingnez puissent 
venir, || aler et converser partout ou il leur plaira en nostre dit royaume 
les deux aps dessus dis durans, hors toutesvoyes de nostre dite ville 
de Paris et des autres villes et lieux dont ilz ont esté et sont esloin- 
gniez, sans ce que, pour || occasion du dit esloignement, aucun empes- 
chement leur soit ou puist estre mis en corps ne en biens, en aucune 
maniere, et oultre, pour tenir noz subgetz en bonne paix et obvier 
aux inconveniens qui par les debats || des offices sont le temps 
passé advenues et pourroient encores advenir avons voulu et ordonné, 
voulons et ordonnons que tous les offices par nous donnez depuis la 
dite paix de Pontoise demeurent en nostre {| plaine disposicion et vou- 
lenté, sanz que, pour cause de la dite abolicion, ceulx qui ont esté 
despointiez des dis offices depuis le temps dessus dit y puissent pre- 
tendre ne reclamer aucun droit, et quaut aux prisonniers, || nous leur 
ferons faire raison et justice, et ne voulons que aucuns seigneurs, 
barons, chevaliers, escuiers ne autres quelconques pour cause du 


— 229 — 


service par eulx a nous non fait ou du service par eulx de nostre dit {| 
cousin de Bourgogne fait ne aussy ceulx qui sont comprins en la dite 


abolicion pour cause de ce que dit est, soient ou puissent estre en 


aucune maniere traveilliez, molestez ou empeschiez en corps ne en 
biens, |] mais voulons que toutes les seigneuries, terres, fiefs, posses- 
sions et heritages quelconques des dessus dis autres, toutesvoyes que 


des dis banniz et exceptez qui, pour les causes dessus dites, auroient. 


esté prinses et mises en nostre main || leur soient rendues et mises au 
delivré et que tous autres troubles et empeschemens qui, pour ce leur 
ont esté ou pourroient estre mis en soient osté tantost et sanz delay, 


au prouffit d’iceulx et de chacun d’eulx, en {| tant qu'il nous puet 


toucher et imposons silence sur ce a nostre procureur, non obstant 


que les cas ne soient cy exprimez et encores pour oster toutes matieres : 


de discors ou debats qui par proces ou autrement n’y {| pourroient 


advenir a l’occasion des biens meubles prins d’une partie et d’autre, . 


nous avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons que des dis biens 
meubles ainsi pris, depuis la paix de Pontoise, en ça, par justice ou autre- 


ment, [| a l’occasion de la guerre, on n’en pourra faire poursuicte ne 


demande d’une partie ne d’autre; oultre plus, voulons, ordonnons et 
deffendons a nostre dit cousin de Bourgogne que, doresenavant il ne 
face ou pourchasse |] estre fait par lui ne par autres en secret, ne en 
appert, par voye de fait ne autrement aucun mal, destourbier ou empes- 
chement a noz feaulx, vassaulx, officiers, subgets et bienveillans ne a 
aucun de ses subgets, feaulx et {| vassaulx ne aussy aux subgets, 
feaulx et vassaulx des autres de nostre sang et lignaige qui nous ont 
servy contre lui ne a aucuns de ses dis subgets, feaulx et vassaulx 
qui ne l'ont servy pour doubte de mesprendre, [| obstans les deffences 
par nous sur ce faictes ne aux habitans de nostre dicte bonne ville de 
Paris, des autres villes ne autres quelconques de nostre dit royaume 
ou de dehors,en commun, ne en particulier ne autrement, || comment que 


ce soit, a l’occasion du dit service a nous fait ou du service a/lui non. 


fait par ses dis feaulx, vassaulx et subgés, pour les causes dessus 
dites et en tant que icellui nostre cousin de Bourgogne feroit ou s’effor- 


ceroit de fere ou |] faire fere le contraire a ses dis vassaulx et subgets, 


nous lui en interdisons et deffendons toute auctorité, juridicion et 
congnoissance, voulons aussy, ordonnons et deffendons a tous les dis 
autres de nostre sang et lignaige qu’ilz ne || facent ou pourchassent 
estre fait par eulx ne par autres, en secret, ne en appert aucun mal, 
destorbier ou empeschement a nos dis feaulx, vasseaulx, officiers, 
subgets, et bienvueillans, ne a aucuns de leurs subgets, feaulx et ]] 


vassaulx, ne aussy aux subgets, feaulx et vassaulx de nostre dit cousin 


de Bourgogne, aux habitans de nostre dite ville de Paris, des autres 


— 230 — 


villes ne autres quelconques de nostre royaume ou de dehors, en com- 
mun, ne en particulier, || par voye de fait ne autrement, comment que 
ce soit, a l’occasion du service fait a icellui nostre dit cousin de Bour- 
gogne ou du service a eulx non fait par leurs diz feaulx, vassaulx et 
subgets, et en tant que les dis de nostre || sang feroient ou s’esfor- 
ceroient de faire ou faire fere le contraire a leurs diz feaulx, vassaulx 
et subgés, nous leur en interdisons et deffendons toute auctorité, 
juridicion et congnoissance, et, avec ce, voulons, || ordonnons et 
commandons a nostre dit cousin de Bourgogne que il rende ou face 
rendre realment et de fait aux seigneurs, barons, chevaliers, escuiers 
et autres, tant de nostre royaume comme de dehors, soient n0z subgés, || 
feaulx et vassaulx ou les siens, toutes leurs seigneuries, terres, fiefs, 
possessions et heritaiges, quelconques qu’il a prins et mis ou fait 
prendre et mectre en sa main, a l’occasion du dit service a nous fait, 
ou du {] service a lui non fait ou autrement, a l’occasion des choses 
dessus dites et sa dite main mise en lieve ou face lever a plain et oste 
ou face oster sanz delay tous troubles et empeschemens quelconques, 
au prouffit {| d’iceulx et de chacun d’eulx, en tant qu’il lui touche, 
voulons aussy ordonnons et commandons aus dis autres de nostre 
sang et lignaige que ilz rendent ou ‘facent rendre aux seigneurs, 
barons, chevaliers, escuiers, |] et autres gens, tant de nostre royaume 
comme de dehors, soient noz subgés, feaulx, vassaulx ou les leurs, 
toutes leurs seigneuries, fiefs, terres, possessions et heritages quel- 
couques, se aucuns en || avoient ou ont prins et mis ou fait prendre et 
mectre en leurs mains, a l’occasion du service par eulx a nostre dit 
cousin de Bourgogne fait ou ‘autrement, a l’occasion des choses dessus 
dites et leurs dictes mains |] mises, en lievent et ostent ou facent 
lever a plain et ostent et facent oster, sanz delay, tous troubles et 
empeschemens quelconques, au proûffit d’iceulx et de chacun d’eulx, 
en tant que leur {| touche; et, affin que la dite paix demeure ferme 
et estable a tousjours, sans enfraindre et pour pourveoir a ce qui 
pourroit estre cause de la roupture d’icelle, nous avons oultre les 
choses dessus dictes [| voulu et ordonné, voulons et ordonnons que les 
traictiez et paix de Chartres (1) et autres qui depuis ont esté faiz soient 
tenuz et accompliz, et, avec ce, avons deffendu et deffendons aus 
dessus dis |} noz cousin de Bourgogne et autres de nostre sang et 
lignaige et a tous autres noz subgets qu’ilz ne facent aucunes aliances 


(1) Signé dans la cathédrale de Chartres, le 9 mars 1409, rempli de 
promesses de pardon. Il était l’œuvre de Jean de Montaigu, le principal 
favori def Charles, VI, qui mourut ‘décapité le 17 octobre de la même 
année. (Voir Vallet de Viriville: Histoire de Charles VIT), t. 1. (Paris, 
1869, in 8°), p, 8, (3° par) | 


— 231 — 


avecques les Angloiz en quelque maniere que ce soit ne aussy avec- 
ques || autres quelzconcques, ou prejudice de nous et de la dite paix, 
en leur enjoignant et commandant bien expressement que, se desja 
ilz en avoient faictes aucunes, que ilz les rendent et baillent a ceulx {| 
a qui ilz les auroient ou ont faictes, et que, de ce, nous baillent leurs 
lettres, chacun en son endroit, teles qu’il appartendra et encores pour 
plus grant fermeté de la dite paix, avons voulu et || ordonné, voulons 
et ordonnons que nostre dit cousin de Brebant, les ambaxadeurs de 
nostre dit cousin de Bourgogne, les depputez des trois estats dessus 
dis, ou nom et comme procureurs de nostre dit cousin de Bourgogne 
et {] en leurs privez noms et iceulx depputez, ou nom et comme eulx 
faisans fors des gens des trois estas du dit païs de Flandres, icellui 
nostre cousin de Bourgongne, en sa personne, noz tres chers |] et tres 
amez filz et cousins les contes de Charolois (1) et de Nevers (2), les 
gens des trois estats des duchié de Bourgogne et contez de Flandres 
et d'Artois et chacun d’eulx jurent et promectent, c’est [| assavoir 
ceulx qui sont cy presens en noz mains et les absens es mains de noz 
commis et depputez a ce parl eurs foys et seremens, sur la croix et 
sainctes evvangilles de Dieu, que Il bien et loyaument ilz tendront et 
garderont, feront tenir et garder de tout leur povoir, sanz enfraiadre 
la dicte paix et toutes les choses cy devant declairées et ne feront ne 
feront {| faire par eulx ne par autres par voye directe ou oblicque, en 
secret,ne en appert, par parolles, escriptures ne autrement,comment que 
ce soit, aucune chose contre ne ou prejudice de la dite paix ne autres || 
choses dessus dites, sur paine d’encourir nostre indignacion et de 
tant qu’ilz se pevent mesfaire envers nous ét, s’il advenoit que Dieu 
ne vueille que aucun d’eulx feust leur seigneur ou autre |) feist ou 
s’efforçast de faire entreprendre ou actempter aucune chose, au con- 
traire, ilz ne lui donneront aide, conseil, confort ne faveur de corps, ne 
de finance, de gens ne autrement, comment que ce soit, |] ains l’empes- 
cheront de tout leur povoir et des diz seremens et promesses baillieront 
les dessus diz et chacun d’eulx qui sur ce seront requis de par nous, 
sanz delay ou difficulté aucune leurs {| lettres, soubz leurs seaulx, 
bonnes et convenables, lesquelles, affin de perpetuelle memoire seront 
mises et gardées en nostre tresor, et semblables seremens et pro- 
messe et sur les dites peines feront || noz tres chiers et tres amez 
cousins, oncle, filz et nepveux, le cardinal de Bar (3), le roy de 


(1) Philippe le Bon, le futur duc de Bourgogne. 
(2) Philippe 11, comte de Nevers et de Rethel 
(3) Le Cardinal Louis de Bar: 


— 939 — 


Secile (4), les ducs de Berry (2), de Touraine (3), d’Orleans (4), de 
Bretaigne (5), de Bourbon (6), d'Alençon (7), et de Bar (8), les j contes 
de Vertus (9), d’Eu (10), de Richemont (41), de Dreux (12), connes- 
table de France (43), de la Marche (14) et de Vendosme (45), grant 
maistre de nostre hostel de Marle (16), grant bouteiller de France, 
d’Armaignac (17), de || Foix (18), de Saint-Pol (19), de Pentevre (20) 
et de Tancarville (21) et tous les autres de nostre sang et lignaige et 
aussy les gens des trois estats de leurs païs, c’est assavoir les presens 
en noz mains et || absens es mains de noz commis a ce, et de ce 
baillieront leurs lettres soubz leurs seaulx, qui aussi, affin de perpe- 
tuelle memoire seront mises en nostre dit tresor et avec ce feront les 
diz [| seremens et promesses sur les mesmes peines par devant noz 
commis et depputez a ce, tous prelas, barons, chevaliers, capitaines, 
baïllifs, seneschaulx, prevosts et autres officiers, tous noz || feaulx, 
vassaulx, bonnes villes et subgets, par moyen et sanz moyen, et autres 
gens de tous estats, tant nobles comme non nobles et tant d’eglise 
comme seculiers et de ce baillieront leurs {| lettres soubz leurs seaulx, 
qui semblablement seront mises et gardées en nostre dit tresor et 
avec ce baillieront icellui nostre cousin de Bourgogne et tous les dis 


(n) Louis 11 d'Anjou, roi de Sicile. 

(2) Jean, duc de Berry. 

(3) Jean, duc de Touraine. 

* (4) Charles, duc d'Orléans. 

(5) Jean VI, duc de Bretagne. 

(6) Jean 1, duc de Bourbon. 

{7) Jean Il, duc d’Alençon. 

(8) Edouard III, duc de Bar. , 

(9) Philippe d'Orléans, comte de Vertus. 

(10) Charles d’Artois, comte d'Eu. 

«11) Arthur de Richemont. 

(12) Charles d’Albret, comte de Dreux. 

(13) Il s'agit du mème personnage. qui mourut à Azincourt. 

(141 Jacques de Bourbon, comte de La Marche. 

(15) Louis de Bourbon, comte de Vendôme, grand maitre de | Hôtel. 

(16) Henri le Corgne, dit de Marle, qui fut aussi chancelier du 
8 août 1413 au 12 juin 1418. 

(17) Bernard VII, comte d’Armagnac 

(18) Jean, comte de Foix. 

(19) Philippe de Brabant, comte de Saint-Pol. 

(20) Olivier de Blois, comte de Penthièvre. 

(21) Guillaume IV de Melun ou d'Harcourt, comte de Tancarville, qui 
exerça en 1403 et 1415 aussi les fonctions de grand bouteiller. En 1415 
il y eut d’autres grands bouteillers ; ainsi, Waleran Ill de Luxembourg, 
comte de Saint-Paul (en 1410, en 14:1 et en 1415). Jean Il, sire 
d'Estouteville (1415). (Voir la Grande Encyclopédie t. VIl au mot Bou- 
teiller (p. 804-5, surtout p. 865, 2° cols) l'article excellent de M. Prou, 


— 233 — 


autres de nostre sang, leurs lettres adressant a leurs dis || subgets, leurs 
feaulx et vassaulx, pour fere les seremens, en la maniere dessus dite et 
oultre ce, pour greigneur seurtéde la dite paix nos dis cousin de Brebant, 
cousine de Haynau et les depputez dessus diz || feront avecques nous 
leur loyal povoir de faire pareïllement promectre et jurer les choses 
dessus dites par noz tres chiers et amez cousins le duc Guillaume en 
Baviere, conte de Haynau (1), le duc de || Lorraine (2), le conte de 
Savoye (3), l’evesque de Liege (4), le conte de Namur (5) et autres 
qui seront advisez et, oultre plus, avons voulu et ordonné, voulons et 
ordonnons que, se aucuns exceps ou [|] actemptas estoient dores 
enavant faiz contre la dite paix, que, pour ce, icelle paix ne sera aucu- 
nement rompue, mais pourra la partie blessiée demander justice du 
tort qu’il lui aura || esté fait et repparacion lui en sera faicte par nous 
ou noz officiers, tele qu'il appartendra par raison. SI DONNONS en 
mandement a noz amez et feaulx connestable, chancelier, || les gens 
tenant et qui tendront nostre parlement, mareschaulx, maistre des 
arbalestriers, admiral, au prevost de Paris, a tous noz senneschaulx, 
baillifs, prevosts, capitaines, mayeurs, [| eschevins et a tous noz autres 
justiciers, officiers et subgiets ou a leurs lieuxtenans et a chacun 
d’eulx, si comme a lui appartendra, que ilz gardent et facent garder, 
enteriner et accomplir les choses || dessus dites et chacune d’icelles sanz 
faire ne souffrir aucune chose estre faicte ou actemptée ou contraire, 
laquelle, se aucun faisoit ou s’efforçoit faire ou actempter, de fait, par 
escript, de {} parolles ou autrement qui sentist blasme ou reprouche, pour 
occasion des choses passées, que ilz les punissent griefment et sanz 
depport, comme perturbeurs de paix et crimineulx {|| de crime capital, 
en tele maniere que ce soit exemple a tous autres et facent publier 
ces presentes es lieux publiques et acoustumez a faire crys en leurs 
povoirs et juridicions, a ce || que aucun ne puisse de ce pretendre 
ingnorance, en faisant injunction et commandement a tous que, se ilz 
scevent aucun, de quelque estat qu’il soit, qui dye ou profere aucunes 
paroles, || en publique ou autrement, contre l’onneur d’aucuns des dis 
de nostre sang et lignaige di ou face aucune chose contre la dite paix, 
que ilz le denoncent a justice pour en faire pugnicion deue || sur paine 
d’estre punis, comme seroit le diseur ou faiseur principal ou d’autre 
griefve peine, selon l'exigence du cas, comme transgresseurs de noz 


(1) Guillaume de Bavière, comte de Hainaut. 

(2) Charles 1. duc de Lorraine. 

(3) Amédée VIII, comte, plus tard duc de Savoige 
(4) Jean V de Bavière. 

(5) Jean Il, comte de Namur, 


— 234 — 


ordonnances et commandemens, et, a ce que ce || soit chose ferme et 
estable a tousjours, nous avons fait mectre nostre seel a ces presentes. 
Donné a Paris, le second jour de fevrier, l’an de grace mil cccc et 
quatorze, et de [| nostre regne le xxxve. {| 
Sur le repli du parchemin : 
Par le roy en son grant conseil. {| 
Mauregart. || 


Au dos : Les lettres de la paix d'Arras || 
(Écriture plus récente) 22 may 1416. 
n° CXLI 
343 Charreltjon 
Lumagne 


[4445] 13 mars. — Procès-verbal attestant que ce jaur-là les con- 
seillers et les ambassadeurs du duc de Bourgogne (le duc de 
Brabant, l’évêque de Tournai, le seigneur de Ron, Guillaume 
Bouvier, gouverneur d'Arras, Thierry Gherbode), les députés 
de la comtesse de Hainuut et des trois États de Flandre juré- 
rent, en présence du roi, d’observer le traité d'Arras, ainsi 
que les ducs de Berry, d’Orléars, d'Alençon et de Bourbon, 
les comtes d’Eu et de Vendôme, grand maître d'hotel, le ser- 
gneur de Préaulx, le chancelier, les archevêques de Sens, de 
Bourges el de Rouen, les évêques de Laon, de Lisieux, de Paris 
et de Chartres, le duc de Guyenne, le comte de Tancarville, 
eic. 

(Au dos) : 
Aujourd’uy, xue jour de mars, mil une et xnu, Monseigneur de 

. Brebant, l’evesque de Tournay (1), le seigneur de Ron, messire 

Guillaume Bouvier, gouverneur d’Arras, || et maistre Thierry Gher- 

bode, conseillers et ambaxadeurs de Monseigneur le duc de Bourgogne 

et les depputez de par les ur estats du païs de Flandres, procureurs 
et || ayans en ceste partie puissance de mon dit seigneur de Bourgogne 
ont tous juré, ou nom de mon dit seigneur de Bourgogne, et, pour lui, 
en la presence du roy, par la foy et || serement de leur corps, sur la 

vraye croix et les sainctes evvangilles de Dieu les seremens plus a 

plain contenu au blanc et paraïillement mon dit seigneur {| de Brebant, 

les dis ambaxadeurs d’icellui Monseigneur de Bourgogne, les ambaxa 
deurs de Madame de Haynau et les depputez dessus dis les ont jurez 


(1) Jean V de Thoisi, évêque de Tournai. 


_— 235 — 


en leurs privez || noms, et, avec ce, iceux depputez ou nom et comme . 
eulx faisans fois des gens des trois estas du dit païs de Flandre et 
aussy l'ont juré || messeigneurs les ducs de Berry, d’Orleans, d’Alen- 
zon, de Bourbon, les contes d’Eu et de Vandosme, grant maistre 
d’ostel, le seigneur de Preaulx (1), Monseigneur | le chancelier (2), 
messeigneurs les arcevesques de Sens (3), de Bourges (4), et de 
Rouen (5), les evesques de Laon (6), de Lisieux (7), de Paris (8) et 
de Chartres (9), || chancelier, Monseigneur le duc de Guienne (10), 
Monseigneur le conte de Tancarville et plusieurs autres du grant 
conseil du roy, moy present. {| 


Mauregart. Il 
Louis CaAILLET. 


. (1) Jacques de Bourbonal, sire de Préaulx 

(2) Le chancelier était Henri le Corgne, dit de Marle. 

(3) Jean 1 de Montagu. 

(4) Guillaume Ill de Boisratier, archevèque de Bourges, ancien chan- 
celier du duc de Berry. 

(s) Louis 1 d'Harcourt, archevéque de Rouen. 

(6) Jean 1 de Rouci. 

(7) Pierre 1 Fresnel, évêque de Lisieux, qui venait de succéder à 
Nicolas Oresme. 

(8) Gérard de Montaigu, évêque de Paris. 

(o) Martin Gouge de Charpaignes, plus tard évéque de Clermont et 
chancelier. 

çro) Le Dauphin Louis, mort le 18 décembre 1415, le 89 enfant de 
Charles VI. On sait que Charles VI] n'était que le v1e. 


BR ERESES 
Une Tragédie-Ballet 


dans un Collège de Jésuites 1695). 


par M. Æd. MOREL 


Membre résidant. 


1) savantes études ont été publiées sur le Théätre des 
7, Jésuites. En ce qui concerne « les représentations dra- 
matiques dans les Collèges de l'Artois », il serait difficile de 
rien ajouter au travail si intéressant et si documenté de 
notre érudit collègue, M. le comte Gustave de Hauteclocque. 
Il pouvait donc sembler que la matière était épuisée et que 
les ballets : La jeunesse ; la Paix ; le monde policé ; les 
aventures d'Ulysse ou le génie vainqueur des obstacles, avec 
leurs allégories compliquées et le déploiement fastueux de 
leurs décorations, présentaient les spécimens les plus com- 
plets de l’ingéniosité chorégraphique des Jésuites. Pourtant, 
la vaste machine, montée en 1695 par les Pères de Langres, 
_à l’occasion de la distribution des prix, nous paraît d’une 
originalité plus typique encore. Entrées de ballet, récits en 
musique, symphonies, changements à vue forment le cadre 
touffu d’une tragédie en cinq actes et un prologue. Il y a deux 
cent-soixante-quatre rôles joués par quarante-huit élèves, 
dont vingt-et-un appartenant à la classe de rhétorique et les 
vingt-sept autres aux diverses autres classes. Ou cette pièce, 


— 937 — 


aux proportions colossales, aux décors féeriques, si on s'en 
rapporte au programme, a été représentée piteusement, au 
milieu d'oripeaux économiques, avec des costumes haillon- 
neux, et alors elle a été grotesque, comme une parade de 
foire, ou, ce qui est plus probable, elle s’est déroulée parmi 
la magnificence des toiles artistement peintes, sous la somp- 
tuosité dispendieuse des vêtements orientaux et des attributs 
mythologiques et elle à nécessité des frais énormes, dont 
le montant est difficile à évaluer. En tous cas, mesquine ou 
splendide en son étalage, elle a dû exiger, pour sa mise au 
point, de nombreux mois de préparation. 

Sur le programme (1}, brochure de dix-neuf pages, sont 
décrites seulement les entrées de ballets ; le drame s’expli- 
quait de lui-même. | 


BALTHAZAR OU LA PRISE DE BABYLONE 
PAR CYRUS ET DARIUS. 


PROLOGUE 


Le théâtre représente Blanchefontaine, bocage près de la 
ville de Langres, Une symphonie ouvre la pièce. 


Apollon fait le premier récit que les neuf Muses répètent 
en dansant. Mnémosyne fait le second, qui est suivi d’une 
danse. Apollon fait cette première entrée avec les muses et 
la continue seul pendant que les unes chantent et que les 
autres font un concert d'instruments. a 

Quatre Afénades, armées de tambours font la seconde 
entrée. On voit en même temps venir de loin le char da 
Bacchus tiré par des tigres et des lions, accompagné de 
Silène et de quatre Satyres, dont deux dansent et chantent 


(1) Imprimé chez Mme veuve Sicard à Langres. 1695. Cette pièce 
curieuse et rare fait partie des riches collections de MM. Charles et 
Joseph Royer, de Langres. 


_— 938 — 


autoùür du char, le thyrse à là main, et deux dansent eû 
jouant de la flûte. Bacchus, aprés un récil, descend de son 
char et danse avec les Satyres, pendant que les Ménades 
font résonner leurs tambours. 

La danse est suivie d’un dialogue entre Apollon et Bacchus, 
qui conviennent entre eux que ce bocage sera cédé aux 
Muses et que Bacchus se retirera dans la ville avec sa suite. 
Silène danse alors son entrée qui est mêlée d’une chanson à : 
laquelle Apollon et ses Muses répondent. 

Six nymphes, deux des montagnes (oréades) ; deux des 
bois (dryades) ; deux des eaux (naïades) remercient Apollon 
et ses Muses de l’honneur qu'ils font au pays. Elles font 
connaître leur joie et leur respect par leurs danses et par 
leurs chants. Ce dieu en est charmé et célèbre à son tour les 
louanges de la ville de Langres. 

Les sept arts libéraux viennent aussi reconnaître Apollon 
et forment par les différentes figures de leur danse les noms 
de Langres et d’Apollon. Ce dieu propose ensuite des prix 
aux élèves des beaux-arts. 


Le premier acte se passe dans les jardins de Babylone. 
On voit le palais de Balthazar en perspective. 


Décor du premier ballet : {a grande salle des festins, telle 
qu'elle était à Babylone. 


Comus, dieu de la joie et de la bonne chère, suivi d’une 
troupe de jeunes gens fait dresser en cadence tout ce qu'il 
faut pour un festin. 

Flore, suivie de six zéphyrs, pare la salle du festin. 
Bacchus, accompagné de faunes et de satyres, apporte 
le vin, 6 

. Cérès, avec ses compagnes, fournit le pain. 
_ Diane, entrant au son du cor, avec un équipage de chasse, 
couvre la table de toutes sortes de gibiers, 


Nerée et les néréides viennent chargées de poissons. 

Pomone et les nymphes des jardins servent les fruits. 

Des sauvages portent des cannes de sucre, des parfums et 
des liqueurs dont ils parfument la table. 

Momus, entouré d’une troupe de bouffons, vient égayer le 
festin. 

_Le roi et la reine, après avoir fait leur entrée, dansent 

avec les princes et les princesses autour de la table. 

Toutes ces entrées sont mélées de récits en musique. 


Le deuxième acte se passe dans la Chambre du roi. 
Balthazar, épouvanté par l'apparition miraculeuse du 
« Mane » « Thecel » « Phares » s’y est réfugié et se 
résout à consulter les devins. | 


Décor du second ballet : La chambre du roi se change en 
une affreuse caverne. Cette caverne est dans un superbe palais 
et ce palais dans le temple d’A pollon. 


Le premier des devins, après un récit, touche le théâtre 
qu’il fait changer plusieurs fois. Après d’autres prodiges, 
suivis dè danses, il invoque l'enfer, d'où il fait sortir six 
magiciens, qui prédisent l’avenir par le livre des destins, 
par le vol des oiseaux, par l'astrologie, par les entrailles des 
victimes, par la ianterne magique et par les tours de la 
baguette ; puis quatre magiciennes, qui devinent par la 
chiromancie, par les cercles et prestiges, par la nécromancie 
et par la seiomancie. Tous, en dansant, témoignent l’ardeur 
avec laquelle ils sont prêts à servir leur maître ; ce qui se 
fait par des danses entremélées de récits en musique. Tous 
leurs prestiges étant vains, il faut recourir au dieu des 
devins. Le théâtre change et représente le temple qu’Apollon 
avait à Babylone. 

Quatre Thébades ou prétresses d'Apollon, armées de leur 
timbre, après un court récit, suivi d'une danse furieuse, 


— 540 — 
ouvrent le temple ; ce qui se fait au bruit des trompettes et 
des timbales. 

Entre le sacrificateur avec le ministre portant la hache 
pour le sacrifice ; le roi paraît, accompagné de toute sa 
Cour. Ayant dansé, il se repose sur son trône. Les Courti- 
sans dansent sur le même air. Le sacrifice commence. Le 
chœur chante ; le chant est suivi d’une seconde danse, la 
danse d’un second chant. Enfin le sacrificateur s’avance 
vers la victime, qui est conduite par les ministres ; il verse 
du vin, fait les autres cérémonies en cadence ; ses ministres 
immolent la victime,:montrent son cœur à toute l’assemblée, 
le jettent dans le feu, autour duquel tous chantentet dansent 
une troisième fois. 

La Pythie sort de son antre, les cheveux épars et remplie 
de la fureur d’Apollon. On entend un grand bruit de ton- 
nerre, de foudre, de timbales et de trompettes. Elle fait un 
court récit. 

Apollon, entouré de quatre petits génies paraît au fond du 
temple, d’où il rend son oracle. Tout disparaît avec le même 
éclat avec lequel il a paru. | 


La troisième acte se passe dans le cabinet du roi, 


Décor du treisième ballet : Camp de Cyrus et de Darius 
sous Babylone. Des tentes ; une armée LL l'éloignement 
et une grande campagne en feu. | 


Deux hérauts, la lance en main, déclarent la guerre et la 
venue de Mars. Ils sont suivis aussitôt de huit Saliens ou 
prêtres de Mars qui mêlent leur danse et leur chant à la 
danse et au chant des hérauts. 

Mars et Bellone paraissent sur leur char, au bruit de 
tous les instruments. La Terreur et la Discorde, qui étaient 
attachées à leur char s’en détachent; la Famine, la Peste, 
l'Zncendie et tous les autres maux de la suite de Mars font un 


= 241 — 


grand dégât dans toute la campagne, malgré les cris plain- 
tifs des nymphes et des dieux champêtres. Mars et Bellone, 
après leur entrée, font faire l'exercice à leurs peuples. Tout 
est bien ordonné pour l'attaque d’une place. Quatre ingé- 
nieurs tracent en cadence les lignes de la tranchée, qut est 
ouverte par six pionniers, 

Trois baléares avec leurs machines, deux bombardiers (!), 
deux canonniers (!!}, deux mineurs attaquent la place, 
Six Gétes, avec le bélier, battent les murailles et font 
brèche. L | 
: Trois Scythes, avec des harpons, trois avec des échelles se 
préparent à l'escalade. Les assiégés font plusieurs sorties 
avec les armes et le bruit ordinaires ; après avoir soutenu 
jusqu’à trois assauts, ils sont obligés de céder. Il se fait un 
grand bruit de tous les instruments de guerre, dont le son se 
mêle avec les cris et les acclamations des victorieux. 


Le quatrième acte se passe dans le vestibule du palais de 
Babylone. 


Décor du quatrième ballet : La galerie des femmes fortes 
dont les statues ornent les deux ailes du théâtre ; le Jane est 
occupé par les ombres de leurs maris. 


L’ÆHymen, dieu de l’amour conjugal, suivi d’une troupe de 
six petits Amours, offre aux princesses des armes pour s€ 
tuer ; les trois Gräces les leur arrachent. 

Panthée, tenant en main l’habit de son mari, teut couvert 
de sang se poignarde. 

Camme se tue avec le poison. 

Monimese fait de son diadème un bandeau pour s'étrangler. 

Porcie, après que ses parents lui ont arraché le poignard 
‘ avec lequel elle veut su tuer, prend des charbons ardents 
qu'elle avale. . 

Déjanire, veut s’assommer avec la massue d'Hercule, son 


46 


— 245 = 


fnari, mais ayant peins à la. manier, elle est aidée par deux 
petits amours qui la soulèvent et la laissent retomber sur 
cette princesse, qui en est écrasée. 

La reine de Babylone veut se précipiter d'une galerie du 
palais dans l’Euphrate ; l'horreur du précipice l’épouvante, 
mais l'Amour pour lui cacher le danger, lui donne son 
bandeau et lui voile les yeux. | 

Caron, ayant dansé avec les trois Parques, passe dans sa 
barque les ombres des princesses, qui témoignent par le 
chant et la danse qu’elles recommencent avec les princes 
leurs maris, le plaisir qu'elles ont d’être unies pour toujours. 

Toutes les entrées sont entremélées de récits en musique. 


Le cinquième acte se passe dans la chambre de la reine. 


Décor du cinquième ballet: Le temple de la Victoire orné 
de trophées. Cyrus et Darius, après une danse pleine de 
Majesté et digne de ces deux grands princes victorieux vont 
s’asseoir sur des trônes qui ont été préparés avec toutes les 
cérémonies ordinaires. | 

Douze satrapes, avec leurs habits de cérémonie, viennent 
rendre hommage aux princes vainqueurs et donnent par leur 
danse toutes sortes de marques de joie et de soumission. 

Dix des principaux officiers de la citadelle de Babylone 
(Xénophon lib. 1), apprenant que la ville est prise et que le 
roi est tué apportent les clefs de cette citadelle, suivis 
d’autres officiers et des peuples, qui mettent leurs armes aux 
pieds des deux monarques victorieux. Il se LL de part et 
d'autre de courts récits. | 

Daniel suivi d'une troupe de ont. - vient remercier le 
libérateur du peuple juif. Leur marche triste et languissante 
exprime leur misère. Après que les vainqueurs ont fait 
briser leurs chaînes, ils recommencent leurs danses que la 
joie et la reconnaissance animent, 


— 943 — 


La scène se ferme par un récit que Cyrus fait à Daniel, 
Le prophète répond. Eafin tous marquent leur réjouissance 
par des cris et des acclamations qui se mêlent avec le son 
harmonieux de tous les instruments. | 

La musique et les symphonies sont de la composition du 
sieur Choquelier. - | 

Le sieur André a composé et réglé les pas des ballets. 


Tel est ce scenario fantastique, dont l’auteur, sans aucun 
soucide l’histoire, ni de la couleur locale, qui lui aurait pour- 
tant fourni des éléments au moins aussi pittoresques, associe 
Darius né en 523 avant J.-C. à Cyrus, mort vers 529, dans 
le bombardement et la prise de Babylone et transporte-en 
Chaldée, sur les bords de l'Euphrate, le panthéon démodé des 
latins. Il est vrai, que le Merveilleux oriental avec ses 
djinns etses péris, n'avait pas encore envahi notre littérature; 
mais les Mages, ces mystérieux précurseurs des alchimistes, 
des astrologues et des sorciers de notre moyen-âge, pouvaient, 
semble-t-il, évoquer d’autres idées que celles de la lanterne 
magique et des tours de baguette. Malheureusement, 
Bacchus, Apollon, les Muses, les Nymphes, les Parques et 
les Satyres faisaient, pour ainsi dire, partie du matériel 
chorégraphique des Jésuites et dansaient indifféremment en 
l'honneur de St-Vaast, de St-Bertin, de P yrrhus, de Germa- 
nicus (1) et de Balthazar. Enfin, abstraction faite des idées 
fausses, des souvenirs pseudo-littéraires et historiques que 
les enfants devaient emporter de ces représentations, quelle 
perte infinie (2) de temps pour les élèves et les maitres | 
Quand on connaît les difficultés que présente l’organisation 
de la plus modeste soirée musicale et dramatique, on reste 
stupéfait devant l’énormité d’une pareille mise en scène. 
Räéunir les acteurs, les costumes et les accessoires de tous 
genres, régler les innombrables entrées des ballels, faire 


(1) Voir l’ouvrage de M. de Hauteclocque, p. 21. 29, 68 et 71. 
(2) Le mot est de l’évêque d'Arras, Guy de Sèves, 


— ÿh4 — 


fnanœuvrer les masses des chanteurs, des danseurs et des 
figurants, constituer un orchestre, capable au moins d'éviter 
les cacophonies ridicules, tout cet ensemble complexe de 
détails indispensables au succès d’une telle entreprise a dû 
être la préoccupation presque exclusive des professeurs et 
des écoliers du Collège de Langres en l’an de grâce 1695. 
Sans rouvrir les débats tant de fois soulevés à ce sujet par 
les partisans et les détracteurs des Jésuites, on est cependant 
en droit de se demander si les inconvénients réels de ces 
représentations étaient compensés par les avantages problé- 
matiques que les Pères prétendeient en retirer. Eux-mêmes, 
d’ailleurs ont répondu à cette question, en renonçant, 
pendant le XIXe siècle, sinon à la tragédie, du moins aux 
féeries encombrantes et coûteuses des ballets. 


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LES ÉTAINIERS D’ARRAS 


AOCEROL Dane 


A ARRAS | | _ FAARRAS 


11 Or. 19 


D 


E. MOREL. DEL. 


1-2 Armes de la Ville d'Arras; 3 Marque à la Rose; 4-5 Au Marteau; 6 Poirçon 
de l’Abbaye de Saint-Vaast: 7 Des Augustines ; 8 Des Dames du Saint-Suacrement: 
9 De l'Hôpital Saint-Jean ; 10 Armoieries des Orfèvres de la Confrérie de Saint- 
Eloi et probablement des Potiers d'’étain ; 11-12 Marques des derniers Etainiera 
d'Arras, 


BREST 


LES ÉTAINIERS D'ARRAS 


PAR 
M. Ed. MOREL 


Membre résidant. 


ere quelques années, la Mode, dont les caprices orien- 
tent mème la curiosité déjà si capricieuse des collec- 
tionneurs, a mis en vogue les vieilles « estaineries ». Il 
faut reconnaître, d’ailleurs, que cet engouement se justifie 
par les formes élégantes de ce qu’on appelait autrefois « les 
denrées du stil et métier des potiers d'étain », par la finesse 
et l'éclat d’un métal, dont « l’estoffe » souple et malléable se 
prête à loutes les complications du moule, à toutes les fan- 
taisies du burin et du marteau. 

Quelles furent à Arras les conditions d'existence d’une 
industrie, qui, par tant de côtés, confine à l’art ? Les 
archives municipales, malgré leurs regrettables lacunes, 
permettent de donner sur ce point particulier de notre his- 
toire locale des renseignements incomplets sans doute, mais 
intéressants et inédits. 

Les anciens « serments » n’ont guère laissé de traces de 
leurs statuts dans les documents antérieurs au XIVe siècle. 
Il est permis de conjecturer cependant que l’industrie des 
potiers d’étain devait être florissante à Arras, même avant 
celte époque déjà lointaine. Voisine de l'Angleterre et des 
Flandres, qui détenaient au moyen-âge le monopole du 
commerce de l’étain, enrichie par l’activité industrieuse 


— 248 — 


d'ane population entreprenante, notre ville offrait, en effet, 
aux étainiers une clientèle assurée de monastères, d’ “hope 
taux et de bourgeois opulents. 

Les statuts de la Keure ou Coboton des potiers d’étain 
de Saint-Omer ont été rédigés vers l'année 1325 (1). À la 
même date (1324), on trouve la mention d'un étainier arra- 
geois dans un compte, dressé par le trésorier de Mahaut, 
des dépenses relatives au mobilier des dominicaines de la 
Thieuloye : « À Perrot Longet pour n buirettes d’estain à 
chanter, n sols vi deniers » (2). Le même nom, un peu 
dénaturé par le scribe, reparaît en 1328 dans un compte 
« faict pour le seel d'Arras » : « À Pièron Longuet quy fist 
pos e escuelles d’estain, quy montèrent a 1x** xvini lib. (neuf 
vingt dix huit, c. à d. 198 livres) pour le nécessité del ostel : 
xl x vs nd » (3). . | 

Y eut-il à Arras, au XIVe siècle, ! une corporation d’étai- 
niers, C ’est-à- dire une communauté, une association écono- 
mique et confraternelle d'intérêts entre les ouvriers de ce 
stil. C’est douteux. Comme les registres municipaux de 
cette époque ont disparu, on ne pourrait faire à ce sujet que 
des suppositions étayées sur l’exemple des villes voisines, 
Hesdin et St-Omer. Encore risquerait-on de se tromper, car, 
vers la fin du siècle, par suite de circonstances spéciales à 
Arras, la dissolution des guildes turbulentes rendit une 
liberté passagère aux marchands et aux gens de métier. 

La preuve en est dans l’article 26 du Cancordat qui, en 
1378, mit fin aux querelles de Marguerite de France et de 
l’'échevinage : « Advisé est que toutes bonnes personnes qui 
» sauroient gagner el faire mestier quelconcque puissent 


(4) Pagart d’Hermansart. Les anciennes communautés d’Arts et 
Métiers de Saint-Omer,dans les Mémoires de la Société des Antiquaires 
de la Morinie, tome xvi, p. 507. 

(2) Mahaut, par M. Richard, p. 408. 

(3) Archives départementales, A. 810 p. 20, . 


= O7 ee 


» venir demourer en ceste ville et faire exercer leur mestier 
» en payant les debtes et droictures à Madame et à la ville 
» ainsy comme les aultres habitans d'icelle, et sur chacun 
» mestier seront ordonnéee certaines bonnes personnes 
» lesquelles seront esleues et nommées par les eschevins pour 
» les denrées visiter et esgarder selon l'instruction et ordon- 
» nance sur ce faictes et advisées pour le bien et prouffict 
ÿ commun de la ville par les Baïlli et eschevins » (1). 

Les inspections prévues par le Concordat de 1378 ne 
tardérent pas à être créées sous le nom d'offices. Parmi les 
offices préposés, vers 1400, à la surveillance des métiers et 
chargés de faire observer « les instructions et ordonnances » 
analogues à nos modernes règlements d'administration et 
de police, figure l'office de l'étain. Le seul fait de l’établis- 
sement d’un contrôle sur l'industrie étainière en démontre 
l'importance. | : 

A la création de l’office de l’étain correspondit évidemment 
la publication d’un édit « politicque » concernant le stil des 
étainiers. Quelques années plus tard, en effet (1438), des 
contestations s’élèvent entre l'office et les potiers. Les 
commis « avoient mis en cause aulcuns pottiers, pour ce 
« que en ouvrant de leur mestier de fin estain ils n’avoient 
« alyé leur œuvre de 111 livres de métaille d’estain de 
e« glasse (2), comme l’édict sur ledict mestier le porte. À quoy 
« les dicts pottiers avoient respondu que l’œuvresanscetalye- 
« ment estoit boin et meilleure que le alyé selon ledict édict ». 
Messieurs du Magistrat, avant de trancher le différend 
écrivent aux échevins de Hesdin pour savoir quels étaient 
les usages de cette ville en,la matière et soumettent à leur 
examen les étaineries incriminées. Les échevins Hesdinois 
« pris l’advis des gens sur ce congnoissans, ont rescript 
« que ils ont esprouvé l’œuvre a eulx envoyé et qu’ils le 


(1) Chronique de Bacler. 
(2) Etain de glace, ancien nom du bismuth, 


— 248 — 


« trouvoient bonne et léalle et bien alyé », ajoutant que le 
fin étain ne pouvait supporter l’alliage de quatre pour cent 
d’élain de glace « qu'il ne se fendist et domageast grande- 
ment » et que depuis longtemps leurs ouvriers et même 
leurs devanciers avaient renoncé à l’étain de glace pour 
employer le plomb, quatre livres de plomb au cent de livres 
« d’estain noef venant de la mynière et un quartron d'estain 
« de glasse pour y donner son (de la sonorité), combien que 
« soit peu proufitable pour les ouvraiges » (1). 

Cette consultation ne convainquit pas le Magistrat d'Arras. 
Nous verrons que jusqu’au XVIIIe siècle il maintint dans 
ses règlements successifs un alliage délaissé par Hesdin, 
St-Omer et Rouen. 

L'édit dont il est question dans la lettre échevinale de 1438 
pe nous est pas parvenu, non plus que l’édit du 7 octobre 
1440 auquel se réfère l’article 1x d’une ordonnance du 10 
février 1519, la première dont les archives municipales aient 
conservé le texle intégral. 

De tous temps, les règlements de.police concernant cer- 
taines industries ont dù être réédités à intervalles plus ou 
moins éloignés, en raison des retours offensifs de la fraude. 
En général, ces « rafreschissements », comme on disait 
autrefois, ne comportent que de légères modifications suggé- 
rées par l’expérience ou imposées par l’évolution économique 
du pays. On peut donc considérer l’ordonnance de 1519 
comme la reproduction des. instructions précédentes, de 
même qu’elle sera le type des instructions ultérieures. A ce 
titre, il est intéressant d'en connaître la teneur exacte et 

complète. 


(1) Rég. mém. 1436-1494 p. 27. — On appelait étain sonnant à 
Paris, par opposition à l’étain commun, de l’étain plusieurs fois 
refondu et plané, qui, à cette série d’opérations perdait de la douceur 
mais gagnait de la sonorité (Henri Havard, Dictionnaire de l’ameu- 
blement). Le procédé arrageois était plus simple et devait souvent, 
même à Paris, être substitué à l’autre, | ‘ 


— 249 — 


« Pour pourveoir aux frauldes et abus quy se polroit com- 
mectre ou mestier de la potterie et vaisselle d’estain et en 
iceluy mestier bon gouvernement ont été faicts les ordon- 
nances et statuts qui s’ensuivent. 

Et premier, qu'il ne soit aulcun ouvrier dudit mestier ne 
aulcun tenant ouvroir de potterie en ladite ville loy et ban- 
lisue d’icelle quy oeuvre en icelle ville loy et banlieue d’es- 
tain qu’on appelle fin estain quy ne soit bon et léal et allié de 
métaille d’estain de glace, quattre livres sur chacun cent 
de fin estain, et quy sera trouvé faire le contraire il encourra 
pour chacune fois en amende de dix sols moictié au prouffict 
de ladite ville et l’aultre moictié au prouffict dudit eswart. 

IT. Item, que aulcuns dudit mestier ne aultres ne puissent 
ouvrer ne mettre en oeuvre en icelle ville loy et banlieue 
nuls estains que on appelle tierchain que là où il y aura 
trois livres de pesant les deux livres soient de fin estain et 
l’aultre de plomb et aussy du plus et du moins à l’advenant 
et que ledit estain soit bon et leault, par passé l'eswart, sur 
encourir en amende de dix sols moictié à la ville et l’aultre 
aux eswars. 

IL, Item, que aulcuns dudit mestier ouvriers ne marchans 
ne puisse. vendre ne faire vendre aulcunes denrées dudit 
mestier en ladite ville loy et banlieue quy ne soient bons et 
de bon pois et pesant ce quy s'ensuit, c'est asscavoir : ung 
lot (1) quattre livres, ung demy lot deux livres et demy. 
escuelles et platteaux chacune piesse une livre et chacune 
piesse de sauceron demy livre et qui sera trouvé faire le 
contraire, il encourra en amende de cincq sols audit eswart. 

1111. Item, que aulcuns dudit mestier ne marchand ne 
vendent ne fassent vendre aulcunes denrées dudit mestier 
quelles quelles soient tant et jusques a ce que ledit eswart 
ou commis sur ledit mestier les aura veu et visité et signé 


(1) Le lot d’Arras, qui fut nommé plus tard lot de pot correspondait 
à 2 litres 42 centilitres. — Glossaire de Roquetort, tome 2, p. 98. 


— 250 — 


et marcqué, ce qu'il sera asigné, du saing sur ce par nous 
ordonné et ledit ouvrier (aura) mis aussy son saing ou 
mercque apres, pour avoir congnoissance de celuy quy-aura 
faict ladite ouvraige, sur l'amende de dix sols moictie a 
ladite ville et l’aultre à l’eswart. 

© V. Item, et s'il advenoit que ladite ouvraige ou partie 
d’icellée fut trouvé affolé (bossué, déformé) supposé qu'il fut 
trouvé de aussy grand pois et de bonne estoffe que icelle que 
dessus est dict,'il sera condamné et rompu et sy encourra 
en l’amende celuy quy aura faict ladite ouvraige, de- cincq 
sols audit eswart. 

VI. Item, que aulcun dudit mestier ne œuvre d'icelluy es 
jours de festes quy seront commandés a garder de la 
Ste-Eglise, ne es jours de samedy depuis l'heure de vespres 
sonnant aux paroisses de la :adite ville d'Arras et que es 
jours ouvrans lesdits ouyriers ne œuvrent en quelconcque 
saison de l’an que ce soit que jusques a le dernier cloche de 
vespres et non plus avant et que aulcun ne œuvre dudit 
mestier du matin jusques ad ce que le cloche au jour aura 
- sonné, sur encourir pour chacune fois en amende de cincq 
sols au prouffict dudit eswart. 

VII. Item, qu’il ne soit aulcun ne auleune dodleu il soit 
quy vende es termes de ladite ville et loy depuis ores en 
avant poterie d’estain ne aultre ouvraige dudit mestier se le 
denrée n'est aussy bonne et aussy suffissante estof& que on. 
ouvrera en icelle ville, se aussy n'est que icelles denrées 
soient seignés du seing de bonne ville et auront passé l’eswart 
d'icelle, sur l’amende de dix sols moictié a ladite ville et 
l’aultre audit eswart. 

- VIII. Item, que tous les ouvriers et marchans dudit 
mestier obeissent bien et diligemment aux commis dudit 
eswart et ne leur dient injure ne villenie en faisant et exer- 
cheant leurdit office ne aultrement pour raison et cause 
d’icelluy chacun et chacune sur encourir en amende de 
soixante sols parisis au prouffict de ladite ville et au surplus 
estre pugnis de prison à la discrétion de justice. 


— 251 — 


IX. Le vendredy VII® jour d'octobre l'an mil 1I1[° et XL 
sur les remonstrances faictes par les ouvriers de potterie et 
vaisselle d’estain en ladite ville et par grande et moeure déli- 
bération sur ce avecq aulcuns desdits ouvriers les plus 
expers, pour le bien dudit mestier et estaindre touttes fraul- 
des fut adjousté et faict l'ordonnance et statut sur le faict 
dudit mestier comme il s'ensuit. | 

X. C'est asscavoir que puis ores en avant aulcun ne polra 
‘avoir ponchon ne mercque, ne tenir ouvroir de potterie 
“d’estain en ladite ville et eschevinaige d’icelle s’il n’a seeu 
faire demy chef d'oeuvre c'est asscavoir ung pot et le maulle 
et une piesse de fin estain forgé au martel et que premier il 
n'ait esté passé et receu maistre par l'office et ouvriers dudit 
mestier pour laquelle maïistrise chacun paiera 8 son entrée 
quinze sols dont la ville aura dix sols et ledit office cincq 
sols. 

XI. Item, lon ordonne auxdits eswars de veoir et visiter 
tout les piesses et ouvraiges quy leur seront présentés a 
passer la marcque de la ville et, ce faict, mettre et asseoir 
icelle sur les piesses qu’ils trouveront estre bonnes et suffis- 
santes a passer selon les ordonnances et anchiens edicts de 
ladite ville et celles qu'ils trouveront non passant l’eswart 
ne souffissante seront par iceux commis cassées et rompues 
sans pour ladite rompure cassure et deffection non marquées 
desdits ouvriers et desdits eswars en paier aulcune amende 
attendu la perte et dommaige que auront lesdits ouvriers en 
leur rompant et cassant les piesses d’estain ainsy trouvées 
par lesdits eswars non suffissans a porter la marque de 
Jadite ville. | 

(On lit en marge de ce paragraphe une annotation qui 
prouve que l’ordonnance de 1519 a reproduit textuellement, 
sans doute, les huit premiers articles de l’édit contemporain 
de la création de l'office, édit modifié en 1440 par l’adjonc- 
lion des articles 1x, x et x1, dont le dernier est à son tour 
Changé en 1507. Voici les termes de celte uote : « Pour les 


— 952 — 


faultes et mésus quy ont été trouyés aux onvriers du mestier 
de l’estain, Messieurs les eschevins en nombre ont mis au 
néant le présent édit et ordonné que l’ancien édit contenu au 
V® article cy dessus quy est abrogie pour l’amende par ces- 
tuy demourra en sa force et vertu en tous ses points pour 
en faire et user doresnavant selon la forme et teneur dudit 
ve article. faict le vendredy XXVIIIe jour de janvier an mil 
Ve et sept. Ainsi signé. Dassonleville. »). 

XII. Item, et affin que lesdits eswars soient plus enclins 
de faire et accomplir les choses dessus dites et pour les 
paines et vacations qu’en auront a faire lesdits eswars leur 
sera paié par lesdits ouvriers six deniers pour chacun cent 
de livres en touttes piesses par eux marcque et eswardes. 

Le X° jour de febvrier mil V® dix nœuf, Messieurs en 
nombre pour obvier aux frauldes et abus quy se polroient 
commettre sur le fin estain et tierchain ont ordonné que 
doresenavant (chacun an) se marcquera chacune piesse 
d’étain de une lettre (de l’Abéché comme les orfevres) et a 
esté ordonné pour cestuy presente année a Pierre de Markais 
et Pierre Cottrel commis aux presens (de faire faire la 
lettre A). | 

Par concorde (c. à d. pour copie conforme) « Signé P. 
Hatté » (1). | 

C'est donc à partir de 1440 et sur la requête des étai- 


(1) Archives municipales. Reg. aux ordonnances de police appelé 
livre vert à cause de la couleur de sa tranche, p. 24. Le livre vert a 
été commencé en 1609, mais on a transcrit sur ses premières pages 
un certain nombre de documents antérieurs à cette date. Le copiste 
a indiqué en tête du règlement qui nous occupe qu'il l’avait extrait 
« du registre aux statuts et ordonnances de la ville d'Arras, folio six 
vingt huit ». Ce registre n’existe plus. 

Les mots que nous avons mis entre parenthèses dans le dernier 
alinéa pour éclaircir le texte un peu confus, sont tirés d’une note ins- 
crite le 40 février 1549 sur le reg. au renouvellement de la loy en 
marge de la liste des commis à l’office de l’étain, 


…— 953 — 


niers eux-mêmes que l'obligation du chef d'œuvre fut 
imposée à quiconque voulait tenir ouvroir de poterie d'étain. 
Jusque là, en vertu de la liberté proclamée par le concordat 
de 1378 il suffisait de prêter le serment professionnel « de 
bien et deuement faire sa marchandise » et de « baïiller son 
ponchon » (1). Moins sans doute pour obvier aux fraudes 
que pour limiter le nombre des maîtres et leur assurer ainsi 
une situation privilégiée, les patrons mirent spontanément 
des entraves au libre exercice des métiers et revinrent peu 
à peu au système corporatif. Désormais, d’après les procès- 
verbaux de réception à maîtrise (2), voici comment les 
choses vont se passer. Les commis à l'office de l’étain, accom- 
pagnés des maîtres potiers, parfois même un seul commis 
et un seul potier, présentent le candidat à Messieurs du 
Magistrat réunis en halle. Les parrains certifient que le 
récipiendaire a fait son chef d'œuvre sans l’aide de qui que 
ce soit et le déclarent « suffisant et idoine » à être reçu 
maître. Ouis le rapport des commis, l’avis verbal des mat- 
tres et les conclusions du procureur général, les échevins 
prononcent l'admission de l’aspirant et reçoivent son ser- 
ment. Le nouveau maître dépose alors sur le bureau la 
marque « dont il entend user » « imprimée sur deux lingots, 
l’un d’étain, l’autre de tiercain » au titre de la ville. 

Dans ces sortes de cérémonies, tout était réglé à l’avance, 
et le refus par les maîtres de donner un avis favorable 
devait être extrêmement rare. Nous n’avons rencontré qu’une 
seule opposition de ce genre. Le 14 mai 1550, Pierre de la 
Vacquerie apporta commechef-d'œuvre la Cane traditionnelle 
et un grand plat lavoir. Deux maîtres étainiers, Grégoire de 


(4) Reg: mêm, 4436-1494, p. 42. De Tarmaison a aujourd’hui faict 
serment du mestier de la potterie d’étain en la manière accoustumée 
le XXIVe jour de Mars IIlIc XXXIX et a baillé son signé. 

(2) Voir les reg. mémoriaux, les registres aux résolutions et lé 
journal des jours de halle, 


Givenchy et Christofie Doresmieux « blasmèrent » l'ouvrage 
et soutinrent qu’il fallait surseoir à la réception jusqu'à ce : 
que le candidat ait montré le moule de sa cane. Pierre de la” 
Vacquerie prétendit de son côté « qu’il n’estoit pas tenu de 
bailler ne exiber le maulle, atendu les debvoirs qu’il a faict » 
c'est-à-dire, attendu que son travail avait été exécuté en 
présence des gens de l'office, du procureur général et d’un 
maître potier. On le reçut provisoirement, mais ce fut 
seulement le 7 octobre, après cinq mois de contestations que 
« veu plusieurs requestes présentées par les parties et icelles 
oyes en leur sustenu et débats, Messieurs, eu sur ce conseil 
et advis, atendu que Christofle Doresmieux et Grégoire 
n'ont pas déclaré cause suffissante pour rejetter le chef- 
d'œuvre, ordonnent que ledit chef-d'œuvre sera admis... (1) 

Pierre de la Vacquerie était le serviteur de Christofle 
Doresmieux. Ce détail, relevé dans les registres aux bour- 
geois, explique, mieux que le souci des règlements, l'hostilité 
du patron à l’égard de son ancien ouvrier. [Il nous amène en 
outre à signaler une condition indispensable pour passer 
maître, celle d’être préalablement bourgeois. Plus tard 
même, à la suite de certaines infractions à cette règle appli- 
quée de temps immémorial: (2), tous les aspirants durent 
justifier qu'ils étaient bourgeois par le dépôt sur le bureau 


(1) Reg. mém. 1545-1576, p. 149 et 156. 

(2) Dans son Essai sur la bourgeoisie d'Arras, inséré dans les 
Mémoires de l’Académie, année 1888, p. 202, M. Ad. de Cardevacque 
dit: « En parcourant les registres aux bourgeois, nous n’y avons 
jamais vu la dénomination d’ouvriers ni apprentis, ce qui nous a fait 
tirer cette induction qu’il fallait être passé maître d’un métier pour 
étre admis à la bourgeoisie ». C’est le contraire qui est vrai. Qu'on 
ne trouve pas le mot apprenti, rien de plus naturel ; il fallait être 
majeur pour obtenir la bourgeoisie ; on n’est plus apprenti à l’âge de 
la majorité ; au lieu de ouvrier on rencontre la dénomination de 
serviteur et surtout de garçon, garçon menuisier, garçon tailleur, 
etc., etc., etc. 


— 955 — 


de leurs lettres de bourgeoisie, avant de se présenter en 
Chambre avec le chef d'œuvre (1). On exigea encore d'eux 
qu'ils vinssent « voir messieurs les échevins semainiers et 
le procureur général de la ville afin de se faire connaitre 
plus particulièrement » (2). | 

Au XVIIS siècle les nouveaux maîtres de toutes profes- 
sions furent astreints à fournir un seau de cuir avec chaîne 
dans son anse « pour le feu de meschef ». 

On n’en saurait guère plus sur les étainiers d'Arras s'ils 
avaient toujours praliqué leuf industrie avec une loyauté 
irréprochable et scrupuleusement tenu les promesses de 
leur serment. Mais, comme l'écart entre le prix du plomb 
et celui de l’étain, sans être aussi sensible que de nos jours 
(où le rapport est d'environ 1 à 9) a de tout temps été fort 
appréciable, nos potiers s’avisèrent souvent d'introduire 
frauduleusement dans leur étain plus que le poids réglemen- 
taire de plomb. Ils attirèrent ainsi sur eux l'attention vigi- 
lante de l’échevinage qui dut les FAPOSIE à l observation des 
anciennes ordonnances. 

C'est ainsi qu’en avril 1667 (3) « pour remédier aux 
désordres qui se produisoient journellement au faict du stil 
et mestier des maistres étainiers », les échevins mandent en 
chambre du Conseil lesdits maîtres avec les commis à l'office. 
On leur représente « que les estains et liercains qu’ils ven- 
doient n’estoient d’aloy et carat suffisant ny selon ce qui 
estoit requis par les anciens edits, tant au regard de l’estain 
a la roze que celuy au marteau de mesme qu’en ce qui con- 
cernoit le tiercain ». Il est décidé qu’on fera, séance tenante, 
des épreuves comparatives sur des échantillons « d'estai- 
neries tant anciennes que modernes », échantillons prove- 
nant de pièces d’étain à la rose de Lille, Anvers et autres 


(4) Reg. aux résolutions, 49 mars 1710. 
(2) Reg. mém., 1710-1719, p. 186. 
(3) Reg. AA 16, no 105. 


— 256 = 


_ lieux « comme aussy du vieil estain au marteau d'Arras, 
tel que de Pierre Doresmieux, ancien estainier de cette dite 
ville, décédé depuis quarante à cinquante ans et pareillement 
du liercain dudit Pierre Doresmieux ». 

Naturellement, on préleva aussi des échantillons sur les 

étains des deux maîtres inculpés de fraude, Joachim Dores- 
mieux fils du susdit Pierre et Michel Théry. L'épreuve con- 
sistait à fondre successivement dans un moule de très petite 
dimension les échantillons d’étain qu'il s'agissait de compa- 
rer et à peser, à l’aide d’une balance de précision, les minus- 
cules lingots ainsi obtenus (1). 
_ I] se trouva que « l’échantillon à la roze levé en la pos- 
session de Joachim Doresmieux » excédait de plus de deux 
grains l’échantillon à la rose de Lille dont le poids était de 
337 grains, soit 17,86 grammes (en attribuant au grain un 
poids de 53 milligrammes) (2). 

L’échantillon ds l’étain au marteau de Joachim Dores- 
mieux dépassait de quatre grains « celuy de son père dont 
le poids était de 343 grains, » soit 18,18 grammes. 

Enfin les tiercains desdits Doresmieux père et fils étaient 
de poids égal. 

Quant à l’étain trouvé en la possession de Michel Théry, 
on reconnut que son échantillon à la rose pesait quatre 
grains de plus que celui de Lille ; son échantillon au mar- 
teau douze grains de plus que celui de Pierre Doresmieux 
et son tiercain treize grains de plus que celui du même 
Doresmieux. 

La différence était appréciable et la fraude manifeste. 


(1) C’est d’ailleurs un des procédés encore employés dans le com- 
merce pour apprécier la pureté de l’étain par « le poids comparatif de 
deux balles d’étain de même grosseur, l’une d’étain fin, l’autre de 
l’étain à essayer ». Dictionnaire des Arts et Manufactures. 

(2) La livre de Paris (496 grammes) se décomposait en 16 onces ; 
l’once (31 grammes) en 8 drachmes ou gros; le gros (3,875 grammes) 
en 3 scrupules ; le scrupule (4,291 grammes) en22 oboles ; l’obole 
(0,645) en 42 grains. La livre d'Arras paraît avoir été de 14 onces, 


— 957 — 

Il est donc ordonné que dorénavant « l’estain à la roze 
d'Arras pésera six grains moins que l’eschantillon au mar- 
teau de P. Doresmieux, qui est de mesme carat que celuy 
de Lille » (soit 337 grains). L’étain au marteau et le tiercain 
devront être du mème poids que ceux dudit P. Doresmieux. 

Les échantillons, c'est à dire les petits lingots en forme de 
parallélipipèdes ou de « barreaux » qui viennent d’être obte- 
nus par la fonte des morceaux d’étain de diverses qualités 
seront, après avoir reçu la marque de la ville, déposés en 
chambre du Conseil pour que les commis puissent y avoir 
recours, le cas échéant. 

On voit, par cet exemple, avec quel souci de la bonne 
renommée du commerce local, les échevins s’efforçaient de 
garantir la qualité, l’origine et le poids des produits. Dans 
le cas présent, ils avaient en outre à sauvegarder la santé 
publique que pouvait rompromettre un excès de plomb dans 
des vaisseaux exposés journellement à l'action dissolvante 
du sel et des acides. 

Après les expériences si concluantes auxquellesils venaient 
de procéder, les échevins s’empressèrent de publier et afficher 
une ordonnance qui, en beaucoup de ses parties, n’est quela 
- reproduction texluelle de l’édit de 1519. Nous nous borne- 
rons, par conséquent, à signaler les modifications et les addi- 
tions. Les modifications portent sur le taux des amendes qui 
passent à l’article {er de dix sols à dix livres et à l'article 2 
de dix sols à cinq livres. Aux trois articles suivants l’aggra- 
valion est moins considérable et ne correspond même pas à 
la dépréciation que la valeur de l’argent a subi depuis près 
d’un siècle et demi. Ces amendes sont en effet respectivement 
de trente, vingt et quinze sols au lieu de cinq, dix et cinq 
sols. Pour les derniers articles elles restent les mêmes, cinq 
sols, dix sols, soixante sols parisis, ce qui, en fait, pour la 
raison que nous venons d'indiquer, est une véritable atté- 
nuation de la pénalité. 

Dans les additions, on trouve moins des nouveautés que 


47 


—.258 = 


des précisions plus impératives sur certains points obscurs 
ou incomplets des règlements. En premier lieu : la compo- 
sition des diverses sortes d'étain. Ordre est donné aux potiers 
« de se conformer aux essais faicts par devant Messieurs 
du Magistrat » et celui « qui sera réfractaire, encourra une 
amende de dix florins pour chaque fois, applicable la moitié 
à la ville et l’autre à l'égard. » | 

L’édit de 1519 ne visait que le fin étain et le tiercain, On 
dut sans doute reconnaître à l'usage que l’étain de glace 
rendait l’alliage plus sonore et plus brillant, mais moins 
malléable et que d’ailleurs il était trop coûteux. En consé- 
quence, à une dale que l’absence de documents ne nous 
permet pas de déterminer, on autorisa les potiers, pour qu'ils 
pussent soutenir la concurrence étrangère, à fabriquer de. 
l'étain dit au marteau, « au titre de Lille, d'Anvers et autres 
lieux ». Quel était ce titre ? L’ordonnance du 20 avril 1667 
ne parut pas suffisamment explicite à cet égard même aux 
échevins, puisqu'ils la complétèrent par un nouvel édit de 
janvier 1672 qui débute ainsi: « en éclaircissant certains 
articles des règlements publiés en 1667... » et arrèle que « la 
composition de l’étain au marteau sera de huit livres de 
plomb au cent de livres de fin estain :. 

Les maîtres « prétendaient obliger les commis a estre 
présens a leurs fontes pour mettre leur estain et liercain 
conformes aux essais ». Le Magistrat repousse cette 
‘exigence, « attendu qu’iceux maistres sont garnis un chacun 
d’un pareil essay que celuy de la Ville déposé à cour ». En 
effet, on avait « remis à tous les potiers trois barreaux des 
. trois estains procédant dudit nouvel essay qui sont marqués 
de chacunes marques des maistres estainiers pour y avoir 
recours lorsque besoing sera ». 

En second lieu: une organisation plus efficace de la 
surveillance des aspirants à la maîtrise, pendant la prépa- 
ralion de leur chef-d'œuvre. « Les commis et les maistres 
debvront estre a ladite maistrise, auxquels sera donné vingt 


— 959 — 


sols par jour pour chacun maistre, qui seront préséns au 
nombre de deux, én leur ordonnant d’y aller alternativement 
Jjusques a tant que le chef-d'œuvre sera achevé ». 

Enfin, le changement du poinçonnage. D'après l’ordon- 
nance de 1519, chaque pièce d’étain devait être marquée 
d’une lettre de « l'abéché » (alphabet). Il est défendu désor- 
mais aux étainiers « de vendre aucunes pièces d’estain ou 
tiercain, soit vieilles ou neuves, par eux fabriquées ou non, 
ne soit qu’elles soient marquéks de la marque de la ville, qui 
se renouvellera chaque année des deux dernières lettres 
(chiffres) d’icelle année aux dépens desdits estainiers, le tout 
à peine de vingt sols d'amende. » En mème temps, le prix 
du poinçonnage qui était de six deniers par cent de livres 
est porté « à trois deniers pour chacunes pieces qui excéde: 
ront une livre et à la moitié pour pièces pesantes une livre 
et au dessoubs ». 

L'ordonnance de 1667 se terminait par la formule ordinaire, 
« retenons néantmoins faculté à nous et à nos successeurs, 
de ces présens édits et réglements changer et augmenter ou 
diminuer du tout ou en partie quand bon nous semblera. » 
Une occasion se présenta bientôt d’user de ce pouvoir. Comme 
on peut s’en convaincre en jetant un coup d'œil sur la liste 
des étainiers arrageois, annexée à cette étude, les membres 
de la famille Doresmieux avaient presque entièrement acca- 
paré l’industrie de l’élain au XVIIe siècle. Est il étonnant 
que, pour défendre ce quasi monopole, ils aient tenté de 
créer des difficultés aux candidats à la maîtrise eu de leur 
imposer, contrairement à de nombreux édits, un chef d'œu- 
vre trop compliqué ? Celte prétention devait provoquer la 
résistance de l’échevinage et une modification importante 
dans les statuts du métier. | | | 

Le 6 août 1682 {1}, Jean Bailion, bourgeois (2), apporta 


(4) Petit mémorial, 1676-1709. p, 76. 
(2) Baillon est qualifié de bourgeois dans le procès verbal de récep- 
tion à maîtrise, Il figure sur les registres aux bourgeois comme 


— 960 —. 


eh chambre son chef-d'œuvre, fait en présence des échevins 

_semainiers, du procureur général, des égards et de deux 
maîtres. Les maîtres refusèrent « de se trouver à la présen- 
tation d’iceluy chef d'œuvre pour donner leur advis verballe ». 
On passa outre et, séance tenanie, « Messieurs, faisant droit 
sur la conclusion dudit procureur, ont, pour faciliter à l’ad- 
venir l’establissement des maistres estainiers, quy sont en 
petit nombre en celle ville, entre lesquels & y a grande 
parenté et affinité, révocqué et r#vocquent, suivant la faculté 
à enx réservée par les édits politicques, l’article X desdits 
édits, seréservant en conséquence la liberté d'indicquer à ceux 
quy se présenteront le chef d'œuvre qu’ils trouveront convenir 
pour parvenir a maistrise », | 

‘ C'était là une atteinte grave portée aux nuiviluss des 
maîtres étainiers. Si leur corporation avait été puissante 
par ses propres forces ou par l'appui d’une confrérie, elle 
n’eût pas manqué de revendiquer ses droits et d’en appeler 
au Conseil d'Artois, comme l'ont fait souvent d’autres com- 
munautés ; mais les poliers d’étain, peu nombreux et d’ail- 
leurs isolés. étaient trop faibles pour s'opposer aux empiè- 
tements du Magistrat. 

Nous avons vu que les étaineries d'Arras étaient de même 
carat que celles de Lille et d'Anvers en toutes qualités. Com- 
parées à celles de Rouen et de Saint-Omer, elles apparaissent 
de meilleure composition et plus fine « estoffe » ainsi qu’on 
en peut juger par le tableau suivant : 

La première qualité comportait pour cent livres de fin 
étain : 

A Arras : quaire livres d’étain de glace. 
A Rouen: une livre d’étain de glace. 
A Saint-Omer : quatre livres de plomb. 


« reçu à bourgeoisie le vie d’aoust 1682 ». Il a donc été admis le méme 
jour, d'abord à la bourgeoisie, conformément aux édits, puis à la 
maîtrise. . 


— 261 — 


La deuxième qualité : 
A Arras : huit livres de plomb. 
A Rouen: dix livres de plomb et une livre de fin cuivre. 
À Saint-Omer : vingt livres de plomb. 
La troisiéme qualité : 
Tiercain à Arras : un tiers de plomb. 
Potin à Rouen : moitié de plomb. 

La composition du potin de Saint-Omer n'est pas indiquée 
par M. Pagart d’ Hermansart ; il y entrait des résidus de 
laiton. 

En présence de pareils écarts, le Magistrat élait bien 
fondé à défendre à tous marchands étrangers « de vendre 
durant la foire. d'Arras, es termes de ladite ville et banlieue 
de la potterie d’estain, ny autres ouvrages dudit mestier, sy 
la denrée n’est aussy bonne et aussy suffisante estoffe qu'on 
travaille en icelle ville » : à imposer l'égard à tous les étains 
de provenance étrangère et même à en prohiber la vente si 
on les reconnaissait de titre trop inférieur. 

Jusque à présent il n’a pas été fait mention dans les édits 
des marques auxquelles le public devait reconnaître la 
qualité de l’étain. Une ordonnance du 15 octobre 1700 
comble cette lacune, toujours à propos des contraventions 
« journellement » commises par les étainiers. | 

Le Magistrat, attendu que les potiers « n’observent pas les 
justes marques dont l’estain doit estre marqué selon les 
différentes qualités dont le métail pouvait estre » ordonne 
qu’à l'avenir toute vaisselle d’étain portera les marques ci- 
après « scavoir : la vaisselle d’estain d'Angleterre, deux 
petites roses avec les armes de la ville au milieu » (cette sorte 
d’étain, dont il est parlé ici officiellement pour la première 
fois, était considérée comme la plus fine de toutes). 

Celle d’éfain a la rose, une rose seulement avec les armes 
de la ville à droite «et n’aura qu’un grain de remède », ce 


L 


AA 16, édit. de 1667 déjà cité, 


— 262 — 


qui signifie sans doute que l’écart de poids avec l’échantillon 
type ne doit pas dépasser un grain ; c’est ce qu’on appelle 
tolérance dans le langage des monnayeurs. 

Celle d’éfain au marteau, un marteau avec la marque de 
la ville à gauche « et n’aura que deux grains au plus de 
remède )», | | 

Celle du fiercain, la marque ordinaire du tiercain. 

Il est fâcheux que les échevins n'aient pas cru devoir 
décrire la marque de la ville pour l’étain comme ils l'avaient 
fait en 1672 pour le camelot : « chaque pièce sera marquée 
d’un plomb avéc un rat » (1), et en 1676 pour les poids: 
« scavoir la grosse marcque imprimée d’un rat et la petite 
marcque aussy d’un rat et la fleur de lys » (2). Mais les 
étains conservës par les collectionneurs nous renseignent 
suffisamment à cet égard. La marque de la ville consistait 
en un écusson au lion de Flandres avec, en chef, un rat (3). 
Le lion fut d’abord accosté des deux derniers chiffres de 
l’année courante (fig. 1) puis bientôt des quatre chiffres du 
millésime (fig. 2) (4). 

Quant aux empreintes de la rose (fig. 3) et du marteau, 
(fig. 4 et 5) en même temps qu'elles étaient à Arras, comme 
dans nombre de villes, les signes indicatifs de la qualité du 
mélal, elles constituaient la « marque déposée » par chaque 


(1) Reg. des jours de halle 4597-1676, p. 560. 

(2) Petit mémorial 1676-4709, p. 110. 

(3) La marque des orfèvres fut aussi un rat jusqu ’en 1784, comme 
en témoigne la lettre suivante écrite au maieur de la corporation, par 
son correspondant de Paris : « 48 septembre 1784. J’ai bien reçu le 
pouvoir signé de vous et de MM. les autres gardes pour retirer votre 
poinçon, mais ils ne seront délivrés qu’à fin octobre et il est vraisem- 
blable que vous ne conserverez pas le rat... » Une autre lettre 
indique que le nouveau poinçon est un double H. HH. Archives munici- 
pales série HH liasse concernant les orfèvres. 

(4) Voir à propos du rat sur les sceaux et les marques d’Arras 
au moyen-âge l’ouvrage si documenté de M. Guesnon : La Sigillogra- 
phie de la ville d'Arras, p. xxx. | 


— 263 — 


nouveau maître en Chambre échevinale, le poinçon qui 
signait ses produits et le faisait reconnaître en cas de con- 
travention. A cet effet, les initiales du potier figuraient dans 
le bandeau de la couronne dont la rose ètait surmontée ou 
accostaiant le manche du marteau. | 

La prescription relative à la place que devaient occuper 
les armes de la ville n’a jamais été rigoureusement observée, 
On les trouve indifféremment à droite ou à gauche, au dessus 
ou au dessous de la rase et du marteau. 

Soumise à des pôglements sévères, l’industrie de l'étain, 
élait, en compensalion, protégée contre la concurrence 
étrangère. Que des étameurs ambulants viennent, comme de 
nos jours, solliciter la clientèle, défense leur est faite (juillet 
1699) (1) « de fondre aucun estain dans cette ville et d’en 
fabriquer de nouvelle vaisselle à peine de confiscation des 
effets et outils quy seront trouvés en leur possession et en 
l'amande de dix livres applicable moitie à la ville et l’autre 
au dénonciateur., » En conséquence ordre est donné « aux 
foreins qui travaillent actuellement dans cette ville de cesser 
leurs ouvrages dans les vingt-quattre heures. » 

Maigré ces prohibitions, les ambulants récidivent et 
même « plusieurs particuliers s’ingèrent de fondre del'estain 
de mauvaise qualité, fabriquant et raccommodant des vais- 
selles d’estain dans les maisons des bourgeois, dont les 
matières sont très vicieuses, en sorte que le publicq y est 
trompé. » Nouvelle ordonnance du 8 juillet 1712, avecinter- 
diction formelle aux étainiers marrons « de travailler sans 
au préalable avoir une permission expresse du Magistrat, 
par écrit » aux peines édictées en 1699 et avec autorisation 
(Caux commis accompagnés d’un sergent à verge de faire la 
saisie et capture des effets, moules et matières des contre- 
venants » (2). 


(1) Petit mémorial 4676-1709, p. 220. 
(2) Arch. mun. AA 49, p. 368. 


— 964 — 


On conçoit qu’une telle permission ne devait pas être facile 
à obtenir, car le Magistrat ne manquait pas de la subordonner . 
à l'assentiment des maîtres étainiers jaloux, de leurs privi- 
lèges. À cet égard, l'exemple suivant est instructif (1). Un 
bourgeois, Pierre Joudan, demandait qu’on lui permit (18 
février 1718) « de fondre des cuillères, recouvrir des pots de 
grès et de faïence et faire divers autres raccommodages ». 
Les échevins l'adressèrent, pour avis, au procureur général 
et à l'office. « Ayant comparus par devant,ledit procureur, 
écrit Joudan, lesdits commis demeurèrent d'accord qu'il n’y 
avait aucun inconvénient à l’admettre à travailler, sauf et à 
la réserve du nommé Légar, lequel estant de la même 
profession, sans estre estaignier, depuis plus de trente ans 
et par envie de métier, en prévoiant qu'il ne pourra plus 
exiger des particuliers quy luy donneront à travailler, ce 
qu'il voudra, comme il avoit accoustumé de faire parce qu'il 
estoit seul, a tellement excité les maïstres estainiers de cette 
ville contre le suppliant qu’ils se sont opposé à ce qu'il fût 
permis au suppliant de se mèler dudit stil et cela avec 
d'autant plus d’animosité que ledit Legur estant toujours de 
l'office (2), ils ont crainte que le suppliant, s’il'estoit un jour 
choisi par vos seigneuries pour estre dudit office ne marque 
(pas) leurs"pièces d'estain aussy aveuglement que ledit Legar ». 

Messieurs, considérant que les éiainiers n'avaient jamais 
protesté contre l’ingérence dans leur stil de Légard et d'un 
cerlain Pierre Bonnet récemment décédé, accueillent la 
requête de Joudan à la condition qu'il « refondroit les 
cuillères avec l’estain quy luy seroit baillé par les bourgeois 
et qu’il achepteroit chez les estainiers les couverts des pots ». 

Ce document est suggestif en ce sens que la tolérance 


D 


(1) Petit mémorial 1710-1719, p. 184. 

(2) Philippe Legard figure en effet, sans interruption, dans l’office, 
de 1700 à 1725, avec la qualification d’estainier et de pottier d’estlain 
bien qu’il n’eût pasété reçu à maîtrise de ce stil. (Reg. au renouvelle- 
ment de la loy). 


— 265 — 


complaisamment aveugle de certains commis suffit peut-être 
à expliquer comment, précisément vers cette époque « il se 
glissa des abus dans la qualité de l’estain ». Même, il faut 
croire que ces abus étaient graves et grands les désordres, 
car une ordonnance d'avril 1714 rappelle durement les mat- 
tres au respect des édits. 

Les commis à l'office devront « lever, les estains falsifiés 
et les apporter sur le champ au greffe du siège, pour, sur la 
représentation d’iceux, prononcer une amende de trente livres 
et la confiscation desdits eslains contre les contrevenans, 
l'interdiction de leur commerce pendant six mois pour la 
première fois et a toujours en cas de récidive ; lesquelles 
contraventions seront pareillement encourues sur la repré- 
sentation que les particuliers pourront faire, des estains 
qu’ils auront achetés (n'est-ce pas là l’indice d’une certaine 
méfiance à l’égard des commis ?} et au surplus, permis audit 
office de visiter.autant de pièces d'estain qu'ils trouveront 
bon et de repasser sur l’estain quoiqu'il soit déjà marqué de 
la villé. Il sera de plus permis aux esgards de visiter non 
seulemeñt les boutiques, mais les maisons et les chambres des 
maitres tontes les fois qu'ils le jugeront nécessaire. » 

En outre, il est interdit aux maîtres étainiers « de présen- 
ter à l'office, de l'estain de différentes fontes mélangées 
ensemble et de faire venir en cette villé aucun estain estran- 
ger; sans au préalable appeler les esgards avant que le 
débaler pour voir s’il est au titre de la ville et au cas qu'il 
pe soit pas, il lui sera donné la marque du titre dont il sera 
et la marque de la ville ensuite, le tout à peine de pareille 
amende de trente livres applicable, un tiers à l'office, un 
tiers au dénonciateur et le troisième à la ville » (1). Ne fau- 
drait-il pas chercher la cause, ou tout au moins une des 
principales causes de cette recrudescence de la fraude dans 
la nécessité où se trouvaient les étainiers de compenser par 


(4) AA 49, p. 468, 


— 266 — 


des gains illicites les perles résultant pour eux de la eoneur- 
rence des vaisselles de faïence ? L'industrie de l’étain, autre- 
fois si prospère, touche à son déclin et ie moment est proche 
où la communauté des potiers se dissoudrea. 

On ne constate plus son existence que dans deux docu- 
ments antérieurs à 1750, En février 1745, pour subvenir à 
. la pénurie du trésor, épuisé par la guerre de la succession 
d'Autriche, un édit royal institua dans toutes les villes et 
bourgs clos de France des offices héréditaires « d’inspecteurs 
et controlleurs des marchands et artisans tant en jurande 
que sans jurande ». Naturellement ces charges étaient 
vênales. Grand émoi dans notre province, qui, depuis son 
retour à la France, était, moyennant un abornement annuel 
de 500,000 Kivres, exempte de toutes nouvelles taxes et créa- 
tions d’offices. Le Conseil d'Artois offrit pour le maintien de 
ses privilèges et le rachat des offices une somme de 60,000 
livres plus deux sols par livre, transaction qui fut agréée 
par arrêt du 5 août 1747. Sur les rôles (1) dressés pour 
répartir la quote-part d’Arras (7,708 livres) entre les trente- 
six eommunaulés en jurande et les quarante-sept ° métiers 
indépendants, les potiers d’étain figurent parmi les corpo- 
rations, au dernier rang par le nombre. Ils ne sont plus que 
trois, en effet (2), et la cotisatian de ce corps miauscule est 
fixée à trente livres. 

Enfin, le dernier procès-verbal de l'admission à maitrise 
d’un potier d’étain date du 10 septembre 1747. 
_ Est-il élonnant dans ces conditions que sur la liste (3} des 
corporations établie en 1765 en vue des opérations prépara- 
toires au renouvellement de l’échevinage, on ne trouve plus 


(4) Arch. mun., série HH, liasse. 

(2) Ces rôles nous apprennent qu’il y avait trois potiers à St-Omer 
et deux à Aire. Bapaume, Béthune et Saint-Pol n’en comptaient pas 
parmi leurs artisans. 

(3) Citée par M. Parenty dans Les anciennes corporations d'arts et 
métiers d'Arras. 


— 26? — 


les étainiers. Il ne s'agit pas là d’une de ces omissions fré- 
quentes dans les registres et dont les conclusions hâtives 
qu'on en prétendrait tirer sont démenties par des faits pos- 
 térieurs. La communauté des potiers d’étain a vécu, et sa 
disparition, par une coïncidence, qui n’est pas un simple 
effet du hasard, est presque contemporaine de l'établissement 
d'une fabrique de porcelaine à Arras. 

C'est donc en vain qu’on la chercherait sur le bordereau 
énumératif des corporations averties d’avoir à se réunir 
pour nommer les délégués chargés de rédiger les doléances 
en 1789 ({). 

Est ce à dire cependant qu'il n’y eut plus à Arras que des 
marchands d’étaineries étrangères pour les personnes dési- 
reuses, par goût ou par habitude, de persévérer dans l’usage 
de la vaisselle métallique ? Assurément non ; mais n’ayant 
plus, si on ose s'exprimer ainsi, d’existence officielle, les 
fondeurs d’êtain qui continuërent, tant bien que mail (2), les 
traditions des anciens maîtres, ne figurent plus dans aucun 
registre échevinal. On perd donc leur trace pendant de lon- 
gues années. L'idée nous est venue de consulter un gros 
« registre (3) concernant l’organisation de la garde natio- 
nale, en exécution de la loi du 14 octobre 1791 ». Là, parmi 
les 3.378 noms des hommes valides de 18 à 60 ans et plus, 
qui sont venus s'inscrire eux-mêmes avec une orthographe 
souvent fantaisiste, nous avons découvert un « étinier », un 
« fondeur d’estin » et un « potier d’élin ». Les recensements 
(d'ailleurs fort incomplets) de l’an XII et de l’an XIV con- 
tiennent encore chacun un de ces trois noms. Enfin sur les 
rôles du « dénombrement de la population d'Arras en 1820 » 


(4) Archives municipales, série AA. vol. de pièces administratives 
du début de la Révolution. 

(2) Un potier parisien, Barry, annonce dans le Mercure « qu'il 
fabrique toute espèce de moules de commande et tient magasin 
assorti de seringues, alambics, etc.., 1763 ». 

(3) Archives municipales, 


+ 


— 968 — 


(19.025 habitants) (1) se rencontrent deux « éteiniers ». 
Plus tard,on ne trouverait sans doute plus que des étameurs. 

Aucun renseignement précis, à notre connaissance du 
-moins, ne permet de décider si les potiers d’étain arrageois, 
comme tant d’autres corporations, ont eu une organisation 
religieuse, une chapelle, des chandelles aux enseignes de la 
communauté. Dans un document intitulé : « Ordre des 
corps de métiers et serments de cette ville d'Arras, qui se 
tiendront le dimanche 7 juin 1598, à la procession qui se 
fera pour la publication de la paix » (2) (traité de Vervins) 
. on voit bien les étainiers figurer parmi les cinquante-deux 
métiers mentionnés, mais leur présence à une cérémonie 
religieuse, en des circonstances exceptionnelles, n'a rien de 
concluant. 

Le 13 février 1600, lors de l'entrée solennelle des archi- 
ducs Albert et Isabelle dans leur bonne ville d’Arras, les 
corps de métiers rivalisèrent d'ingéniosité pour donner plus 
d'éclat à la réception des souverains. A l'entrée de la rue 
des Trois-Visages, « les orphèvres, estainiers et feroniers » 
firent construire « ung teaire » représentant l’histoire de la 
Sainte Chandelle et surmonté de la statue de St Eloi (3). 1] 
semblerait d’après ca groupement que les trois stils fussent 
_affiliés à la confrérie de St-Eloi. D'autre part, dans l'Armo- 
rial d'Artois de M. Borel d’'Hauterive, on trouve des armoi- 
ries établies en 1699 par d’Hozier « pour la communauté des 
orfèvres, fourbisseurs, étainiers, plombiers et épingliers 
d'Arras ». Elles sont « d’azur à un St-Eloi d'or sur une ter- 
rasse de même » (4), (fig. 10). On serait donc tenté de con- 


(1) Idem. 
(2) Cité par M. Aug. Parenty. 
(3) Voir la reproduction de tous les théâtres élevés par les corps de 
métiers dans le tome vi 2e série des Mémoires de l’Académie d’Arras : 
Arras et l’Artois sous le gouvernement des archiducs, par M. G. de 
Hauteclocque. 

(4) Notre collègue M. Acremant, qui 1e: avait relevées sur l’Armo- 
rial général de France,nous en a très obligeamment communiqué 
une copie. 


— 969 — 


clure de ces deux faits à la réunion, sous une même admi- 
nistration confraternelle de ces divers métiers. 

Eh bien ! cette conclusion serait erronée. Les orfèvres, de 
par le prestige des métaux prècieux qu’ils manipulaient et 
les conditions d’art imposées à la joaillerie, formaient un 
corps presque aristocratique. Par le choix même d’une déno- 
mination plus sonore et plus ambilieuse, les orfèvres 
avaient toujours établi une démarcation infranchissable 
entre eux et les simples févres, c’est à dire les ouvriers du 
fer et des métaux communs. Ils avaient pour patron St Eloi, 
mais un St-Eloi bien à eux, comme le constatent les registres 
de leur corporation (1). 

D'un autre côté, la confrérie de St-Eloi, d’après un 
édit de 1640, comprenait les métiers suivants : ( seruriers, 
feroniers, mareschaux ferrans, taillandiers, marchands de 
fer, arquebusiers, espronniers et clouteurs » (2) auxquels 
s’ajoutèrent dans la suite « les orlogers, couteliers et cha 
rons » (3). | | 

Quant aux plombiers, ils confraternisaient avec les cou- 
vreurs sous le patronage d’une Notre-Dame, que, dans leur 
registre (4) par une allitération gracieuse et naïve, ils appel- 
lent indifféremment Notre-Dame des Coucvreurs, Notre-Dame 
des Recouvrances ou de la Recouvrance. En ce qui les con- 
cerne, l'attribution de d'Hozier est donc inexacle. 

Les potiers d’étain étaient-ils placés isolément, comme 
les orfèvres, sous l’invocation de St-Eloi ? C’est possible, 
mais rien ne le prouve. Affranchis des liens corporatifs 
avant la Révolution, les étainiers n’ont pas eu, ainsi que les 
autres communautés, à déposer leurs archives au greffe du 


(4) Arch. mun., série HH, liasse orfèvres. 

(2) Arch. mun. Livre vert. 

(3) Série H H liasse de la Confrérie de St-Eloi. Registre année 
4741. p. 103. | 


(4) Même série, liasse des couvreurs. 


— 970 — 


district. Ce petit problème a, par. conséquent, des chances 
de demeurer insoluble, | 

11 nous resle maintenant à donner quelques détails sur la 
constitution de l'office de l’étain et sur les étaïneries fabri- 
quées à Arras. 


Office de l’étain., 


On a vu que l'office de l'étain avait été créé vers 1400. Il ne 
sera peut-être pas inutile, pour bjen faire comprendre son 
rôle et ses attributions, de’résumer en quelques lignes le 
mécanisme des services municipaux au début du XVe 
siècle (1). On sail que le renouvellement de la loi avait lieu 
chaque année, à la Toussaint. Dès leur entrée en fonctions, 
les échevins désignaient d’abord ceux d’entre eux qui 
détiendraient chacun une des six ( grandes clefs » ou des 
six « petites clefs » correspondant aux serrures compli- 
quées du « huchel aux sceaux » ; une des clefs du « huchel 
aux chartres » et de la « huche ou est ledit huchel », de 
« l’aumairette à la chire » (2) et du « huchel à l’argent » ; 
ce dernier coffre fermait à cinq clefs ; le maïeur avait « la 
clef du nocquet, » un échevin v la clef auprès du nocquet, » 
et ainsi de suite. Puis, l’Assemblée, par une opération 
analogue à celle de la distribution des conseillers municipaux 
actuels en commissions, répartissait quelques-uns de ses 
membres dans les charges de « commis aux présens (ou aux 
honneurs), aux ouvraiges, à l'artillerie, aux hospitaux et à 
l’eswart dela chervoise, » On procédait alors à la constitution 
des offices. Constituée la première, la puissante « vintaine » 


(1) Tous les détails qu’on va lire sont tirés du registre au renou- 
vellement de la loy, qui, commencé en 4415, donne année par année, 
jusqu’à la Révolution, la composition de l'échevinage, des commissions . 
et des offices. (Arch. mun. 4 volumes.) 

(2) Voir l’Introduction à la Sigillographie d'Arras, où M. Guesnon, 
le savant qui connaît le mieux les institutions de notre ville, a élucidé 
la question de la garde des sceaux et des chartres. 


He | 


nommait à son tour les offices des sayes et des draps « qui 
lui faisoient serment apporté à Messieurs par ladite XX°° », 
venait ensuite « l’eswar au poisson ». De 1429 à 1463, quatre 
des offices les plus importants : « le vin » ou «les vi hommes 
du vin »,« le pain » ou « le grand marché », « le petit 
marché », « les chevaux » et en outre « les eschevins de 
dehors la porte de Miolens » « se faisoient par Messieurs les 
eschevins par boulles (1) quy se jetlent enveloppez en chire », 
« qui leur escheient ainsy qui bon leur semble ». C'était donc 
une élection au scrutin secret, très secret, sous enveloppe 
scellée. Les autres « se faisoient sans boulle par élection », 
c'est-à-dire à découvert et « ensamble d'accord ». Voici sous 
quels titres sont généralement inscrits les commis de ces 
offices : « 1v des heritaiges (2) ; toiles ; boucherie; commis 
à la graisse; commis à l’estain ; peleterie ; parmenterie ; 
viezerie ; orfaverie ; barbiers ; sellerie ; chaveterie ; thieulles 
(tuiles) ; baccons (lard salé) ; cuirs ; commis à l’estayère ». 

Par la suite, les eswars de la cervoise et du poisson furent 
affermés, sous le contrôle de l’échevinage ; il se produisit 
des dédoublements, des réunions, des créations nouvelles 
d'offices, des modifications dans le nombre et les attributions 
des commis.On comprend qu’une organisationaussicomplexe 
ne peut être immuable ; néanmoins dans ses grandes lignes 
elle persistera jusqu’à la Révolution. 


(4) Boule de cire destinée à recevoir l'empreinte du sceau ; par 
extension toute espèce d’écrit scellé — Bulle, 

(2) Au XIVe siècle, les quatre des héritages étaient élus par 
« boulles ». Le 1er février 4356, le Magistrat renonça à ce mode de 
votation et décida que désormais les échevins « ensamble d'accord » 
choisiraient quatre prud'hommes, deux maçons et deux charpentiers 
« pour faire l'office des quatre des héritaiges, et plus ne seront jetés 
en boules, pour che que aucune fois on y metoit gens qui riens ne 
savoient et qui ne savoient faire ledit office, dont plusieurs estoient 
decheu » (deçus). Reg. mém. 1354-1383, page 1. C’est sans doute pour 
-un motif semblable que la mention « par boulles » disparaît du reg, 
au renouvellement de la loy en 1464. 


— 972 — 


Ces divers offices n’étaient donc pas, comme on l’a dit, 
plutôt des surveillances de corporations que des délégations 
municipales. Il ne faut pas confondre, en effet, les commis 
des offices avec les administrations que les corps de métiers 
élisaient annuellement dans leur sein et qui se composaient 
d’un maieur et de quatre échevins ou « gardes du Corps. » 
« Les maieur et quatre » d'une corporation, selon la for- 
mule consacrée, élaient chargés de la tenue des registres, 
de la gestion financière de la communauté, du règlement de 
toutes les questions qui intéressaient le maintien des privi- 
lèges du corps et l'observation des statuts. Sur ce dernier 
point leurs attributions se rapprochaient tellement de celles 
de l'office, que les commis et les « quatre » sont souvent 
désignés par le même mot: « les esgards ». Nous avons 
même pu constater, en comparant les « registres au renou- 
vellement de la loy » aux registres de la confrérie de St-Eloi 
que parfois les « quatre » élus par les fèvres de celte con- 
frérie, avaient été également nommés par le Magistrat 
€ Commis à l'office » des serruriers. Il serait par consé- 
quent plus exact d'appeler les offices des surveillances de 
métiers par délégation municipale. Un sergent à verge du 
siège échevinal était affecté à l'office de l'étain (1). 

Comment s'exerçait cette surveillance en ce qui concerne 
les étainiers et quelle était la composition de l'office de 
l'étain ? Le texte des édits nous a donné des indications 
suffisantes sur les obligations et prérogatives des égards el 
sur la façon dont leurs services étaient rémunérés. Nous 
n'y reviendrons pas. En général, les commis à l'office de 
l’étain étaient au nombre de quatre, quelquefois de cinq, 
plus rarement de six ou seulement de trois. Ils étaient 
recrutés au XVe siècle parmi les potiers d’étain, les bour- 


(1) Registre mémorial 4495-1508 p. 340. — Reg. mém. 1676-1709 
p. 82. « Messieurs, ouy le procureur général, ont reçu et admis Jean 
du Metz à faire les debvoirs en sa qualité de sergent à verge de cedit 
siège à l'office de l’estain. 2? may 1684 », 


= 973 — 


geois, et les artisans de diverses industries employant les 
métaux : plombiers, caudreliers espacheliers (épingliers), 
armoyers (armuriers), couteliers et serruriers. Deux fois on 
y trouve des viéziers ! 

Presque toujours, l'office se composait d’un étainier, d’un 
plombier, d’un bourgeois et d'un artisan d’un des métiers 
indiqués ci-dessus ; de 1491 à 1520, régulièrement, à l'étai- 
nier et au plombier furent adjoints deux bourgeois ; au 
XVIe siècle, quand il n’y a qu’un bourgeois parmi les com- 
mis, c’est un caudrelier ou un quincaillier qui prend la qua- 
trième place. À partir du XVII siècle, l’élément bourgeois 
disparaît, on ne rencontre plus avec le potier qu’un quin- 
caillier, un chaudronnier, un plombier ou un vitrier (Les 
vitriers usaient de lamelles de plomb pour sertir les pièces 
de leurs verrières). | 

Enfin au XVIIIe siècle, la décadencede l’industrie étainière 
paraît se manifester dans l'office, par l’absence de potiers 
authentiquement reçus à maîtrise. De 1700 à 1725, la 
corporation est représentée par ce Philippe Légard, qui, bien 
que qualifié potier d’étain, n’était, on s’en souvient, qu’un 
raccommodeur d’étaineries. Pendantles dix années suivantes, 
quoique le nombre des commis ait été porté à cinq, le service 
est assuré, uniquement, par deux Pose deux RARES 
et un chaudronnier. 

Parmi les cinq égards de 1735 reparaît un soi-disant 
étainier, J.-Bte Cuvelier, qui d’ailleurs, deux ans plus tard, 
devient jaugeur de la Ville et de St-Waast, C’est sous ce 
titre qu'il sera désormais inscrit jusqu’en 1773. 

Détail curieux .et typique ! L’office de l'étain se compose 
en 1752 « des Sieurs Baillon ancien estainier, Joncqué, 
filetier, cy devant estainier et Cuvelier, jaugeur », qui, lui 
aussi avait été peu ou prou étainier. Ne semble-t-il pas que 
la réunion de ces trois hommes qui ont renoncé à une 
profession déchue de son ancienne prospérité justifie le 
proverbe : Quand le navire fait eau, les rats s’enfuient. 


48 


— 974 — 


De 1755 à 1773, l’office est constitué par deux commis, 
les sieurs Joncqué et Cuvelier, presque réduits sans doute 
au rôle de vérificaleurs des mesures d’étain. En effet, outre 
qu’elles étaient soumises à la marque indiquant la qualité 
du métal, les mesures employées par les cabareliers et les 
débitants de liquides, devaient être espallées par les commis 
à l'office de l’étain, c’est-à-dire reconnues « de bonne jauge 
et non vicieuses » par leur conformité à l’espal ou étalon 
légal. Comme certains commerçants peu scrupuleux usaient 
volontiers de pots « bossués vieux et petits au préjudice du 
public », le Magistrat, par une ordonnance du 13 janvier 
1674 {1), renouvelée dans les mêmes termes en 1700, 1702 et 
1722 (2), les obligea à porter leurs pots chez le commis 
désigné, pour les faire « flastrir » et « marquer de la marque 
ordinaire de la Ville », et ce, « moyennant le salaire de six 
deniers par chacun pot ou mesure indifféremment ». Afin 
d’être « certiores » que leurs mesures continuent à être 
« bonnes et léables », les débitants pouvaient, quand bon leur 
semblait, les faire de nouveau flastrir, au prix de trois 
deniers pour cet espallage facultatif, L'absence de marque 
sur une mesure entraînait une amende de six livres (3). Ces . 
prescriptionsexpliquentla quantité de marques et de poinçons 
qu’on rencontre parfois sur d'anciens pots d’étain. 

Dauslapériodequis’étend de 1773 à 1786, les procès-verbaux 
d'installation de l’échevinage ne sont pas accompagnés de 
l’'éoumération traditionnelle des divers offices. Lorsqu'’en 


(4) Arch. mun., À A. 16, no 670. 

(2) Arch. mun., A A. 18, p. 177 et 422. A A. 22, p, 253, 

(3) Avant 1674, les mesures pour le vin étaient visitées par Îles 
commis du grand marché ; celles pour les autres liquides par les 
commis du petit marché. « Il est permis à ces commis de continuer 
leurs visites comme ils ont fait cy devant, desoubs les mêmes amendes 
et confiscations qu'il s'est praticqué jusqu’à présent (édit de 1674) », 
mais « en appelant le commis à l'office de l’étain auquel il est enjoint 
_d’y aller et sans lequel ils ne peuvent faire leurs visites » (édit de 1702). 


= 275 — 


1786, 1788, 1790 (l’échevinage n'étant plus renouvelé que: 
tous les deux ans depuis 1765) la liste des égards figure à: 
nouveau sur les registres, on y retrouve les offices précédents 
(1), sauf celui de l’étain, qui n’avait plus de raison d’être, 
mème pour l’espallage des pots, puisque le 12 avril 1776, le 
Magistrat avait nommé un RODRCNEIAUSeRE pour les 
poids et mesures (2). 


Les étains d'Arras. 


En écrivant ce chapitre sur les étains d’Arras, nous 
n'avons nullement l'intention de prétendre que les « denrées » 
de nos potiers se distinguaient de celles des villes environ- 
nantes par des particularités de forme et d’ornementation. 
Notre seul but est de préciser, par des exemples, le fait 
bien connu d’ailleurs, des usages multiples auxquels se 
_ prétait la souplesse de l’étain, ici, vaisselle de luxe substituée 
dans les grandes occasions aux ustensiles de terre ou de 
bois ; là, vaiselle relativement économique, remplaçant 
l’argenterie dans le train journalier des riches ménages. 
Nous essaierons en outre de déterminer la valeur des 
« estaineries » au cours des siècles précédents. Si les lecteurs 
veulent bien nous suivre, ils pénétreront avec nous dans les 
monastères et les hôpitaux, dans les chambres de l'échevi- 
nage et de la Cour le Comte, dans les maisons des bourgeois 
opulents et plus tard même dans les plus modestes logis. 
Ils pourront y dénombrer les pièces d’étain, les soupeser et 
en évaluer le prix. Qu’on ne s’étonne pas que des enquêtes 
aussi indiscrètes soient possibles et même faciles. Les 


(4) « Grand marché, vingtaine, grand égard des cuirs, thuilles et 
lattes, chevaux, graisse, tailleurs, des quatre héritages, latayelle 
(composée comme l’estayère de 1415 de deux tanneurs et de deux 
cordonniers), serruriers, cordonniers mineurs, chapeaux, boucherie, 
bière et houblon, poisson ». — Reg. au renouvellement de la loy. 


(2) Reg. 1775-1784, 


= 216 — 
archives municipales et départementales livrent aux cher- 
cheurs les clefs des intérieurs les plus fermés. 

On a vu que en 1324, la Comtesse Mabhaut avait installé 
et meublé à ses frais les dominicaines de la Thieulloye. 
Ainsi que le reste du mobilier, la vaisselle d’étain avait été, 
il est vrai, achetée à Paris. Il convient néanmoins d’en 
faire état comme renseignement sur un détail de la vie 
monastique et sur la valeur de l’étain à cette époque. Voici 
l’article du compte qui la concerne (1): « A Jehan de 
Provins, pour iv grans Kanes {2), xir quartes et xz chopines 
quarreez xL justes (8), xx1 salières, vi douzaines de grans 
escuelles, 111 douzaines de petites, uit grans plats et int 
mendres (moindres) d'estain : xxus livres xiv sols vi 
deniers » soit 233 pièces à deux sols ou vingt quatre deniers 
en moyenne, prix qui correspond à un poids moyen d'un 
peu moins de deux livres ; on se souvient, en effet, que 
Perrot Longuet, l’étainier arrageois qui fournit au même 
Couvent « deux buireltes à chanter » vendait ses denrées 
treize deniers la livre. 
 Deulx sols ! ce n'est guère au premier abord. Mais si on 
compulse les comptes des travaux exécutés aux diverses 
résidences de Mahaut (4), on constate que le salaire d’un 


(1) La Comtesse Mahaut, par M. Richard, p. 401. 

(2) La Kane ou Cane (diminutif : canette) équivalait à un lot ét 
demi et le lot à 2 litres 12 centilitres. On trouve cependant dans les 
inventaires de la Boutillerie de St-Waast. 1594. H 191 no 6, une 
Cane de deux lots, et deux Canes de trois lots, c’est-à-dire des pots 
d’une contenance de 6 et de 9 litres ! Peut-être les grans Kanes 
dépassaient-ils aussi la capacité ordinaire du récipient portant ce 
nom. | 

(3) « Le juste nomme ou en aulcun lieu chopine et le lot une 
quarte » (Dialogues franc. flamand. Michelant). La contenance de ces 
pots, variable d’après les pays, les localités et les époques est 
difficile a déterminer d’une façon précise. 

(4) Voir la Comtesse Mahaut, p. 261. 


7 


maltre ouvrier est de deux sols pendant les longs jours d'été 
et de 18 deniers pendant l'hiver. 

Ainsi au commencement du XIVe siècle, le prix d’une 
pièce moyenne de vaisselle d’étain, par exemple, un petit 
plat pesant deux livres, est supérieur au salaire maximum 
de la journée d’un bon ouvrier. En était-il de même à la fin 
du XIX+ siècle ? On peut à priori et sans grand risque de se 
tromper répondre affirmativement. Admettons avec M. le 
vicomte G. d’Avenel, (1) que en 1896, l’ouvrier de province 
(maçon, charpentier, couvreur) gagnait 3 fr. 60 environ, la 
valeur proportionnelle du petit plat d’étain devait être et 
elle était en réalité de plus de quatre francs (2). 

Cette conséquence n’a rien d’inattendu. Comme l’étain, 
sans être un métal précieux, partage avec l'or et l'argent 
l'avantage de ne pas s’oxyder facilement, ce fiers métal, 
‘ainsi qu'on l’appelait autrefois, a toujours été recherché, et 
son prix, malgrè les fluctuations du marché et de la mode 
ne s’est jamais avili. Par suite, le rapport que nous venons 
de signaler entre la valeur d’une pièce d’étain et le salaire 
d’un ouvrier aux points extrêmes d’une période qui com- 
prend près de cinq siècles n’est pas accidentel. Nous serons 
donc légitimement autorisés à déterminer la valeur de cette 
« denrée » en prenant pour terme de comparaison suffisam- 
ment approximatil le taux des salaires à certaines époques 
intermédiaires. 

Franchissons un siècle. Marguerite de Flandres, mère de 
Jean Sans Peur était morte le 21 mars 1405 à son château 


(4) Paysans et ouvriers depuis sept stècles.(Revue des Deux Mondes 
octobre 14896 p. 841). | 
= (2) 2 sols = 24 deniers ; 3 fr. 60 — 72 sous. Donc, vers 1325, un 

denier correspond à trois de nos sous et un sol à 36 sous, comme 
puissance d’achat relativement à l’étain, et à beaucoup d’objets de 
consommation. Ex: une poule, de 8 à 10 deniers, un lapin, 12 deniers; 
une oie, 12 à 20 deniers ; 10 harengs 5 à 7 deniers (Comtesse Mahaut 
chap. cuisine). 


— 278 — 


de Bellemotte. On dressa, le 7 mai suivant, à la Cour le 
Comte, l'inventaire des biens- meubles laissés par la souve- 
raine défunte, en vue du partage qu’il s'agissait d'en faire 
entre ses trois fils. | 
_ Est-il téméraire de penser que les estaineries diverses’ 
cataloguées en cet acte provenaient de la fabrication . des 
poliers arrageois ? On sait que, au contraire de Mabaut, 
princesse peu sédentaire, Marguerite avait fait d'Arras son 
séjour favori. Il est donc permis de conjecturer qu'elle 
s’approvisionnait sur place. 
. Tout en regrettant de ne pouvoir nous attarder dans la 
contemplation des joyaux, de l’argenterie, des tapisseries et 
des meubles somptueux dont l’énumération détaillée remplit 
soixante-quatre pages in quarto (1), notons au passage les 
pièces d’étain rencontrées. | 

« xx11 plas et xi escuelles d’estain aux armes de madame 
en une bouge de cuir ; ut plas d’estain signés A. V.et un 
croissant ; xLIx escuelles et xvi plas d'’estain aux armes de 
madite dame » (2). 

€ xxvIII chandeliers d'estain pour en es sales et 
cambres C. sols ». 
=. € Dans la maison de ladite dame en la rue de Granchon 
n los d’estain ; : XVI sols ; 1 demy los :x sols ; vi plas plus xn 


(4) Documents et extraits concernant l’histoire de l’art dans les 
Flandres, l’Artois et le Hainant par M. l’abbé Dehaisnes, archiviste du 
Nord, tome I p. 474. 

(2) Pour que les experts aient cru devoir signaler les lettres A. V. 
et le croissant, il faut que ces empreintes, relevées sur la plus belle 
vaisselle d’étain du château aïent été les signes d’une provenance qui 
devait en rehausser la valeur. Le croissant, figure simple assez 
souvent adoptée comme marque de fabrication, était peut-être le poin- 
çon d’un étainier connu. Le 23 octobre 1579 Frémin Darras, taillan- 
dier coutellier intenta devant les échevins un procès contre certains 
confrères qui « s’ingéraient de prendre la même mercque du croissant » 
dont il poinçonnait ses produits depuis vingt-cinq ans. Il eut gain de 
cause, — Mémorial 1576-1597, 


— 279 — 


escuelles, x1 sausserons, uit salières rondes et 11 aighieres a 
couverts d’estain : xLvI sols ; 11 benoistiers d’estain noefs : 
x sols ». | 

« Dans la maïson de feue madame dehors la porte de 
Miolens 1 lot et demy lot et nn grans plas d’estain : xxxvi 
sols. 

Enfin sous la rubrique : vaisselle d’estain, cette simple 
mention : « sur tout prisié xv florins ». 

Les poids des objets ne sont pas indiqués mais les comptes 
de l’hôpital St-Jean nous apprennent que le pot de lot pesait 
six livres et que les salaires sont alors de deux sols et demi 
à trois sols, c’est-à-dire de 30 à 36 deniers. Il s’ensuit que 
l'estimation de xvi sols pour deux lots fait ressortir la livre 
d'étain à 16 deniers et que le prix de notre plat de deux 
livres est ici un peu inférieur au salaire maximum. Il 
s'agissait, il est vrai, d’une prisée d'inventaire. 

A partir de 142), les charpentiers et.les maçons gagnent 
quatre sols à l'hôpital ; à St- Waast, un certain Vallot, maçon, 
touche même cinq sols, soit de 48 à 60 deniers (1). Or en 
1450, l'hôpital achète à Pierre Gorin, étainier, quatre grands 
plats de fin étain pesant 31 livres (2) pour 77 sols 6 d., ce 
qui fait 30 d. la livre, prix relativement élevé qui tient soit à 
la hausse momentanée du métal, soit à la difficulté de 
fabriquer ces grands plats pesant près de huit livres. On 
voit en effet quelques années plus tard (1473), Pierre Gorin, 
fils du précédent, vendre aussi à l’hôpital deux pots de lot de 
fin étain pesant douze livres un quart à 22 d, la livre (3). 

Au XVIS siècle, les acquisitions d'’ustensiles d’étain 


(1) Tous ces salaires sont relevés dans l'inventaire des comptes de 
l'hôpital St-Jean, dressé par M. Lavoine ou dans les comptes de 
l'abbaye de St-Waast (Archives départementales). Au même moment, 
dans ces mêmes comptes le prix d’un lapin est de deux sols, d’une 
poule de 14 à 47 d. 

(2) Hop. I. E. 27. 

(3) Hop. I. E. 49. 


— 280 — 


continuent à l’hôpital. On fait souvent réparer la vaisselle 
qu’un service journalier et de minutieux récurages à la 
poudre d’albâtre (1) ont « gastée » ; on échange « l’estain 
viés et le viés tierchain » contre des objets neufs, le tout 
sans indication de poids, sauf en ce qui concerne l'achat 
(1535) fait à Antoine Barbet de « quatorze bouteilles d’estain 
à mettre aux piés des malades, pesant 80 livres et demy à 
quatre sols l’une » (2). Bien que l’on constate un renchéris- 
sement appréciable des denrées à cette époque, les salaires 
se maintiennent à 4 sols. Peut-être la fabrication de ces 
bouillottes qui devaient être hermétiquement closes exigeait- 
elle une main-d'œuvre plus coùteuse. 

Notons qu'en 1523, Perrine d'Ococh (sœur de l’hôpital en 
1505 et prieuse en 1529) achète pour 24 sols un calice d’étain 
provenant de sire Robert Hardi, mort de la peste (3). A côté 
de l'or, du vermeil et de l’argent, l’église a toujours admis 
l’étain comme « métal*sain » pouvant servir à la confection 
des vases sacrés (4). Les preuves abondent. Guy Patin, dans 
une lettre adressée à Charles Spon (février 1649) parlant des 
ravages du prince de Condé autour de Paris, écrira : « Ce 
prince fait avec trop de cruauté sentir sa rage et sa-furie à 
ceux d'ici à l’entour et surtout aux païsans et aux églises 
desquelles on emporte tout, horsmis les calices d’estain ». 
D'autre part l’usage s'était établi dans nos pays de mettre un 
calice d’étain avec sa patène dans le cercueil des prêtres 
défunts. Le Musée d'Arras possède un certain nombre de 
ces calices dits « funéraires ». 

* À l’abbaye de St-Waast on trouve, en outre de la riche 
argenterie des abbés, des dignitaires et des moines, une 


(4) Hop. I. E. 126 « achat de poudre d’albâtre pour recurer le fin 
estain ». 

(2) Hop. I. E. 100. 

(3) Hop. I. E. 91. 

(4) Henry Havard. Dictionnaire de l’ameablement, 


— 281 — 


vaisselle d’étain dont les pièces se chiffrent par centaines. 
Toutes ces étaineries proviennent des Pavs-Bas, de Haussy, 
d'Anvers et de Bruxelles. Nous ne nous en occuperions 
donc pas si dans la sécheresse des inventaires dressés par 
chaque nouveau dépensier, lors de sa prise en charge du 
matériel de la « boutillerie » et du réfectoire ne se rencon- 
traient quelques renseignements sur la forme de ces objets (1). 

Cinq lots d’estain y compris ung à pied. 

Cinq lots d’estain dont l’un rond. 

Cinq pots de demi-lot et un autre rond à becque. 

Quatre pots de pinte et un à becque. 

Six salières dont l’une est haulte. 

Estain à façon d'argent. 

Si l'attention du dépensier a é1é appelée par les particula- 
rités que présente une seule des pièces de chaque groupe, 
c’est évidemment parce qu’il s'agissait d’un nouveau modèle ; 
d’où on peut conclure que les anciens pots étaient ou carrés 
(chopines quarreez) ou cylindriques mais à parois verticales, 
sans pied et sans bec. Par un souci d'élégance on en vint à 
donner à leurs flancs cette silhouette arrondie, plus ou moins 
gracieuse, selon les époques, qu’ils ont conservée ; on 
amincit en les dressant les salières autrefois plates et 
lourdes, au détriment de leur stabilité et au grand ennui, 
sans doute, des convives superslitieux et maladroits ; on 
imita par copie ou plus probablement par simple surmoulage 
les pièces d’argenterie. 

D'après les procès-verbaux de réception à maitrise, c’est 
Grégoire de Givenchy qui le premier, à Arras, produisit en 
1542 comme chef-d'œuvre (2) un « pot à façon de canne à 
pied ». Ce Grégoire devait être un habile ouvrier, et mème 
un artiste daus son genre, car en cette mème année 1542, 
il obtint la commande d’une « couronne de fin estain dorée 


(4) Arch. dép. H. 191, pièces 6, 7 et 11, 1594-1624. 
(2) Arc. mun, rég. mém. 15241545 p. 346, 


— 282 — 


de fin or pour les réaulmes » de l’hôpital au prix de 33 sols 
4 deniers (1). (29 francs environ de notre monnaie). 

De mème que les monastères et les hôpitaux, la munici- 
palité était cliente des potiers. Il y avait à la maison 
commune toute une vaisselle d’étain, confiée à la garde du 
concierge ( pour ne s’en servir que quand Messieurs man- 
geront en corps et en particulier, sans pouvoir la servir 
pour les étrangers » (2). Tous les ans, lors du renouvelle- 
ment de la loi, les échevins « commis aux honneurs » — 
dont le rôle dans l’échevinage avait, toutes proportions 
gardées, de grandes analogies avec le service actuel du 
Protocole dans l’Etat — dressaient, pour leur décharge, à 
la fin de leur registre de gestion, l’inventaire du mobilier de 
l'Hôtel de Ville. Mention de la vaisselle d’étain est faite pour 
la première fois sur le registre de 1624. 

« Un plat bachin à laver et une esguière d’estain avec les 
armes de la ville. 

» Dix sept grands plats de quattre livres la pièche. 

» Douzaine et demye d'aultres grands plats de moindre 
poids, 

» Dix huict aultres plats encore moindres. 

» Deux douzaines d’escuelles plattes. 

» Six douzaines d'’assiettes. 

» Douze saulserons. 

» Vingt quatre canes esquelles se portent les vins de 
présent ». Et Dieu sait s’il y avait des vins de présent ! Sei- 
goeurs du cordon (de la toison) d’or, grands d’Espagne, 
évèques, personnages de tous genres (3), « lorsqu'ils vien- 
nent la première fois en la ville » et, en ces circonstances, 


(4) Hop. I. E. 109 ; réaulmes, grandes fêtes. 

(2) Arch. mun, Rég. des commis aux honneurs 1660. Beaucoup 
de ces registres ont disparu. Il reste ceux de 4595 à 4602 et ceux de 
4624 à 1750. Sur le premier groupe l’argenterie seule est inventoriée. 

(3) Voir le Réglement pour la présentation des vins. Reg. aux 
honneurs 1624 p. 2. 


— 283 — 


« eschevins régnants, eschevins issants, eschevins issus » 
ont droit à un nombre déterminé de pots de vin qu’on por- 
tait à domicile. 

Aussi n'est-il pas étonnant que ces canes pesant près de 
douze livres, sans le liquide, reviennent « froissées » de ces 
fréquentes expéditions, quand elles reviennent. 

. En 1627, il n’en reste que vingt et une. Il manque d’ail- 
leurs quatorze écuelles et six petits plats « à large bord ». 
De brèves et rares annotations suggèrent que les disparitions 
signalées presque à chaque inventaire ne résultent pas tou- 
jours de l’usure normale des ustensiles : « perdus au renou- 
vellement de la loy ; » « baïllés par ordonnance de Mes- 
sieurs pendant l’absence des commis ! » « Un plat ne se 
retrouve pas ! » 

On n'était pas aussi sévère pour ces soustractions à 
Arras qu'à Paris, où, « le samedy XXX® jour de janvier 
1599 ung paveur fut pendu pour avoir dérobbé deux assiettes 
d’estain en une taverne » (1). 

Il est donc nécessaire de remplacer de temps à autre un 
matériel soumis à de telles fatigues et à tant de risques. On 
remet, en 1634, à Pierre Doresmieux une grande partie des 
vieilles étaineries pour les refondre : 21 canes (250 livres), six 
douzaines d’assiettes (84 livres), une douzaine de petits plats 
.( à mettre dessert et issue » (12 livres). Pour cette opération, 
la livraison de 21 livres d’éiain neuf et la « pose des 
armoieries de la ville sur la couverture desdites canes » le 
maître étainier reçoit 29 livres 7 sols plus 5 livres « pour le 
mieux vaille d’un bassin à laver mains et d’un esguière 
d’estain noeuf échangé FORE) un vieil bassin et vieille 
esguière » (2). 

Le nouveau bassin portait au lieu des armes d'Arras, « les 
effigies de feus les sérénissimes archiducqs » comme le beau 


(1) Journal de Pierre de l’Estoile, t. vu p. 178. 
(2) Rég. aux honneurs 1634, p. 29 et 34. 


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plat d’étain de l'hôpital St-Jean qui a figuré à notre exposi- 
tion rétrospective de 1896. 

Le prix de l’élain ne ressort pas très clairement de ce 
compte, mais trois ans plus Lôt, les mêmes commis avaient 
acheté à Pierre Doresmieux pour parfaire une cloche dont 
la première refonte n'avait pas réussi, 25 livres d'étain brut 
« à l’advenant de xur sols la livre. Or, en cette première 
moitié de siècle, les salaires des maçons, taillears de blanc, 
couvreurs de tuiles, huchiers, charpentiers sont à St-Waast 
de 10, 12, et 13 sols ; seuls les « crocqueteurs de grès et les 
couvreurs d’ardoises gagnent 15 sols (1). 

Nouvelle réfection en 1657. « Les eschevins commis aux 
honneurs ont visité la vaisselle en présence du procureur 
général et ont trouvé y rester deux cens huict livres d’estain 
net en ce. comprins le viel plat bassin avecq l'esguière, la 
plus grande partie toute froissée et faict à l’anticque, pour 
quoy Messieurs ont ordonné de renouveler ledit estain et en 
faire des plats et assiettes à lu façon moderne, ce qui auroit 
esté faict par Joachim Doresmieux quy auroit livré trois 
douzaines de plats et deux douzaines d’assiettes, le tout 
pesant cent soixante-quinze livres net, sur lequel vieil estain 
‘ ledit Doresmieux a pris sa facture (façon) quy a esté réduite 
à la somme de 17 livres 10 sols quy est à l’advenant de onze 
sols la livre et le surplus pour le parfait du plat et bassin cy 
dessus où sont empreintes les armes de la ville » (2). 

Cette rédaction un peu obscure signifie que l'opération 
s’est effectuée sans débours pour la ville puisque le potier 
_a conservé en échange de sa main-d'œuvre 33 livres de vieil 
étain (208 — 175) estimé onze sols la livre. 

Par façon antique, il faut entendre la vaisselle à bords 
plats et unis. On la modernisa en l'ornant de filets. 

Cet étain fut encore une fois (1685) « changé à cause 


(4) Arch. dép. H. 1134, 1135, 1136. 
2) Arch. mun., reg. aux honneurs 1660, 


— 285 — 

qu'il était rompu et ouvert » (2). Moins de dix ans après, 
l'inventaire annuel du mobilier disparaît des registres. Les 
empiètements successifs du pouvoir absolu sur les privi- 
lèges de l’échevinage avaient en effet peu à peu modifié les 
anciennes coutumes et considérablement amoindri l’impor- 
tance du rôle protocolaire des commis aux honneurs. « Pour 
et au lieu des canes de vin » (3) on se contenta d'en distribuer 
le prix aux intéressés. Toutefois ces distributions d'argent 
continuèrent à être inscrites aux registres sous le nom sym- 
bolique de « vins d’étrenne ». 

La ville n’en eut pas moins affaire aux étainiers pour 
d’autres motifs. Obligée de pourvoir au logement et à l’entre- 
tien des officiers et des troupes, elle dut organiser une 
administration analogue à celle des « lits militaires », dont 
elle mit d’abord le matériel, puis la gérance en adjudica- 
tion (4). Parmi les fournitures du mobiler de garçon des 
officiers figurent les étaineries suivantes : « Pour un colonel: 
six plats, trois douzaines d'assiettes, deux pots de lot, deux 
pots de chambre, douze cuillères et une salière (5), Pour 
un lieutenant colonel ou un major : trois plats, six assiettes, 
un pot de lot, un pot de chambre, une salière, quatre cuil- 
lères. » Un capitaine a droit aux mêmes prestations sauf 
en ce qui concerne le nombre des plats et des assiettes, réduil 
à deux et à quatre; les lieutenants et « autres officiers 
subalternes » n’ont qu’un plat, deux assiettes, un demi pot, 
un pot de chambre, une salière et deux cuillères. | 

La première adjudication de ces objets d’étain « au mar- 


(4) Arch. muñ., reg, aux honneurs 4685, 

(2) Arch. mun., reg. aux honneurs 1700, 

(3) Arch. mun., reg. aux fermes et adjudications, années 1682-1692 
…. 1731-1739 etc.. jusqu’en 1768, dernier registre subsistant. 

(4) Ces chiffres furent bientôt ramenés à 3 plats, 12 assiettes, un 
pot de lot, 6 cuillères, une salière et 2 pots de chambre, 


— 986 — 


teau, bon et valable, sujet à visitation » eut lieu le 13 mai 
1682 « au rabais et au moins disant ». 
En voici le résultat. Mise a prix à la livre. 


« Floris Doresmieux............, 15 sols 
Jean Doresmieux.............. 13 sols 
Ledit Floris Doresmieux....... 12 sols 9 deniers 
‘Ledit Jean Doresmieux....... .. 12 sols 6 deniers 


Adjugé ». 

S'il n’y a pas eu erreur de transcription de la part du 
scribe, Jean repassa la commande à Floris, car on trouve 
dans les comptes des commis aux ouvrages pour 1682 un 
article ainsi conçu : 

« À Floris Doresmieux pour avoir livré 1293 livres trois 
quarts de pesant d’estain, sçavoir 92 livres à 11 sols et 1201 
livresà 12 sols 6 deniers la livre, en 116 plats tant de quatre 
livres et demie que trois livres et demie ou environ, 174 
assiettes, 22 pots de lot, 30 demi pots, 55 pots de chambre, 
48 salières et quinze douzaines de cuillères ; en laquelle 
somme est compris 28 sols 6 deniers de raccommodage de 
plats et trois livres 18 sols diminués pour deux pots de 
chambre, un plat et une assiette pesunt dix livres et demy, 
a luy délivré de vieil estain et hors de service que ledit 
Doresmieux a pris à raison de 8 sols la livre et livré ledit 
estain conformément à son adjudication 799 liv. 4 s. 6 d, » 

Là ne se bornaïent pas les obligations de la ville envers 
la garnison. « Depuis des temps, elle fournissait pour les 
soldats malades » (1) les pièces d'étain nécessaires. Mais 
« les religieuses de l'hôpital St-Jean ne voulaient pas se 
charger de les représenter en nature » lorsqu'il fallait les 
remplacer. « Monseigneur l’intendant, sur la requête du 
Magistrat (août 1693) leur a dit de n’en fournir qu’à charge 
pour les religieuses d’en donner récépissé et de les repré- 
senter en nalure toutes et quantes fois il serait besoin de 


(1) Arch. mun Reg. aux résolutions, 1671-1713, p. 9, 


— 287 — 
leur en fournir d’autres à la place de celles qui seraient 
gatées ». 

C'est en vertu de cette décision que désormais le Magistrat 
fit inventorier les ustensilas donnés pour les soldats malades. 
Le 25 mai 1714, par exemple, on inscrit à l'hôpital St-Jean 
28 bassins, 74 pots de chambre, 82 pintes, 64 écuelles, 52 
plats d’étain, et à l'hôpital de l’Hôtel-Dieu de la Cité, 9 
bassins, 20 assiettes, 40 pintes et 6 écuslles (1). 

Ce n’est pas tout. La ville avait encore à pourvoir au 
mobilier de certains représentants de l'autorité royale, 
témoin un mandat de 15 livres 2 sols « payé à Charles 
Augustin Le Febvre pour plusieurs pièces d'étain par lui 
livrées pour la cuisine de l’intendance » (2). 

Tout ce matériel représentait une somme assez élevée, 
car si les pauvres diables occupés au curage du Crinchon 
ne recevaient encore que 5, 6, 7 et 8 sols par jour (3), les 
manouvriers employés par la ville (par exemple, les casseurs 
de glace pour la glacière du gouverneur) (4) gagnaient 
{0 sols et les chefs d’équipe 15 sols. Le salaire d’un bon 
charpentier à St-Waast allait alteindre 20 et 25 sols Par 
contre, on vient de le constater, un plat d’étain fin de deux 
livres coùtait plus de 30 sols. Le rapport se maintient. 

Cette quantité considérable d’étain détenu par des collec- 
tivités est cependant presque insignifiante en comparaison 
du nombre incalculable de pièces disséminées chez les parti- 
culiers. Nous savions, comme tout le monde, que l’usage 
de l’étain s'était peu à peu répandu et democratisé, mais si 
des milliers de documents d'archives ne nous avaient, pour 
ainsi dire, ouvert les portes des hôtels bourgeois et des plus 
humbles demeures, jamais nous n’aurions imagné une telle 
profusion de vaisselle métallique. Qu'on en juge. 


(1) Arch. mun. Petit mémorial 1740-4719 p. 118. 

(2) Arch, mun., rég. des commis aux ouvrages, année 1763, 
(3) Arch. mun., reg. aux comptes du Crinchon 1690, 

(4) Arch. mun., reg. des commis aux ouvrages, année 1700, 


— 588 — 

Lorsqu'un habitant de la ville mourait, comme une 
ordonnance de police prescrivait de procéder à l’inhumation 
vingt-quatre heures après le décès, il se produisait souvent, 
par suite de la lenteur des communications, que les enfants 
ou les héritiers du défunt ne fussent pas tous présents. En 
ce cas, ou pour tout autre risque menaçant l'héritage, le 
Magistrat, à la fois pouvoir administratif et judiciaire, 
donnait spontanément l’ordre d'inventorier les meubles et de 
les placer sous scellés. Les procès-verbaux de ces « actes 
conservatoires » dressés au cours du XVIIIS siècle (de 1706 
à 1792) ont été conservés aux archives municipales. Ils 
forment soixante-six liasses, contenant chacune environ 
cinquante minutes, ce qui nous permet de visiter en détail, 
à la suite des gens de justice, plus de trois miile mobiliers 
arrageois. Il est rare qu’on ne trouve pas d’étain même dans 
les plus pauvres logements, surtout dans la première moitié 
du siècle ; mais déjà on peut constater l’envahissement 
progressif de la poterie de grès blanc, de galère, de faïence 
et de fer blanc. La mode ne paraît pas encore être à la 
porcelaine. 

Quelques exemples, choisis un peu au hasard, nous 
fourniront des indications suffisantes sur le point qui nous 
occupe spécialement. Chez M. Proyart, avocat (1729), il ya 
41 pièces d’étain, plats, assiettes, etc., estimées 67 1. 10 s. ; 
chez M. Dourlens, également avocat en parlement (1751), 
105 pièces prisées à 171 1. 19 s. Il est à noter que dans les 
maisons où l’étain abonde, on est sûr de rencontrer aussi 
une riche argenterie ; celle de M. Dourlens a une valeur de 
1870 livres. 

Passons chez les négociants et les maîtres de métier. Mme 
Vve Caudron, marchande, sur la petite place (1741) possédait 
sept douzaines d’assiettes, 36 plats de toutes tailles, dont 
deux grands, pesant chacun huït livres et demie, etc. etc., 
le tout bien détaillé donnant en poids 301 livres d’une vaieur 
de 263 1. 2s,, en comptant, comme le fait le priseur, l’étain 


— 989 — 

d'Angleterre à 18 sols la livre, l’étain à la rose à {7 sols et 
l’étain au marteau à 15 sols. 11 ne faut pas s'étonner si ce 
luxe d’étain est accompagné d’une superbe et nombreuse 
batterie de cuisine en cuivre rouge et en cuivre jaune, d'une 
belle argenterie, de bijoux, de toilettes à galons d’or, etc., etc. 

L’estimation des étains de Roussel, marchand el maréchal- 
ferrant (1760) s'élève à 99 1. 16 s. 

Guislain Deransart, chaudronnier (1713) a cinquante 
pièces d'étain non évaluées, dont 24 assieltes à La mode. 

J.-Bte Couppe, perruquier (1726), 28 pièces. 

Un petit mercier (1726), 23 pièces dont six assiettes d’ étain 
à la rose, à la vieille mode. 
= Voici un cabaretier, Billot (1764), avec 76 pièces, pots. 
pintes et vaisselle du prix de 110 1. 10 5. | 

Dans la chambre de Delos, « cocher de la Coche de Paris » 
(1741) on voit non sans étonnement, au milieu de meubles 
très simples, un certain nombre de pièces d’étain à la rose 
dont un pot de chambre coté 3 1. 15 s., ce qui correspond à 
un poids supérieur à quatre livres. Le plus lourd de ces 
ustensiles dans les plus somptueuses demeures visitées ne 
pesait que trois livres | 

Il n’est pas jusqu’à la pauvre chambre habitée par une 
(ancienne fille, vivant en célibat » (1734) qui ne soit garnie 
de quelques pièces : 13 assieltes, 4 plats, une salière, un 
petit pot. | 
Si les experts priseurs désignent avec soin la | qualité de 
. l'étain, ils sont trop avares de renseignements sur les 
formes ; à peine trouve-t-on ça et là de vagues et brèves 
remarques : { assielles à la oteille mode ou à la mode » ; 
(« pots de figure anticque » ; plats ronds, plats ovales ; « huit 
plats d’estain, trois à la marly, les autres à plats bords ».On 
entend par marli ou marly, mot dont l’étymologie est encore 
incertaine, le filet en talus qui borde les assiettes et par 
extension le bord mème de l’assiette. Les plats « à la marly » 
--Ont donc une moulure, tandis que les autres sont unis @t ( à 
49 


plats bords ». Comme les étainiers imitaient les formes 
adoptées par les orfèvres et que beaucoup de leurs produits 
_ étaient « à façon d'argent », on peut dire, pour caractériser 

les pièces qui ont un certain cachet artistique, qu’elles sont 
de style Louis X111, Louis XIV ou Louis XV. 

I] serait facile mais fastidieux de multiplier à l'infini ces 
extraits des « scellés et inventaires » ; nous terminerons donc 
cette revue un peu monotone par une visite en la maison 
mortuaire (1751) de Mme veuve Cresson, marchande de 
faïence. Pour son usage particulier, Mme Cresson avait une 
assez grande quantité d’étain au marteau, et des pièces de 
faïence « en parties cassées » ! Mais ce qui peut intéresser, 
c’est l’évaluation des marchandises de son magasin. 

Les grands plats de faïence sont estimés 7 s. 6 d. la pièce. 

Les moyens, trois livres la douzaine soit 5 s. la pièce. 

Les petits, 50 sols soit 4 s. 2 d. la pièce. 

Les grands saladiers 8 s. ; les petits 5 s. fa pièce. 

Les pots de lot, les demi pots, les pots de pinte 5 s. la pièce. 

Les petits pots de ménage,6 1.5s. le cent, soit 1 s.3d.la pièce. 

Les assiettes plates 27 s. 6 d. la douzaine. 

Les assiettes de rébus (avec devinettes) 18 s. la douzaine. 

Les assiettes àroses30s., les plats à roses 31. 15 s. la douz. 

Les pots de chambre 5, 8 et 9 s. la pièce, 

etc., elc., etc. 

Ce sont là des prix d'inventaire et probablement des prix 
de facture, mais il en est de même pour les étains. Le bon 
marché relatif, l'agrément même de la faïence ornée de 
vignettes amusantes ou de fleurs décoratives et surtout 
facile à nettoyer expliquent la vogue croissante de ce genre 
de vaisselle, | | 
_ Commelessalaires varient au XVIIIssiècle de 20 à 25 sols, 
il faut donner aux chiffres qui précèdent le coefficient 3.5 
ou 3 pour obtenir la correspondance approximative avec la 
monnaie de la fin du XIXe siècle. | 

Si maintenant on réfléchit que trois mille scellés environ 


— 291 — 


apposés en l’espace de quatre-vingt-six ans ne représentent 
guère que trente-quatre logements inventoriés par an, c'est- 
à-dire une infime minorité au regard du nombre des mai- 
sons d'Arras, on aura une idée de la prodigieuse quantité 
de vaisselle d’étain de fabrication locale ou étrangère que 
contenaient la ville et les faubourgs. Rien qu'à « la vente 
faite à la ci-devant abbaye de St-Waast, le 5 novembre 1792, 
à la réquisition des administrateurs composant le direc- 
toire du district » (1) on dispersa pour 1113 livres 5 sols de 
plats, d’'assiettes et de pots d’étain. 

Que sont devenues ces innombrables étaineries ? Nousne 
parlons pas des pièces antérieures au XVII® siècle ; celles- 
là ont été successivement refondues au cours des âges et 
rarissimes en sont les spécimens, qui par un extraordinaire 
concours de circonstances favorables nous sont parvenus, 
La plupart de celles du XVIIs et du XVIIIS,ontété vendues 
au poids du métal, lorsque, au siècle dernier, l’usage de la 
faïence et de la porcelaine eut définitivement prévalu. Les 
autres, longtemps conservées comme ornements des dres- 
soirs bourgeois ou des « potières » villageoises auraient 
subi ls même sort, si la mode ne s'était avisée de les consi- 
dérer comme bibelots et objets de collection. 

Ne serait:il pas intéressant que notre Musée réunît à côta 
des beaux échañtillons de la céramique arrageoise qu'il 
possède déjà, les produits raréfiés de l’industrie autrefois si 
florissante de nos potiers d’étain ? M, Minelle, le dévoué 
mâire d'Arras, s’est empressé d'entrer dans ces vues. Sur sa 
proposition, la commission des Hospices a bien voulu faire 
don au Musée de plusieurs pièces provenant de l'hôpital 


St-Jean, notamment d’un pichet empreint sur son couvercle 
des armoiries de la famille de Citey (2). 


(1) Arch. dép. Inventaire et procès-verbal de vente, pièces non 
encore cataloguées. Chaque douzaine d’assiettes se vendit de 20 à 23 
livres, soit 1 fr. 70 l’assiette en moyenne. 

(2) De gueules à la bande d’or accompagnée de douze billettes de 
même. six en chef posées trois, deux, une, six en pointe, une deux trois, 


— 992 — 

C’est un commencement ; 1l faut espérer que de généreux 
donateurs enrichiront cette rollection et lui permettront 
ainsi de rivaliser un jour avec celle de la porcelaine. 

Pour aider les amateurs dans leurs recherches et dresser 
pour ainsi dire à l’avance le catalogue des pièces que nous 
désirerions voir dans les vitrines du Musée, nous donnons 
ici la nomenclature de tous les objets d’étain mentionnés 
dans les nombreux documents que nous avons compulsés. 

Cane de irois lots, de deux lots, d’un lot et demi. 

Pot de lot, demi-pot ; pinte, demi-pinle, pichet. 

« Rondasse ou placque à mettre pot sur la table ». 

Grands plats de 6, 7, 8 et même 9 livres. 

Moyens plats de 4 et 5 livres ; petits plats de 2 et 3 livres. 

« Gastelettes » ou « plats à mettre tarte et dessert ». 

« Plats à soupe » ou « potager » (soupière). 

Ecuelles à oreilles ; assiettes ; « assiettes volantes ». 

Saucerons, moutardiers, salières, poivrières. 

Saladiers, jattes. soucoupes, théières, cafetières, sucriers. 

Cuillères, louches, couteaux à manche d'’étain. 

Chandeliers, « benoistiers », calices, buirettes, navettes. 

Aiguières, « bassins lavoir », plats à barbe, bouillottes. 

Et pour ne rien oublier : seringues (1), pots de chambre et 
mesures diverses antérieures au système décimal, 

Toutes ces pièces, comme nous l’avons vu plus haut, 
peuvent se présenter sous plusieurs aspects ; avec la lourdeur 
et la sécheresse de la « figure anticque », ou avec la 
gracieuseléde contourset les enjolivementsdu style Louis XV. 
Rien n'empêche encore de classer les spécimens arrageois 


(1) On ne voit pas bien une seringue dans un musée ; pourtant s’il 
s'agissait, comme à Lyon, de seringues à incendie ! En 1636, les 
magistrats commandèrent à Claude Morand, potier d’étain « huict 
grandes seringues à douze livres et six aultres moyennes à huict 
livres » pour combattre les incendies (actes consulaires de la ville de 
Lyon. BB, reg. 190), cité par Henry Havard, 


— 293 — 


d’après leur marque de fabrication. Pour interpréter les 
lettres qui accostent le marteau ou s’alignent sur le bandeau 
de la couronne surmontant /a rose, il suffit de se reporter à 
la liste des étainiers. 

Par exemple, les initiales I. C. désignent Jean Cardau ; 
I. F. C. Jean-François Cardau, son fils. Dans ce dernier cas 
l’écusson au marteau est trilobé (fig. 4). Les Lettres À. F. 
(fig. 5) signifient Augustin Le Febvre; L. F. Louis Le Febvre, 
etc. Beaucoup de marques sont incomplètes, soit que le. 
poinçon n'ait pas frappé normalement le métal, soit que le 
relief de l’empreinte ait été émoussé par de fréquents récu- 
rages. Il sera souvent possible de compléter l'indication 
insuffisante des initiales par les chiffres du millésime et 
réciproquement. 

Mème fabriqués à l'étranger, des étains peuvent offrir un 
intérêt pour notre ville, s’ils sont marqués du poinçon d’un 
de nos établissements hospitaliers (1) ou monastiques. Pour 
l’abbaye de St-Waast : une croix ancrée dans un cercle avec 
bordure concentrique où courent trois rats (fig. 6) ; pour les 
dames du St-Sacrement : un ostensoir (fig. 8) ; pour les 
dames Augustines : un St-Augustin crossé et mitré portant 
dans la main gauche un cœur enflammé (fig. 7); pour 
l'hôpital St-Jean les lettres majuscules H. et P. (fig. 9). 

Dans beaucoup de localités de l’Artois et à Arras aussi, 
sans doute, on décernait au vainqueur du tir à l’arc un 
grand plat d’étain orné de l'effigie de St-Sébastien (2). Il 
arrivait même que le roi des archers fût représenté en 
costume de travail au milieu des outils de son stil (3). Ces 
sortes de plats (4) et les pièces de vaisselle timbrées aux 


(4) Hôpital St-Jean, I. E. 101 (1542) « Pour un poinchon a merquier 
estain, v sols. 

(2) Catal. de l'exposition rétrospective de 1896, nos 2890-3118 etc. 

(3) Catal. no 529, pièce curieuse appartenant à Mme Gonseaume. 

(4) Pendant que notre travail était à l'impression, M. Morel Gustave 
a offert au Musée un de ces prix de tir à l’arc. C’est un plat 


— 294 — 


armoiries de familles arrageoises auraient leur place mar- 
quée dans la future collection. 

Il n’est pas jusqu’au matériel d’étain des vieilles auberges 
auquel ne puisse se rattacher parfois des souvenirs de notre 
histoire locale. Tels les pots d’un cabaret du faubourg 
Ronville qui‘avait pour enseigne : « A Louis XVI ». Cette 
inscription, reproduite sur les caneltes et les pintes du 
débit, devint séditieuse en 1793 et provoqua les prolestations 
d’un client de passage, « le citoyen Repichet, sergent du 
dépôt au quartier Héronval ». Ce militaire « demanda, 
séance tenante, que l'inscription fût biffée ». La femme 
Caron, cabaretière, ignorante des décrets de la Convention, 
s’y refusa. « Repichet la dénonça au département où elle 
fut appelée et subit un interrogatoire en règle. Il l’accusait 
d’avoir dit qu’elle se f.… du département, à quoi elle répondit 
qu’il était un imposteur » (1). Nous ignorons le dénouement 
de cette aventure, qui, sous le proconsulat de Lebon, risquait 
d’être fatale à son héroïne. D’autres inscriptions du même 
genre, gravées sur les pots des guinguettes arrageoises 
évoqueraient sans doute des souvenirs plus galants que 
tragiques. | 

Il est aisé de se figurer par ce rapide aperçu quels déve- 
loppements prendrait une collection des étaineries. Faute 
d’un spécimen provenant de nos potiers, le Musée pourrait 
combler cette lacune par un produit des villes du département 
où l’industrie de la poterie d’étain fut également prospère : 
Aire, Boulogne, Hesdin, Montreuil et St-Ormer (2). 

A l'Exposition rétrospective de 1896, parmi nombre 
de curiosités figurèrent « l’intéressante série des cinq 
canes étalons en bronze (XVI® siècle) de la ville d’Hesdin 


d’étain d’Arras portant sur le fond deux cœurs ailés percés d’une flèche 
avec la devise : Je les unis à jamais, et sur le marli l'inscription sui- 
vante: Ganiez par Jean François Guio, maîlre picqueur de gray. 
1755. 

(1) District d'Arras, pièces non cotées liasse 400 (Arch. dép.) Docu- 
ment communiqué par M. Lavoine. | 

(2) Nous serions reconnaissant à ceux de nos collègues qui vou- 
draient bien nous faire connaître les marques et poinçons de ces 


_— 295 — 


(n° 3397) » et « les poinçons de l’ouvrier en étain Oudart de 
Lille (n° 3247) » Arras eut aussi, dès le XVe siècle des 
étalons de cuivre, comme le prouve « l’inventoire faicte le 
XVIIIS jour de décembre l’an mil I1]I° et quinze... des 
clefs, mesures, enseignes de mesures et aultres choses quy 
estoient en le maison et hostel de feu Simon Faverel, du 
tems de sa vie au jour de son trespas maieur d'Arras et 
dont ledit maïieur avoit le garde. 

Item, le mesures pour espaller toutes les mesures d'Arras 
quy se mesurent a los, demy los, pinte, demy et sont de 
.<pevre... (1) » Ces antiques étalons et ceux qui ont dù les 
remplacer plusieurs fois (2) peut-être dans les siècles sui- 
vants ont disparu, mais est-il absolument certain que aucuns 
des poinçons de nos potiers du XV111* siècle n’aient échappé 
à la destruction ? 

Tels sont les renseignements que nous avons pu recueillir 
sur les étainiers d'Arras. Puisse cette modeste contribution 
à l’histoire de nos industries locales appeler l’attention des 
amateurs sur les produits arrageoiïis et les préserver de la 
fonte. Ce souhait vise surtout les pièces « a la vieille mode » 
qui ne se défendent pas d’elles-mêmes par l’élégance de 
leurs formes, mais qui, pourtant, si leur ancienneté était 
avérée par une marque, auraient, par suite de leur rareté, 
une valeur documentaire plus considérable (3). - 


diverses villes. Il y a des catalogues descriptifs des marques de presque 
toutes les faïences et porcelaines de France et de l'étranger. Ne 
serait-il pas à désirer qu’un pareil travail fût fait pour les étains et 
permît aux collectionneurs d'identifier les pièces de leur cabinet ? 

(4) Registre au renouvellement de la loy. 

(2) Voir Mémorial 1508-1549 fo 48, l'autorisation donnée par le 
Magistrat aux siæ hommes du vin d'acheter pot, demi pot, pinte et 

demi pinte de cuivre pour espaller les autres. 

(3) Nous nous faisons un agréable devoir, en terminant ce travail, 
d’exprimer nos sincères remerciements à M. Deprez, archiviste, au 
personnel des Archives et en particulier à M. Lavoine, chef de bureau, 
pour leur obligeance à faciliter nos recherches. 


— 296 — 


Liste des étainiers d'Arras. 


Nora. — Les noms des étainiers sont précédés d’une date 
qui indique, accompagnée de la lettre KR, l’année de leur 
réception à maîtrise, d’après les mémoriaux, les petits 
mémoriaux, les registres aux résolutions et le journal des 
jours de halle ; accompagnée de la lettre O seulement, l’an- 
née où, d’après le registre au renouvellement de la loi, 
ils ont, pour la première fois, fait partie de l'office de 
l'étain. Les lettres O. R. signifient que, reçu maître à la 
date marquée, le potier est entré à l'office, généralement un 
an ou deux après sa maîtrise. Beaucoup de ces étainiers n’ont 
pas été ou du moins semblent n'avoir pas été maîtres ; mais 
_ il faut considérer que l'obligation du chef-d'œuvre n’a été 
imposée qu’en 1440 et que les potiers alors en exercice ont 
pu, sans s’astreindre à cette formalité, continuer leur métier 
jusque vers 1464 ; que peut-être quelques procès-verbaux de 
réception n’ont pas été transcrits sur les registres ou ont 
échappé à nos recherches ; qu’en réalité on a, par erreur, 
ou par relâchement dans l’application des statuts, qualifié 
potiers d’étain des artisans, qui, comme Philippe Légart, par 
exemple, étaient, avec ou sans permission écrite, des quin- 
caillers étameurs, s’ingérant dans le stil des étainiers, 
1324. — Perrot Longuet. 


O. 1415. — Evrard Gorin. 

O. 1416. — Jehan Couppe. 

O. 1418. — Simon Desfossés. 

O. 1420. — Jehan Desfossés, 

O. 1432. — Mathieu Rumel. 
O. R. 1440. — Jehan de Tarmaison. 
O. R. 1440. — Pierre Gorin (1}. 

‘O. 1440. — Jacques le Josne. 

O. 1451. — Thibault Floury. 

O. 1456. — Hue Mousquet. 


(4) Pierre Gorin habitait au pouvoir du blocq (rue-du bloc ou Saint- | 
Maurice) Arch. dép., H. 643, fonds de Saint-Waast, 


— 297 — 


. 1457. — Simon de Tarmaison. 
1459. — Jehan Haret. 
1464. — Thibault Floury le Josne. 


1553. —-- Pierre Brethon, 

1554. — Jehan Derixe. 

. 1556. — Robert Bertoul. 

1557. — Pierre de Bretaigne (1). 


O 
O. 
0. 
O. R. 1464. — Robin le Josne. 
O. R. 1466. — Pierre Bertault. 
O. R. 1467. — Pierre Gorin. 
O. KR. 1467. — Jehan le Cappelain. 
O. R. 1480. — Adrien le Caron. 
R 1484. — Jacquemin Mordacque. 
O. R. 1485. — Robert de Houvigneul 
O. 1486. — Robert de Givenchy. 
R. 1492. — Colinet Cozette. 
R. 1492. — Jehan Légier. 
O. 1493. — Augustin Barbet. 
O. R. 1497. — Jehan Hocquet. 
O. 1498. — Jehan Hallewin. 
O. 1499. — Henry Gorin. 
R. 1502. — Jennuet le Machon. 
O. 1502. — Collart le Boucher. 
O. 1505. — Jehan le Prévost. 
R. 1510. — Robin de Givenchy. 
R. 1512. — Benoist de Rœux. 
O. 1518. — Benoist Baudechon. 
O. R. 1519. — Antoine Barbet. 
O. KR. 1542. — Christofie Doresmieux. 
O. R. 1542. — Grégoire de Givenchy. 
O. R. 1550. — Pierre de la Vacquerie. 
R. 1550. — Jehan de Changé. 
O. R. 1553. — Jehan Chrestien le Josne. 
R. 
R. 
R 
O. 


(1) Il est très probable que Pierre de Bretaigne n’est autre que le 
Pierre Brethon reçu en 4553, | 


— 298 — 


. 1561. — Robert de Brecq. 
1568. — Robert de Givenchy. 
1572. — Bonaventure Doresmieux. 
1578. — Pierre Bardoul. 

. 1580. — Romain Doresmieux. 
1585. — Guillaume Buisine. 

« 1587. — Jehan Blondel. 

1598. — Nicolas Chrestien. 
1602. — Pierre Blondel. 

1606. — Regnault Rogier. 
1608. — Philippe Jouffroy. 
1610. — Pierre Doresmieux. 
1614. — Jehan Chrestien. 
1615. — Thomas Doresmieux. 
1625. — Antoine Le Serre. 
1640. — Joachim Doresmieux. 
1655. — Thomas Doresmieux. 
1664. — Nicolas Quentin. 
1664. — Jean Doresmieux. 
1665. — Michel Théry. 

1665. — Laurent Truy (1). 
1668. — Bonaventure Doresmieux (2). 
1677. — Floris Doresmieux. 
1682. — Jean Baïillon (3). 

. — Philippe Légart (4). 

+ 1702. — Noël de Rochefort (5). 


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(1) Demeurait rue St-Aubert. Arch. mun. AA. 16 p. 270. 

(2) Comptes de l’hôp. St-Jean 1668 : « A Bonaventure D. pour plu- 
sieurs pots d’étain 35 1. 40 s. »; seule mention que nous ayons trouvée 
de ce potier. 

(3) Demeurait entre deux places (no 18 actuel). Reg. impôt du 400e 
4697. | 

(4) P. Légart, sur la petite place AA. 48 p. 177. 

(5) Entre deux places (n° 24 actuel). Reg. état général des maisons 
en 1725. | 


— 999 — 


R. 1711. — Joseph Baillon. 
1714, — Jean Cardau (1). 

R. 1714. — Jean-Augustin le Febvre. 
1727. — Charles Augustin le Febvre (2), 

R. 1721. — Jean François Cardau (3). 

O. 1735. — Jean-Baptiste Cuvelier. 

R. 1744. — Charles-Louis le Febvre. 
1745. — Jean Baillon (4). 

R. 1749. — Louis-Joseph-François Cardau. 
1788. — Louis-Joseph Pluchart (5). 
1791. — Paul Lager (6). 
1791. — Jean Rogerol (7) (fig. 11). 
1701. — François Pluchart (8). 
1820. — Louis Joseph-Charles Saumin,. 
1820. — Norbert-Juste Lefebvre. 

On rencontre aussi des étains signés : Dépré à Arras. 
(Gg. 12). 


(1) Petite place (no 31 actuel). Reg. état général de maisons en 1725. 

(2) Rue de l’Ecu de France. Reg. état général des maisons en 1725. 

(3) Rue de la Warance. Reg. état général des maisons en 1725. 

(4) Désigné comme étainier dans le rôle de 1747 dont nous avons 
parlé. 

(5) Désigné comme étainier dans un contrat du 4er février 1788. 
Gros d’Arras, mariages. Communiqué par M. Lavoine. 

(6) Rue de Paris. Reg. de la garde nationale. 

(7) Rue de Paris. Reg. de la garde nationale. 

(8) Rue du Canon d’Or. Reg. de la garde nationale, 


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LE MARÉCHAL ARNOUL D'AUDREHEM 


M. JACQUELOT DU BOISROUVRAY 


Membre honoraire. 


7 l'honneur d'appeler votre attention sur un vaillant 
Artésien, le Maréchal Arnoul d'Audrehem. Bien que je ne 
le connusse guère alors que par les chroniques, et en raison 
de ses relations avec Bertrand du Guesclin, je n’hésitais 
pas, en terminant, à vous le signaler comme l’une des 
gloires les plus pures de votre province. Mon opinion s’est 
trouvée confirmée par la lecture d’un savant travail que 
M. Emile Molinier lui a consacré, et qui a été publié par 
l’Académie des Inscriptions, dans son recueil de mémoires 
historiques. Grâce à de patientes recherches, M. Molinier a 
pu suivre pas à pas, la carrière d’Arnoul, et mème, à cer- 
taines époques, nous retracer ses gestes, jour par jour, avec 
documents à l'appui. 

J'ai pensé que, peut-être, une analyse de ce travail pour- 
rait vous intéresser, comme suite à ma communication 
antérieure, en vous donnant ün aperçu très rapide, mais 
assez complet, de la vie, si bien remplie, de ce brave. J'ai 
fait aussi quelques emprunts à la très remarquable histoire 
de Charles V, dont M. Delachenal vient de donner les deux 
premiers volumes. 


De un précédent mémoire, il y a deux ans, j'ai eu 


— 301 — 

Audrehem, situé dans la pointe que l’Artois enfonce 

comme un coin entre le Boulonnais, le Calaisis et la Flan- 
dre, n'était au XIV* siècle et n’est encore qu’un village très 
peu important ; mais son petit château fort, placé entre St- 
Omer et Calais, a néanmoins joué quelque rôle dans les 
opérations entre ces deux villes. Pourvu d’une garnison, il 
n’a jamais cessé d'être français. 
__ Nous ne savons rien de la famille d’Arnoul, sinon que 
Baudouin. son père, se qualifie Chevalier dans un acte, signé 
par lui à Esquerde, en 13906, par lequel il reconnait avoir 
reçu ses gages pour la chevauchée de St-Omer. Baudouin 
vivait encore en 1327, comme le prouve une quiltance 
signée de lui, pour une rente féodale assise sur le château de 
Tournehem. D. 

Arnoul naquit en 1305 ou 1306. En 1348 ou 1350, il épousa 
Jeanne de Ilamelincourt, veuve de Jean de Walincourt (1). 

Aucun enfant n'étant issu de leur mariage, et Arnoul 
ayant survécu à sa femme, il eut pour héritier son neveu 
Jean de Neuville. | 

Arnoul d’Audrehem est cité dans divers actes de 1332, 
comme Chevalier du Roi: c’est-à-dire qu’il avait reçu l’acco- 
lade du Roi lui-même et faisait partie de son hôtel. A quelles 
prouesses devait-il ce brillant début de carrière ? Nous 
l’ignorons. Ce qui est certain c'est que, à 26 ou 27 ans, il 
élait déjà en vue. | 

En 1335, il va guerroyer en Ecosse pour David Bruce, 
avec le connétable d’Eu. Il y retourne en septembre 1337, 
puis une troisième fois en juillet 1340, avec le sire d’Aubi- 
gay ; et pour la quatrième fois, le 4 mai 1341, il débarque à 
Inverbervie avec David Bruce et sa femme Jeanne d’Angle- 


(1) Les Hamelincourt paraissent dans des chartes de 1145. Le père 
de Jeanne, Garnier fut tué en 1340 devant St-Omer. Les Walincourt 
figurent dans un acte relatif à l'Eglise St-Aubert de Cambrai en 1174; 
dans un traité entre Flandre et Lorraine en 1194, ete... Jean de 
Walincourt, premier mari de Jeanne était mort avant le 7 mai 1348, 


= 302 — 


terre. Il bataille dans le Northumberland, prend part aux 
sièges de Newcastle, de Durham, de Wark, où il fait pri- 
sonnier le Comte de Salisbury ; il se distingue ensuite dans 
les nombreux combats livrés par Guillaume Douglas aux 
Anglais, à la lisière de la forèt de ledburgh. 

Rentré en France vers le milieu de 1342, il est aussitôt 
nommé capitaine du Roi en Bretagne. Tout ce que nous 
savons de ses actes à cette époque, c’est qu’il se trouvait à 
Ploërmel, lorsque cette ville fut surprise et enlevée par 
Edouard 111. Il eut grand peine à échapper et perdit tous 
ses bagages et papiers, ce qui le mit dans l’impossibilité de 
rendre ses comptes au Roi. 

A ce propos, nous sommes obligés de remarquer que ce 
bon Arnoul paraît avoir été poursuivi par une vraie mal- 
chance, car on Île voit souvent victime de surprises, ce qui 
semblerait indiquer chez lui plus d’audace que de sagesse, 
plus de vaillance que de sens militaire. Il est vrai que même 
aventure advint à d’autres, notamment à du Guesclin, qui 
cependant passait pour fort avisé. 

Particulièrement attaché au fils du Roi, Jean, duc de 
Normandie, d'Audrehem reçut de lui, dés lors, de nombreux 
bienfaits : le 19 septembre 1343, une rente de 700 livres ; en 
janvier 1346, un don de 200 livres, etc. Il guerroyait en 
Aquitaine avec ce prince et assiégeait Aiguillon, quand la 
nouvelle du désastre de Crécy les rappela dans le Nord. 

Après Crécy, Edouard III voulut enlever Montreuil ; mais 
le Comte de Savoie, arrivé trop tard pour assister à la bataille, 
s'était jeté dans la place avec 1000 lances, Edouard ,repoussé, 
contourna Montreuil et alla assiéger Calais. 

D'Audrehem, Jean de Savoie, Baudoin de Bellebrune, 
Geoffroy de la Motte, Pépin de Wère, Gérard de Werière, 
le sire de Grigny et plusieurs autres chevaliers Artésiens et 
Picards réussirent à pénétrer par mer dans la place, et pri- 
rent vaillamment part à sa dèfense. Nous n'avons pas à 
raconter ce siège. Disons seulement que, si l’on en croit 


— 303 — 


Froissard, d’Audrehem ne put contenir sa joie en apprenant 
que le roi d'Angleterre avait épargné les six bourgeois. 

Gardé en prison courtoise à Calais, puis emmené en 
Angleterre, Arnoul y resta captif un an et demi, et fut enfin 
relâché après rançon. 

Châtelain d'Angoulême vers le milieu de l’an 1349, 
d’Audrehem fut, le 2 octobre, nommé capitaine de guerre de 
ce comté, c'est à-dire investi du commandement de toutes 
les troupes qui y opéraient. Il entretenait cent gendarmes et 
recevait du Roi d’assez fortes sommes pour mener active- 
ment les opérations. Jean de Fricamps, dit Friquet, qui lui 
avait succédé comme châtelain, lui servait de lieutenant et 
le suppléait lors de ses absences. C’est ainsi que d’Audrehem 
ayant élé appelé par Jean II pour assister à son couronne- 
ment (25 septembre 1350) Fricamps, pendant l'intérim, battit 
trois fois les Anglais et s’empara d’Ambleville, près de 
Cognac. 

D'Audrehem, avec ses contingents, rallia l’armée que 
commandait le maréchal de Nesles, et, le 8 avril 1351, 
assista à la déroute de Taillebourg. Il y fut fait prisonnier 
avec le maréchal, Jean de Saintré, Gvichard d’Angles, 
Regnault de Pons, et grand nombre d’autres chevaliers, 
qui, d’après Froissard, « vaillirent bien aux Anglais 100.000 
moutons ». Il s'’acquitta aussitôt de sa rançon, car, dès le 
24 avril il ètait rentré à Angoulème. 

Le 25 mai, à Paris, il alla loger avec sa femme en l’ostel 
des hoirs feu Vincent du Caste}, près la porte St-Honoré. 
Tous deux, devant Raoul de Brécourt et Jean Jacques, 
clercs et notaires jurés de la prévôté de Paris, se firent réci- 
proquement donation de tous leurs biens acquis ou à acqué- 
rir, avant ou après leur mariage, réservant à celui qui décè- 
derait le premier, la faculté de disposer par testament d'une 
part raisonnable de ses biens. Ils devaient être fort riches 
et posséder des terres en dehors de l’Artois, car une clause 
stipule que l'acte sera valable dans les autres provinces, alors 


— 304 — 
même qu'il serait contraire à leur coutume. Cette clause, 
pour être exécutoire, exigeait la ratification royale. Elle fut 
donnée à St-Ouen, le 21 juin 1351. 

A la fin de mai, d'Audrehem, rentré en Artois, servait à 
St Omer, sous les ordres du maréchal de Beaujeu. 

Le 6 juin, lundi de la Pentecôte, Jean de Beauchamps, 
capitaine de Calais, surpritet pilla, avec 500 hommes, les 
faubourgs de St-Omer, et se replia emmenant un fort butin. 
Le maréchal donna l'alerte; puis,avec une poignée d'hommes, 
sans prendre le temps de s’armer, il partit aux trousses des 
Anglais, Il les rejoignit, entre Ardres et Nordausques. Les 
Anglais, voyant le petit nombre de leurs adversaires, s’arrè- 
tent derrière un fossé : le Maréchal met pied à terre pour le 
franchir, glisse dans la boue, tombe, et est tué par un 
Anglais. Un combat très vif s'engage sur son coros, et ses 
compagnons succombent sous le nombre, quand surviennent 
à toute, bride, Guichard de Beaujeu, frère du maréchal, 
d’Audrehem, Geoffroy de Charni, Eustache de Ribemont, 
maître des arbaléiriers, Oudard de Renty, et quelques gen- 
darmes. Malgré leur petit nombre, ils chargent l’ennemi 
résolument, mais se trouvent en grand péril, quand, enfin, 
arrivent sur le lieu du combat, 500 hommes de Compagnies. 
Les Anglais sont rompus, mis en pleine déroute, Beau- 
champs et Clifford, faits prisonniers, et tout leur bulin est 
repris par les garnisons d'Hames, de (Montoire ?) et de 
Guiînes. Les gens de St-Omer le réclamèrent, mais il leur 
fut objecté qu'ils n’y avaient plus aucun droit, et que, par 
droit d'armes, il appartenait à ceux qui l’avaient conquis 
sur les Anglais. « De sorte, dit Froissard, qu’il leur convint 
« porter et passer ce dommage au plus biel qu’ils peurent.» 

Sans aucun doute, dans ces opérations entre St-Omer et 
Calais, d’Audrehem dut se distinguer tout particulièrement, 
car le Roi le nomma Maréchal de France en remplacement 
du Maréchal de Beaujeu. Sa nomination se place entre le 
21 juin et le 1er juillet 1351, Il avait 45 ou 46 ans. 


æ= 305 — 


À la fin de 1351, nous le trouvons à Ardres âvec Charny 
et Ribemont, à la tête de 1500 hommes d'armes. Oudard de 
Renty et le Sénéchal d’Eu, lui signalent les méfaits d’un 
sinistre bandit anglais, Aimeri de Pavie, installé au château 
de Frethun. Deux jours après, le château est enlevé d'assaut, 
tous les brigands passés au fil de l'épée, et leur capitaine 
amené à St-Omer. « Là, le fit le maréchal si tourmenter que, 
(à grands tenailles de fer l’on lui ostait et arrachait la 
‘« chair, et ainsi mourut de dure mort. » Son corps, découpé 
en quartiers, fut exposé aux portes de la ville. Ce misérable 
vivait scandaleusement avec une maîtresse qu'il avait amenée 
d'Angleterre.» Froissard termine ainsi son oraison funèbre: 
« ainsi fina Aymeri de Pavie; mais sa mie n’en eut garde, 
« et depuis, se mit la damoiselle avec un écuyer de France.» 
Glissons, sans appuyer, ni nous étonner outre mesure. 

Le 6 mai 1352, d'Audrehem fut nommé lieutenant du Roi 
entre Loire et Dordogne : les actes qui le confirment dans 
cette charge les années suivantes, le qualifient : lieutenant 
du Roi et capitaine souverain. 

Les lieutenants du Roi, au xiv* siècle sont de véritables 
vice-rois. [ls exercent, par délégation, tous les pouvoirs 
royaux, militaires, financiers, administratifs... donnent des 
arrêts qui ont force de loi, rendent la justice souverainement 
et sans appel, nomment et révoquent tous les officiers 
royaux, accordent les lettres de rémission, confèrent même 
des lettres de noblesse, Ils commandent les troupes, recru- 
tent les armées suivant les besoins du moment, lèvent ou 
remettent les impôts, disposent des impôts perçus, ont le 
droit de fortifier et de raser des places etc. En somme, ils 
. font, au nom du Roi, dans leur gouvernement, tout ce que 
le Roi eût pu y faire, En théorie, pour être valables, leurs 
actes doivent être confirmés par le Roi; mais, en pratique, 
on conçoit que cette confirmation était illusoire, et que, 
. lorsque, par:-leur ordre, un brigand avait été pendu, ou un 
criminel décapité; les intéressés n'avaient plus rien à atten- 


20 


— 406 — 


dre de l'intervention royale. En fait, elle se traduisait pério- 
diquement, de temps en temps, par une approbation générale 
que le Roi donnait à l’ensemble des actes de son lieutenant. 
En cas de mécontentement, de mauvaise gestion constatée, 
le Roi lui retirait ses pouvoirs. C’est ainsi que le connétable 
Moreau de Fiennes, n’ayant pas obtenu en Languedoc des 
résultats jugés suffisants, sera remplacé par d'Audrehem ; 
et que, plus tard, dans cette même province, le duc d'Anjou, 
frère du Roi, ayant, par une administration trop dure, pro- 
voqué des confits, sera remplacé par Bertrand du Guesclin. 
_ On a peu de détails sur les opérations militaires de 
d’Audrehem à cette époque, opérations qui durent cependant 
être fort actives, si l’on en juge par le grand nombre des 
hommes d'armes qu'il entretint. En revanche, les rensei- 
gnements abondent sur les mesures qu’il prit pour mettre 
en état de défense les places de son gouvernement, Limoges, 
Saintes, Brisambourg, St-Jean-d’Angely, Toulouse, Tulle, 
Brives, Périgueux, etc..., et sur les actes de son adminis- 
tration dans ces diverses villes. I] déployait une extrême 
activité, sans cesse en mouvement, d'une ville à l’autre, et, 
dans chacune traitait les questions les plus variées : dans 
ses actes, les anoblissements et surtout les lettres de rémis- 
sion tiennent une grande place. 

A titre d'exemple, nous nous arrêterons seulement aux 
Jettres de rémission que, en novembre 1352, il accorda au 
_ fougueux évêque de Limoges, Jean de Cros. 

Très attaché au parti français, ce prélat, d’un caractère 
combatif et violent, était l’objet de plaintes très nombreuses. 
Voici les principales : 

, 4° Un nommé Pierre Ricaud, condamné à mort par la 
cour de l’évêque, avait eu l’audace d’en appeler au Roi. 
Saisi, par ordre de Jean de Cros, ilavait été mis à la torture, 
puis, enfermé dans un sac et noyé pendant la nuit. À cet 
article, l'évèque répond que, pour lui, l'appel était inexistant; 
qu’existêt-il d'ailleurs, le plaignant était de si mauvaise 


Ua 


— 307 — 


réputation, et au cours de la torture, avait confessé tant de 
crimes, que cela suffisait amplement à annuler l'appel. 

2° Un notaire de Jonchères, Guillaume de Place, avait la 
coupable habitude de donner des conseils aux plaideurs qui 
se jugeaient lésés par le sénéchal de l’Evêque. Celui-ci le 
condamna à une amende pour ce fait. Le notaire, en appe- 
lant au Roi, est saisi et jeté dans un cachot. Comme seule 
excuse, Jean le Cros déclare que ce notaire est un scélérat ; 
et la preuve, c’est que, même tenu dans la prison la plus 
dure, il s’est entêté dans son appel. | 

3° À Jonchères, encore, un homme avait été condamné 
pour divers crimes, par la justice Royale, à être pendu. Le 
bailli de l’Evêque le fait enlever pour le marier à une pucelle 
de la localité. — A ce fait, l’'Evêque répond que la cause est 
trop obscure et générale pour qu’il se donne la peine de se 
disculper. 

4 En arrivant à Limoges, les monnoyeurs royäux sont 
attaqués par les gens de l’Evèque, battus, blessés. Le maître 
de la monnaie, réfugié dans l’église St-Paul n'obtient d’en 
sortir qu’en payant rançon, et il lui est interdit d'exercer sa 
charge ni de battre monnaie. Pour l’Evêque, c’est encore là 
une affaire trop obscure et trop générale pour qu'il y 
réponde. | 

En fait, ce qui répondait pour lui, c'était l’activité qu’il 
déployait pour la cause Française, le soin avec lequel il 
fortifiait, garnissait et défendait ses places contre les Anglais, 
Ainsi s'explique la clémence de d'Audrehem à son égard, 
Le Roi ratifia ses lettres de rémission en 1353. 

Par de vigoureuses opérations militaires, d’adroites me- 
naces, d'habiles négociations et d’opportunes rémissions, le 
Maréchal ne cessait d’accoître le territoire français, obtenant, 
de force ou de gré, la remise au Roi de Nontron, Mouche- 
roulz, Maisonnais, St-Amand, Montbrun, etc..., il échoua 
en ce qui concernait Excideuil et Comborn. 

_ En somme, son action était si heureuse et si féconde en 


résultats, que, sans lui retirer son gouvernement, le Roi le 
nomma lieutenant-général en Normandie, en remplacement 
du Maréchal de Nesles, tué en Bretagne, en août 1352, au 
désastreux combat de Mauron. 

D'Audrehem vint s’installor à Pontorson, et eut fort à 
faire pour contenir les bandes à la solde de l’Angleterre, 
qui, victorieuses en Bretagne, débordaient sur la Normandie 
et le Maine. 

Il allait sans cesse de l’un à l’autre de ses Gouvernements, 
de Pontorson à Limoges. Le 6 juillet 1353, chevauchant à 
la tête de 200 hommes près de la place Anglaise de Comborn; 
avec cette insouciance que j'ai déjà signalée, il tomba dans 
une embuscade tendue par Arnauld d’Albret, Emélions de 
Pommiers, Aimeri de Tartas, le Sire de Montferrand et le 
Bascon de Mareuil. Mis en déroute, il était sur le point 
d’être pris, quand le batard de Saucey réussit à le dégager 
et fut pris à sa place. 

Revenu à Pontorson, il profite des trèves pour présider 
deux tournois : le premier, en l’honneur de Charles de Blois, 
dans lequel Jean Martel, fils de Guillaume, châtelain de 
Falaise, tua l'anglais, Jaon Stanton. Le second, où le picard 
Quieret de Woincourt tua Eric de Richebourg, appelant du 
parti anglais, Ces fêtes furent l’occasion de la première ren- 
contre de d’Audrehem et de du Guesclin. 

A Pontorson comme à Limoges, Arnoul multiplie les 
actes d'administration el les lettres de rémission surtout, car 
il semble que dans ces temps troublés, tout le monde avait 
quelque choses à se faire pardonner. A plusieurs reprises, il 
préside les Etats de Normandie. 

Dans la première quinzaine d'Avril 1354, après l'expira- 
tion des trèves, se placent des faits dont je vous ai déjà 
entretenus : prise de Landal, suivie de la surprise et de la 
déroute du Maréchal sur les landes de Meillac ; combat de 
Montmuran, où du Guesclin le sauve des conséquences de 
80n insouciance habituelle, et lui donne l'occasion d’une 
victoire. 


— 309 — 


Je crois ne vous avoir pas parlé d'un fait intéressant à la 
fois d’Audrehem et du UGruesclin, et qui fut amené par ce 
combat de Montmuran. Parmi les prisonniers, se trouvait 
un écuyer, parent de Guillaume Troussel, chevalier très en 
renom parmi les Anglais. Celui-ci demanda à Bertrand de 
relâcher son prisonnier, se portant garant de sa rançon ; 
sur le refus de Bertrand, il lui adressa un défi. Bien que 
malade d’une grosse fièvre, du Guesclin accepta, sous 
condition que le duel aurait lieu à Pontorson, sous la prési- 
dence de d’Audrehem. Ils devaient échanger trois coups de 
lance et {rois coups d'épée, tandis que leurs seconds batail- 
leraient à armes courtoises : le vaincu s’engageait à payer 
cent écus pour régaler l'assistance. 

Le duc de Lancastre, informé, bläma Troussel d’avoir 
défié un adversaire malade, et l'Anglais proposa aussitôt à 
du Guesclin de remettre la rencontre. Mais Bertrand refusa : 
« Gage donné doit être tenu », dit-il. D'ailleurs, il se sentait 
encore assez de force pour dégager sa parole. 

Le jour venu, il dut quitter le lit pour s’armer. Au pre- 
mier choc des lances, Bertrand vida les arçons, au grand 
effroi de ses amis qui le crurent gravement atteint, Il n’en 

tait rien. Excité par cette disgrâce, il bondit en selle, et se 
représenta face à son adversaire, que, à la seconde passe, 
il envoya rouler sur le sable, l'épaule traversée de part en 
part. 

Pourvu de deux gouvernements, d’Audrehem était en 
outre trôs fréquemment appelé par le Roi, soit pour assister 
à ses conseils, soit pour l'accompagner dans ses voyages : 
et, comme si tant de tâches n’eussent pas suffi à son dévoue- 
ment, il dut accepter en plus, à la fin de 1354, la lieutenance 
du Mains et de l’Anjou, avec Jehan de Saintré pour lieu- 
tenant. | 

Le 1° janvier 1355, le Roi le nomme lieutenant en Artois, 
Boulonnais et Picardie, en vue d’une reprise imminente des 
hostilités. Les trèves de Guînes en ayant retardé l'ouverture, 


— 310 — 


 d'Audrehem profite de ce répit pour garnir St-Omer, Ardres, 
et d’autres places, parmi lesquelles, le château d’Audrehem. 
Le 21 avril, une pension de 1,000 livres tournoi récompense 
ses inlassables services. 

En septembre 1355, nous le voyons dans un rôle nouveau 
déployer des aptitudes que le Roi utilisera souvent à l'avenir: 
Il négocie à Valognes le traité qui détache Charles le Mau- 
vais de l'alliance anglaise, et est désigné comme l’un des 
quarante garants du traité. 

Informé de la défection du Roi de Navarre, Edouard III 
change de plan. Au lieu de faire voile pour Cherbourg, il 
vient inopinément débarquer à Calais en octobre. 

À ce moment d’Andrehem est déjà rentré à Ardres. 
Loissant les Anglais ravager le pays jusqu’à Hesdin, le 
Roi Jean concentre, en novembre, une armée à Aire et 
Saint-Omer. Convié à une bataille par son adversaire, il 
répond évasivement, et Edouard 111, inquiet de l'approche 
de l’hiver, prend le parti, le 9 novembre, de regagner Calais. 
D'’Audrehem, sorti d’Ardres avec une bonne troupe, le suit 
et l’observe. Les Anglais campent à Halines, sur l’Aa, entre 
Lumbres et Saint-Omer; d'Audrehem prend position au camp 
d’'Helfaut. Après avoir pillé Fauquembergues Edouard, 
finalement, fait route pour Calais, emmenant son butin. 
Arnoul alors fond sur l’arrière-garde, la disperse, détruit le 
bagage de l’armée, reprend le butin et fait de nombreux pri- 
sonniers (11 novembre). 

Jean II, de l’abbaye Saint-Bertin, défie à son tour le Roi 
Edouard à un combat, soit corps à corps, soit pouvoir contre 
pouvoir. Le prince anglais répond qu’il a des affaires à 
régler en Ecosse, et qu’il combattra les Français à sa 
volonté, non à la leur. 

La campagne terminée, d'Audrehem reste à Ardres. 

Le 28 décembre 1355, une ordonnance royale établit une 
gabelle sur le sel, et un impôt de huit deniers par livre sur 
toute marchandise. Ces impôts furent universellement mal 


. — {li — 


accueillis, et le Roi de Navarre s'empressa d'exploiter les 
mécontentements et d'encourager les résistances en Nor- 
mandie, Picardie et Artois. 

À Arras, les bonnes gens, représentant la majorité de la 
population, assemblés le 1° mars 1356, refusérent tout net 
d’aecepter les impôts, quoique leurs délégués aux Etats 
généraux les eussent consentis. Ces délégués accoururent 
et s’efforcèrent de les faire revenir sur ce refus, afin de ne pas 
provoquer, de la part du pouvoir royal, des mesures de 
contrainte rigoureuses. Tandis qu’ils délibéraient, le 6 mars, 

réunis chez Guillaume Le Borgne, avec les notables et les 
| échevins, la populace, subitement soulevée, envahit les 
maisons. Deux échevins et quinze bourgeois sont blessés, et 
la plupart jetés par les fenêtres. L’émeute continue dans les 
rues : le ministre des Trinitaires est massacré, deux bour- 
geois assassinés, beaucoup d’autres blessés et chassés de la 
ville, où la populace s'installe en maîtresse. 

Le maire et les échevins, les notables et bourgeois, alors 
s'adressent au Roi, le suppliant de leur pardonner leur pre- 
mier refus, et de leur accorder des lettres de rémission, 
après punition des coupables. 

_ Arras était dans le gouvernement de d’Audrehem, qui, 
tout naturellement, fut chargé par le Roi d'enquêter sur 
cette affaire et de la solutionner. un 

Mais, auparavant, il l’appela près de lui comme l’homme 
sur le dévouement duquel il pouvait le mieux compter. pour 
une grave et scabreuse entreprise : il s'agissait de frapper 
un grand coup, en arrétant le Roi de Navarre, fauteur de 
tous les troubles, et assassin du connétable Charles d’Espa- 
gne, favori de Jean II. 

Le 4 avril 1356, le Roi, accompagné du duc d’Anjou, du 
duc d'Orléans, de d’Audrehem, de Tancarville et de cent 
: hommes d’armes, va coucher à trois lieues de Rouen Le 5, 
il s’arme, arrive à Rouen vers l'heure du dîner, contourne 
la ville par l’extérieur, et entre au château par la poterne. 


— 312 — 


Le Dauphin Charles était à table, festoyant son beau frère, 
4e Roi de Navarre, Jean Comte d'Harcourt, les sires de 
Préaux, de Graville, de Clerc, Louis et Guillaume d’Har- 
court, Jean de Fricamps, le sire de Tournebu, Guillaume 
de Mainesmares, Collinet Doublet et quelques autres sei- 
gneurs ou notables. 

Brusquement, la porte de la salle s'ouvre : d'Audrehem 
paraît, l'épée nue à la main, et déclare, au nom du Roi, 
qu’il tuera le premier qui bouge. Au nom du Roi, tous se 
sont levés frappés de stupeur. Jean II entre, va droit au Roi 
de Navarre, le saisit aux cheveux, déchire son manteau et 
le secoue en l’injuriant. L’écuyer Collinet Doublet tire sa 
dague pour défendre son maître: Jean le fait arrêter et 
conduire dans une pièce voisine, avec Charles de Navarre, 
Fricamps et quelques autres. 

Le Dauphin, canscient dù rôle odieux qu’il paraît jouer, 
se jette aux pieds de son père, le supplie de ne pas le désho- 
norer. Le Roi ne l’écoute pas, et même, si l’on en croit Jean 
le Bel, le repousse d’un coup de pied, puis se jette sur le 
Comte d'Harcourt, déchire ses habits, l’injurie, et le fait 
conduire en prison avec Graville et Mainesmares. 

Il se met ensuite à table et dfne. Le soir, il fait, en sa 
présence, malgré les prières du Dauphin, décapiter d'Har- 
court ainsi que ses compagnons et Collinet Doublet. 

Par son ordre, d’'Audrehem emmène le Roi de Navarre 
au Château-Gaillard, d’où, peu après, il le transférait au 
Louvre, puis à Crèvecœur, et enfin au château d’Arleux en 
Palluel. C’est de cette dernière prison que trois ans plus 
tard, Jean de Picquigny, aidé par les gens d'Amiens, devait 
le faire sortir par une surprise, bien probablement aidée par 
la trahison. | 

Cette expédition terminée, d’Audrehem vient à Arras 
procéder à l’enquête dont il est chargé. 

Il entre en ville le 27 novembre, et le même jour, fait saisir 
plus de cent individus signalés comme chefs :et fauteurs de 


— 8313 — 


l'émeute, ou accusés du meurtre de bourgeois. Quatorze sont 
aussitôt exécutés sur le marché ; trois autres, en fuite, sont 
bannis sous peine de la hart ; tout le reste est jeté dans les 
cachots. Voilà ce que la lettre de rémission accordée à la ville 
appelle «l'enquête et information ». Et, ajoute la grande chro- 
nique, « pour ce, fut ladite ville mise en vraie obéissance du 
Roi, et demourèrent les bonnes gens paisiblement en icelle, si 
comme ils faisaient auparavant ladite rébellion. » Certes, 
les choses n'avaient pas trafné et, contrairement à quelques 
autres, l’enquête avait promptement abouti. Un peu som- 
maire, à coup sr, elle avait peut-être frappé quelques inno- 
cents; mais elle avait aussi laissé échapper quelques cou- 
pables, comme en fait foi une lettre de rémission accordée à 
André de Monchy, pour avoir tué, en pleine rue, le meur- 
trier de son père, épargné par la justice du Roi. 

En mai, Jean II accorde à d’Audrehem une nouvelle 
rente de dix mille livres transmissible à ses héritiers. 

Il est probable qu’il fut, à cette époque, relevé de ses lieu- 
tenances de Normandie, du Maine et du Poitou, car nous 
le voyons se consacrer exclusivement aux provinces du 
Nord, et y déployer son activité et son zèle accoutumés tant 
pour les affaires militaires que pour l'administration. Nous 
en citerons deux actes seulement : le 12 mai 1356, il con- 
firme un ancien privilège de Tournay, constituant ua droit 
d’asile pour les homicides commis sans meurtre ni trahison. 
La distinction nous semble assez singulière pour être signa- 
lée. Le 24 juillet, il règle un différend entre les moines de 
Saint-Waast et les officiers royaux au sujet des fortifica- 
tions d'Arras : l’abbaye refusait de participer aux travaux et 
élevait des oppositions contre-certaines mesures nécessaires 
à la sécurité de la Place. | 
_ Dans les derniers jours de juillet, d’Audrehem rejoint 
l’armée que le Roi concentre à St-Denis. Nous ne raconte- 
rons pas la campagne qui aboutit au désastre de Poitiers. 
Disons seulement que, dans la première partie des opéra- 


— 314 — 


tions, diriaée contre le duc de Lancastre, Arnoul se distingua, 
en s'’emparant d'Evreux, de concert avec le Comte de 
‘ Tancarville. 

__ Lancastre refoulé, l’armée royale marche contre le Prince 
de Galles, déjà arrivé aux portes de Tours. Celui-ci, ne se 
jugeant pas de force à engager, seul, une affaire décisive, 
recule et essaye d'éviter la rencontre. Elle se produit cepen- 
dant à Maupertuis, (à une lieue 1/2 environ au sudest de 
Poiters), amenée par des circonstances indépendantes de sa 
volonté : tandis qu’il cherche à y échapper en franchissant 
le Miosson, l'attaque des Français dans son flanc droit 
l'oblige à s'arrêter et à combattre. 

Son avant-garde avait déjà passé le ruisseau, quand 
l'action s’engagea contre le reste de son armée, portée dans 
un terrain planté de vignes, à travers lesquelles seul un 
chemin encaissé et montant permettait de l’aborder. Les 
Anglais avaient disposé leurs nombreux archers en haïe, les 
gens d'armes derrière eux, à pied, leurs chevaux à courte 
distance. Quelques travaux avaient, sur le front, constitué 
une sorte de palissade faite en grande partie d’échalas. 

Le Roi Jean réunit un conseil de guerre, après une pre- 
mière reconnaissance, et sollicita l'avis des maréchaux, 
Jean de Clermont et Arnoul d’Audrehem, chefs de l’avant- 
garde ; leurs avis furent opposés ; le premier jugeait impos- 
sible une atlaque contre ces adversaires retranchés dans un 
terrain impraticable à la cavalerie ; le second, considérant 
l'honneur comme engagé, estimait l’attaque nécessaire et 
possible. Le conflit s’anima au point que d’Audrehem 
demanda à son collègue si les Anglais lui faisaient peur; 
Clermont lui répondit en jurant d'aller plus avant que lui 
parmi les Anglais. 

L'opinion d’Arnoul, assurément moins sage, mais plus. 
conforme au caractère du Roi, prévalut, et l'attaque fut 
décidée. Les maréchaux, à la tête de l'avant-garde, se lan- 
cèrent contre l’ennemi ; une décharge de traits, bien dirigés, 


— 315 — 


jeta par terre bon nombre de chevaux ; beaucoup d'autres, 
blessés, firent demi-tour, emportant leurs cavaliers et se 
jetérent sur ceux qui les suivaient. Bientôt, surtout aux 
abords du chemin, cette masse de cavaliers en déroute tour- 
billonna, sous la pluie de fièches qui les criblait. D’Audréhem, 
déjà blessé, s’efforça de rallier les siens sur un terrain moins 
défavorable ; il fut alors chargé par Jacques d’Andiey, à la 
tête des gendarmes anglais remontés sur leurs chevaux. 
Ce « moult hardi et vaillant chevalier » dit Froissard en 
parlant d’Arnoul, blessé à nouveau grièvement, tomba sous 
son cheval tué et fut fait prisonnier. Quant à Clermont, fidèle 
à sa parole, il trouva la mort au milieu des ennemis. 

Nous n'avons pas à raconter les suites de la bataille, les 
exploits des uns, les défaillances des autres ; le coup décisif 
fut porté par l'avant-garde anglaise qui, revenant sur ses 

pas et franchissant de nouveau la Miosson, vint prendre à 
dos la bataille royale. 


D'Audrehem paya son conseil malencontreux par une 
captivité de plus de quatre années et une très forte rançon 
qu’il n'avait pu encore payer lorsque, onze ans plus tard, il 
fut de rechef fait prisionnier par le Prince Noir à Navarette. 
Un moment, il put craindre que, mis hors d'état d'exercer 
sa charge de maréchal, pour une période indéterminée, 
celle-ci lui fût retirée; le Roi, prisonnier lui-même, usa 
envers lui d'extrême bienveillance en ordonnant que la 
charge conservée en titre à Arnoul, serait intérimairement 
exercée, en qualité de lieutenant, par son neveu Jean de 
Neuville. | 

Cette captivité de d’Audrehem était loin d’être un empri- 
sonnement. Laissé libre d'aller et venir en Angleterre, il 
était employé par le Roi Jean à toutes les négociations qui 
aboutirent successivement aux trêves de Bordeaux, aux 
deux trailés de Londres, puis à la paix de Brétigny. Nombre 
de fois, pour son service, et avec l’'assentiment du Roi 
‘Edouard, il passa le détroit, prit séance au Conseil dû Dau- 


— 418 — 


phin, régent, négocia pour celui-ci avec les bonnes villes ; 
il exerça même momentanément les fonclions de lieutenant 
général en Languedoc. Mais toutes ces missions étaient 
temporaires, et il lui fallait, chaque fois, revenir à Londres 
à dates déterminées. . | 

La paix conclue, il participe à tous les actes relatifs à 
l'exécution du traité, particulièrement à la remise de la 
Rochelle aux Anglais. On prévoyait de graves difficultés de 
la part de cette place, très peu disposée à changer de maître. 
D’Audrehem y est envoyé : il y entre le 5 août 1360, se 
fait bienvenir des bourgeois et les persuade de déléguer 
cinq des leurs qu’il conduira au Roi pour être délié du ser- 
ment de fidélité. 

En cours de route, à la Roche Posay, les habitants le 
supplient de les protéger contre une bande de Bretons, qui, 
sous la conduite du Basquin du Poncet, capitaine de Veretz, 
leur cause, ainsi qu’à ceux de Tours, les plus graves dom- 
mages. Aidé par Baudoin d’'Hannequin, grand maître des 
arbalétriers, et par Enguerrand de Hesdin, capitaine de 
Loches (deux de ses amis et compatriotes), moitié par inti- 
midation, moitié par persuasion, il réussit à arranger 
l'affaire; et la ville de Tonrs, reconnaissante, lui offre un 
sceau d'argent gravé par l'orfèvre Blanc Leusséour. 

Il conduit ensuite les Rochellois au Régent, à Boulogne, 
puis à Calais, où le Roi les délie de leur serment. Boucicaut 
est chargé de les ramener à la Rochelle et de remettre la 
place aux Anglais. 

D’Audrehem fut désigné comme l’un des quarante otages 
destinés à rester en Anglerre jusqu’à complet paiement de la 
- rançon de Jean II. Mais le Roi Edouard, qui l’avait en très 
haute estime, l’autorisa, ainsi que quelques autres, à aller et 
venir où il voudrait, et même à accompagner Jean II en 
France en toute liberté, sauf à s'engager à revenir à Londres 
si le premier terme de la rançon n'était pas soldé. 

Pour mettre un terme aux conflits qui s’élevaient entre 


— 317 — 


Anglais pour les rançons de prisonniers, qu'ils se disputaient, 
Edouard III avait racheté les cinq plus grands personnages ; 
et, par une mesure généreuse, il donna quittance deleur ran- 
çon à tous les otages du Roi Jean, «à moins qu’ils n’eussent 
fait à ce sujet quelque accord avant le 3 mai ». C'était le cas 
de d’Audrehem, qui pressé de se libérer, avait pris envers 
des tiers des dispositions et engagements, avant la date du 
rachat par le Roi. Il ne put donc bénéficier de la générosité 
royale, et resta débiteur de la totalité de sa rançon. 

Edouard III 1e dédommagea en lui assignant, le 3 octobre, 
à son départ de Calais, une pension de 3000 écus royaux ; 
pareille faveur était accordée à trois grands seigneurs fran- 
çais, tandis que, par réciprocité de courtoisie, Jean II pen- 
sionnait quatre anglais. 

Le 4 novembre suivant, à St-Omer, Jean II nomma d’Au- 
drehem conseiller en son grand et étroit Conseil, avec pen- 
sion de 4000 florins d’or ; et, le mois suivant, il l’admit à 
ratifier le traité avec le Roi de Navarre, qui était en partie 
son œuvre. 

Aussitôt rentré en France, d'Audrehem est envoyé en 
Languedoc, pour aider le Connétable Moreau de Fiennes, 
lieutenant du Roi dans cette province. La situation du Lan- 
guedoc élait lamentable, D’innombrables compagnies; licen- 
ciées par le Roi d'Angleterre après la conclusion dela paix, 
l'avaient envahi, et, tantôt isolées, tantôt groupées en armées, 
exerçaient d'affreux ravages. Le 28 décembre 1360, elles 
surprirent Pont-St-Esprit, croyant y trouver les sommes 
réunies dans le pays pour la rançon du Roi ; le coup man- 
qua de peu, car l’argent en question avait en effet passé à 
Pont-St-Esprit l’avant-veille. 

Le Connétable et d'Audrehem levèrent une petite armée, 
mais sans obtenir grand résultat : devant eux les compa- 
gnies se dérobaient pour aller piller ailleurs, Elles firent 
trembler le Pape qui, menacé dans Avignon, précha déses- 
pérément la croisade contre elles. À ces calamités s'ajoutait 


— 318 — 


la peste. Pour comble d’infortune, le Comte Henri de Trans- 
temare, obligé de quitter l'Espagne après une tentative mal- 
heureuse contre son frère Pierre le Cruel, amena en Langue- 
doc ses bandes indisciplinées, non moins pillardes que les 
compagnies. 

Le 13 juillet 1361, d'Audrehem, rappelé à Paris, assista au 
Conseil, et remontra au Roi l'impossibilité où il était de lui 
rendre des comptes quelconques au sujet des sommes qu’il 
avait reçues, levées et dépensées depuis de longues années 
pour son service. Ses papiers avaient été perdus lors de la 
surprise de Ploërmel, puis dans la campagne de Poitiers. 
Le Roi, assuré de sa probité, lui donna quittance de tout ; 
il le renvoya ensuite en Languedoc pour y remplacer le 
connétable en qualité de son lieutenant et capitaine général. 

Ce grand commandement qu’il exerça da février 1362 
jusqu’à la fin de 1365, lui coûta des peines inouïes ; il lui 
fallut y dépenser une somme d'activité, d'intelligence, et 
d’habileté qui étonne, et paraîtrait à peine croyable, si les 
documents n'étaient là pour l’attester. 

C'est l'époque où les compagnies Anglaises, Bretonnes, 
Espagnoles, Navarraises, etc. ., inondent cette malheureuse 
province, se livrant aux pires excès, épuisant toutes ses 
ressources, rançonnant el pillant villages et villes, monastè- 
res et églises, surprenant, brûlant ou occupant pour en faire 
leurs repaires, châteaux et points fortifiés. 

D'’Audrehem, sans cesse en mouvement, court le pays à la 
tête d’une petite troupe de gens d'armes, allant au plus 
pressé, appelant à lui, comme appoint pour ses opérations, 
les garnisons ou milices des villes ou des sénéchaussées. 
Contre les brigands, il emploie tantôt la force, tantôt les 
négociations pour les décider à déguerpir. lei il assiège et 
détruit de fond en comble leur repaire ; là, il le leur achète 
afin de donner plus promptement la paix au voisinage. 
Souvent il oppose les compagnies les unes aux autres, sème 
entre elles des causes de discorde pour les faire s'entre- 


— 419 — 


détruire, prend les Espagnols à sa soide conire le Bour de 
Breteuil, sauf à s'appuyer sur les milices contre les dépréda- 
tions de ces alliés pillards. 

Ce sont d’incessanies opérations de petite guerre, faites 
pour user une âme et un corps moins trempés, car l’adver- 
saire est presque insaisissablé, et le péril, à peine conjuré 
sur un point, renaîl aussitôt plus menaçant sur un autre. 

Je ne veux pas vous fatiguer par l’énumération de ses 
étapes, que M. Molinier a reconstituées presque jour par 
jour à l’aide des documents. Ceux-ci ne traitent qu’incidem- 
ment des faits de guerre ; presque tous ont trait à des actes 
d'administration accomplis tel jour dans telle ville. I] con- 
vient en effet, de rappeler que, de par sa charge, d'Audrehem 
réunissait dans sa main tous les pouvoirs et les exerçait 
personnellement et souverainement. Aussi, dans chaque ville 
où il passe, lui faut-il traiter les questions de toute nature : 
levée et remise d'impôts, rançon du Roi, tributs à payer 
aux brigands à titre de sauvegarde (genre de contribution 
dont souvent évêques, abbayes et seigneurs cherchent à 
s’exempter tout en en bénéficiant, pour en laisser la charge 
aux villes et aux paysans). Il s'occupe de la solde et de la 
levée des troupes. Il lui faut juger personnellement nombre 
de procès entre municipalités et particuliers, sntre villes. 
voisines, entre seigneurs ou couvents ennemis ; entendre les 
doléances des percepteurs de l’impôts contre les contri- 
buables, et les plaintes des contribuables contre les officiers 
du Roi. Parfois d’Audrehem a la main dure, et les sanctions 
qu’il prononce sont terribles à l’égard des concussionnaires 
ou dilapidateurs, aussi bien que contre les brigands ; mais 
toujours on lé sent inspiré d’un remarquable sentiment et 
désir de justice ; et (chose très frappante |) sa clémence n’a 
pas de bornes quand sa propre personne a été mise en cause. 

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer quelques exem- 
ples de cette généreuse abnégation. 


Après avoir organisé, pour l’ SL le blocus de Peyriac, 


= 320 — 


repaire d'affreux bandits, il s’achemine vers Albi à la tête 
de son escorte de gens d'armes et, le 20 décembre 1364, 
après une dure chevauchée, il se présente aux portes de la 
ville, à la tombée du jour. Les bourgeois, tourmentés par la 
crainte perpétuelle des brigands, refusent de le recevoir et 
l’accueillent à coups de traits. Il lui faut négocier, puis 
menacer pour obtenir l'ouverture des portes. C'était un pur 
crime de lèse-majesté, que cette attaque directe contre le 
représentant du Roi. Non seulement d’Audrehem pardonna 
la méprise, mais il n’en garda pas rancune aux bourgeois 
d'Albi, car, le lendemain, il leur fit une remise d'impôts, en - 
raison des pertes qu’ils avaient subies de la part des brigands, 
et régla de nombreuse affaires à leur entière satisfaction. 

Un autre jour, Jean de Neuville, son neveu et lieutenant, 
envoyé par lui à Narbonne, est assiégé dans sa maison par 
une émeute des.habitants qui le prennent pour un bandit 
espagnol. D’Audrehem excuse la méprise et accorde des 
lettres de rémission, sans même imposer d'amende. 

Après la prise de Peyriac, dont tous les routiers furent 
pendus, à l'exception de sept, d'Audrebem conduit à Car- 
_cassonne les sept prisonniers qu’il a épargnés. Leur arrivée 
cause une émeute : les habitants veulent les arracher de 
force au Maréchal pour les massacrer ; ils l’insultent, le me- 
nacent... Jlles écoute froidement, les laisse crier ; quand 
leur fureur est tombée, il accepte leurs excuses et pardonne. 

Jè m'excuse moi-même, Messieurs, de vous présenter un 
abrégé aussi sec et aussi aride, et sollicite de votre indul- 
_gence uns lettre de rémission, et cependant, avant de quitter 
le sujet qui m’occnpe, je voudrais vous donner une idée de 
cette activité du Maréchal dans l’accomplissement de sa 
charge. Je me bornerai à vous détailler sommairement l'em- 
” ploi de son temps pendant six: semaines prises au hasard. 
: Le 3 janvier 1364, il est à Carcassonne, le 7 à Narbonne, 
lu 10 à Carcassonne, le 14 à Narbonne, le 19 à Montpellier, 
_ le 20 à Nimes, les 23 et 24 à Villeneuve-les-Avignon, le 26 


— 321 = 


à Nîmes, le 28 à Villeneuve, le 29 à Nimes. Le {et février il 
opère contre des compagnies jusqu’au 7, jour où il revient 
loger à Nîmes, à l’hôtel de la Pomme Rouge, où les bour- 
geois lui font porter, ce titre de bienvenue, de la cire et des 
canfitures. Le 9 il est à Villeneuve, le 11, de retour à Nîmes, 
le 13 à Montpellier, le 16 à Bézieu, le 18 à Narbonne où il 
séjourne quelques jours. Remarquez que ces déplacements, 
il les fait à cheval, en armes, avec une escorte de gens de 
guerre, par des chemins à peine frayés, des sentiers de mon- 
tagne, souvent à travers pays, et en plein hiver, sous la 
pluie et la neige ; que chaque jour, il lui faut s'ouvrir le 
chemin de force, au passage d’un gué ou d’un pont, enlever 
d'assaut un village ou un château que des brigands ont 
occupé pour l'arrêter en route ou le capturer. En somme, 
dans son gouvernement, il menait la vie d'un parfait cheva- 
lier errant, redresseur de torts, et ne se reposait que le temps 
nécessaire pour présider les états de la province ou régler 
les affaires de chacune des villes où il passait. 
= L'expérience l'ayant conduit à constater l’impossibilité de 
supprimer le fléau des compagnies, d'Audrehem conçut 
l'idée d’en débarrasser tout au moins la France, en déversant 
sur des pays voisins le torrent qui l’inondait. Dès l’année 
1362, on le voit négocier avec Henri de Transtamare pour 
lui constituer une armée de tous ces brigands ; il recrüte 
pour lui de nombreuses bandes qui s'engagent à passer en 
Espagne avant six semaines, moyennant certaines avances 
en argent et paiement de cent mille florins d’or à une journée 
au delà des monts. Un traité en forme est rédigé; Henri de 
Transtamare, présenté au Roi, en reçoit des terres en France 
et une pension. Le Roi reçoit aussi plusieurs des principaux 
_ chefs de compagnie et leur fait des présents. Il est convenu 
. que d’Audrehem, à la tête de cette armée, accompagnera le 
prétendant en Espagne, et sera, suppléé dans son gouverne- 
ment, pendant son absence, par le comte de Tancarville. 

A peine passe:t-on à l’exécntion, les compagnies font des 

21 


— 39 — 


difficultés basées sur la forme du paiement. D'Audrehem 
essaye de les entraîner et passe lui-même en Espagne avec 
Henri de Transtamare et les Espagnols. ils ne sont pas 
suivis. Arnoul rentre en France, reprend les négociations 
avec une palience inlassable. Après six mois d’efforts,il semble 
avoir atteint son but : les compagnies, ayant touché toutes 
les sommes promises, se mettent en route, et le Maréchal 
croit pouvoir, le 27 novembre 1362, à Avignon, annoncer au 
Roi que la France va en être enfin délivrée. 

Subitement, tout croule. Une clause maladroite du traité 
avait subordonné son exécution au maintien de la paix 
entre les Comtes de Foix et d’Armagnac, envers qui beau- 
coup de brigands avaient des engagements ; le Maréchal 
avait, en conséquence, acheté, moyennant promesse de fortes 
sommes, le consentement des deux seigneurs à se tenir en 
paix. À peine ces arrangements pris, ils recommencent leurs 
querelles; les compagnies qui ont déjà touché ce qui leur 
était dû, déclarent leur traité rompu et, gardant l'argent, 
restent en France ; elles se divisent entre les deux Comtes et 
bataillent entre elles. Le comte d’Armagnac ayant été battu 
et fait prisonnier, ses partisans se livrent à un pillage effréné 
pour récolter le prix de leurs rançons. Quant au comte de 
Foix, vainqueur, il oublie que lui-même a manqué à ses 
engagements en rompant la paix, et réclame aux Séné- 
chaussées les deux cents mille florins d’or qu'elles lui avaient 
promis pour le faire rester tranquille. Henri de Transtamare, 
incapable de tenir la campagne avec ses seules forces, 
ramène en France ses Espagnols qui recommencent leurs 
pillages. 

Toute l’œuvre de d’Audrehem est à reprendre, et le Lan- 
guedoc plus misérable que jamais. Le Maréchal ne déses- 
père pas cependant : il reprend ses courses, ses combats et 
ses négociations contre les compagnies, songeant toujours 
aux moyens d’en délivrer la France. Il conçoit l’idée de les 
employer dans une croisade sous les ordres du Roi de Chy- 


= 393 — 


pre, ei, le vendredi 31 mars 1363, il prend lui-même la croi 
avec le Roi Jean, à Avignon. Jusqu'à la fin de 1364, il par- 
court sa province et veille de son mieux à sa sécurité. Rem- 
placé comme lieutenant-général par le duc d’Anjou, frère 
du Roi Charles V, il reste plusieurs mois près du Prince à 
titre de guide et de conseiller. En cette qualité, il négocie un 
traité entre la France et l’Aragon contre le Roi de Navarre 
et les compagnies commandées par Arnaud d’Albret et le 
vicomte de Tartas. [1 poursuit ses efforts en vue d'éloigner 
les brigands de France, et, dans les premiers mois de 1365, 
est envoyé par Charles V près du Roi de Hongrie et de 
l’Empereur Charles 1V. Il obtient d'eux le passage à travers 
leurs Etats d’un flot de compagnies qu'Arnauld de Cervoles, 
dit l’Archiprètre, a accepté de conduire en croisade contre les 
Turcs. On connait l'issue de l’entreprise : arrêtées à Kehl 
par la mauvaise foi de l'Empereur qui refuse le passage du 
Rhin, les compagnies ravagent l'Alsace, et, attaquées .par 
les Seigneurs de ce pays, rentrent en France : l’Archiprètre 
se voit obligé d’accourir en Champagne pour défendre ses 
propres domaines contre sés soldats d’hier. 

C'est alors que, peut-être sur la proposition, mais certai- 
nement sous l'inspiration de d’Audrehem, le Roi songea à 
confier à du Guesclin l’entreprise daas laquelle tant d’autres 
avaient échoué. Nous avons dit ailleurs la part aussi vail- 
lante que désintéressée que prit d'Audrehem aux deux pre- 
mières campagnes d’Espagne, sous les ordres du capitaine 
qui lui devait en partie sa fortune. | 

Fait prisonnier à Navarrette, alors qu'il n'avait pas fini 
de payer sa rançon de Poitiers, il se trouva chargé d'énor- 
mes dettes dont il eût grand peine à s'acquitter, malgré 
l’aide du Roi. Pour se libérer vis-à-vis du Prince de Galles, 
il dut emprunter au Comte de Foix 6,000 francs d’or, que le 
Roi s’engageait à rembourser. Mais le trésor était vide, et 
le Comte de Foix, un créancier fort pressant. Enfin le Duc 
d'Anjou paya la somme par prélèvement sur un emprunt de 


— 394 


95,320 francs, que lui-même venait de faire à du Guesclin. 
Quitte envers le Prince de Galles à la fin de 1369, Arnoul 
ne fut définitivement hors de toute préoccupation de dettes 
qu’en décembre 1370, au moment même de sa mort. 

Il était en juin 1363, au dire de Froissard, « si vieulx et si 
« froissiés d'armes et de travail du temps passé, que bonne- 
« ment il ne se pooit mès ensonniier de l’office de maréchal ». 
H avait en effet 63 ou 64 ans, âge avancé pour le rude métier 
qu'il faisait. [1 se démit de sa charge aux mains du Roi qui, 
non content de le maintenir dans son grand Conseil, lui 
conféra la dignité de porte-oriflamme, vacante depuis la mort 
de Geoffroy de Charny à Poitiers, avec pension de deux 
mille livres. Nous avons vu ailleurs qu’il alla, avec mission 
du Roi, chercher du Guesclin en Espagne, l’accompagna 
dans sa campagne d'Aquitaine, et l'amena à Paris où 
l’attendait l’épée de Connétable. 

Le 9 février 1370, d'Audrehem avait réglé avec le Roi sa 
Situation pécuniaire et reçu quittance complète. Le libellé 
de cette quittance constitue le plus bel éloge que Charles V 
pût faire de son vieux serviteur. Il reconnaît les grandes 
dépenses que le Maréchal a dù faire à son service et.les 
énormes rançons qu’il lui a fallu payer. Aussi noble de cœur 
que de race, il s’est bien souvent exposé à la mort et à la 
ruine pour le bien du royaume ; méprisant l’avarice, il a 
toujours employé l'argent de ses charges et de ses pensions, 
non à amasser des richesses, mais à accomplir de grands 
actes qui lui assurent la gloire et les louanges de la postérité. 
En conséquence, le Roi lui fait remise, à lui et à ses héri- 
liers, de toutes sommes qui lui ont été confiées, et dont il ne 
Lut justifier l'emploi. | 

Arnoul répondit à la générosité du Roi, le 197 mars sui- 
vant, par un acte spontané de désintéressement qui honore 
son caractère. En raison des charges du trésor, il renonça : 
à tous les dons et pensions qu'il avait reçus du Roi, ne vou- 
lant conserver que sa charge de porte-oriflamme et la pension 
de 2,000 livres qui y était attachée, 


— 325 — 


Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit, dans mon mémoire 
précédent, de la campagne de décembre 1370, la dernière de 
d’Audrehem, et de sa mort causée par l'épuisement de ses 
forces après la victoire de Pontvallain. 

C'est à tort que Froissard dit qu’il mourut à Paris en 

janvier 1371 : il s’éteignit à Saumur vers le 25 décembre 1370. 
= Son corps, ramené à Paris, fut honoré, aux frais du Roi, 
de funérailles magnifiques, auxquelles Charles V associa son 
prédécesseur dans la charge de porte-oriflamme, Geoffroy 
de Charny, tué à Poitiers. : | | 

Si l’on en croit M. Luce, d'Audrehem fut enterré à Saint- 
Denis ; si l’on en croit le Père Anselme, c'est aux Célestins 
de Paris qu'il reçut la sépuliure. Ni l’un, ni l’autre n'indique 
sur quel document il s’appuie, et peut-être ont-ils raison 
tous deux, car, bien que cela puisse sembler étrange au 
premier abord, les grands personnages, à cette époque, 
étaient souvent enterrés dans plusieurs endroits à la fois. 
C'est ainsi que Bertrand du Guesclia eut quatre sépultures. 

Voici l'explication du fait. Aussitôt après la mort, on 
embaumait le cadavre, et le cœur était généralement mis 
à part ; les entrailles retirées étaient inhumées sur place. 
Mais, en raison des procédés d’embaumement très primitifs 
en usage, le corps ne pouvait être longtemps conservé. Si 
donc on devait le transporter au loin, on recourait à une 
nouvelle opération fort barbare : on faisait bouillir le corps 
afin d'en séparer les chairs, que l’on enterrait là où l’on 
se trouvait, et le squelette seul continuait la route. C'est 
ainsi que les entrailles de du Guesclin furent inhumées à 
l'église Saint-Laurent, au Puy, après l’embaumement ; ses 
chairs à l’église des Cordeliers de Montferrand, près Cler- 
mont ; son squelette à Saint-Denis et son cœur à Dinan; ce 
qui fait bien quatre sépultures. Peut-être en fut-il de même 
de d'Audrehem, ce qui mettrait d'accord le Père Anselme et 
M. Siméon Luce. 

L'héritage du Maréchal fut recueilli par son neveu Jean 


— 926 — 


de Neuville. Celui-ci ne conserva pas longtemps Audrehem, 
car, dès 1374, nous voyons ce titre porté par Moreau de 
Wuisant ou Wuissens, qualifié seigneur d'Audrenehan. Ce 
.Moreau servait déjà en qualité de chevalier, en 1369 près 
du duc d'Anjou. 

Nous n’avons pas à modifier les cohclustobe de notre 
précédent mémoire sur Arnoul d'Audrehem, qui, de son 
temps, passait pour le type du parfait chevalier. La fréquence 
des occasions où il se laissa surprendre, son action néfaste 
sur le Conseil du Roi, cause première du désastre de 
Poitiers, nous portent à douter quelque peu de ses hautes 
qualités militaires, et à voir en lui un brillant soldat plutôt 
qu’un général, un hardi batailleur plutôt qu’un chef de 
quelque envergure ; cependant l’expérience semble l'avoir 
assagi, et avec l’âge, ilse montre plus sage et plus prudent, 
notamment en Espagne. Quant à ses qualités morales, sa 
loyauté, sa générosité, sa droiture d'intention et sa rectitude 
de conduite, son désintéressement, son abnégation person- 
nelle et son dévouement absolu au Roi et au bien public, 
sont hors de pair et vraiment dignes d'admiration. Ajou- 
tons que, tant dans les négociations diplomatiques aux- 
quelles il fut mêlé que dans les grands gouvernements 
qu’il exerça, il se fit toujours remarquer par son habileté, 
autant que par sa fermeté et son esprit de justice. 

D’Audrehem a consacré toute sa vie au bien de son pays, 
il tui a rendu, sinon les plus brillants, du moins les plus 
utiles services, et il est mort à la peine. Il ne serait que juste 
qu’il fût quelque peu à l’honneur dans la mémoire de la 
France reconnaïissante. 


cuire 


“à 


UN SOLDAT DE LA I*7 RÉPUBLIQUE 
Carnet d'Étapes aux Pays-Bas et en Allemagne 
(7 Floréal an II. — 17 Ventose an VIL) | 


Par M. J. SION 


Membre résidant. 


): imite LEFEBVRE, fils de François et de 
EX Marie-Claire Duriez, est né à Flers, près Saint-Pol- 
sur-Ternoise, le 5 mai 1765. 

Il ne nous a pas été possible de savoir où et quand il 
_ fut incorporé dans les armées de la République. Mais 
nous donnerons la copie du congé de libération qui 
lui fut délivré, le 4 mars 1809, à Venlo, département 
de la Meuse-Inférieure, alors qu’il était du au 
8° régiment d'infanterie. 

A l'expiration de son service, il revint à Flers, s’y 
maria le 25 février 1811, avec Mie Augustine-Joseph 
Engrand. Il eut deux fils, sur lesquels on n’a pas trouvé 
d’autres renseignements que leurs dates de naissance. 
11 mourut à Flers, le 19 janvier 1853, à l’âge de quatre- 
vingt-huit ans. Sa femme était décédée en 1845. 

Les pages ci-après sont la copie absolument textuelle 
de celles qui ont été conservées de son carnet et dont 
un certain nombre sont à peine lisibles. Nous avons 


tenu à respecter scrupuleusement l'orthographe et le 
style souvent incorrects de l’auteur, nous bornant à 
mettre les signes de ponctuation indispensables pour 
rendre le texte intelligible. 

Dans les notes, nous avons tâché d’identifier les noms 
propres de lieux; nous n’y sommes pas parvenu pour 
plusieurs noms de villages situés en Hollande et dans 
la vallée du Rhin. 

Ces pages ont trait aux combats, opérations et marches 
qui ont eu lieu aux environs de Lille, en Belgique, en 
Hollande et dans la vallée du Rhin, pendant la période 
qui s’étend du 7 floréal an II (26 avril 1794) au 17 ventose 
an VII (7 mars 1799) (1). Elles n’apportent sans doute 
qu’une faible contribution à l’histoire des guerres de la 
République ; mais elles permettent de constater avec 
- quel culte de la liberté, avec quelle foi républicaine, avec 
quelle abnégation de modestes soldats marchaient au 
combat et supportaient les privations les plus dures et 
les plus constantes. Dans leur simplicité, elles constituent 


une leçon du plus pur patriotisme. 
| | J. SION. . 


(4) Voir à la fin de ce récit une carte des régions parcourues par le 
soldat Lefebvre. 


— 329 — 


.. Sépt floréal an 11 (1) de la République française pour 
aller attaquer Lavand gardé des Ennemies (2) au village de 
Moucron (3). C’étoit sur une hauteur que l’on nomme moulin 
de Caster (4). Au bout de quelque heure dattaque nous (5) 
les avons debusquer. Les ayant poursuivie bon train, Cour- 
tray fut prise par surprise sans résistance ; nous allames 
passer la nuit sur la route de cette ville à Tournay, ou nous 
avons bivouaqué dans les bois. Le lendemain le 8 floreal 
nous avons passé au bas de Courtray pour aller camper au 
dessue de La Lys prez de cette ville du cotte de menin (6) 
que nous observions. Les pontons quy furent jetté sur la 
Lisse pour passer. Charger du siege de Menin pendant 
lesquel L’ennemie reviennent se placer au mont de Castel a 
Leftet de debloquer. Menin. Nous nous s’avont porté au 
devant deux et nous avons passez la nuit au village de 
Neuville en Ferrain. | 

Le landemain 9, on les alla attaquer des nouveaux sur 
ledit mont. Cette Bataille a été très serieuse. Nous fumes 
trois fois en déroute repoussé. A la 4° attaque nous empor- 
tons leurs redoutes à la baïonnette. 

La deroute se mit par my eux ou nous leurs avons pris 
trois drapaux, presque tous leur esquipage. Lon ne voyait 
rien autre chose le.long de leur route que canon et caisson 
renversez. Pendant ce temps la, lon bombardoit menin et 


(1) 26 avril 1794. 

(2) Les Autrichiens, sous les ordres de Clairfayt. 

(3) Mouscron, ville de Belgique. 

(4) Moulins de Castel. 

(5) Bien que l’auteur, Aimable Lefebvre, ne le dise pas dans les 
pages que nous avons conservées, tout permet d'affirmer qu’il faisait 
alors partie du corps d’armée commandé par le général de division 
Souham, — Pichegru étant commandant en chef de l’armée du Nord, 

(6) Menin, FN À 


4 


— 330 — 


nous avons passez la nuit au village Dalbecq (1). Pendant 
tout le temps que duras le siege nous navons rien fait autre 
.chose que rodés (2) tous les village par laquel lennemie pre- 
tendoit nous enquiéter. Et voyant que Lon ne pouvoit leur 
apporter aucun secours et que la ville se metoit en cendre 
il firent signe (3) de sortir par la porte de Lille; dans ce 
meme temps il seffectuoit par la porte Dipres (4) donc il on 
traversez la colonne qui etoit de ce cotté la il ont sy échappez 
a nos coup. Ce fut la faute des garde et de lartiriel novis (5) 
au mattier de la gerre. 

Le 12 floreal Levacuation de menin cest faites. 

Le 15 Lennemie se vien camper proche d'’ottignie (6). 

. Le 17, nous avons été attaquer Lennemie au village de 
Dottignie ; nous les avons repoussez jusquà Lescaut (7) et 
nous avons passez la nuit à froïenne. 

. Le 18, nous avons retournez au mont de Marque (8). Au 
bout de quelque heure que nous etions la nous fumes 
contrain de partir que Lennemie avoit fait un detours et 
etoit venu attaquer Courtray et notre parcq fut dans le cas de 
se rendre à Lennemie ; nous avons crus battre en retraites. 
Ce jour la nous avons descendue au village dalbecq (9) et 
dalbecq a Neuville de Neuville au mont Dhalluin (10) et de 
la nous avons couvert cette ville ou Lennemie pretendoit 
nous ynquieter; nous avons passé la nuit dans les avetie (11). 


(1) Aelbèke. 

(2) Parcourir. 

(3) Semblant. 

(4) D’Ypres. 

(5) L’artillerie novice. 

(6) Dottignies. 

(7) L’Escaut. 

(8) Marck. 

(9) Aelbèke. 

(10) D'Halluin. 

(11) Avêties: vieux mot français signifiant terre couverte de récoltes, 
blé, avoine, etc. Se dit aussi des récoltes elles-mêmes. 


— 331 — 


” Le 19, nous avons marchez a Lennemie que de La nuit il 
cetoit retiré au village de desglint guilleghem (1) et dont 
nous avons passez La Liste (2) a Menin ; et marchez sur 
Courtray donc nous les avons chassez. 

Le 20 partie pour aller au mont de Saint anne (3) Dans 
nous avons resté jusqu’au 27 floreal. 

Le 28 nous avons été oi ie le village de Dottignie ou 
Lennemie etoit. | 

Le 29 Lennemie est venu pour nous de et il sempa- 
rent de Waterlos (4), Tourcoing, Roubay, Nouvaux et sur 
Neuville jusqua Bondue. 

Le 30 nous les avont ete attaquer et nous avons eu une 
affaire tres sanglante; mais la victoire a ete fidelle a la 
Liberté : tous leurs artillerie fut pris ; et ils furent chasez 
jusqu'a Tournay, et pendant ce temps la leurs colonne de 
droite descendit à Vervick (5). Bousbecq (6), le Blaton et 
Linselle. Ce jour la nous avons passez la nuit entre Roncq 
et Neuville ; ce fut quand Nouveaux fut brullé. Pendant ce 
temps la leur colonne de droite qui descendoit a loisir pour 
nous blocquer facillement a ce qu'il croioit passer la Lisse (7) 
a Wervicq et occuperent le village de Lincelle, le Blaton et 
Roncq. Quoy qu'il ne se sentirent point de l'affaire nous les 
‘aurion bien arrengé sy nous navions pas été dans le cas de 
rester au village de Roncq et Neuville a cause de la nuit et 
la fatigue. Nous leur appris de se vanter daller faire les 
siege de Lille malgré nous et sans notre permition; teur 
perte etoit de 14 bouche a feu et six regiment tant ano- 
vriens (8) qu'Anglais. 


(1) Gulleghem. 
(2) La Lys. 

(3) Sainte-Anne. 
(4) Wattrelos. 
(5) Werwick. 
(6) Bousbecques. 
(7) La Lys. 

(8) Hanovriens, 


— 832 — 


Le 1°r prairial (1), an II, nous avons traversez la maison 
Blanche jusqu'a Rentourode (2) sans trouvez Lennemie. Ce 
jours la quatre compagnie etoit alle en patrouille on leur 
avoit defendue de naler pas plus avant que le faubourg 
dipres (3) et de rentrer par la porte de Rouselard (4). Il 
saventurerent de seloingner du cotte de Vervick tout courant 
est se laisserent surprandre de Lennemie et il furent presque 
ous achez ; je vous observeray que cetoit toute nouvelle 
troupe. 

Le 2 prairial nous avons relourné sur Menin que nous 
avons traversé par les quatre porte ; ce jour la nous avons 
été le long de la Lysse et. retourné au mont Saint Anne ou 
nous avons resté quelque jours tranqu'il. 

Parti le 5 pour aller rattaquer les villages de Dottignies 
et St-Léger, Etimbourg (5) Romgi (6) a Lasne (7), Blan- 
din (8), Bollerick, Froienne (9) et nous avons été jusqu’à 
très près de Tournay ou nous avons eu la plus vive affaire 
que la division eux de toute la campagne. Les ennemie étoit 
retranchez, et Lescaut (10) leur étoit très avantageux, car 
on ne pouvoit pas les prandre par les flanc, parce qu'il étoit 
sur les devant de leur redoutes. Et on ne pouvoit pas y 
‘transporter d'artillerie, car il ny avoit qu’une route; donc il 
y avoit plusieure batterie construit dessus presque tous 
notre colonne fut en tirailleur et il y eux un nombre infini 
de bléssez temps dune part que de lautre : cela nempeche 
que nous les aurions repousse dans Tournay sy ne leur étoit 


(4) 20 mai 1794. 

(2) Non identifié. 

(3) D’Ypres. 

(4) Rousselaer ou Roulers. 
(5; Etaimbourg. 

(6) Non identifié. 

(7) Non identifié. 

(8) Blandain. 

(9) Froyennes. 

(10) l’Escaut. 


— 833 — 


vehu vers le soir un renfort très considérable du camp de 
_ la Molte (1) près de Saint-Amand : nous etions fort affeblie 
et sans boire ny manger depuis quatre heure du matin et le 
soldat voiant que lennemie cherchoit à nous couper le pas- 
sage, il y auroit parvenue sans une observation (2) que nous 
avions en arrière comme l'on netoit tous pelle melle sans 
distinction de compagnie ny de bataillon et que lennemie 
nous cherchoit a toute force ; lon rencontroit ses drapeaux 
et les premiers rejoin arrette toute les autre et l’on crioit : 
en bataille ! les six pieces de notre demie brigade sont 
arreté par notre bataillon et nous jurons plutot de périr que 
de les abandonner. Nos six pieces se mirent en ligne sur 
notre gauche dans un champ un peut hautet commance a 
jouer sur la route que lennemie nous chargoit ; les trois 
pieces de droite de chaque bataillon on joué à mitraille et 
les trois autre à boulet. Du meme ynstant Lennemie sarrette 
et recule en arrière pour ce couvrir d’un bois a notre resis- 
tance ; et derriere nous, tous sarrettent et les piece de posi- 
tion vinrent seconder nos derniers efforts qui ont duré jus- 
qua onze heure du soir ; et Lennemie finis de tirer. Nous 
avons battus doucement en retraite par des chemins detour- 
né en prennant des embuscades pour tachez de sauver au 
temp de Blessez que lon pourroit ; cela nempéche que nous 
avons perdu beaucoup d'homme, abatus de fatigue sassoyoit 
et sendormoit ; il y en eut plus de deux cent de cette façon, 
si bien que nous ne fume de retour au mont de Saint-Anne 
qu’au soleil leves ; nous fumes vingt quatre et vingt huit 
heures sur nos pied sans boire et sans manger. 

Après cette affaire, Lon nous a donne un chef de demie 
brigade nommé Sariel (3) et un commandant de bataillon 
quy a eu la cuisse emporté à Laffaire de Tourcoing. Etant 
de retour, nous avons resté tranqu'il quelque temps. 


(1) Maulde. . 
(2) Sans une arrière-garde, 
(3) Non identifié, 


Z 434 — 


Partie le 17 pour le siege Dypres ou nous étions d'obser- 
vation, lequel notre avand garde se batlois presque tous les 
jours. 

Le 19 (1), Lon apprend que le general Clairfay (2) rassem- 
sembloit des troupes et se proposoit de venir nous attaqué. 
Leurs rassemblement etoit temps a Rousselard que dans les 
environs aincye que sur la hauteur docclet (3) qui venoit au 
secours de cette ville assiégée. Nous lavons attaquer la veille 
au soir quy devoit faire la leur. Leur troupes étoit faligué 
de longue journé qu'on leur faisoit faire ; pour cette effet (4) 
ne purent guerre resister ; sans un ynconvenien qui nous est 
arrive la batail nauroit pas duré plus d’une heure et demie. 
Comme nous chargions avec la plus grande activité du 
monde et que nous etions bien pres deux, la mitraille et le 
balle passoit au dessus de nous et alloit blesser ceux de 
notre 2m bataillon qui etoit resté en arrière a cause du 
terrain anbusquer que lon ne pouvoit pas prendre en front. 
Pour la demie brigade nous sommes resté sur le terrain. 
Lennemie profitèrent du soir pour décamper temps a Rous- 
selard, et leur droite etoit a hoclet (3) ; il decampes de meme 
et se retiroit pour resister au village de Volmerbecq (5) et le 
village aux environs Leur eloit avantageux ; il etoit couver 
par le bois. 

Le lendemain 20, nous avons traversez Rousselard et 
nous avons été camper à Hoclet (3). | 

Le 25 prairial, Clairfay nous vient attaquer sur le sept 
heure du matin (6). Lataque fut très vive sur tout les poind; 
la droite et la gauche se désunit et nous fumes presque 


(4) 7 juin 4794. 

(2) Clairfayt. 

{3} De Hooglède. 

(4) Pour cette raison. 

(5) Volmerbecke. | 

(6) Clairfayt était à la tête de l’armée autrichienne et anglaise, 
l’armée française était commandée par Pichegru et Macdonald. 


— 335 — 

blocquer. Nos ennemie avoit juré de déblocqué Ypres ce 
jours la; mais connaissant que nous étions republicain, 
qu'il faloit vincre ou mourir, ce doux sentiment que nous 
animerent et que ne connaissant point le dangé, et nous 
jurons de vincre ou de faire une simentière (1) du chand de 
bataille. Voyant nos tirailleur rentré dans nos campagnie, 
nous nous crions tous unanimement : en avant |! en avant | 
Le tambour et trompette sonnant la charge nous animant 
tous ; la droite et la gauche qui commence à nous seconder 
et a leur faire retentire sur lennemie. Lennemie fut obligé 
de fuir de toute par avec honte detre batue et de se retirer 
et de nous céder le terrain. Nous les aurions bien poursuivie, 
mais la position que nous leur avont reprie nous étoit trop 
avantageuse ; nous avons gardé notre position jusqua la 
reduction de la vie (2) pour Clairfay et son armées. 

Après cette déroute l’armée ennemie se partagèrent en 
deux ; les Anglais se retirent sur Bruge et les Autrichiens 
sur Gand ; la ville (3) se rendit le 3 messidor. | 

Le premier mgssidor (4), nous avons été camper à Whem 
auselghem mandele (5), ou nous les avont débusqué et mit 
en fuite jusqu’à tres prez de Gand en leur prenant presque 
tous leur artillerie et beaucoup de prisonnier. De la notre 
cavaillerie on été faire une découverte jusqu’à la porte de 
Gand qu'il trouverent fermé. Nous avons passé les ponts sur 
la Lisse au village Dobrenne (6). Ce jour la nous avons été 
camper sur la hauteur de Wanneghem. 

Le 9 nous avons ravancé de plus prez de la ville Daude- 
nard (7) pour en faire la fausse attaque, par laquelle nous 


(1) Cimetière, 

(2) Ville. 

(3) Il s’agit de la ville d’Ypres. 

(4) 19 juin 1794. 

(5) Winkel ? 

(6) Olsenne. 

(7) La ville d’Audenarde ou a Oudenarde, 


— 836 — 


avons été camper au village de Morghlenn (1). Cette affaire 
fut avantageuse, car nous y avons fait apporter toute leur 
force de différent endroit ; ce fut là que nous avons vue 
pour la première fois des boulets de trente sept deux ou trois. 

Etant posez en avant nous avons été obligé de reculer ; 
nous avons profitez de leur rassamblement ; les derniers 
jours que l'on voyait arrivez leur force de toutes part, et 
que lon avoit vu leurs feu allumé dans Ja nuit, lon a demande 
des hommes de corvées pour allumer du feu pour leur yns- 
pirer de la crainte ; mais nous les avons jouées le tour de 
laisser leur. sentinel a genoux, pour nous ecoutez venir a 
lordinaire autour de la ville. Vers une heure de la nuit, 
notre armees a commancé a deffilez ; et nous avons resté 
darriere garde avec un bataillon de tirailleur de jardon (2); 
nous leur avons jouées le tour. 

Partis le 10 pour aller camper près de dissepelleghem (3), 
ou nous etions campe par petit campion. Le quatre 1°r° com- 
pagnie de notre bataillon furent en observation de lautre 
_cotté daudenard (4). Comme lon sy croyoit en sureté, et que 
vous etions fort fatigué, lon a pas poser de garde extérieure. 
Deux volontaire se promenoit furent prie par une patrouille 
de cavalerie ennemie qui setoit presque venue jetter dans 
nous autre ; un tirailleur etant a la chasse les a appercue et 
tirra sur eux ; en criant, il fit prandre la fuite a lennemie ; 
ce fut la cause qu'on a pas pu le rejoindre pour leur froter 
les oreille. | 

Le 12, nous avons descendus sur Gand, tout le long du 
canaille qui conduit d’une ville à lautre, et nous avons 
bivacquer à Torcity (5) a moitie chemin dune ville a lautre, 
point fort eloingner de Bruge. 


(1) Mooreghem. 

(2) S'agit-il de Jourdan ? C’est peu baie. 
(3) Elseghem. 

(4) D’Audenarde. 

(5) Loochristi, 


_ 49° = 


Le 13, nous partime pour Gand, qui etoit evacué ; nous 
avons entré par la porte de Bruge et sortie par la porte de 
Bruxelle. Nous avons campé a une demie lieux de la ville 
en observant. Il cest arrivé plusieurs petites affaires assez 
sérieuses. 

Le 14, partant de près de Gand, nous avont été camper au 
village de Oerdeghem, a deux lieux dalost (1) que nous 
avous travece. 

Le 15, partis pour aller camper à Osek (2), deux lieux de 
Bruxelles. 

Le 16, partant d'Osek, nous avons été camper a deux 
lieux de Maline (3) proche Labay (4), et nous avons changer 
deux foit de position. 

Le 18, nous avons fait lattaque de la ville ; et nous tirail- 
leur on traversé la rivière à la nage pour aller débusquer 
Lennemie qui étoit de l’autre cotté ; il les poursuivirent et 
traverserent les fossez et escaladre le muraille de la ville 
dans le temps que lon posoit les pontons; notre bataillon a 
entré dans la ville et nous fume tous de garde au porte, 
une compagnie d'un cotté une de l’autre. 

Partie le 23 pour aller rejoindre notre demie brigade au 
dessu de la ville sur la route de disse (5), notre colonne fit 
le service de la place par bataillon. 

Le 28, nous avons été a trois quar de lieux de Maline (3). 

Le quatre termidor (6) nous avons rapprocher Maline (3) 
pour nous passer une petite rivière que nous elions resté 
tous le long. 

Le 18 sous les murs de Liers (7). La nous avons passé les 
ponthons. | 


(4) D’Alost. 
(2) Opwyck ? 
(3) Malines. 
(4) L'Abbaye. 
(5) Diest. 
(6) 22 juillet 1794, 
(7) Lierre, 
22 


Le 26, proche d'Anvers ou nous avons entré dans la ville 
sans tirer un coup de fusil. Lennemie fuioit toujours à notre 
aproche. | 

Le trois fructidor (1) nous avons arrivé à vineghem (2) a 
deux lieues d'Anvers sur la route de Bergodsomme (3) 36me 
position. | 

Partit de vineghem le 40 et nous avons été camper pro- 
che de Ostinal (4) dans une grande plaine de Bruaire.(5). 

- Le 11 nous avons été camper a Molde (6) dans une 

plaine de Bruyaire ou nous marchions sur Liège pour por- 
ter du renfor soit disant que nous avions quarantes mille 
homme de bloquer ; nous avons eu contre hordre en route 
que le 40 mil homme étoit débloquer et qui avoit mit lenne- 
mie en déroutes. | 

Le 13, nous avons prie une autre routes et nous avons été 
camper proche de Tournotte (7) a sept lieues de Breda. 

Le 15 nous avons été camper dans la plaine d’Hostrate (8) 
qu’elle a pour les moin 3 lieux de long et autant de large 
tout bruyere, a quatre lieux de Breda. Nous étions rassem 
blé dans cette plaine une armée de 60 mille hommes. Nous 
avons fait lexercice et de grande manœuvre et il y avait 
beaucoup de cavaillerie. Nous yavont vu dans cette plaine 
sept general temps que general de division que general de 
brigade. 

Le 19 nous somme venue bivaquer près de Maurs (9) pre- 
mier village d'Hollande a deux lieux de Breda (9), le 24 


(4) 20 août 1794. 
(2) Wineghem. 
(3) Berg-op-Zoom. 
(4) Oostall. 

(6) bruyères, 

(6) Moll. 

(7) Turnhout. 

(8) Hoogstraeten, 
(9) Non identifié. 


— 5339 — 
dans une plaine de bruyere proche de Tilbourg (1). 

Le 26 dans une grande plaine de bruière entre Osterwyck 
et Belverin (2). 

Le 28 à Boyxelle (3) bourg ou nous avons été atlaqué 
Lennemie (4) a 5 heure apres midy ou nous les avons chas$é 
et mis en deroute et leur prendre 7 piece de canon et plus de 
six cent fusils et deux mille quatre cent s’homme prisonnier 
et plus de six cent chevaux. Donc nous avons fournie pour 
conduire les prisonniers à Anvers un delachement. 

Le lendemain 29 Lennemie est venue nous attaquer a 16 
bataillon et notre avant garde seul les a repoussé et mis en 
‘deroutes et leur a pris passez six cent s’homme prisonnier. 
Et apres cette deroules Lennemie a toujours fuit à notre : 
approche. 

Le 30 nous avons bivaquer derriere Boyxelle dans une 
plaine de bruyere près la riviere donmei (5). 

Le 3 jours complaimantair nous avons été prendre une 
autre position a deux lieux de travers (6) dans une grande 
plaine. | | 

Le 17 Vandemiaire 32° année (7), partie pour aller camper 
dans la plus redoutable position entre Boilleduc (6) et Grave. 
Les ennemie croyant que cetoit pour se porter sur Grave 
tirrant de force de Boilleduc (8) pour les y porter ; dans ce 
temps la notre cavaillerie ce porte vers Boilleduc (8) et 
voyant qu’il netoit point en force les repoussant vivement 
temps dans le fort que dans la ville ; il le tinrent en respect 
jusqua ce que nous eussions blocqué la ville. Jour glorieux 
pour la Republique francaise davoir profité du mouvement 


(4) Tilburg. 

(2) Non identifié. 

(3) Boxtel. 

(4) Armée anglo-hollandaise, 
(5) La rivière de Dommel. 
(6) Non identifié. 

(7) 22 septembre 1794, 

(8) Bois-le-Duc, 


= 40 — 


des ennemye et davoir prie de position aussi avanlageusë 
pour faire le siege de cette ville. 

Le 11, le fort de Crevecœur, place tres importante se 
rendit au bout de quelques jours de siege. 

“Le 13 l’on a commancé a ouvrir la tranché de Boilleduc. 

_Le 15 Lennemie a tenté une sortie et ont gagner les 
retranchement, ils ont jeté tous le bagache dans le canail de 
la ville a la Meuse, et nétant point en force il furent con- 
train de rentrer dans la ville et ne tentèrent plus de revenir. 

Du dix-huit au 19 les retranchement ont été finis. Jo- 
bliot (1) de vous dire qu’il et eut une treve du 17 au 18. 

Le 19 la capitulation ce fits et la ville se rendit. 

Le 21, la garnison et sortie avec les honneur de la guerre, 
emportant leurs arme et drapeaux et pièse de campagne 
avec tous leur bagage et vingt caisson couvert ; les malade 
furent transporté sur leur terre. Et dressant leur pas sur 
Grave ; mais le Gouverneur ne voulut le recevoir et leur 
ordonna de seloigner de la ville sans differez sans quoy qu'il 
feroit jouer les piece a son commandement sur eux ; en ajou- 
tant qu’il estoit de lache de laisser une place telle que cela, 
sans siege ny résistance Et nous y avont pris trois cent 
emigre, que Lennemie a été obligé de dénoncer par laran- 
gement que l’on avoit fait avec eux dans la capitulation. 

Le 22 vendémiaire (2), partis pour aller sur Grave. C'était 
pour remplacer une autre colonne qui observoit la ville. 
Elle netoit point prevenue pour partire et la nuit étant 
venue, nous avons été obligé de rester à une demi lieux de 
la position, sans pains, sans feut, sans paille pour attendre 
le jours : pour que les autres parte et nous autre pour les 
remplacer. 

Le 94 partie pour prendre une position pour passer la 
Meuse, | 

Le 25, nous avons passé la Meuse : le soir la fatigue fut 


(4) j'oubliais. 
(8) 13 octobre 1794, 


— S41 —. 


sy grande et le chemin sy mauvais que plusieure pérites 
dans de precipice plain d’eau au travers des marais ; en 
‘voyant cela plusieurs restèrent le long du chemain. Lun ne 
pouvant et d'autre ne voulant plus aller plus avant sy bien 
que nous mena bivouaqué a un quar de lieu des postes 
ennemis. Tres ynstruit par de paysant que nous étions aussi 
prez deux, nous les avons vue etindre leur feu et que de ce 
moment jugan bien qu’il étoit dans la terreur nous avons 
allumé nos feu et nous avons taché de couper quelque ver- 
dure pour nous metlre a labry des ynjure du temps de 
plus mauvais. | 

Le 26 nous somme restez en arrière ; ou il se trouve jus- 
qu’a quatre cent homme dans une ferme sempressoit de 
rejoindre nos généraux. Cette nuit la on couché sur de 
meule de foin; verre sept heure et demie du matin toutes 
nos forces étant assez bien rassemblé, nous avons été atta- 
qué Lennemie et les aient fait debusquer dune posijion des 
plus ymportante pour eux, ou il étoit trois mille homme. Ce 
ne fut pas sans malle, car la division fut dans le cas dy tra- 
vailler (1). Et ils ne sedèrent le pas que quand il se virent 
presque entouré et qu’il ne pouverent plus rester davantage 
sans se perdre tout a fait car le village étoit entourez deau. 
Nous avons bivaqué au dessut dudit village. 

Le 27, partie pour aller sur le derrière de Grave du coté 
de Nimaigue (2). Nous étions bien miserable dans cette posi- 
tion ; nous avions une ration de pain pour cinq ou dix jours. 

Le 29 tous les grenadiers de la division, les tirailleurs et 
la cavailerie ainsy que notre artillerie legere ont été faire 
une decouverte pour connoître la position des ennemi. La 
canonnade ce mit a gouer et a commance à faire bien chaud ; 
donc il nous en coutés quelque bons soldat. | 

Le 30 nous avons partie pour aller prendre une position 
devant ladit ville de Nimaigne (2). 


(1) La division se trouva dans la nécessité de faire de grands efforts. 
(2) Nimègue. | 


— 842 — 


Le 3 brumaire (1) nous avons raproche sous le canon de 
la ville pour le serrer de plus prez. Cela nous a causé beau- 
coup de paine ; car il ne nous ont abandonné la ville qu'avec 
paime. | 

Le 5, lon a ouvert la tranché, mais ce ne fut point sans 
peine, car il nous envoyoit de boulets obuse et mitraille 
aussie et plus soûvent que nous ne voulions. Il tenterent 
sancese de sortir mais quand on sen appercevoit on alloit 
au devant deux. | 

Le 9 au soir l’ennemie a fait une sortie ou il on penetre 
jusqu'au dessus de nos retranchement. Douc notre bataillon 
y a beaucoup soufert ; quand lon a appercu cela lon sa jetté 
sur eux de tout les cotté ; lavand garde se precipitat sur la 
droite ceux de retranchement au centre et nous les avons 
presque prie par le flans sur la gauche ; car la colonne qui 
étoit pour nous faire face na pu guer resister ; nous etions 
plus prez deux qu’il ne croyoit ; nos obuse firent sotter plu- 
sieure de leur caisson. Sé ce qui les obligea de se retirer en 
battant retraite ; nous en avons profité pour prendre leur 
centre sur le flans. Comme nous etions embusqué, leur 
cavaillerie a tenté de faire une découverte sur notre fronc ; 
mais beaucoup ne sacoutumaient pas a nous chargé, car il 
descendoit à force de leur chevaux tête dévant tête derrière et 
dautre sans ; leurs chevaux quittez ? leur maître et se cou- 
choit de tout cotté et de toute manière. Voyant cela il se 
preserent de rentrer dans la ville ; et ny revinrent plus. On 
en na surprie deux qui etoit a combler nos retranchements 
et on les a fait prisonnier. Le soir il non pas manqué de 
nous envoyer bien des obuse ainsi que du reste. 

Le 10 lon a parvenue a erriger une batterie de deux piece 
de siege et deux obusiers qui jouèrent sur Valle (2)ouil avoit 
placé leurs pontons ; mais quand la munition fut arrivé lon 


(4) 24 octobre 1794, 
(2) Le Waal. 


— 343 — 


a tardé guerre à voir les pontons couler a fond : se qui. 


décida le sord de la place : mais dans le meme temps six 
obusier commancèrent a jouer sur la ville ; sé ce qui causa 
un degat que lon ne pouvoit presque croiré ; dans la même 
nuit les Anglais passèrent le Valilé sur de batteaux et pont 
vollant ; ils laissérent trois bataillon d’hollandais dans lam- 
baras. Sé ce qui les obligea de se rendre ainsi que la place: 
il ouvrirent la porte aux français (1) ; et ne voulurent plus 
se battre davantage. Lon entra sans seremonie dans la ville 
et vers le soir du même jour, on les desarma, et il partirent 
le landemain pour la France. Pour les autre qui avoit passez 
le Valle tirrent du même jours sur la ville ; mais on les aun 
peu fait reculer par le moyer de construire des batterie sur 
le bord de la ditte rivière. 

Le 14, lon a tirré (2) les cantonnements et nous avons 
tombé sur la droite de la ditte ville le long du Walle à trois 
lieux de la à Craimbourg (3) et quelque ville au dessus jus- 
qu'au duché de Clef (4). 

Notre bataillon a tombé à occuper plusieurs village. Notre 
compagnie etoit a mair (5) sur la route de Nimaigue à Clef; 
donc nous avons partie du 20 au 24 nivose de l’an 3° dela 
République Francaise. | 

Ainsi vous voyez apprez une Campagne aussi fatiguante 
nous avons guerre eu de repos ; mais la conquette nous 
dedomage ; et nous a mis dans une état capable de surmon- 
ter le plus grand obstacle; ces français sy delicat et sy 
effeminez par crédit (6) dans toute les partie de Leurope et 
du monde entier, ne sont guerre restez auprez du feu dans 


une hivere donc il ny a pas de creature respirant pour dire 


(4) Les Français étaient sous les ordres du général Souham. 
(2) Tiré au sort. 

(3) Kranenbourg. 

(4) Clèves. 

(5) Non identifié. 

(6) De réputation, 


— 344 — 


en avoir vue une plus forte ; et encore dans un climat 
infinimant plus froid que les notre ou lon y passe six a 7 
. moy de tres grand froid. Nul homme de mon temps ne peut 
peut contredir ce que j’avance. 

Fin de la première course. 


Deuxième Volume. 


Rassemblement du 21 nivose (1) en bonne ligne de droite 
et de gauche de Nimaigue le long du Valle a leffet de son- 
der la force de Lennemye et de voir leur position derrière le 
dit Valle a la faveur duquel il se proposoit de détruire 
Nimaigue a loysir par bombardement. Lheur étant arrèlé et 
le rassemblement fait a petit bruit sur une ligne de deux à 
trois lieu de long lennemye sans etre prevenue voit monter 
tous à la fois la digue et afranchir le Valle et prendre leur 
17° redoute sans pouvoir resister à leur piece quy nous laisse 
sans avoir tirrez deux coups. Il ne croioit point que le 
Français auroit osez entreprendre de passez cette rivière 
sur le glace et se retiroit sur leur camps baraqué à 3 petit 
quard de lieu de la. Ce fut la que nous avons tenue ferme 
et toute la journée c’est passez à ce battre. Voyant que nous 
ganions toujours sur eux et que leur principaux magasin à 
poudre etant en grande partie remplie de gargouche etoit 
tomber entre nos main, un courageux trompelte de chez eux 


(4) 10 janvier 1795, 


— 345 — 


y port le feu ardiment sans panser au danger ou il sesposoit. 
Nos grenadier étoit entré dans le magasin quand il sauta. 
Plusieur furent blessé, Il croyoit nous faire peur comme 
aux enfant. Ce fut alors que nous les. avons charger avec 
plus de surté. La bataille dura jusqu’à 4 heure du soir. On 
a vue quil ni avoit point beaucoup à crainte on a placé des 
troupes suffisant pour leur faire fasse : et le surplus repassa 
le Valle pour pouvoir se loger; une partie de lartillerie 
revient aussi en amenant le piece que nous leur avions pris 
dans le different fort et redoute ; il y avoit des mortier de la 
première force quy montoit a deux fort construit devant 
_ Nimaigue ou il les avoit couvert de differant rang et palis- 
sade a proportion du terrain et des ouvrages. Et nous avons 
logé lelong du Val a differant village. 

Le 23, nous les avons été rattaqué de nouvaux et tous le 
grenadier allerent en tirailleur en avant ou Lennemye voyoit 
bien par cette attaque que l’on vouloit leur faire pillé du 
poyvre. Nos trois compagnie de grenadiers et une de la 
soixante-huitième demie brigade etant join ensemble mar- 
chèrent à quatre sur deux colonne vers trois régiment 
d'anglais qu’il firent battre en retraite plus dune lieux ou ils 
ont prie une piece de canon et les canonnier et leur capitaine 
ainsy qu'un colonnel et plusieure soldat; en outre il ont 
encore prie un bourg nommé Elneron (1). Dela lon les a 
poursuivie j'usqu'a la ville d'harnem (2).Je mettonne comme 
cela a pue ce faire ; car ce village est très fort par des canaux 
qui sorte du rain (3) quy donne dans differehte endroit temps 
au Valle qua plusieure village et qui rentre dans d'autre 
endroit. En outre presque tous les terrin qui lentourent sont 
des prairie très plate et sont garnie de tres grand et profond 
fossez qui en font la séparation. Quand il a sagit de logé le 
soir dudit jours dans les allantours du village. il a fallut 


(1) Emmerick. 
(2) Arnheim. 
(3) Rhin. 


— 346 — 


chassez les ennemye pour nous loger au lieux de logement, 
Cetoit plutôt tous corps de garde car nous ny etions point 
trop en sureté. 

Le 24 nous avons été davance ver le Rain (1) sur la gau- 
‘che du dit bourg : quatre compagnie seulement dans un 
petit village ou Lennemie se retranché. Sitot quil on apprie 
notre approche, il on eut soin de fuir, notre premier bataillon 
etoit d'une autre cotté et pour ne point être embarrassé il 
nous Ont laissez leur canon et munitions sur le bord du 
Rhin. 

Le 26, nous avons passez le Rhin sur le devant d’une 
auteur a une bonne lieu sur la droite de la petite ville Wa- 
queninge (2). Ce fut la que nous avons apprie levacuation 
de la riche ville Dutrecht (3), sy celebre par ces guerre, ces 
traite et reconnaissance de lunion de la République des 
provinces unie. De la nous avons descendu vers la petite 
ville de Rhemme (4) a trois quard de lieux de cette petite 
place sur la route qui n’est autre qu’une digue. 1] y a une 
fameuse montagne au millieux des marais ynnodé des eaux 
du Rhin. Cette ditte montagne est un croysant de line (5). 
Il avoit profité du terrain pour rendre leur peis (6) ynasse- 
cible. Leur magasin étoit derrière la montagne, et le devant 
du côté du Rhin étoit couvert et un fort de plus redoutable. 
I] y avoit deux cavaillerie ; la premiere avoit trois bastion 
et la deuxieme en avoit cinq tous couvert de demie lune est 
de piece encore en très bonne état de défance ; couvert d’une 
glacie et deux rang de palissade de planté dans leau du 
_ marais ; sur les terrin la moins mouillé, il y avoit construit 
des petit fort ussez bien placé et tres elevé par le moyen de 


(4) Rhin. 

: 2) Wageningen. 
(3) d’Utrecht. 
(4) Rhenen. 
(5) Croissant de lune. 
(6) Leur pays. 


— 347 — 


larges fossés qu’il avait creusé sur le devant, aussi couvert 
et garnie d’une bonne centaine de bouche à feu : temps 
mortier q’obusier et canon ; que sans la gellé c’étoit un lieu 
ynapprochable. 

Dans une ouverture qu'’avoit celte montagne, il y avoit de 
caserne de quoy logé 15 cent shomme el de tres jolie maison. 
Cé lechantillon d’une ville car il y a toute sorte de marchand 
pour le vivre et boisson, dé jardin et un assez grand et très 
jolie bosqué sur le derrière de la montagne, dont la pente 
et un tallu tres plads du cotté de Rhemme. Donc la vue 
offre un tres charmand coud d’euil. 

Voyant que nous afranchissant tous leur fort et retran- 
chement par la faveur de la glace avant que de fuir, il on 
tous demonté et encloué les pièce et jetté la poudre dans 
l’eau. 

Pour la ville de Rhemme, elle est tres petite, les fortifica- 
tion sont presque tous tombé en ruine et ce n’est plus qu’un 
mont de pierre faut-il dire de cette place sy illistre jadit par 
la grande résistance ; elle est très peuplé pour ce qu'el est. 
Elle possede plusieure jolie maison et une superbe tours que 
lon voyt de tres long ; : 

Les Anglais y laisserent une hopital qu'il n’urent pas le 
temps de transferez alieure, ou il y avoit pour le moins qua- 
tre ou cinq malade. Et nous avons resté jusqu’au 29 nivose. 

Partie le 30 pour Amesfoort (1) Cette ville est bien grande 
et fort peuplée, mais elle na pour toute défance qu’un cordon 
très bas. Lennemye y laisserent de caisson et douze pièce 
de canon. Nous y avons resté 25 jours. Nous etions fort bien; 
nous etions tous logé chez le bourgois. 

Le 28 pluviose |2) nous somme partie d'Amersfoort pour 
nous rendre à Garderen(3); ce jours-la nous avons marchez 


(4) Amersfoort. 
(2) 16 février 1795. 
(3) Non identifié, 


— 348 — 


dans leau pendant une demye lieux jusqu'au jenout. La 
glasse nous faisait mal au jambes. | 

Le 29 nous somme partie de Goderen (1) pour nous ren- 
dre à Espriet (1). 

Le 30 nous somme partie de Espriel (1) pour nous aller a 
la ville dé Campin (2). 

Le 2 ventos{(3) parti de Campen (2) pour aller SZowall (4), 
la ou nous avons ete logé dans la caserne deux jours au bout 
desqu’el nous avons élé loger chez le bourgois. Pour parve- 
nir à cette ville nous avons été dans le cas de traversez de 
couline ou nous avons été dans le cas de marcher dans la 
neige jusqu’au cout. Cette place est assez bien situé. La 
rivière de Lissel (5) la défend. Sur le devant couvert des 
fort quy sont situé le long de la dite rivière qu’elle est très 
large. La ville est encore bien respectable. La garnison hol- 
landaise y a resté et leur service ne fut point interrompue. 
Le bourgeois prirent les arme à notre approche pour chas- 
ser les Englais, mais il neurent guerre de peine car du 
moment que lennemye sen appercue il ce presserent de plier 
bagage et de battre au chan sans attendre le bail qu'on leur 
preparoit, car les bourgeoïs et le soldat hollandais de la 
garnison cetoit promis de jouer une jolie musique. Ils despu- 
terent au même ynstant vers notre general pour leur porter 
du secours en cat daffaire. Cette ville est tres propre et tres 
riche et bien patriotte ; et nous etions logé chez le bourgois 
ou nous étions traité en veritable amie. 


(1) Non identifié. 
(2) Kampen. 

(3) Vers la même époque, ainsi qu’en atteste une lettre écrite par 
lui à la date du 9 ventose an III, mon grand-père, Pierre-Joseph Six, 
était cantonné à Therde, au-dessus de Bréda, comme soldat à la 6e 

compagnie du 2e bataillon de la 80e demi-brigade de Lauber, division 
Lemaire. 

(4) Zwolle. 

(5) L’Yssel, 


— 349 — 


Nous partimes le 21 pluviose pour Cronningue (1) dans 
le temps de la plus cruelle bize de livers et grace a la gellée 
nous aurions été dans le cas de faire quatre a cinq lieux 
dans des marais ynnondé; nous avons passez a assassalt (2) 
et logé dans les environ et quatre compagnie a un village au 
dessue. 

Le 22 nous avons logé à Melezet (3). 

Le 23 nous avons logé à Estenwil (4). 

Le 25 nous avons logé dans de tres beaux village de la 
Frisse (5). 

Le 26, nous avons arrivé à Groningue ; nous navons fait 
qu’antrez et sortire sans arreter par une autre porte ; nous 
avons été logé a un village sur le derrière, car lon tachoit 
de couvrir cette ville de troupes, car les bourgeois craignoit 
les Anglais auqu'el il avait refusé passage et d'entrer de leur 
enceinte, parce qu’il craignoit leur infamie et leur cruauté 
ordinaire envers les abitants de ce peis la. 

Groningue est une tres grosse ville bien situé, couvert par 
plusieurs canaux et de fors ou le besoin l'exige et bien garnie 
de toutes sorte de munition et de bouche a feu. 

Le 27, nous avons été logé dans un bourg nommé Nor- 
brook (6). 

Le 28, partie pour Winscolle (7) qu’elle est une petite ville 
a sept lieux de Groningue et de la meme province. | 

Partie de Winscotte (7) le 29 pour aller attaqué les anglais 
au village de Berter (8); la il nous a falu marchez dans leau 
jusqu'a la cinture de culotte pendant mie lieux de chemin. 


(4) Groningue. 
(2) Non identifié. 
(3) Non identifié. 
(4) Non identifié. 
(5) Frise. 

(6) Non identifié. 
(7) Winschotten, 
(8) Non identifié, 


— 850 — 
Quand nous fume arrivé au village l'on a fait partire 
8 homme par compagnie pour attaquer lennemie ; et du 
même moment que nos tirailleur on comance à faire feu lon 
a bracquer une piece de canon charger à mitraille et au 
2e coups les anglais on pris la fuite et nous l’heur s’avont 
prie trois piece de canon et 60 chevaux. 

Le 30, partie pour faire une découverté et voyant Fe len- 
nemie etoit rentré dans le fort doudeschamps (1) que nous 
avons été atlaqué sans ca ou pour sonder le terrin; et 
voiant que nous approchions par des delours que l'on étoit 
obligé de faire par le moyen d’une digue qu’il avoit coupé et 
de pont qu’il avoit brulé par ou nous aurions parvenue plus 
vite et en meme temps le surprandre ; pour fasiliter leur 
relraite pour une piece de canon qu'il y avoit dans ce fort ou 
ou il en clouërent et briserent lafue (2), plus de trente piece 
de canon qu'il y avoit dans ce fors ils enclouerent tous et bri- 
serent les affue ; enfin le passage etant un peu rendu prati- 
cable ; nous avons avancée vers le fort qui sevacuoit. Nous 
y somme entrez avec la plus grande activité au bruit effraiant 
du son de nos tambour. Ceux qui etoit encore occupé a pilier 
sortoit de toute les cottés pour se sauver ; donc plusieurs 
perirent dans leau. Nous en avons prie une bonne trentaine. 
Le peu de chasseur a cheval que nous avions avec nous 
suivirent leur arriere garde et en prirent encore une ving- 
taine qui soccupoit à leur plaisir ordinaire qui sont de 
pillier, masacrez et tous brisser ce qui ce trouves a leur pre- 
sence. Ce fort est bien situé et ynnapprochable par les aux 
de tous les cotté il est construit en angle bossue sur quatre 
bastion. Dans ce fort il peut avoir trente a quarante maison 
donc la plus grande partie sont tres petite. Nous y avons 
resté jusqu’au 5 ventos (3) donc nous avons été relevé. 


(4) Non identifie. | 
(3) L’affut, | 
(3) 29 février 1796, _ | 


= 851 — 

Partie le 5 pour retournez a Winscholte ou nous avons 
resté jusqu’au 14 vantos de l'an 3e. 

Partie le 15 pour Pecq ou nous avons resté jusqu’au 22 
vantos. | | | 

Partie le 23 pour aller relevez les gens-darme au fort 
Bourtang (1). Ce fort est le plus considérable de la province, 
et de frontière du duché de Munstre (2) ; il posede une 
superbe decouverte du coté de ce peis la ; et un coup de vue 
de plus agreable garnie dune soixaniaine de piece de cancn 
temps obusier que mortier et pierrie, donc il ny a que douze 
en fonde ceux en bronze sont des calibre de plus fort; ou il 
se trouves aussy de fameuse coulverinne (3) de bronze. 
Cette place est construite en etoille, dons chaque pointe 
forme un bastion ; il y a, en outre, un très grand nombre 
douvrage ynférieure temps de lune que de piece a corne, 
bonque, glacie couvert de palisarde de par les aux et autre 
bas de qu’elle il ce trouve des fossez de vingt-cinq a 30 pied 
de large. En outre, plusieure autre petit fort construit a 
distance et tres bien placé pour la defance de cette forteresse; 
lennemie avoit tous encloué les pièce, mais les canonnier de 
gens-darme on trouvé les moyen de le déboucher et de les 
rendre en état de service. Nous y avons resté jusqu’au 25. 

Partie le 26, pour le village de Closte (4) en Apelle (5) et 
Rozewick (6), ou lennemie venoit rodez et ynquietter les 
abitans, nous avons resté jusqu'au 4 germinal (7). Ce fut 
sur cé frontière que nous avons été bien étonné de voir dans 
ce même paiis Munster (8) le cochons les oies le canard le 


(1) Bourtange. 
(2) Munster. 
(8) Coulevrine, 
(4) Non identifié, 
(5) Non identifié, 
(6)Ryswick. 

(7) 24 mars 1795, 
(8) Munster, 


= 852 = 
pouille et le genre humain, tous vivre ensemble dans la 
même place. Je vous dirayÿ qu'il faisoit un peu froy et que 
jay vue un cochon et dés oies avec les homme se chaufer 
prez le feu tous ensemble, se disputoit meme pour là place 
chacun de leur jargon. 11 nest pas rare de voir les pouille 
et les homme manger dans le même plad. Je vous dirai 
aussi qu'il fond le feu au millieu de leur maison ; il n’y a que 
les riche fermier qu'il ont de cheminé ; donc il paite quinze 
florins du pâiis pour chaque année pour avoir de cheminée, 
donc nous en sommes partie le huit pour aller a Veindam. 

Le 9 germinal partie de Vemdam pour aller a Odooren {1}, 
donc nous ny somme resté une nuit seulement. 

Le 10 partie de Odooren (1) pour aller à Daalen (2); done 
nous y avons logé une nuit. 

. Le 11 partie de daalen (2) passant par la ville de Conver- 
den (3), et nous avons été cantonner dans un village nommèë 
Egtelen (4). ou nous sommes resté 4 jours. ; 

Le 15, partie de Egtelen, passant par la ville de Ninus (5), 
et nous avons été cantonner dans un village que lon nomme 
Clage (6) a une demie lieue de cette petite ville, la ou nous 
y somme resté {1 jours. 

Quand nous allions nous promainer nous voyames le 
prussien, car nous étions sur le frontière de la prus, et dans 
le quard dheur la nous avions la paix avec les prussien. 

Le 26 germinal, partie de Clage pour aller en garnison à 
Converden (3). Donc notre compagnie a été délachez, et nous 
sommes été dans un village en cantonnement: nous y étions 
fort bien et notre bataillon étoit fort malle : nous avions du 
papier, lon nauraïit pas trouvé un morceaux de pain pour 
cent livres de papier. Nous y sommes resté 18 jours. 


(4) Odoorn. 

(2) Dalen. 

(3) Koeverden. 
(4) Non identifié, 
(8) Non identifié, 
(6) Non identifié, 


— 353 — 


Le 13 prairial (1), nous sommes partie du village de 
Daalen pour aller à Ees (2) a une demie lieux de Boorger 
(3), donc nous y avons logé une nuit. 

Le 14 partie du village de Boorger pour aller à Veendam. 
Notre balaillon y a resté qu’elque temps ; notre compagnie 
fut détachez. Nous avons partie le 16 de Veendam pour aller 
à Sappémer (4), donc nous y somme resté 15 jours. 

Le premier messidor (5}, partie de Sappener pour nous 
aller a Groningue. Donc nous y somme resté en garnison 
environ deux moy; c’est une superbe ville que Groningue ; 
elle est tres riche el tres comercante. 

Le 21 thermidor, partie de Groningue pour aller a Sol- 
camp dans un petit port de merres. Dans cette endroy 
la l’on tomboit malade a grand force. Notre compagnie étoit 
composé de 80 homme, nous en avions 36 a l'hopital, sans 
tout ceux qui éloit malade a la compagnie. {1 en est mort 
cinq de notre compagnie ; nous etions fort bien dans cette 
endroy la, mais cé dommage que le paiis est sy mal saint, 
Nous y somme resté 3 moy. 

Le 21 vendémiaire an 4° (6), partie de Solcamp (7) pour 
retourner à Groningue ; donc nous y somme resté en garni- 
son 2 mois et demie. 

Le 4 nivos (7), partie de Groningue pour retourner à 
Solcamp pour la deuxième fois ; nous y avons resté trois 
moy ; en deux fois différente, nous y avons resté six moy. 

Le 4 ventose (8) nous avons partie de Solcamp, donc nous 
avons fait huit jours de marche. Nous avons pasé par Gro- 
ningue et de la nous avons passé à Zewolil, donc nous y 


(1) 4er juin 1795. 
(2) Non identifié. 

: (3) Non identifié. 
(4) Non identifié. 
(5) 49 juin 4795. 
(6) 13 octobre 1795, 
(7) 25 décembre 1795, 
(8) 23 février 1796, 


= 854 — 


ävons fait séjour ; et de la nous avons partie pour Deventet : 
donc nous y avont resté deux moy; dans cette ville l'on 
nous a habilier depuis le pied jusqu'a la tete ; nous y avons 
été fort bien dans cette ville. 

Partie de Deventer, le 2 floreal (1) pour allier cantonner au 
village de Reckem, notre compagnie occupoit deux village ; 
et nous somme la reslé 4 jours, de la nous somme partie 
pour le village de Ditpainim {2}. Donc nons y somme résté 
en cantonnement environ cinq décad. Je peut temoigner que | 
cest une endroy tres bonne ; nous y etions supérieurement 
bien. Dans cette endroit, notre bataillon occupoit huit à neuf 
village et nous elions tous bien. 

‘ Le 23 prairial (3) partie de Ditpainim pour aller a Deven- 
ter ; donc nous y somme resté deux jours. | 

Le 27 prairial, nous avons partie de Deventer pour aller 
camper au camp de Gorsel (4); nous y sommes resté lrois 
mois. Nousavons passéen revue parle général Bournovil (5), 
general en chef de l’armé du nord ; nous avons eté aussy 
passé en revue de linspecteur general Chomon {6) ; doncila 
fait une reforme de tous les blaissé hor détat de service, et 
il'on partie sur le champ. 

Dans ce camp la il ÿy avoit une drande discipline ; nous 
allions a lexercise deux fois lous les jours, et nous étions 
consigné au camps, nous ne pouvions pas nous ecarter plus 
dune porté de fusil du camp ; lon faisoit de patrouil et ceux 
que lon trouvoit écarté lon le rammnoit en prison ; lon don- 
noit de permition pour aller en ville soit a Zuphin (7) ou a 
Deventer, une permilion pour 4 homme par compagnie, pour 
besoin. Nous avons fait plusieurs foit l’exercise a feu ; nous 


(4) 24 avril 1796. 
(2) Non identifié, 
(3) 44 juin 4796. 
(4) Goor. 

(5) Non identifié, 
(6) Non identifié, 
(7) Zutphen. 


— 355 — 
prenions les arme a 3 heure apres midit jusqu'a 7 heure du 
soir. Le plus de malle que nous avions cest quand il faisoit 
du grand van, nous etion aveuglé du sable, nous etions 
baraqué dans de baraque de paille et la pousiére passoit au 
travers ; nous y elions bien miserable par rapport a cela. 

Le 28 fructidor (1), il a arrivé un hordonnance au çamps 
qu'il à apporté une hordre pour partir le landemain. 

Le 29 nous somme partie du camps; passant par Zut- 
phin nous avons été couchez à trois lieux de la dit ville. 
Donc nous avons bivaqué vis a vit dun chataux appartenant 
au prince Daurange (2) qu’il a été brullé quand les français 
on entré dans la holande. 

Le 30 partie a quatre heure du matin passant par la ville 
d’harlem (3). S'est une très jolie ville. Elle est située sur 
le ‘bord du Rhin. La nous y avons passé le Rhin, et nous 
avons été cantonner entre le Valle et le Rain pour une nuit. 

Le 1er jours complaimantaire (4) nous avons passé le 
Valle à .Nimaigue sur un pont vollant ; nous avons ele 
camper sur le rompard de cette ville dans de tantes pour une 
nuit. | 

Le 2me jours complaimantaire, nous sommes partie de 
nimaigue passant par Cranbourg (5) et par la ville de Clef 
(6) en prus ; nous sommes été contonner par le village pour 
une nuit a une lieux au dessus de cette ville. 

Le 3m jours complaimantaire, nous somme partie a 
quatre heures du matin passant par la ville de Carquare (7) 
en prus. C’est une triste ville as qu’il ma semblé a voire. Et 
de la nous sommes passé par la ville de Xanten. Nous 


(4) 44 septembre 1796. 

(2) D'Orange. 

(3) C’est sans doute d'Arnhem qu'il s'agit. 
(4) 17 septembre 1796. 

(5) Kranenburg, 

(6) Clèves. 

(7) Calcar, 


— 356 — 


avons marchez jusqu’à deux heure apres midit. Toute la 
troupes a fait alte ; nous avions de la viande : nous avons 
fait la soupe et nous s’avons tres bien rafraichie. . 

Et a cinq heure, nous avons parti et nous avons marchez 
jusqu'a dix heure du soir, et nous avons été bivaquer 
auprès de la ville de Rennebercq (1). Nous avons ü chacun 
une poignit de paille pour nous couchez. 

Les 4eme jours complaimantaire, nous avons partie a 4. 
heure du matin passant par Rennebecq, et de la nous avons 
passé par la ville de Ourdingue et nous avons bivaquer a 
une demie lieux de la ville. Cette ville est encore assez jolite. 
Le 5° jours complaimantaire, nous avons partie a cinq 
heure du matin ; nous avons marchez environ une heure et 
nous avons u contre hordre ; nous avons retourné à notre 
bivaque ; donc nous y avons passé la journé et même la 
auit. Il a tombé de leau presque tout la nuil; nous avions 
pour tout abris les étoilles. | 

Le premier vendemiaire 5 année républiquainne (2) nous 
avons partie a cinq heure du matin et nous avons arrivé a 
Dusseldorf a 11 heure du matin et nous avons passé le Rain 
pour entrer dans cette ville ; c'est une superbe ville que 
Dusseldorf. 11 y a une caserne de quoy loger quinze mil 
homme ; et il y a un cheval de bronze qui est exposé sur les 
petit marchez. Cela est bien jolie. Nous y avons couchez 
deux nuit. C’est une ville lrès patriotte. Nous y somme 
entré toute notre demie brigade et nous avons été tous logé 
chez les bourgois et nous avons été tous bien logé ; l’on 
peut dire que tout les bourgois sont très agréable. Tout le 
long de la route nous avons marchez huit bataillon ensem- 
ble. Et a Dusseldorf nous savons rassemblé 11 bataillon que 
nous sortions tous de la Hollande. Notre premier bataillon 
qui etoit à Amsterdam il nous a rejoint a cette ville et 2 
bataillon de tirailleur qui étoit dans les avant poste de la 


(4) Rheinberg. 
(2) 22 septembre 1796. 


— 357 — 


holande il nous ont rejoin ausy a Duceldorf ; nous devions 
nous ras-ambler a cette ville et dans les environ de cette 
. ville 60 a 70 mil homme temps que de la holande que du 
brabant et des environ de Paris. Cetoit pour porter du 
renfort a l’armé de Sambre et Meuse. 

Le 3 vendemiaire (1) l’an 5°, nous avons partie de Ducel- 
dorf a 12 heure a midit el nous avons marchez jusqu'a 
9 heures du soir; nous avons couchez au bivaque sur la 
terre san paille a la rigueur du temps. 

Le 4 vendémiaire, nous avons partie à la pointe du jours 
et nous avons marchez jusqua une petite ville que lon nomme 
Mulhem (2). Nous y avons arrivé a dix heure du matin. 
Lon nous a fait mettre en bataille sur la gauche de cette 
ville. Nous s’avons tres bien repossé et a 4 heure après midit 
nous avons passé dans la ville pour prandre une position 
plus aveantageuse que celle que nous avions, a une demie 
lieux plus loing, la ou nous avons bivaquer et couchez la 
nuit à la rigueur du temps sans paille. Nous avions pour 
toute abris les étoilles et la lune. Lon nous a fait faire toute 
ce démarche la pour porter du renfort a larmé de Sambre et 
Meuse, qu’elle a battu en retraite pour le moin cent vingt 
quatre lieux. 

Nous croiont toujours voir lennemie. Quand nous avions 
partie de Duceldorf lon nous disoit qu’il netoit qua six lieux ; 
et nous en avons fait neuf et nous n’avont encore rien vue. 
Il est a croyre que lennemie a reculé a notre approche ; il 
etoit temps que nous avions arrivé, car larmée de Sambre et 
Meuse etoit tout a fait en deroute. 

Le 5, nous avons baraquer. Tous les soldats sont procuré 
de la paille et lon a taché de faire de petite baraque pour se 
metire a couver. Nous somme la resté qu’elque jours tran- 
quille. 

Le 11, lon nous a fait faire lexercise et au soir lon averti 


(4) 24 septembre 1796. 
(2) Mulheim. 


— 358 — 


qu'il falait couchez tout habiller et que lon prenoit les arme 
a qua heure du matin. Cela na pas manquer. Lon nous a 
tenue sous les arme jusqu'a midit. Lennemie na pas ù les 
courage de venir nous attaquer. 

Nous y somme resté trois moy ; nous y avons ue beau- 
coup de miserre. Nous allions au bois pour nous faire du feu, 
a une lieux du camps. Les grans frois ons venue, nous 
avons été obliger de faire de baraque de terre pour nous 
cachez de la froidure. Nous avons fait de cheminé dans nos 
cabane pour y faire la cuisine ; les plus de paine que lon 
avoit cetoit a monter la garde au bivaque ; il faloit la restée 
24 heure à la rigeure du temps par un froid très rigoureux : 
il mest impossible de vous marquer toute la miserre que 
nous avons u dans ce Camps-la. 

Le dix neuf frimaire (1), ila arrivé une hordre pour faire 
partire le premier bataillon. Une heure apres contre hordre 
a arrivé, ce fut notre bataillon qui fut obligé de partire le 
lamdemain 20 pour aller à Amsterdam. 

Nous sommes partie du camps de Mulheim le 21 a six 
heure du matin et nous avons été couchez a Duceldort ; 
nous avons u de la pluie toute la journée. Joblioit de mar- 
quer que nous etions campé a une lieux de Colongne et 
nous y allions avec permition pour acheter notre nécessaire. 
C'est une charmante ville que Colongue et elle est très 
grande. Il y a dans cetle ville 356 "auser je vous demande 
qu’il y de calotin. 

Le 22, nous avons parti de Duceldortf et nous avons repassé 
le Rain, car cette ville est situé sur le bord du Rain. C'est 
une ville tres forte ; nous avons été obligé de passer le Raïn 
sur de petite barque et nous avons été loger à la ville d'Our- 
dingue. C'est une ville assez jolie, maïs il n’y a aucune 
forteresse. 

Le 23 nous avons partie de la ville d’ Déeee et nous 
avons été loger à la ville de Rennebercq en prus. C’est un 


(4) 9 décembre 1796, 


— 359 — 


paiis assez bon ; mais il on beaucoup soufert du flaiaux de 
- la guerre. 

Le 24 nous avons partie de Renneberq à six heure du 
matin et nous avons été loger à la ville de Xanten. C'est 
encore une ville de prus. | 

Le 25 nous avons partiaæ de Xanten et nous avons été 
loger à la ville de Clef en prus. 

_ Le 26, nous avons partie de Clef et nous avons passé par 
Cranbourg et de la nous avons été loger a Nimaigue. C’est 
une ville tres forte que Nimaigue ; il y a de fameuse forte- 
resse d’un cotté, et de lautre c'est le Valle qui la défand. 
Nous y avons couchez deux nuit que nous y avont fait 
séjours. | 

Le 28, nous avons partie de Nimaigue a neuf heure du 
matin; nous avons passé le Valle sur de petite barque, pars 
que le pont volant ne pouvoit pas marches au sujet de glasson 
qu'il passoit. Cela nous a attardé d’un jours et nous avons 
été loger dans un village sur le bord du Rain. 

Le 29, nous avons passé le Rain et nous avons élé loger 
a la ville de Rhenane (1). | 

Le 30, nous avons partie a cinq heure du matin et nous 
avons élé loger a la ville d'Utrecht ; nous avons fait six 
lieux ce jour la. C’est une charmante ville et grande. Il y'a 
un canaille qui passe autravers de la ville : il est fort profond. 
Du canaille pour joindre le maison cest tout souterrain la 
ou que beaucoup de bourgeois on des magasin superieur. 

Le {er nivos (2) avons partie d'Utrecht et nous avons été 
loger a un village que lon nomme Lonne (3) a quatre heure 
d'Amsterdam. | 

Le 2 nous avons partie de Lonne (3) et nous avons été 
loger à la charmante ville d'Amsterdam. Nous avons partie 
du camp de Mulheim le 12 décembre et nous avons arrivés 


(1) Rhenen. 
(2) 21 décembre 1796. 
(3) Non identifié. 


— 9360 — 


à Amsterdam, le 23 du même moi lavant veille de Noël. | 

Amsterdam cest une charmante ville, elle est assez bien 
” située. Il ya de canaille de distance en distance. Considerer 
s’il yen na 1 beaucoup : lon fait nombre de dix-huit cent pont 
dans la ville. Cette ville nest pas tout a fait sainte (1) au sujet 
des canaïlle ; il y a de saison qu'il y faittout a fait mal saint. 
La disgrace qu’il y a cest que léau est fort rarre : lon ne 
peut se servire des eaux des environ au sujet de la merre. 
Tous leau que lon consomme dans cette ville, l’on va la 
cherchez avec de barque a quatre lieux du cotté d’'Utrecht. 
Toute la ville est battit sur pilotige parsque lon ne peut pas 
faire de fondation au sujet des s’aux. Tous qu’il y a de 
remarquable dans Amsterdam, c'est la maison de ville ; je 
croix bien qu’il ny en a pas une pareille dans tout Luraupes 
(2). Lon voy dans cette maison de ville comme le cielle et la 
terre est composé. Lon voy le soleil et la lune et les etoille ; 
comme cela est composé au firmament. 11 y a un estatu qu’il 
porte une boulle sur sa tête, qui représente comme la terre 
est composé et le monde entier. La boule est dune telle 
grosseur que je ne puis exprimer combien qu’elle a de pied 
et tourre. ; 

Nous somme resté en garnison dans cette ville six moy 
moin cinq jours. Nous avion toutes les satisfaction possible 
dans cette garnison ; nous en trouveron plus jamais une 
pareille ; nous avons quitté cette ville avec regret. 

Nous avons partie d'Amsterdam le 27 prairial (3) pour le 
nord de la Hollande ; nous avons été logé dans un village a 
quatre lieux de la ville de Alkmaar. 

Le 28, nous avons arrivée à la ville d’Alkmaar et lon a fait 
loger la moitier du bataillon en quazerne et l’autre moitier a 
loger chez les bourgois. Lon nous faisoit deloger tous les 
deux jours ; au bout de huit jours lon nous a fait parlire les 


(1) Saine. 
(2) L'Europe. 
(3) 15 Juin 1797. 


— 361 — 


quatre compagnie loger che le bourgois, pour aller en can- 
tonnement dans un village a deux lieux de cette ville; nous 
y somme resté 6 jours. Les quatre compagnie qui sont 5m, 
Gme, 7me et 8ne et sont rentrées à Alkmaar le 20 messidor (1) 
pour entrer au caserne. Quand nous somme arrivé, il y 
avait un bataillon d'hollandais ; il a partie pour embarquer 
et nous, nous les avont remplacé dans la ville. 

Le 21, il a arrivé une hordre pour notre bataillon partire, 
le 22, a cinq heure du matin seulement six compagnie ; 
contre hordre a arrivé. C'étoit pour partire le 23 a cingheure 
du matin. 1] sont partie pour aller sur le cotté de la merre, 
pars que la flotte holandaiïse alloit partire. Cetoit au ca 
qu'elle fut repoussé ; nous somme resté dans cette ville trois 
compagnie, 4me, 7me, 8ms, Le six aulre compagnie sont été a 
leur destinatiou qui étoit à Deldre (2) a 9 lieu d’Alkmaar. Il 
a restées environ trois semaine et nous on venue rejoindre à 
Alkmaar. Nous y somme resté en garnison dans cette ville 
trois moy et trois jours. 

Cest une charmante petite ville que Alkmaar ; elle est tres 
briliante et fort riche. Lon y fait un marchez au fromage 
toute lé semaine ; il y a plus de six cent voiture de fromage 
sur le marchez toute le vendredi. Cé tous qu’il y a de plus 
remarquable. Dans cette ville, il y a un clochez ou qu’elle 
il y a une horloge avec un superbe carillon, et quand l'heure 
sonne lon voy la cavaillerie defiller. Cest une chose tres 
jolye. Et dans cette garnison nous y avont élé passé en 
revue par leinspecteur general Chomon qui a donné des 
conger a ceux qu'il neloit plus en etat de service. Donc 
Alexandre de Bouber a à le sien. | 

Nous avons partie d’Alkmaar le premier jour complai- 
mantaire (3) a 5 heure du matin, nous avons été loger à la 
ville d'Harlem. Nous fume loger chez le bourgois. Cest une 


(1) 8 Juillet 1797. 
(2) Non identifié. 
(3) 47 septembre 1797. 


— 8362 — 


‘ville superbe la dit vile d'Harlem. Elle né pas de plus grande, 
mais elle est charmante. Nous somme partie de cette ville le 
2me jour complaimantaire ; notre demie bataillon de droite 
alloit en garnison a Roterdam et le demie bataillon de 
gauche alloit en garnison a Layde. Nous somme resté en 
garnison dans ce deux plas la vingt jours. Layde c’est une 
ville tres grande mais elle nest pas de plus brillantes ; ilya 
beaucoup de pauvre monde ; mais la ville de Roterdam 
cest une charmante ville. Elle est tres riche et la garnison 
ÿ est fort bien. | 

Il a arrivé une ordre qu'il falait faire partire deux batail- 
lon par demie brigade. De toute la troupes qui restoit dans 
Ja Holande, il a falut partire pour aller du: cotié de Colongne 
en almang hempir (1). 

Nous somme partie de Laydele 17vendemiaire l’an 6me{2) 
de la République française ; nous avons été loger a Voor (3) 
a six lieux de Laide. 

Le 18 nous somme parlie de Woor (3) et nous avons été 
loger à Hutrecht (4) la ou nous avons vue deux elephan 
qne l’on conduisoit a Paris. L'on les conduisoit sur leau 
dans de barque ; il y en avoit un par barque. Je peux dire 
que je ne jamais vue deux belte aussy fameuse et s'y fort 
que cella. 

Le 19, nous somme partie d’Utrecht à 5 heure du matin 
et nous avons élé loger à Tille (5) et nous.avons passé le 
Rhin entre Hutrect et Tille ; nous avons fait sept lieux ce 
jours-la. C’est une petite ville assez jolite que Tille (5). 

_ Le 20, nous avons partie de Tille (5) el nous avons été 
loger a Nimaigue, donc il nous a falut passer le Valle. 

Le 21, nous avons partie de Nimaïigue et nous avons été 
couchez par le village dans les environ de Clef. 


(1) Allemagne Empire. 
(2) 8 octobre 1797. 

(3) Non identifié. 

(4) Utrecht. 

(5) Thiel. 


. Le 22, nous avons partie de Clef et nous avons été loger 
à la ville de Xanten. 

Le 23, nous avons partie de Xanten et nous avons été 
loger à la ville de Renneberg(1). 

Le 24, partie de Renneberg et nous avons été loger à la 
ville de Ourdingue (2) en prus. 

Le 25 partie de cette ville d'Ourdingue (2) et nous avons 
été loger à la ville de Neuss (3). La ville est encore passa- 
ble mais ruiné de la guerre. C’est un flaiaux qui ne vaut 
rien du tout. DUT 

Le 26,nous avons partie de Neuss et nous avons été loger 
par le village a quatre lieux de Colongne. 

_ Le 27, nous somme partie et nous avons arrivé à Colonge 
a midit. Lon nous a fait loger chez les bourgois un homme 
deux homme par meson ; nous y somme resté deux jours. 

Le 30, nous avons partie de Colongue en retournant sur 
nos pas etnous avons élé cantonner par les village a quatre 
lieux de cette ville ; donc nous y somme resté 10 jours. 

Le 9me jours nous avons partie de nos cantonnement a 6 
heure du matin pour aller à Colongne. Cetoit pour passer 
en revut du général Augerot (4) general en chef de larmée 
du Rain. Nous avons partie a 6 heure du matin et nous 
avons rentré dans nos cantonnement a 6 heure du soir ; 
nous avons fait lexercise. Tous qu’il a bien fait cest quon 
nous a fait laisser nos caque (5) dans nos logement. 

Nous avons fait huit lieux ce jours la temps quen allant et 
en revenant. 

Le 10 de brumaire (6), nous avons partie a 6 heure du 
matin passant par Cologne et nous avons été loger à la 


(1) Reinberg. 

(2) Urdingen. 

(3) Neuss ou Nuvys. 
(4) Augereau. 

(5) Sacs. . 

(6) 31 octobre 1797, 


— 364 — 


ville de Bonne (1) et dans les village aux environ ; nous 
avons arrivées a nos logement a 6 heure du soir pars que 
nous navons pas pue loger en ville. 

Le 11 nous avons partie de Bonne {{) et nous avons été 
loger dans un bourgue nommé Sacquenacq (2). Cetoit un 
jours bien remarquable, le jours de la Toussaint. 

Le 12, nous avons partie de Sacquenacq (2) et nous avons 
été par la ville d’arnacq (3) et dela a neuvique (4). Notre 
bataillon ce jours la avoit quatre village pour ce loger. Donc 
les trois dernière compagnie etoit loger a Quety (5). 

Nous étions pour partire de Quetie (5) le 13; nous avons 
reçu contre hordre. Nous avons la resté un jours. La lon 
nous a apris que nous avions la paix avec Lhempere (6). Au 
lieux d'aller en avant nous avons été obliger de retourner 
sur nos pas. C’est un charmant païis que ce paiis la. Lon a 
comancé a voir de vigne à Bonne (1) ; lon voy des vigne par 
tout :e chand; nous avons marchez trois jours, nous ne 
voyons rien autre chose que de vigne. 

Notre route a été composé de quatorze jours de marche, 
nous avons fait environ 70 à 75 lieux dans cette route-la. 

Le 14, nous avons partie de Quetie à 7 heures du matin 
en retournant sur nos pas, passant par Neuvique et par la 
_ ville Darnacq et nous avons été loger dans les memes ville 
que nous avons logé 2 jours avant. 

Le 15, nous avons partie de Saquenacq et nous avons été 
loger par le village dans les environs de Bonne dans les 
mêmes village que nous avons logé en passant. 

Le 16, nous avons partie de Bonne et nous avons passé 
par Colongne et nous avons logé dans les même village que 


(4) Bonn. 

(2) Non identifié. 
(3) Non identifié. 
(4) Neuwied. 

(S) Non idéntifié. 
(6) L'Empire, 


— 365 — 


nous avons resté cantonné dix jours, au village que lon 
nomme Burenguem (1) ; nous avons encore resté la un jours 
pour nous délasser. 

Le 18, nous somme partie à 7 heures du matin ; et nous 
avons été loger dans les environs de Neuss. 

Le 19, nous avons partie à 7 heure du matin en passant 

par la ville de Neuss et nous avons été loger à la AL 
” d'Ourdingue. 

. Le 20, nous avons été loger à la ville de Rennebercq. 

Le 21, partie de de et nous avons été loger à la 
ville de Xanten. 

Le 22, partie de Xanten et nous avons été loger à la ville 
de Clef en Prus, 

Le 23 partie de Clef passant par Cranbourg et nous avons 
été loger à Nimaigue. 

Le 24, nous avons partie de nimaigue et nous avons passé 
le Valle sur'un‘pont volant, et nous avons passé le Rain et 
le Valle ce jours-là, et nous avons éte loger a une petite 
ville nommg Vagneim (2), une assez jolite ville et très bien 
fortifier. 

Le 25, nous avons partie de Vagneim (2) en passant par 
la ville de Rhem (3) et nous avons été loger à une lieux de 
cette ville dans un village et a 6 heure d’Utrecht. 

Le 26, nous avons partie dudit village et nous avons été 
loger a la ville d’Utrecht ; nous avons été loger che le bour- 
gois pour une nuit. Le lendemain, nous avons entré au 
caserne, et nous y somme resté en garnison 14 jours dans 
la charmante ville d Utrecht. 

Le 9 frimaire, 6° année (4), nous somme partie de la ville 
d’Utrecht et nous avons été loger a un fort et a un village 
que lon nomme Lonne (5) a quatre lieux d'Amsterdam. 


(4) Non identifié. 

(2) Wageningen. 

(3) Rhenen. 

(4) 29 novembre 1797, 
(5) Non identifié. 


— 66 — 


Le 10, nous avons partie de Lonne et nous avons été 
_ loger à la charmante ville d'Amsterdam, Donc nous y somme 
resté trois moy en garnison moin cinq jours. Cest une 
superbe garnison la ou que toute les soldat avoit lacomplis- 
sement de tout leur désir. 

Partie d'Amsterdam le 5 ventos (1) a 11 heure du matin 
et nous avons été loger à trois lieux de la dit ville ; nous 
avons été relevé par la 48me demie brigade qu'il venoit de ° 
Colongne ; cétait de larmé de Sambre et Meuse. 

Le 6 nous avons passé a Lonne et par la ville d’Utrecht 
et nous avons été loger a la ville de Vienne (2) nous avons 
fait huit lieux ce jours la et nous avons passé le Rain avant 
que d'entrer dans cette ville; nous avons u de la pluie 
depuis le matin jusqu’au soir et un vent qu’il manquoit de 
nous abatre ; nons avons été percé jusquau sot (3). 

Le 7, partie de Vienne (2) et nous avons été loger a gor- 
coom (4) ; nous avons fait 7 lieux ce jours la par de chemin 
abominable, Nous avions huit chevaux au caison et sept au 
pièce de canon ; nous marchions toujours et nous ne faision 
pas beaucoup de chemin, l’on ne faisoit que suivre le digue, 
cesl par raport au s’eaux. Dans l’hivere il y a beaucoup de 
terrain ynondé et le chemin son ynabitable ; la ou que lon 
ne doit faire que quatre lieux, il en faut faire huit quel- 
quefois 9, c’est si lent | | 

Partie le huit de Gorcoom (4) a six heure du matin, donc 
nous avons passé le Valle et la Meuse, ces deux riviere la 
a cette endroit il nen font cune ; parce que la Meuse se 
répand dans le Valle. Nous navion que de petite barque pous 
passer, cela nous a bien atardé ; notre bataillon a arrivé a 
Boilleduc (5) à neuf heure du soir ; la huitième compagnie 


(1) 23 février 1798, 
(2) Vianen. 

(3) Jusqu’aux os. 
(4) Gorcum. 

(5) Bois-le-Duc, 


= 907 = 


a resié derrière garde pour escorter un caisson et un four- 
gand. Cetoit au sujet de mauvais chemin qu'il y avoit a 
passer ; et que les chevaux ne pouvoit pas suivre. 

Cette compagnie a été obligé de loger a moilier chemin. 
Elle na arrivé qu’a Boilleduc le neuf a un heure après midit. 
Le bataillon a arrivé la nuit a neuf heure du soir et entre 
au caserne du même jours. Cest une ville quelle est encore 
assez belle et bien forlifier ; mais lon nest tres chagriné du 
service ; nous avons trois nuit dans nos lid et la quatrième 
au corps de garde. 

Nous avons célébrées la fette de la souvairanité du peuple 
le 30 ventos ; nous avons prie les arme et nous avons fait 
feu et les pièce de rampar on fait feut de mème. Chaque 
soldat avoit quinze coups à tirer; noire exercise a duré 
environ six quar d'heure. Nous avons resté en garnison 
dans cette ville 6 moy et 12 jours. 

Partie de Bois-le-Duc le 21 fructidor (1) et nous avons été 
loger a Graf (2). 

Partie de Graf (2) le 22 nous avons été loger a Gaugue (3). 

Partie de Gaugue (3) le 23 et nous avons été loger a la 
ville de Xanten et dans le village aux environ, donc nous 
avons Ù séjour. 

Partie de Xanten le 25 et nous avons été . Renbercq 
et dans le village aux environ. 

Partie de la ville de Renbercq le 26 et nous avons élé loger 

a Urdingue. 

Partie d'Urdingue le 27 et nous avons été loger a Ducel- 
dorf. (4). 

Partie de Duceldorf (4) le 28, en passant par la ville de 
Neus et nous avons été loger au village de Dormacq (5). 


" (4) 7 septembre 4798. 
(2) Grave. 
(3) Non identifié. 
(4) Düsseldorff. 
(5) Dormagen, 


— 368 — 

Partie de Dormacq le 29 et nous avons été loger a la char- 
mante ville de Colongne. 

Partie de Colongne le 30 el nous avons été loger a Bonne. 
Cest une ville très jolite ; il y a un jédot sur la place qu'i 
fournit de leau a une grande partie de la ville. 

Partie de Bonne le premier jour complaimentaire (1) et 
nous avons été loger au village de Remacgq (2) et le village 
voisin, donc nous y avons ù séjours. 

Partie de Remacq (2) le troisième jours complaimantaire, 
et nous avons été loger a Coblanche (3). Donc notre batail- 
lon a été loger dans les couvent, nous etion deux compagnie 
au couvent de Recolet,. 

Le 4° jour complaimentaire, nous avons partie de Coblan- 
che ; nous avons suivie le Rain jusqua la ville de Poupar (4), 
et de la nous avons été logé par le village a trois lieux de 
cette petite ville. 

Le 5° jour complaimantaire, nous avons été loger a la 
ville de Semerain (5). 

Partie de Semerain le {°r vendémiaire, l’an 7e 6) de la 
République Française et nous avons été loger à la petite 
ville de Creusnacq (7). 

Partie de Creusnacq le 2 et nous avons élé loger a la 
charmante ville de Mayence, nous fume tous logé chez le 
bourgois pendant deux jours. De la, nous avons entré au 
caserne ; nous faisions un service bien rudes ; nous mon- 
tions la garde tous les deux jours. Nous avions les hordre 
pour aller à Strasbourg ; nous avous u contre hordre à la 
ville de Mayence, C'est une ville imprenable. | 


(4) 47 septembre 1798. 
(2) Remagen. 

(3) Coblentz. 

(4) Boppard. 

(5) Simmern. 

(6) 23 septembre 1798, 
(7) Kreutznach, 


— 369 — 

Du cotté de la France, il y a de forteresse que lon ny peut 
pas approcher et de lautre cote cest le Rain qui la défend. 
Et à lendroy de cette ville le main se répand dans le Rain. 
Cest une fameuse defence pour cetle ville. Elle est fortifier 
comme il ny a pas de ville ; il y a sept porte a Mayence. 

Les voici : porte du Rain, porte rouge, porte de fert, 
porte fichter (1), porte holstor (2), porte Boixtov (3), porte 
neuve. Nous sommes resté en garnison dans cette ville 15 
jours. AE : 

_ Partie de Mayence le 18 pour retourner à Coblanche, ce 
jours la nous avons été loger a Creusnacq. : 

Partie de Creusnacq le 19 et nous avons été loger a 
Semerain. : _ 

Partie de Semeraïn le 20 et nous avons été loger au 
village de Rebecq (4). à. me 

Partie du village de Rebecq le 21:et nous avons élé loger 
a Coblanche et ia nous avons reçu notre destination de toute 
la demie brigade. Le premier bataillon et le deuxième.sont 
resté a la ville, le 3° a été détaché. Notre compagnie a 
occupé trois village, nous étion dans cet endroy la’ pour 
conduire les réquisitionnaire que lon faisoit rejoindre a 
Coblanche ; notre capitaine étoit au village de Poht (5), avec 
le tiers de la compagnie, à 5 lieux de Coblanche ; notre 
lieutenant au village de quinzersel (6) avec le thierre de la 
compagnie a 8 lieux et demie de Coblanche ; notre sous- 
lieutenant avec lautre thierre de la compagnie au village de 
Leuxertée (7) 12 lieux de Coblanche. Nous y somme arrivé 
le 23 vendémiaire ; nous y sommes resté un moy. Partie le 


(4) Non identifié. 
(2) Non identifié. 
(3) Non identifié. 
(4) Non identifié. 
(5) Polch. 

(6) Non identifié, 
(7) Non identifié, 

24 


— 370 — 


24 brumaire (1) pour retourner a Coblanche pour faire le 
service de la ville et le blaucusse du fort Ravestaine (2), 
nous somme arrivé à la ville le 25, 

Le vingt-quaire frimaire (3), nous avons malgamé (4) de 
nos trois bataillon. Lon en a fait que deux, Le troisieme 
bataillon a été versé dans les deux autres. Les quatre 
premiere compagnie ont été versé dans le premier bataillon ; 
les quatre dernière compagnie ont été versé dans le 2me 
bataillon. Il y a deux bataillon de compagnie par demy 
brigade ; et le 3me bataillon c’est un bataillon d'instruction. . 
. Excepté les chef, cest tous homme de la conscription. Lon a 
formé un bataillon de 11 à 12 cent shomme. 

Ils sont partie de Coblanche le 23 frimaire pour aller 
au dépot pour être instruit, Quand il auront apris lexercise 
on les fairas passer au deux bataillon de compagnie pour 
les complaiter. 11 y aura toujours un bataillon d'instruction 
par demy brigade pour complaiter les bataillon de compa- 
gaie. Le troisième bataillon de chaque demy brigade çe 
nomme bataillon de garnison. 

Partie de Coblentz le deux nivos (5) pour aller relevez la 
première demie brigade d'infanterie de ligne qu’elle etoit au 
blocus de lautre cotté du Rhin, ils sont venue nous rem- 
plasser. Nous avons fait un service tres rigoureux, toujours 
au bivaque dans la plus cruelle saison de l’anné et encore 
une hivers très rude. Donc nous savions lennemie très pro- 
che. Voyant qu'il ne pouvoit avoir aucune subsistance du 
dehors, il on comancé à demander une capitulation. Donc 
on leur s’a accordé. Il on commancé leur capitulation le 5 
pluviose (6) et il sont sorti le 8 avec les honneur de la guerre, 


(4) 14 novembre 1799. 

(2) Non identifié. 

(3) 14 décembre 1798. 

(4) Nous avons réorganisé nos bataillons. 
(5) 22 décembre 1798. 

(6) 24 janvier 1798. 


ot 


en emportant leurs arme et drapaux et pièce de compagné 
et environ cent voiture de bagage. Et il on défilé devant 
notre colongne ; il élion environ quatre mille homme. Il on 
tous deserté, deux jours après il étion a peux pret quatre 
cent s’homme avec leur bagage. Nous somme entré dans : 
cette forterais tambour en tête. 

Lon ne peut prandre cette plasce la que par famine. 
Cest un fort qu’il ny en a pas de paraille dans Lhuraupe. 
Deux mille homme dans ce fort peute battre deux cent mille 
homme qu’il hiroite pour en faire le siège. Nous somme resté 
dans cette forteres jusqu’au 5 ventos (1), très mal dans cette 
plasce, hors le pain et la viande tout nous manquoit. 

Partie du taHe (2) le 6 ventos et nous avons été loger a 
Montabar (3). 

Partie de Montabarle7, nous avons été loger à Lembour(4). 

Partie de Lambour 1g 8 et nous avons été loger à vis- 
baden (5). 

Le 9, nous avons été loger à Mayence ; donc nous avoñ 
ù séjour. Partie de Mayence et nous avons été loger a 
Aupenem (6). — Partie d’'Aupenem (6) le 12 et nous avons 
êté loger a la ville de vorsme (7). Partie de worsme le 13 
et nous avon été loger à nuislad (8) ; partie de nuistad (8) 
le 14 et nous avons été loger à Landeau (9). 

Partie de Landeau {9) le 15 et nous avons été loger à 
Vissambourg (10) ; partie de Visambourg (10) le 16 et nous 


(4) 23 février 1799. 
(2) Non identifié. 

(3) Montabaur. 

(4) Limbourg. 

(5) Wisbaden. 

(6) Oppenheim. 

(7) Worsme. 

(8) Neustadt. 

(9) Landau, | 
(10) Wissembourg. 


— 37 — 


avons été loger a Auguenot (1); partie de Auguenot {1) le 
17 et nous avons été loger a Strasbourg. À 
A là charmante ville que la ville de Strasbourg. Elle est 


très riche et très comerçante. Lon y voit tout....,....,... 


c'est une Le NE 


(4) Haguenau. | . 


— 373 — 


25° DIVISION MILITAIRE 
8 RÉGIMENT D'INFANTERIE DE LIGNE 


Nous, soussignés, Membres du Conseil d'administra- 
tion éventuel du S Régiment d'Infanterie de ligne, 
certifions avoir autorisé à se retirer à Flers, départe- 
ment du Pas-de-Calais, pour y attendre l’ordre d'admis- 
sion à la vétérance le sieur Lefebvre Aimable, sergent, 
admis à cette récompense par Monsieur le Général de 
division Charbonnier, commandant le dépôt de la Meuse- 
Inferieure, chargé de l'Inspection des troupes, à la revue 
qu’il a passée à Venlo, le 1° mars 1€09. 

Certlifions, en outre, que le dénommé ci-dessus n’a 
point contracté d'engagement de mariage qui soil 
parvenu à notre connaissance. 

Fait et délitré en verlu des ordres de Monsieur le 


général inspecteur. 
A Venlo, le 4 mars 1809. 


Signatures illisibles. 


Vu par nous, général de division commandant le 
département de la Meuse-Inférieure, chargé 
de l’inspection des troupes. 


Signé : CHARBONNIER. 


Nous nous faisons un devoir de remercier M. Gosse, 
instituteur, ancien élève de l’École normale d'Arras, qui a 
bien voulu nous communiquer le Carnel d’ élapes et le Congé 
de libération de Lefebvre. 


fe 


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JI 


Séance publique du 28 Octobre 1909. 


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PT ee etre 
Allocution d’Ouverture 


M. l'Abbé ROHART 


Président. 


Mespaues, Messieurs, 


der toujours moi : mais prenez patience ; sans doute 
encore un peu de temps et vous m’entendrez, mais 
encore un peu de lemps et vous ne m’entendrez plus : car 
lerèglement heureusement inflexible va, dans quelques mois, 
m'appliquer l’article qui défend au président d’être èlu plus 
de deux fois de suite et qui l’oblige à rentrer dans le rang 
pendant deux ans au moins, en supposant qu'il n’ait pas à. 
se soumettre à un autre règlement définitif, où la Mort a 
écrit son Mane, Thecel, Phares : tu iras jusque là, mais tu 
n'iras pas plus loin. Hélas! nous ne le savons que trop, 
même dans notre Compagnie d’Immortels, et il n’est point 
de séance annuelle où je n’aie eu à déposer une couronne 
* sur une tombe. Cette année nous a été particulièrement 
cruelle, en nous privant de deux collègues dont les personnes 
nous élaient chères el dont les noms nous auraient été, à 
eux seuls, un glorieux héritage et un éloquent enseignement, . 
tous deux enfants d’Arras, tous deux appartenant à l’Aca- 
démie par droit de naissance avant de lui pre pee 
droit de conquête. 0 


L 2 


— 378 — 


L'un c’est la petit-fils d’un de nos ancëétres, de M. Harba- 
ville, l’une des colonnes de notre Société, son Secrétaire géné- 
ral, son Président, sa gloire et son soutien. J'ai nommé Henri 
Trannin qui aux antiques traditions familiales d'honneur, 
de douce affabilité, d'activité intellectuelle et industrielle, 
joignait la noble passion des seiences qui en firent un docteur, 
un professeur, presque un créateur, le premier préposé à 
une nouvelle et grande école de Lille, l'École des Études 
Commerciales, qui lui doit vie et prospérité. 

Obligé malheureusement par sa santé à une retraite pré- 
maturée, il n’y avait trouvé que plus de loisirs pour conti- 
nuer ses calculs et ses recherches. C’est dans ce repos 
laborieux, en face de la mer immense, que l'œil de son 
intelligence, toujours tourné vers l'infini, se fermant soudain 
aux choses et aux causalités secondaires de ce monde, s’est 
ouvert aux splendeurs de la vérité éternelle, du beau par 
essence, et de la bonté divine. Que Dieu garde son âme et 
nous son souvenir | 


*". 

Un autre collègue, dont le nom était aussi pour nous tout 
un passé, dont la foi religieuse était un modèle et l’érudition 
active un trésor, M. Paul Laroche, nous a été enlevé 
au moment même, où un renouveau de vie semblait nous 
assurer pour longtemps encore sa douce société, sa précieuse 
collaboration. Fils des œuvres de son père, doublées de ses 
propres œuvres, il nous avait apporté avec la survie de 
M. A. Laroche, notre ancien Président, l’exemple de convic- 
tions profondes qui en imposaient par leur sincérité inébran- 
lable, de douce affabilité qui faisait de lui un conquérant 
pacifique et universel, de tenace assiduité au travail qui 
relevait et soutenait dans les heures de lassitude et de décou- 
ragement. À lui aussi nous devons dire À Dieu et nous 
pouvons le faire sous la forme dédoublée de ce mot, alors si 
plein d’espérances et de consolations. 


— 379 — 


A côté de l’adieu, il y a l’au revoir, qui lui aussi a les 
déchirements de la séparation, tout'en gardant: cependant 
ses horizons plus ou moins lointains d’un|lendemain possible. 
Ce mot nous avons dù le dire au général de Jacquelot de 
Boisrouvray qui avait accepté si bravement d’être des nôtres 
et nous avait prêté à plusieurs reprises sa plume d’historien 
et son burin d'artiste. C’est au firmament de Lyon que va 
scintiller sa troisième étoile. Qu'il nous soit permis de la lui 
envier en la regrettant toujours, sans désespérer jamais. 
Car j'ai’foi en notre ciel académique : tel le ciel incom- 
parable d'Egypte qu’en compagnie de mon ami et collègue 
M. Sens, il y a quelques mois, je contemplais à nouveau 
dans l’extase d’une admiration sans cesse croissante. Les 
‘astres les plus brillants peuvent bien en disparaitre soudain : 
mais leur reflet continue à l'éclairer jusqu’à ce que mille feux 
toujours renaissants l’inondent à nouveau de clartés éblouis- 
santes. C’est notre espérance, ce sera notre consolation. 


_- Discours de Réception 
L de M. J. SION . 


Membre résidant. 


Messieu RS, 


+ tas vous n’aviez associé à vos travaux que des 
hommes qui s’étaient distingués dans la littérature, la 
théologie, l’histoire, les sciences. 11 semble que vous ayez 
manqué à vos tradilions en donnant vos suffrages à un 
modeste universitaire, qui consacra toute sa vie à l’éduca- 
lion des enfants du peuple et à celle de leurs futurs maîtres. 
Cependant vous avez du même coup fait un acte, non de 
celte funeste démocratie qui nivellerait tout le monde dans 
la médiocrité, mais de celle qui porte les plus grands à s'in- 
cliner vers les humbles pour les élever jusqu’à eux et tendre 
ensemble à un idéal commun. Permettez-moi de vous en 
féliciter en même temps que je vous remercie du témoignage 
d'estime dont il vous a plu de m’honorer. 

N'allez-vous pas le regretter et le discours que je vous 
apporte ne sera-t-il pas la première punition de votre 
extrême bienveillance? Si, à tout le moins, j'avais eu à 
rappeler la vie du très éminent collègue dont je vais occuper 
le siège, ma tâche eût été plus facile ; mais cette ressource 
même me fait défaut. Si bien remplie qu'ait été la carrière 


— 5 = 


de M. Sens, si grandes qu’aient été ses inoubliables qualités, 
tout a été dit à cet égard. 

Je n'avais donc d'autre parti à prendre qus de choisir un 
sujet assez grave et assez intéressant par lui-même pour 
ne point exiger de celui qui le traiterait les prestiges de 
l’éloquence. C'est ce que je fais en venant vous parler d’une 
de ces questions qui, préoccupant tout le monde, sont tou- 
jours d'actualité : celle de l’éducation de l’enfance. 

ec. : 

Le mot éducation a été l’objet de très nombreuses défini- 
tions, dont aucune n’est complète par elle-même. Un point 
sur lequel tous peuvent se mettre d'accord, c’est que l'édu- 
cation d’un enfant est sa préparation à la vie. Mais cette 
préparation doit, par certains côtés, varier avec le but que 
donnent à la vie les diverses conceptions philosophiques ou 
religieuses. Je ne m'arrêterai pas sur ces considérations, 
dont l’exposé demanderait de longs développements et susci- 
terait peut-être des controverses que, avec juste raison, 
interdit l’un des articles de votre réglement. Je me bornerai 
donc à quelques aperçus qui, je l'espère, ne blesseront les 
convictions de personne. 

Quel que soit l'avenir réservé à un homme, il lui faut 
une première éducation destinée à favoriser le développement 
harmonieux de ses facultés. La nature a voulu que l'être le 
plus noble et le mieux doué de la création fût néanmoins, 
dans les premières années de son existence, l’un des plus 
faibles et des plus incapables de se suffire à lui-même. Il 
importe de le placer dans des conditions hygiéniques 
convenables pour le garantir contre la maladie et de lui 
procurer les soins indispensables pour fortifier son corps. 

: L'éveil de son intelligence et de sa conscience s'impose 
non moins impérieusement à la sollicitude de l’éducateur, 
Celui-ci doit satisfaire et guider la curiosité native de l'enfant, 
exercer son jugement, meubler sa mémoire d'idées nettes, - 


— 382 — 

exciter et tout ensemble régler son imagination, faire en 
sorte qu’il garde sa gracieuse vivacité tout en s’habituant à 
réfléchir. Dès que sa personnalité s'affirme, il devient 
nécessaire de combattre l’égoïsme et les défauts qui en 
découlent et, en même temps, de favoriser l’essor des 
tendances humaines : le respect de soi-même, les affections 
familiales, l'amour du prochain. Les aspirations vers le 
vrai, le beau at le bien, le sentiment religieux ne tardent 
pas à se manifester. Même ces inclinations, si précieuses 
dans leur essence, réclament une culture qui les épure, 
leur donne plus de force, en tire des règles de conduite. 

D'autre part, cet enfant, cet adolescent sera bientôt un 
homme obligé de vivre en société, comme citoyen d’un Etat. 
Il est donc de toute nécessité, non seulement de l’instruire. 
mais encore de lui apprendre à respecter les droits d'autrui, 
à pratiquer les devoirs d’une solidarité bien comprise, à 
obéir volontairement à la loi. 

c'e 

On voit aisément combien cette’ œuvre est complexe, 
combien elle est lourde, quelle responsabilité elle fait peser 
sur ceux qui ont le courage, j'allais dire la témérité, de 
l’entreprendre. Plus on y réfléchit, plus on la trouve ardue. 
C'est qu’en effet, ce n’est pas d’une création qu’il s’agit. Ah! 
s’il suffisait de pétrir l’âme de l'enfant comme une « cire 
molle » et de lui faire prendre la forme qu’on a rêvée, la 
charge serait moins redoutable. Mais cette âme a déjà sa 
vie propre, elle possède en germe un sentiment d’indépen- 
dance et des facultés qu'il serait criminel d’étouffer. Elle 
recèle des qualités et des défauts, dont il importe de décou- 
crir les premiers symptômes. Bien souvent, il arrive que des 
penchants mauvais apparaissent et menacent d’envahir et 
d’accaparer le cœur. Chacun sait combien sont puissantes 
sur une volonté encore mal affermie et combien sont parfois 
inquiétantes les influences qui agissent dans la famille, à 


— 388 — 
l’école, sur la rue, en récréation, partout et à chaque 
instant. . 

Quand on y regarde de près, quel problème à étudier que 
l’âme de l'enfant et quelle erreur commettrait l’éducateur 
qui jugerait de ses facultés intellectuelles et morales par 
celles de l’homme fait ! Ces facultés sont en complète évolu- 
tion, en réaction incessante les unes sur les autres. Le phy- 
sique et le moral sont, à cette époque de la vie, liés si étroi- 
tement qu'il est souvent impossible de discerner lequel 
l'emporte dans telle ou telle circonstance déterminée, Des 
philosophes, comme Bernard Pérez, ont noté pour ainsi 
dire jour par jour l’éveil de l’enfant à la vie, l’élargissement 
de sa curiosité, les progrès de ses jeunes forces. Rien de 
plus intéressant, je dirai même de plus impressionnant que 
le résultat de leurs observations. En oulre, si j'aime à 
répéter les délicieux vers du poète : | 


« Il est si beau l’enfant, avec son doux sourire ; 
« Sa douce bonne foi, sa voix qui tout veut dire », 


l'expérience m'oblige à ajouter qu'il est prudent de se 
méfier des apparences. Cet enfant qui vous semble si docile, 
si empressé auprès de son maîtr:, devient un petit despote 
égoïste au milieu de ses camarades ; cet autre, à l'aspect sour- 
noiset peu sympathique est, en réalité, un timide : il n’attend 
qu’un mot, qu’un encouragement de vous pour se livrer tout 
entier ; cet autre encore dont, pendant les leçons, l'esprit 
paraît distrait, est affligé, à votre insu et souvent à l'insu 
de ses parents, de végétations adénoïdes qui le rendent 
presque sourd ; cet autre encore, est un enfant gâté, entêté, 
volontaire, dominé par ses caprices : étudié de près, il laissa 
percer quelques sentiments dont on pourra tirer parti; cet 
autre encore... mais pourquoi continuer cette énumération ? 
Aussi bien, je n’arriverais jamais à la rendre complète et 
pe suffit-il pas à chacun de nous de regarder autour de soi 
pour reconnaître combien sont divers les tempéramentsg 
physiques et moraux des enfants ? | 


= 384 — 
Lo * * | 

La connaissance de ces dispositions est la base d'’uné 
éducation rationnelle, qui tient compte des tendances parti- 
culières tout en admettant des règles générales. Cetle 
éducation, comment l’opérer ? Sera-t-elle une œuvre d'auto- 
rité absolue ? Les parents et les maîlres imposeront-ils leur 
volonté, leurs maximes, sans se soucier de ce que sent et 
pense l'enfant ? Sans doute, ils ont droit à la soumission et 
à l'obéissance, sans lesquelles leurs efforts resteraient vains. 
Mais cette autorité ne procède que de leur supériorité 
intellectuelle et morale ; elle n’est légitime que dans la 
mesure où elle est bienfaisante. Elle cesserait de l’être si élle 
portait atteinte aux droits de l'enfant, si elle regardait 
comme négligeables les germes que la nature a mis en lui. 
« Non jamais, a écrit Dupanloup, je n'outragerai l'enfant à 
» ce point de le considérer comme une matière que je peux 
» jeter dans un moule pour l’en faire sortir avec l'empreinte 
» que lui aura donnée ma volonté ». On sait d’ailleurs à 
quels tristes résultats conduirait une éducation toute d'auto- 
rité, L'élève serait ou un timoré, incapable de se gouverner 
* par lui même, exposé à subir passivement toute influence 
d'où qu’elle vienne, ou un hypocrite, qui sortirait de la 
sujétion à laquelle on l’aurait astreint avec des sentiments 
de révolte contre toute règle, si nécessaire qu’elle puisse être. 

Faut-il aller à l'extrémité opposée et dire avec Rousseau 
que l’enfant doit « être dans la dépendance des choses et non 
dans celle des hommes » ? Il est juste de le reconnaître : le 
philosophe qui avait écrit : « Tout est bien sortant des mains 
de l’auteur de toutes choses, tout dégénère entre les mains 
des hommes », restait d'accord avec ses principes. Dans un 
tel système, il faut abandonner l'enfant à lui-même et penser 
que les suites bonnes ou fâcheuses de ses actes seront suff- 
santes pour le garder du mal ou le ramener au bien s’il s’en 
écarte, Qui ne voit combien, sous une apparence libérale, une 
telle éducation serait cruelle ? « Ne serait-ce pas, dit avec 


… 385 — 


infiniment de raison Gréard, condamner l'enfant à un 
» régime sévère jusqu'à l'injustice que de compter unique- 
» ment, pour discipliner sa volonté, sur les effels des réac- 
» tions naturelles et des conséquences inévitables ? La peine 
» qu’elles provoquent est le plus souvent énorme par rapport 
» à la faute qui les a produites, et l’homme lui-même réclame 


» pour sa conduite d’autres sanctions que celles de la dure 
» nécessité ». 


+". | 


La méthode que nous choisirons fait une part équitable à 
la liberté de l’enfant et à l’autorité de l’éducateur. Elle évo- 
que, dans mon esprit, le nom de FrϾbel, le grand instituteur 
allemand, qui appelait les écoles maternelles des « Jardins 
d'enfants » et désignait les inslituteurs sous le nom de « Jar- 
diniers d'enfants ». C’est qu’en effet, la mission de l’institu- 
teur n’est pas sans analogie avec le travail du jardinier. Que 
fait celui-ci pour l'arbre qu’il veut diriger ? 11 tâche de dis- 
cerner l'espèce à laquelle le plan appartient et la nature du 
terrain où on l'a placé. Puis il en surveille la croissance 
avec altention. Une branche se développe-t-elle à l’excès au 
détriment des autres ? Il en ralentit la sève. Une autre eslt- 
elle chétive ? Si elle reste aussi malingre, elle ne portera pas 
de fruits et l'équilibre de la charpente ne sera pas réalisé. 11 
la redresse, la tourne vers la lumière, fait affluz2r en elle les 
sucs nourriciers et obtient ainsi le résultat souhaité. Si, du 
sauvageon sur lequel l'arbre fruitier a été greffé, surgit un 
rejeton gourmand qui tire à lui toute la sève, il le suprime. 
Pendant tout le cours de la végétation, il protége l'arbre 
contre les intempéries en même temps qu'il s'applique à lui 
donner une forme harmonieuse et à le rendre aussi produc- 
tif que possible, : 

Orwcomment procède l’éducateur ? 

Il commence par étudier l'élève afin de découvrir ses 
aptitudes, ses qualités et ses défauts ; il s’efforce de gagner 
son affection et sa confiance et alors il devient pour lui un 


1 


— 386 = 


guide, il l’aide à se former et à se perfectionner lui-mémé. 
Il excite sa curiosité pour lui inspirer le désir de s’ins- 
truire, il exerce son jugement et son raisonnement ; il fait 
prendre à son intelligence les habitudes d’une activité aussi 
salutaire que féconde. Il lui montre la laideur du mal et la 
beauté de la vertü. Si c’est nécessaire, il l’assiste de sa vigi- 
lance et de son autorité pour lui permettre de triompher 
des suggestions pernicieuses, d'un tempérament qui a besoin 
d'être subjugué. Sans cesse, il favorise l’éclosion et le déve- 
loppement de tout ce que la nature a mis de bon en lui. 

C'est par les mêmes moyens que l’éducateur préparera 
dans l'adolescent le futur citoyen. Il trouvera dans les faits 
journaliers de la famille et de l’écule mille occasions de 
l'exercer à vaincre son égoïsme et de l’amener à comprendre 
qu'il se doit aux autres comme les autres se doivent à lui, 
que la pratique de la solidarité est la condition sine quà non 
d’une vie sociale vraiment juste et bonne. 


."e 


Et maintenant quel est le pouvoir de l’éducation, autre- 
ment dit jusqu’à quel point peut-elle transformer les enfants 
et influer sur la manière dont, devenus hommes, ils se con- 
duiront au cours de leur vie ? Des pbilosophes de diverses 
écoles lui attribuent une action souveraine. La plupart des 
législateurs ont voulu la mettre d'accord avec leurs principes 
pour en faire la garantie du maintien de leurs institutions. 
Tout le monde se souvient de l'expérience tentée par Platon 
sur deux jeunes chiens, nés le mème jour, d’une mème 
mère, pour montrer que la valeur d'un être dépend unique-, 
ment des habitudes qu’on lui a fait prendre dans les premiers 
temps de son existence, À une époque plus rapprochée de 
nous, Leibnitz ne disait-il pas : « Que l’on me confie Lédu- 
cation des enfants et je changerai la face du monde », et 
Locke : « Sur dix individus, neuf sont bons ou mauvais 
suivant l'éducation qu'ils ont reçue » ? 


— 387 — 


L'expérience démontre ce que ces opinions ont d’exagété. 
Bien ‘entendu, il ne saurait être question de l'éducation 
coercilive, dont personne ne veut plus; nous avons vu. 
d’ailleurs combien les résultats en sont mauvais et com- 
bien ils sont contraires au but qu'on s'était proposé. La 
discipline libérale, telle que nous la comprenons aujourd’hui, . 
loin de comprimer les individus et de vouloir déterminer ce. 
qu’ils seront toute leur vie, tend à développer leur personna- 
lité, à exciter leur esprit critique et à rendre plus vif le sen- 
timent de leur indépendance. En somme, à moins qu'on n'ait 
affaire à des caractères d’une passivité inquiétante, son rôle 
ne dépasse pas de beaucoup celui que Lessing a ainsi défini : 
« L'éducation ne donne rien à l’homme qu'il ne puisse avoir 
» de lui-même ; mais ce qu'il pourrait avoir de lui-même elle 
» le lui donne et plus rapidement et.plus facilement ». 

D'ailleurs, ne perdons pas de vue les réalités inéluctables, 
L'enfant ne reste sous notre direclion que pendant ses pre- 
mières, années ; bientôt sans perdre tout contact avec ses 
parents et ses maîtres, il entrera dans la société et subira 
l'influence du milieu dans lequel s’écoulera sa vie. Que sub- 
sistera-t-il de notre œuvre ? L'avenir seul pourrait le dire. 
Lorsque le fleuve arrive à la mer, les eaux de sa source se 
sont tellement mèlées avec celles de ses affluents qu'il est 
impossible de distinguer les unes des autres, 

Si je ne craignais de sortir de mon sujet, ] 'ajouterais que 
le souci de notre propre formation doit être, loute notre vie, 
l’objet de notre constante préoccupation. Quel est l’homme 
assez parfait ou assez orgusilleux pour penser n'avoir plus 
rien à apprendre, plus aucun combat à livrer contre lui- 
même, plus aucune vertu à acquérir ou à fortifier ? 

“. 

Si limitée que. soit l’action de l’éducateur, elle exige 
cependant de lui des qualités si réelles et si diverses qu’à 
peine oserai-je essayer d'en indiquer quelques-unes, 


— 388 — 


Ï1 lui faut d’abord une foi intime dans l'efficacité de son 
œuvre, une foi aussi agissante que celle qui faisait dire à 
Pestalozzi : « J'étais convaincu que mon cœur changerait 
» l’état de mes enfants aussi promptement que le soleil du 
» printemps ranime la nature engourdie par le froid ». C’est 
cette foi qui lui fera trouver sa mission belle et grande. 
digne de tous ses efforts ; c’est elle qui lui donnera le 
courage de braver toutes les difficultés d’où qu’elles 
viennent ; c’est elle qui lui inspirera la confiance dans le 
succès final. Les enfauts sont rebelles à sa direction, il perd 
le terrain q:'1l croyait avoir gagné, l'influence qu'il pensait 
s'être acquise, on méconnaît la valeur de ses méthodes, on 
le juge incapable : rien ne l’abat rien ne le rebute. Il semble» 
au contraire, puiser autant d'énergie dans les obstacles 
sans cesse renaissanis que dans les progrès réalisés. 

A cette foi ardenie et invincible doit se joindre un amour 
profond des enfants. En général, s’ils sont des juges sévères, 
ils sont aussi des juges très clairvoyants et ils savent bien 
reconnaître ceux qui les aiment. Mais il an est parmi eux 
que rien ne paraît loucher, chez qui la sensibilité semble se 
réduire au culle de leur moi. C’est à ceux-là que l'éducateur 
doit ouvrir le plus largement son cœur, à l'exemple de 
Fénelon, qui disait à son royal élève : « Je vous aimerai tant 
que vous finirez bien par m'aimer ». 

La foi et l'amour conduisent au don de soi-même et savoir 
se donner, c’est le grand secret de l'éducation. Quelles que 
soient l'intelligence et la science d’un maître, s’il ne se 
dévoue pas en même temps qu'il enseigne, il saura. bien 
rendre ses élèves instruits, mais il n’aura sur eux aucun 
ascendant moral. 

Au contraire, le don de soi-même se manifeste par 
l'enthousiasme, qui vivifie les méthodes, fond les esprits dans 
une même pensée et les cœurs dans un même sentiment. Ne 
l'oublions pas : si la tâche est dure pour le mattre, elle l’est 
bien plus encore pour l'élève, obligé de combattre son 


— 389 — 


apathie naturelle, de lutter contre ses défauts, de s’assimiler 
une science ardue dont il ne voit pas toujours l'utilité, 
Combien son devoir lui semblera moins pénible s’il se 
sent encouragé et soutenu par un ami, s’il se voit entouré 
d’une sollicitude aussi discrète qu'affectueuse !. 

‘L'éducation libérale réclame encore de la part de celui 
qui s'en charge un esprit d'observation toujours attentif uni 
à une grande perspicacité. Savoir discerner dans un enfant 
ses tendances, ses habitudes, les influences qu’il a déjà 
subies, savoir lire à chaque instant dans ses pensées sont 
choses extrêmement délicates et cependant le succès est à ce 
prix. 

À celte aptitude doit s'en joindre une autre non moins 
rare : je veux parler de cet art, grâce auquel l’éducateur 
sait vivre réellement de la vie psychologique de l’enfant, 
sentir, comprendre et s'exprimer comme lui, après l'avoir 
fait, comme disait Montaigne, « trotter devant pour voir 
» jusques à quel point il doit se ravaler pour s’accommoder 
» à sa force ». 

En somme, l’éducateur doit réunir à des dons nature's 
des qualités acquises et il ne saurait se rapprocher de l'idéal 
qu'il a conçu qu’en exerçant sur lui-même une sévère et 
constante surveillance. « Commencez par vous discipliner 
» vous-même si vous voulez discipliner les autres », répé- 
tait volontiers M. I. Carré, le pédagogue éminent et vénéré, 
dont je prononce ici le nom avec la plus affectueuse et la 
plus profonde gratitude. En effet, celui qui veut élever des 
enfants et, ce qui en est une conséquence nécessaire, se 
proposer à eux comme modèle, est dans l'obligation la plus 
stricte de se garder de tout acte, de toute parole, de toute 
attitude, qui ne soit pas d’une conformalité absolue avec son 
enseignement. 

Mais je m'aperçois, Messieurs, — trop tard, sans doute, 
— que je me suis cru revenu aux temps heureux où je 
révélais à de futurs instituteurs la noblesse et les difficultés 


—" 390 — ; 


de leur mission. On m'a dit, et je l’ai-espéré, que je pouvais 
compter sur toute votre indulgence ; je vous offre une occa- 
sion de me prouver que je n6 me suis pas trompé. S'il restait 
quelque hésitation, je vous prierais de vous rappeler cette 
parole dont vous ne sauriez méconnaître la suprême beauté : 
« 11 sera beaucoup pardonné ‘à ceux qui ont beaucoup 
aimé. ». | 


t 


foie 


ETES PE ÉER SES IIS E SSL SISSSÉIESÉSSITS 


RÉPONSE 


au discours de réception 
de Monsieur J. SION 


Membre résidant 


PAR 
M. l'Abbé ROHART 


Président. 


Monsieur, 


Jr le dire ? Eh bien! c’est un regret que m'inspire 
votre discours : celui d’être venu trop tard pour m'’as- 
seoir au pied de votre chaire et profiter de vos leçons de 
pédagogie. C’est sans doute pour combler cette lacune que 
l'Académie, bien que vous en disiez, vous a choisi et vousa 
installé au fauteuil de l’un de nos doyens et de nos plus 
aimables collègues, M. Édouard Sens. Elle a ainsi fait acte 
de sage discernement et de bon goût. Elle a voulu rendre à 
ce fauteuil la captivante aménité, l’exquise douceur, la par- 
faite urbanité, qui étaient les caractéristiques de son titulaire 
et le conserver intact à l’Université, dont M. Sens était l’une 
des gloires et l’un des soutiens. 

Vos pénales avaient donc chez nous leur foyer tout mar- 


— 392 — 


qué; que dis-je, vous nous manquiez : Car si nous nous. 
glorifions de relever sur la lisle de nos membres plusieurs 
représentants de l'Enseignement supérieur et secondaire, 
nous y cherchions en vain quelque pionnier de l'Enseigne- 
ment primaire et à notre arc-en ciel il manquait la troisième 
et non la deruière nuance du spectre intellectuel. C’est donc 
à nous de nous féliciter en vous voyant ainsi compléter dans 
notre Compagnie la irinité de l’enseignement el nous apporter 
le fruit de votre longue expérience pédagogique, de vos 
années consacrées tout’ entières à la formation de l’enfance 
et de l’adolescence. Ces aptitudes et cette abnégation, n’eus- 
sent-elles pas été innées en vous, que vous les auriez puisées 
auprès de ce modeste instituteur, de ce vénérable maître, 
dont, après avoir été l’honneur comme élève, vous êtes 
devenu l’aide comme adjoint à Gondecourt, 
7 

L'année terrible pouvait bien vous enlever momentané- 
ment à vos fonctions pacifiques, charger voire épaule 
gauche du fusil de guerre, tout en maintenant à voire main 
droite le porte-plume de sergent-major, vous ravir à l’humble 
logis de l’école pour vous installer à la citadelle d'Arras ; 
vous reveniez ensuite dans votre cher département du Nord 
où, au milieu de vos anciennes ocrupations votre amour de 
savoir et de la famille vous appliquait à de nouvelles études 
pour faire de vous d’abord un inspecteur primaire et bientôt 
un directeur d’école normale. La Lozère, après vous avoir 
choyé pendant plus de deux ans, dut bien vite vous céder 
au Pas-de-Calais qui vous accueillit à bras ouverts : Arras, 
plus heureux que Mende, vous possède encore dans une 
laborieuse et honorable retraite, que vous ont value vingt- 
deux années complémentaires d’ enseignement chez nous. 
C'est presque ua quart de siècle de travaux silencieux, de 
dévouement quotidien, de sollicitude continuelle, que vous 
avez consacré à la jeunesse enseignée et enseignante dg 


— 393 — 


notre département. Puisse-t-elle en être digne toujours et 
marcher après vous et à voire suite dans les sentiers de la 
vertu et de l'honneur, à la lueur de celte étoile qui brille si 
dignement sur votre poitrine. 


+ 
* + 


Je voudrais pouvoir ici donner la parole à la nombreuse 
phalange de vos anciens élèves, doni vous n’avez jamais 
voulu faire que des maîtres, des instituteurs vraiment dignes 
de ce nom, c’est-à-dire des hommes instruits et modestes, 
des modèles de vertu et de science, qui en imposent par leur 
autorité morale et leur compétence intellectuelle, qui n’ensei- 
_gnent que ce qu’ils pratiquent, et qui n’aiment que ce qu'ils 
enseignent. Ah! sans doute, les temps et les hommes sont 
bien changés. J'ai encore connu ces temps, préhistoriques 
pour vous, jeunes gens, où le curé dans sa « chaire prè- 
choire », l’instituteur dans sa classe, enseignaient, j'allais 
dire préchaient dans un duo concertant, sans se contredire 
jamais, en s’entraidant toujours. J'ai encore devant les yeux 
l'image presque sainte de ces vieux « magisters » au lutrin 
ou à l’église, les lunettes tombantes, la gaule à la main, 
tour à tour solennels ou menaçants, respectueux et respectés 
toujours. À celte évocation je comprends que vous souriiez, 
mais vous comprendrez aussi que je sois tenté de pleurer 
comme on est porté à le faire en face de ces statues antiques 
de dieux, de héros, de saints ou de guerriers, que la simpli- 
cité de leurs sculpteurs a pu faire presque informes, mais où 
leur foi a su transmettre quelque chose de la force et de la 
sublimité qui animaient leur idéal. Je les salue, Messieurs, 
et je les honore, comme au coin du sentier je me découvre et 
je m'incline devant la vieille statue ou le christ archaïque, 
témoin et vestige de la foi et de la valeur de nos aïeux. 
Vous me trouverez, peut-être moi aussi, légèrement 
archaïque. Eh !:mon Dieu, oui, j'aime le passé, j'en recher- 
che les reliques, je déplore la disparition de bon nombre de 


— 394 — 


ses monuments et de ses institutions et tout en étant, voire 
même, parce que je suis fanatique du présent et du progrès, 
je gémis sur bien des choses qui ne sont plus, bien des types 
s’en sont allés, bien des modèles qui ont vécu ; et dussiez- 
vous me trouver retardataire d’un siècle, j'aime et je regrette 
la figure de mon vieux magister, auquel a succédé, sans le 
faire oublier, l’instituteur moderne, si bien préparé pour 
instruire. Mais l'instruction, la vraie, est inséparable de 
l'éducation. 


sc" 


Je sais comment elle se donnait à l'École Normale dü 
Pas-de-Calais et comment elle continue à s’y donner, grâce 
‘aux mérites multiples de ses professeurs, grâce aux tradi- 
tions que vous y avez si fortement établies, Monsieur, et 
qui ont été si précieusement recueillies pour y être main- 
tenues en haute estime et en fidèle pratique. Ah ! c’est que 
vous aviez compris la dignité, la sublimité, je dirai toute la 
sainteté du rôle de l’instituteur, magistrat de la fanulle, 
‘comme l'appelle Sénèque, parce qu'il travaille à prévenir le 
‘mal bien plus qu’à le réprimer, père de ces jeunes âmes que 
lui confient les familles en lui déléguant, sans les abdiquer, 
le soin et le devoir de former leurs enfants à le vertu, à 
l’honneur, aux bonnes mœurs, aux aspirations nobles, qui 
élèvent leurs jeunes âmes au-dessus du terre-à-terre de la 
vie et qui leur montrent plus haut un idéal à atteindre, des 
devoirs à remplir, une récompense à mériter, en un mot, 
— et ce mot vous vous étonneriez à juste titre de ne pas 
m'’entendre le prononcer — qui mettent la religion à la base 
de l’éducation et Dieu à son sommet. | 

Ce n'est pas une conférence religieuse que je veux vous 
faire. Vous pourriez alors vous défier de moi, de celui qui 
prêche pour sa paroisse. Il me serait bien permis de le faire 
en d’autres lienx et en d’autres circons!ances, el de vous 
montrer que l'Éducation étant une œuvre’essentiellement 


— 395 — 


divine, faite d’autorité et de liberté, doit puiser en Dieu son 
principe, sa force et sa fécondité. Je pourrais appuyer ma 
-thèse sur des raisons aussi mélaphysiques qu'évangéliques; 
mais pour la simplifier ‘et la fortifier, en face de certaines 
mentalités, je préfère emprunter la voix. d'auteurs peu 
suspects : c'est Platon qui déclare que « l'ignorance du.vrai 
Dieu est pour un État la piré des calamités ». C’est Aristote 
pour qui Qil est plus difficile de créer une. société sans 
croyances que d'édifier une cité dans les-airs », …. 


& . # 

La ‘philosophie moderne fait écho -à la philosophie. 
ancienne : « Un peuple athée, dira Voltaire, serait une horde 
de brigands ». — « Sans Dieu, affirmera Rousseau, pas de 
vraie probité. » Quand donc je vous dis : « Je veux sincère- 
ment... je veux ardemment l’enseignement religieux », vous 
me trouverez logique avec ma vocation. Et quand j'aurai 
ajouté que cette conclusion est une citation de Victor Hugo 
lui-même, vous trouverez peut-être que mes auteurs ne sont 
pas de vulgaires prédicateurs, plus faits pour endormir que 
‘pour convaincre. C’est sans doute sous l'influence de ces 
_ idées que le rédacteur des circulaires ministérielles relatives 
à l’enseignement de la morale, recommandait la culture du 
« sentiment religieux, non seulement dans l’une de ses 
formes ‘les plus pures, l'admiration du beau, du vrai et du 
bien, » mais dans le respect du nom de Dieu, de sa notion 
et de ses lois. | 

* : * 

Je le sais, on m'objectera les droits sacrés de la liberté 
qu’on doit respecter chez l’enfant comme chez l’homme fait. 
Ces droits je les proclame, je les respecte et je maudis la 
main criminelle qui essaierait d’y attenter. Voilà pourquoi 
au moment où, dans le cœur de l'enfant, les passions 


. — 396 — 


s’éveillent, où le besoin de l'indépendance se fait jour, où les 
attraits du mal vont commencer le siège de sa volonté, au 
nom mème et pour la défense de sa liberté il faut, par une 
éducation religieuse douce et discrète, le mettre à même dese 
défendre et le munir d’un bouclier qu’une froide instruction 
serait impuissante à forger à coups de formules, de sen- 
tences et de programmes. Ce n’est certes pas à l’école de la 
dévotion que je veux appeler ici maîtres et élèves : mais en 
redisant avec l’illustre évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, 
que « Dieu est l’ouvrier le plus puissant, le plus habile et le 
plus nécessaire de l'éducation », je veux simplement rappeler 
une vérité d'ordre supérieur et métaphysique où trop souvent 
peut-être on serait tenté de la confiner, comme l’avouait 
d’ailleurs un professeur de l’Université au cours de l’enquête 
parlementaire sur l’enseignement secondaire : « Au point de 
vue moral il n’y a pas d'éducation, pas de direction..…, nous 
n'avons pas chez nous de doctrine morale, comme nous 
n'avons pas de doctrine disciplinaire... » Sous prétsxte de 
respecter toutes les susceptibilités, on évite de marquer les 
élèves d’une empreinte morale profonde, et alors de ce moule 
vague et informe il ne sort plus que des caractères sans 
couleur, sans relief, sans résistance, qui passent indifférents 
par toutes les opinions même les plus opposées. Arrière 
donc le reproche que l’on fait parfois à certains éducateurs 
de mettre une empreinte sur l’âme de leurs élèves. C’est à 
celte seule condition, selon moi, que nous formerons et que 
nous aurons des caractères, c'est-à-dire des hommes sachant 
ce qu'ils veulent et voulant ce qu’ils savent. Cette empreinte, 
dût-elle par l'effet des temps et de l’usure s’atténuer et 
s’effacer dans ses reliefs, il en restera toujours quelque 
chose. Voyez plutôt les peuples qui eurent un idéal religieux, 
belliqueuR ou littéraire : ils ont beau le renier, ils ae réussis- 
sent jamais à l’abolir, c’est le parfum qui survit au vase 
brisé, c’est, comme dans la légende d’Ys, la sonnerie mysté- 
rieuse d’une cloche lointaine dans une ville disparue, c'est 


— 597 — 


une simple brise qui chante ou qui gémit sur le parvis de ld 
vieille église et qui fait dire à Hégésippe Moreau : 

« Et pensif je sentis que je gardais encore 

Sous un pli de mon cœur, de moi-même ignoré, 

Un peu de vieille foi, parfum évaporé. » 


k . * 

Loin de moi la témérité de vouloir imposer mes propres 
jugements. Je n’ai rien de ce qu’il faut pour me prononcer 
sur la technique de l'éducation et ces pages ne sont pas une 
leçon impertinente ; elles ne veulent êlre qu’un hommage 
aux maîtres et aux maftresses que je vois devant moi et qui 
n’ont qu'une ambition : celle de faire de la jeunesse de nos 
écoles une jeunesse aussi instruite que bien élevée. 

Telle a été votre œuvre, Monsieur, et tel était votre but en 
présentant à votre jeune public vos Lectures en/fantines sur 
l'enfant bien élevé et vos Lettres à un jeune instituteur sur la 
politesse, deux charmantes plaquettes, où, comme le dit 
dans la préface un de nos anciens inspecteurs dont j'aime à 
évoquer le souvenir et à redire le nom, M. Pierre, deux 
plaquettes « où les bons conseils abondent, sans que l’auteur 
ait versé dans la puérilité... » Car la politesse « pour 
M. Sion, n’est pas seulement un ensemble d’habitudes 
résultant de conventions reçues : il la considère, au point 
de vue moral, dans son principe, le respect d'autrui, et elle 
revêt à ses yeux le caractère du devoir, » 


a" 


Et ce devoir constant, universel, de tous les âges, de tous 
les milieux c’est, je puis l’affirmer sans craindre la moindre 
opposition, celui de la bonne éducation. Qu'il s'agisse 
du jeune homme, qu'il s'agisse de la jeune fille, de l’enfant 
du pauvre ou de l'enfant du riche, de l'artisan ou du grand 
seigneur, nul ne saurait se soustraire à cette loi, sauvegarde 


— 398 — 
de la famille et de la société. Mais encore, me direz-vous, 
comment doit-on la formuler, comment doit-on la pratiquer ? 
Il me serait bien difficile d’en rédiger le texte, bien qu'au 
premier coup d'œil, on puisse dire sans jamais se tromper : 
« quelle personne bien élevée »! La casquette légérement 
inclinée, la moustache finement tordue, la main glissée, le 
pouce exclusivement, dans la poche droite, la badine légè- 
rement agitée, le regard, sinon provocateur, du moins peu 
réservé, ne sauraient en imposer, ni faire illusion à l'obser- 
vateur réfléchi, au psychologue expérimenté. Le beau mon- 
sieur en question peut avoir tous ses diplômes, il lui manque 
sûrement celui d'ingénieur civil. Voyez au contraire ce jeune 
homme qui s’avance d’un pas dégagé, sans rien de guindé 
ni de prélentieux : son grand œil sait voir sans regarder ; 
sa gaîté juvénille sait se manifester sans bruit, sans explo- 
sion de rire ; son amabilité est gracieuse, prévenante, mais 
jamais affectée, jamais exubérante; sa mise est plus que 
correcte, voire même soignée, mais sans recherche comme 
sans extravagance ; il y a enfin dans tout son extérieur un 
je ne sais quoi où se reflète sa bonne éducation. 
* , & 

Faut-il vous parler de la jeune fille ? Les principes géné- 
raux sont les mêmes, leur application ne .varie guère. Peut- 
êlre me soupçonnez-vous admirateur fanatique de la rigide 
mère-grand de Madeleine, l'héroïne du roman de René 
Boylesve La jeune fille bien élevée. Erreur. Tout en profes- 
sant pour le passé un respect profond et sincère, je ne suis 
pas traditionaliste à outrance et loin de moi même la velléité 
d'imposer aux jeunes filles de 1909 les modes et les allures 
d’unaustère 1830. Je plains donc la jeune Madeleine dont 
la nature ardente, l'âme éprise d’idéal, le cœur avide d'émo- 
tion, les aspirations artistiques se trouvent comprimés dans 
le moule antique mais étouffant:de la jeune fille bien élevée 
telle que la conçoit la grand’ maman, remplie:des meilleures 


— 399 = 


intentions, inais aussi étrangère à la marche du tenips 
qu'ignorante des tempêtes qui peuvent agiter un cœur de 
dix huit-ans. N’allez pas non plus, de grâce, me prendre 
pour un presque anarchiste qui veut enlever à l'éducation 
féminine traditionnelle sa réserve, sa discipline, sa simplicité 
naïve, sa démarche timide : toutes ces qualités sont à la 
jeune fille ce qu'est à la rose épanouie de demain la couronne 
de frais et délicats pétales qui enveloppent et protègent le 
frêle et gracieux bouton d'aujourd'hui. 

Fi donc ces jeunes évaporées qui n’ont rien du charme oi 
de la fine délicatesse de leur âge et de leur condition. Elles 
pourront par leur mise excentrique et leur démarche étrange 
attirer les regards et choquer le bon goût, exciter le sourire 
de la moquerie et du dédain ; mériter le respect, s’attirer la 
sympathie, jamais. Ah ! c’est que la vertu seule en impose 
et que celle de la bonne éducation leur manquera toujours. 

"x 

Honneur donc, et c’est mon dernier mot, à cette. théorie 
modeste et pacifique de personnes qui forment la jeunesse à 
la justice, à l’honneur, à la science et à la vertu : elles. 
brilleront, dit le prophète, comme des étoiles dans des 
éternités sans RAR 


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE L'ANNÉE 


(1908-1909) 


PAR 
M. le Baron Alexandre CAVROIS de SATERNAULT 


_ Secrétaire-Général. 


MEsbanes. Messieurs, 


Si 'Acaväne des Sciences, Lettres et Arts d'Arras a justifié 
(4 depuis un an le titre pompeusement complexe qui luia 
êté donné dès 1817, par un certain nombre de travaux dont 
j'ai l'agréable mission de vous rendre compte. Les”Lettres, 
les Arts, les Sciences, c’est tout le champ de l’activité intel- 
lectuelle. Nous ne l'avons certes pas embrassé tout entier ; 
toutes les Muses n'ont pas, celte année du moins, élu 
domicile sur notre Parnasse, je veux dire sur le coteau de la 
Madeleine où nous trouvons l’asile discret et tranquille qui 
convient à une académie provinciale ; plusieurs cependant 
ont daigné sourire aux hommages de nos collègues, et elles 
eurent assez de servants pour que les trois groupes des 
Lettres, des Arts et des Sciences forment un chœur harmo- 
nieux, sous la direction de notre président, que j’appellerais 
notre Apollon, si j'osais pousser jusqu’au bout ma métaphore. 

Le patronage du dieu de l’éloquence lui convient en effet 
à merveille, et sous l'égide de Calliope il s’avance en tête de 


= A0 2 

notre phalange littéraire. IL'ouvrit l'année académique en 
prononçant un beau et poétique discours au nom de notre 
Compagnie devant le monument élevé naguère à Hesdin en 
l'honneur du hardi et fastueux explorateur Jacquemont. I] 
la clôtura, hélas ! par l'hommage ému, rendu dans l'intimité 
de notre cadre familial, à la mémoire aimée et vénérée de 
M. Laroche; il sut retracer en un portrait fidèle la bonté de 
son cœur, la vivacité de son esprit, la ténacité de son 
Caractère, ses goûts enfin de bibliophile et de collectionneur 
des œuvres de l'imprimerie à Arras. 

Je n’hésite pas à rattacher aussi à l’éloquence les récits 
que M. le chanoine Rohart nous fit du voyage en Orient 
qu’il a entrepris avec M. Sens, sous l'heureux prétexte 
d'assister au Congrès archéologique du Caire. Le pittoresque 
des descriptions, la chaleur communicative de l’enthou- 
siasme, l’émotion religieuse el patriotique, animaient ces 
narrations rendues à peine plus vivantes par l’exhibition 
d’une multitude de vues photographiques, Déjà une humo- 
ristique autant qu’aimable correspondance nous avait tenus 
au courant de l'itinéraire des voyageurs et assurés de leur 
indéfectible souvenir ; nous avions ainsi appris qu'un 
certain vendredi, à l'heure habituelle, nos deux collègues 
avaient tenu séance à bord du bateau qui les emportait vers 
l'Egypte, alors qu’ignorent leur concours, nous avions ici 
déclaré ne pas atteindre le quorum réglementaire. Six 
semaines aprés, nous arrivait un missionnaire, bronzé 
comme un oriental, barbu comme un patriarche ; mais 
l’éclat du regard et la joie du sourire nous faisaient recon- 
naître notre cher Président. De ce jour nous voulûmes 
l'entendre presque à chacune de nos séances. Je voudrais, 
Mesdames et Messieurs, après vous avoir à mon tour redit 
l'horreur des ruines de Messine, pouvoir vous transporter 
jusqu’au Caire. La civilisation du XX° siècle vous apparat- 
trait dans le champagne abondant d’un five o’clock tea du 
Khédive, le trolley du tramway des pyramides et le chemin 


36 


— À0ù — 


de fer du Nil; mais vous seriez bientôt repris par les beautés 
architecturales des ruines pharaoniques et la splendeur des 
tombeaux royaux ; nous converseriez à Luxor avec un 
obélisque soucieux du sort de son frère éxilé à Paris ; vous 
pleureriez sur l’engloutissement de Philæ sacrifiée par 
l'industrie moderne plus positive qu’artisle. Puis nous irions 
en Palestine vénérer le Saint-Sépulcre, nous initier aux 
rites des diverses confessions qui s’y disputent la préémi- 
nence, contempler les juifs au pied du mur des lamentations 
et assister aux cérémonies musulmanes dans la somptueuse 
mosquée d'Omar. Enfin nous pousserions une pointe jusqu’à 
Beyrouth et nous irions rendre visite à nos amis Maronites 
au pied des cèdres du Liban. Nous serions alors bien proches 
d’Adana, et nous entendrions des récits poignants de massa- 
cres avec des traits héroïques ou touchants, tel celui des 
marins d’un de nos croiseurs rentrant à bord portant chacun 
un ou deux marmots ravis à la fureur des Turcs, et récla- 
mant, nourrices improvisées, tout le lait condensé du navire 
pour leurs nouveaux protégés. Vous apprendriez avec le 
frisson qui nous agita qu’Abdul-Hamid avait envoyé à 
Jérusalem l’ordre de massacrer tous les étrangers au moment 
même où M. Rohart et M. Sens s'y trouvaient ; vous 
applaudiriez, comme nous l'avons fait au triomphe des 
Jeunes Turcs qui les sauva ; vous acclameriez la proposi- 
tion que je fis de témoigner notre reconnaissance à Chefket- 
Pacha en le priant d'accepter le titre de membre honoraire 
de notre Académie. 


Puisque je parle pérégrinations, il me faut mentionner 
aussi que le Secrélaire-général, s’autorisant de l'actualité 
austro-balkanique, s’est essayé à faire revivre les souvenirs 
charmésqu'ila conservés d'un voyageen Bosnie, Herzégovine 
et Monténégro. Peut-être, Messieurs, avez-vous pris quelque 
intérêt à regarder des cartes postales illustrées, tandis que 
le narrateur éprouvait grand plaisir à revoir le bazar oriental 
de Sarjévo, les costumes restés divers des races aujourd'hui 


= À0$ = 


mélées, les torrents et les défilés, l’azur riant des Bouches dé 
Cattaro, l’aspect grandiose et sauvage des montagnes de 
Cettigné dont l’âpreté semble se refléter dans le caractère 
des fiers monténégrins. 


Mais voici Clio, la muse de l'Histoire ; elle fut toujours 
en grand honneur parmi nous et compte encore aujourd'hui 
de nombreux fidèles. Aucun ne le fut plus que M. le comte 
de Hauteclocque. Tout est dit, et l’on vient trop tard, comme 
écrirait La Bruyère, depuis qu'il y a des rapporteurs des 
travaux de notre Compagnie, et qui parlent de M. de Haute- 
clocque. Il poursuit infatigablement une œuvre de longue 
haleine, et je ne puis que vous présenter un court sommaire 
de la tranche de vie française et artésienne qu'il a étudiée 
cette année. Nous sommes au commencement du règne de 
Charles X ; après avoir jeté un coup d'œil sur l’histoire 
générale, nous entrons dans le détail des évènements 
provinciaux : fêtes locales, adresses et poésies en l’honneur 
du sacre du roi, voyage de la duchesse de Berry dans Île 
Pas-de-Calais, renouvellement des maires et des adjoints ; 
documenté mieux que personne à ce sujet, notre collègue 
raconte l'installation comme maire d'Arras du baron de 
Hauteclocque, el les principaux actes de son administration : 
création d’une école de maternité, d’une école des arts et 
métiers, d’une école de musique, fondation de la société 
philharmonique qui ne tarda pas à donner son premier | 
concert et à faire célébrer sa première messe à la cathédrale, 
En 1827, Charles X alla visiter le camp de St-Omer, et ce 
fut l'occasion de fêtes militaires, brillantes à rendre jaloux 
bien des maris. Au retour, le roi vint à Arras ; revue des 
troupes, messe solennelle, visites à l'hôpital et aux établis. 
sements Crespel et Hallette, fêtes diverses, remplirent 
pleinement les deux jours qu’il passa dans nos murs ; un bal 
officiel réunit huit cents invités dans la bibliothèque de St- 
Vaast: on avait voulu les faire entrer par le grand séminaire, 


— A04 = 


mais l’évêque imposa au programme une modificalion vrai- 
_ ment nécessaire. 


M. Sion a déchiffré lu journal de route d'un soldat, nommé 
Lefebvre, qui fit campagne ea l’an 11 sur le Rhin et se relira 
à Flers, dans le Saint-Polois. C’est un carnet couvert d’une 
écriture fine et serrée, à l'orthographe fantaisiste qui rend 
souvent difficile à traduire des noms propres par trop défi- 
gurés. 11 contient un récit vécu au jour le jour, d'allure 
naïve et de peu d'envergure : le simple soldat marche sans 
savoir où il va. Lefebvre note surtout le froid des bivouacs 
« où il n’eut d'autre abri que la lune » et la poussière des 
baraquements ; il tient un compte exact de la longueur des 
étapes ; une observation sur le nombre de calotins que sem- 
blent dénoter les trois cent cinquante-six églises de Cologne 
égaie une énumération indéfinie de localités infimes et de 
cités ordinairement qualifiées de « charmantes » ; ailleurs, 
le héros modeste de ces pages mentionne le serment qu'il fit 
un jour de retraite de mourir pour sauver la Palrie; si ce 
trait peint heureusement l'enthousiasme des soldats, notre 
parrateur ne manque pas aussi d'observer que les volon- 
taires ne tenaient guère devant l'ennemi et que l'effort 
sérieux venait des vieilles troupes aguerries et expéri- 
mentées, On voit par là que le journal de Lefebvre, sans 
enrichir l’histoire de détails inédits et d'aperçus personnels, 
h’est pas sans intérêt ; il en gagnera beaucoup par la préface 
que M. Sion lui a écrite et par la carte qu’il a dressée pour 
lui servir d'illustration. 


Aimez-vous les vieux étains ? Oui, sans doute, puisque la 
mode est à la fois aux choses anciennes et aux objets d’étain. 
M. Morel a donc, sans paradoxe, fait œuvre moderne en 
écrivant l’histoire des étainiers d'Arras. Sa monographie se 
compose d’une accumulation de documents, habilement 
recherchés dans’'nos archives et présentés de la façon la plus 
intéressante ; les observalions d'ordre général’ s’y mélént 


— 405 - 


aux détails locaux, de sorte que son travail sera consulté 
avec fruit, même hors de chez nous. Je regrelte de ne pou- 
voir vous en donner qu'un superficiel aperçu. 

Depuis l’année 1324, il a suivi la grandeur et la décadence 
du métier de nos potiers d’étain, recherché s’il avait formé 
une corporation distincte, établi la valeur de ses produits 
par la comparaison entre leurs prix et le taux des salaires, 
étudié les édits et règlements qui durent plus d’une fois 
être rappelés à certains maîtres chez qui en un plomb vil 
l’étain s'était changé. Comme garantie de la pureté du 
métal, on imposa aux diverses pièces fabriquées la marque 
d’une rose ou d'un marteau qui désignaient partout la pre- 
mière et la seconde qualité: en outre, pour en indiquer 
l’origine, le poinçon de la ville se composait d’un écusson 
portant un lion surmonté d’un rat, avec le millésime de 
l’année et les initiales du potier. Ces détails inconnus jusqu'ici 
ont transpiré déjà jusque dans les boutiques des antiquaires 
où l’étude de M. Morel a fait immédiatement la hausse sur 
les étaias d'Arras ; que n’en avait il constitué le trust avant 
de dévoiler ses savants secrets ! 


Nos membres non résidants ont également bien travaillé 
dans le chantier historique. Madame Florent Leclercq, 
délaissant un moment son aimable cliantèle habituelle, à 
publié un récit, tiré de son chartrier familial, de l'entrée du 
roi d'Angleterre Henri VI à Paris en 1431. M. Charles 
Hirschauer nous a offert deux plaquettes relatives aux 
Etats d'Artois, qui sont les prémices et la promesse d’un 
livre définitif impatiemment attendu, Les Etats d'Artois, on 
en a disserté à Paris cet hiver : il ne m’appartient pas ici de 
vous convier aux cours de l’Institut d'Action française mais 
nous ne pouvons ignorer que M. Chavanon, notre collègue 
honoraire, en neuf leçons magistrales, a pris nos anciens 
Etats comme type des institutions de décentralisation qui 
sous l’absolutisme prétendu de l’ancien régime assuraient 


— 106 — 


la liberté aux provinces et aux communes. Il a décrit leur 
rôle politique, administratif, social et financier ; il les a 
montrés levant l’impôt, refusant parfois et réduisant souvent 
les contributions demandées par l'Empereur ou le Roi, 
repoussant en 1556 un projet d'impôt sur le revenu à cause 
des mesures inquisitoriales qu'ils craignaiïent. Rien n’est 
donc nouveau sous le soleil, puisque aussi bien les avocats 
au Parlement se mettaient en grève en 1602, comme nous 
l'apprend encore M. Chavanon dans un mémoire pour par 
le Ministère de l’Instruction publique. 


* 
# # 


Si du domaine des Lettres je veux vous transporter dans 
celui de l’Art,n’allez-vous pas songer tout de suite au talent 
de M. le Général de Jacquelot de Boisrouvray ? Peut-être, 
Mesdames, vous souvient-il de notre dernière séance, ou tout 
en écoutant nos académiques discours, il laissait folâtrer sur 
le papier un crayon dont l'allure piquait votre inquiète curio- 
sité : la mode et les chapeaux qu’elle a engendrés ne peuvent. 
être assurés de ne point tenter la verve et l'ironie! Mais 
rassurez-vous ; c’est surtout vers de charmants paysages 
_ qu'avait erré l'imagination du Général. Ils existent sans 
doute dans un coin de la Bretagne, qu’il àime tant, et qu’il 
a représentée dans un magnifique aibum que nous pûmes 
un jour admirer : de vigoureux fusains y retracent la vie du 
Pillaoüer, sorte de vagabond breton, grand narrateur d'his- 
toires, et quelque peu diseur de bonne aventure ; de jolis 
croquis, de fines aquarelles encadrent le texte calligraphié 
de spirituelles légendes : la plume de l'écrivain vaut le pin- 
ceau et le crayon de l'artiste. Une promotion récente a élevé 
M. le Général de Jacquelot dans la hiérarchie militaire et l'a 
en même temps éloigné de nous ; nous garderons en nos 
cœurs le souvenir d’un collègue affable et distingué; notre 
salle de réunion conservera aussi le témoignage de son affeç- 


— 407 — 


tion et de son talent sous la forme d’un tableau où il a bien 
voulu réunir pour nous un certain nombre de types du pays 
breton. 


M. le chanoïine Rambure a continué ses études sur la vul- 
garisation des œuvres artistiques entreprises par diverses 
publications récentes : il mit en parallèle les reproductions 
anciennes et modernes de la Chalcographie du Louvre et les 
publications de la société française L'Art à l’école avec plu- 
sieurs collections anglaises, allemandes et américaines ; de 
nombreux spécimens en phototypie ou en héliogravure nous 
furent présentés à l’appui des observations de notre fin cri- 
tique : c'était à la fois le plaisir des yeux et celui de l'esprit. 
Dans l’Atlas de l'Art, imprimé en Belgique, M. Rambure 
nous signala tout particulièrement l'hôtel de ville d’Aude- 
parde qui fut à peu près reproduit comme pavillon de la 
Belgique à l’exposilion de 1900 ; il rappelle singulièrement 
dans sa façade celui d’Arras ; son beffroi est moins élevé que 
le nôtre, mais les galeries supérieures et la couronne termi- 
nale sont presque identiques dans les deux monuments. 
L'architecte de l’un a donc copié l’autre. M. Rambure, 
s'appuyant sur les dates qu'il a relevées, nous assure 
qu'Arras a servi de modèle à Audenarde; nous nous en 
félicitons. 


L bu # 

Les Sciences étaient représentées sur les collines mytho- 
logiques par Uranie, muse de l’Astronomie. Notre groupe 
scientifique peut, il me semble, se réclamer d'elle, puisque 
ses travaux nous oat élevés vers les cieux, en ballons et en 
aéroplanes. 

Il reveñait à un officier supérieur du génie de nous entre- 
tenir de l’aérostation. C’est ce qu’à fait M. le commandant 
Bedel en nous exposant, dans un langage simple et clair, la 
lhéorie et la pratique des hallons dirigeables. La formule 


— 408 — 


théorique demande qu'un ballon soit muni d’un propulseur 
qui lui donne une vitesse suffisante pour vaincre la résistance 
des courants aériens, el de gouvernails qui lui permettent à 
volonté de monter, de descendre, de changer de direction. 
Chose curieuse et généralement ignorée, le général Meunier 
avait trouvé dès 1784 les principaux éléments de la solution 
pratique du problème, forme allongée, propulseur à palettes, 
ballonnet compensateur rempli d'air pour maintenir la forme 
du ballon à l’intérieur duquel il est placé ; mais l'insuffisance 
des moyens mécaniques arrêta longtemps les inventeurs. En 
1884 seulement, les capitaines Renard et Ksebs rémssirent 
les premiers sur la balion la France, à parcourir un circuit 
fermé déterminé d'avance. Enfin les céléhres tours de force 
‘de Santos-Dumont furent rendus possibles par les moteurs 
légers empruntés à l’automobilisme. M. Bedel nous explique 
‘ensuite pourquoi nos dirigeables sant relativement pelits, et 
souples comme les ballons France et Ville-de- Paris, ou 
semi-rigides comme Patrie, République, Clément Bayard, 
tandis que la mégalomanie des allemands leur fait préférer 
le-type du Zeppelin, rigide et double des nôtres, par suite 
moins maniable. 


L’aéroplane, plus lourd que Pair, nous fut expliqué par 
M. Blondel, ingénieur civil, selon la méthode lumineuse et 
précise qui est son apanage. Un appareil de ce genre se 
compose essentiellement d’un organe de sustentation, la 
voilure, — d'un organe de propulsion, le moteur, — d'un 
organe de direction, le gouvernail. La voilure assure le pla- 
nement : très simple dans le monoplan qui imite les ailes de 
l'oiseau, elle offre un appareillage plus robuste dans le 
biplan et les multiplans ; une légère obliquité sur l’hori- 
zontale exerce, par le mouvement en avant, une pression 
sur l’air ; il en résulte une composante de soulèvement qui 
entraîne l’ascension. Le moteur doit allier la puissance à la 
légèreté. Un gouvernail à axe vertical sert aux virages ; UN 


— 409. — 


-gouvernail à axe horizontal et une queue d'empennäge 
aident à monter ou descendre, et empêchent l'appareil de se 
cabrer ou de piquer du nez. Je renonce à vous décrire plus 
minutieusement les détails dans lesquels se jouait la compé- 
tence de M. Blondel; il me faudrait vous lire toute sa 
conférence afin de vous faire admirer l’ingéniosité des 
constructeurs pour assurer la stabilisation de leurs aéro- 
planes au moyen de cloisons, d’ailerons ou du gauchissement 
des ailes inventé par les Wright. 

“äu momeut où nos savants collègues nous faisaient ces 
communications, tout était rose et bleu au ciel de l’aviation. 
Le progrès et ses triomphes grisaient les enthousiasmes. 
Déjà dans nos rêves la Grand’ Place cessait de pleurer en 
sa solitude la disparition de ses anciens marchés ; elle 
reprenait une féconde animalion comme station d’aéroplanes, 
et nous voyions leur vol gracieux remplacer celui des légen- 
daires pigeons qui amusèrent notre enfance. Hélas ! pourquoi 
faut-il que la France, qui fut la première dans la conquête 
de l'air. ait dû fournir aussi les premières victimes de celte 
science nouvelle ! Plusieurs d’entre vous ont vu à Wimereux 
la minuscule pyramide qui marque le lieu où Pilâtre de 
Rozier et Romaïn se sont abîmés en 1785, alors qu’ils espé- 
raient passer en Angleterre. Voici que d'autres monuments 
devront être élevés à Lefebvre, au capitaine Ferber, au 
capilaine Marchal, au lieutenant Chauré, aux adjudantis 
Vincent et Réau. Inclinons-nous devant eux, exaltons leur 
mémoire, en ces jours proches de la Toussaint, à ia veille 
de la messe de notre Souvenir français : 


Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie 
Ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie. 


2 


BESSON 


RAPPORT 


SUR LE 


Concours de Sciences 


PAR 


M. le Commandant H. BEDEL 


Membre résidant. 


Mespanes, Messieurs, 


LA Commission des Sciences a eu, cette année encore, la 
satisfaction de voir soumis à son examen un mémoire 
qui intéresse tout particulièrement les Artésiens, puisqu'il 
donne le résultat des Recherches géologiques sur la région 
nord-ouest d'Arras, comprenant Mont-Saint-Éloi. 

Or, avec l’auteur, nous pouvons dire que si les environs de 
notre bonne ville n’ont rien du pittoresque de la Suisse ou 
de la Normandie, ils possèdent cependant certains sites 
non moins charmants, où figure honorablement Mont Saint- 
Eloi, avec ses bois accidentés, ses contours ombragés et ses 
collines aujourd’hui veuves des vignes qui tout au moins 
y fleurissaient. 

Pourquoi don, hélas! les promeneurs ne se tournent- 
ils pas plus nombreux de ce côté? Les plus indifférents en 


— Ali — 


matière géologique y trouveraient tout au moins muguet, 


violette ou noisette, et les âmes poétiques pourraient rêver 
à l'aise sous les voûtes pantelantes de la vieille abbaye dont 
les tours, témoins austères de son antique splendeur, se 
sont gracieusement prêtées, peu après la terrible guerre 
de 1870, aux premières et mémorables expériences -de 
‘lancement de ballons par le savant colonel Renard, alors 
lieutenant au 3° régiment du Génie. | 

Quoi qu’il en soit, l'inquiétude est permise à qui doit 
rapporter un travail scientifique, car, sous l'influence de 
mots difficiles et rarement employés, les oreilles cessent 
souvent d'entendre et involontairement les paupières ont 
tendance à s’abaisser ; il faudrait alors dire peu tout en 
disant assez et noyer quelque science dans beaucoup de 
poésie. C’est un problème difficile que le présent rapporteur 
est certain de ne pouvoir résoudre ; il vous semblera donc, 
à vous comme à lui, que le mieux en ce cas est d’être bref, 
afin de ne pas mettre votre vaillante attention à trop cruelle 
épreuve. 


Un de nos collègues, rapporteur d’un travail de même 


nature, montrait l'année dernière, en pareille circonstance, 
l'intérêt que présenterait l’étude, jusqu’alors incomplètement 
faite, du sous-sol de notre grand département ; or, recon- 
naissant sa compétence en géologie, je ne saurais faire 
mieux que de m'inspirer des idées qu’il a émises à ce 
moment-là ou en Commission. 


*# 
# + 


L'auteur du mémoire soumis à l’examen de l’Académie 
donne tout d’abord une description très précise de l’allure 
que présente. au point de vue stratigraphique et géologique, 


la région constituant la limite du plateau crétacé de l’Artois, 


et qui est jalonnée au Nord-Ouest d’Arras par la chaussée 
Brunehaut. La ligne de failles, sensiblement parallèle à 


çette direction, a refoulé la limite Sad du terrain houiller” 


Cd 


= Are 


sous les terrains plus anciens, et a amené au jour quelques 
puintements de grès dévoniens tout différents des grès 
tertiaires, objet du travail très intéressant soumis actuelle- 
ment à la Commission des Sciences. Cette notice est consa- 
crée à l'étude des gisements de sables et grès, qui, de Mont- 
Saint-Eloi à Houdain, encadrent l’arète caractérisée par 
les points culminants de Notre-Dame de Lorette (cote 165), 
et de Verdrel (cote 188). | 

Les sablières et surtout les nombreuses exploitations de 
grès pour empierrement ont été minutieusement analysées 
par l’auteur, principalement aux environs de Mont Saint- 
Eloi et de Villers ; cette étude était rendue particulièrement 
difficile, puisque la plupart du temps les grès dans la région 
sont extraits de trous ou fosses de faible profondeur. Une 
coupe montre la disposition habituelle, au dessus de l'horizon 
crétacé, des couches successives d'argile verte, de sable et 
d'argile brune empâlant les masses gréseuses, que l'on 
rencontre dans les fosses exploitées ; une carte rend la 
lecture du travail plus facile. | 

L'auteur discute d’une façon très serrée la question de 
l’origine de ces dépôts, montre qu'ils différent absolument 
des gisements de Vis-en-Artois, et précise leur origine 
marine. Il signale les fossiles caractéristiques qui, voisinant 
avec les empreintes et les perforations si fréquentes dans les 
grès d’origine végélale, démontrent que ces dépôts corres- 
pondent au littoral de la mer Parisienne classée dans l'Eocène 
supérieure. La mer Landenienne de la période Eocène infé- 
rieure s’étendait plus au sud, ainsi qu’en lémoigne le gise- 
ment de Blairville, et le recul n’a cessé de se continuer 
jusqu’à l’époque actuelle. | 

Les grès formés de sables agglutinés ont dû primitivement 
constituer des bancs réguliers ; ils ont été disloqués ultérieu- 
rement, et apparaissent en blocs discontinus empâtés dans 
l'argile, qui n’est elle-même qu’un produit de remaniement, 
un résidu de dissolution. 


— l8 — 


On ne peut que louer l’auteur de l’exposé clair et métho- 
dique de ses observations, et se ranger à ses conclusions 
parfaitement établies ; aussi la Commission des Sciences a 
été unanimement d'avis que le présent mémoire méritait à 
tous égards une médaille de vermeil, et l’Académie a bien 
voulu ratifier ce jugement. | 

Pour terminer, avec le bon La Fontaine nous dirons à 
l'auteur du mémoire : 


« .… Ne laissez nulle place 
Où la main ne passe et repasse. » 


puis, réunissez loutes vos judicieuses observations sur les 
sables et grès tertiaires de la région artésienne ; ajoutez-y 
l'étude des grès dévoniens, de façon à constituer un travail 
complet sur la nature et l’origine des grès divers de l’Artois ; 
en faisant ainsi, vous aurez comblé une lacune regrettable 
et fait œuvre grandement utile à laquelle l’Académie serait 
certainement heureuse d'attribuer la plus haute récompense 
dont elle puisse disposer. Par ce que vous avez fait déjà, 
nous sommes certains que le travail en question serait du 
plus réel intérêt pour qui s'occupe de géologie. 


ie 


? A À ; AS t = , 
CO ECDF & SE 136) de). ECO 
DAC NUAU: IN UASVAS 7 


RAPPORT 


SUR LE 
Concours de Poésie 
| Éèe M. Fer PARIS 


M embre résidant. 


Mespames, Messieurs, 


AU Puy d'Arras, vers le printemps, advinrent cette année 
trois chanteurs, mais par des sentiers divers. 

L'un se drapait dans le manteau de M. le vicomte de 
Chateaubriand ; il avait construit une noble épopée. 

Le second n'élait qu’un gentil jouvenceau ; et cependant 
qu’il assouplissait son cerveau aux rythmes, son cœur, mal 
assagi, battait délicieusement la chamade. 

Le troisième avait l’air d’un trouvère de la bonne époque. 
Il était venu tout exprès pour nous narrer la grande peur 
que son âme avait éprouvée en l’an Mille, à l’idée de se sépa- 
rer de son enveloppe terrestre. À vrai dire, vu de nos jours, 
le jongleur semblait rasséréné. Neuf siècles de calme, sans 
la moindre émolion sismique, avaient eu raison de sa neu- 
rasthènie. 11 ne songeait plus qu’à jongler. 1] jonglait d’une 
main experte et d'un air naïf avec des boules charmantes et 
desuètes : les idées, les ymaiges et les verbes du temps jadis. 


=— M5 — 


Or donc, au Puy, par vous Messires, 
Vers tous chanteurs qui le désirent 
L'appel sonore fut jeté. 


Pour y lutter selon les règles | 
Quand jauniront froments et seigles, 
Qu'ils soient céans dans la Cité, 


Au pied du grand beffroi de pierre, 
Avec poème ou chanson fière ; 
Y viendront dames de beauté. 


C'est bien cela. Le grand beffroi de pierre et les dames de 
beauté sont là ; et les « benoîts messires qu’on révère », (en 
simple prose, c’est nous, mes chers Collègues), se sont 
décidés à ouvrir leur salon. Mais, détail imprévu par les 
poètes, celte année, c’est un salon d'automne. Les « benoîts 
messires » sont fort en retard à en croire l'horloge des tradi- 
tions. Messidor a passé sans distribution de prix. Froments 
et seigles, après une hésitation bien naturelle, que votre 
Commission de sciences a dû enregistrer, se sont décidés à 
jaunir tout de même ; et ils ont bien fait ; car ils auraient eu 
grand tort d'attendre les « maîtres et clercs de l’Académie 
d'Arras ». À l’heure de la moisson, ceux-ci élaient à cent 
lieues du vieux beffroi. Faisaient-ils boire l’obstacle à leurs 
pneus avides ? Pédalaient-ils démocratiquement sur le blanc 
ruban des routes ? Ascensionnaïent:ils, en funiculaire, des 
cimes recommandées, ou plus simplement lézardaient ils le 
long des plages blondes ? Je n’aurai pas l'indiscrétion de le 
leur demander. En tout cas c'était l'envolée. 

Mais hélas, Vendémiaire est venu Le petit frisson des 
fins de vacances a passé dans nos moelles. (Ce frisson, quel 
poèle en dira la mélancolie ? ). Le premier lauréat du prix 
Sully Prudhomme a murmuré à nos oreilles : 


« Il ne viendra plus personne 

Il fait presque noir | 

Rentrons : c’est ce soir l’automne 
Et voici le soir, 


— 16 — 

Et obéissant à une fatalité, nous sommes rentrés, au Puy, 
où nos trois poètes attendaient toujours, sous le laurier, non 
sous l’orme. Leur attente polie ainsi que leur valeur méritent 
Messieurs, notre bienveillante gratilude. 

PR 

Mel Me! Adsum qui fecil clame avec un légitime 
orgueil notre poète épique. Huit cents vers environ, distribués 
en quatorze chants et Velléda comme sujet! Rien n’a fait 
reculer ce brave, Voici, non pas traduit, mais imité, trans- 
posé en corrects alexandrins, d’un souffle trop égal peut-être 
l'épisode classique des Martyrs. Fermons les.yeux. Eudore 
et Velléda, l'extrème jeunesse de notre France ! Chateau- 
briand, l’extrême jeunesse d’un siècle que nous avons connu 
vieillot ! Mieux que cela, notre extrême jeunesse à nous, 
celle qui finit au baccalauréat, et où, entre deux sous de 
marrons et une cigarette prohibée, nous nous repaissions 
presque secrètement de la prose imagée des Martyrs ! 

Ecoutez ! Au cœur de l’Armorique qu'Eudore vient tenter 
de pacifier, c'est la rébellion qui gronde, les complots 
silvestres, la prêtresse fomentant la révolte. Puis la prêtresse 
se fait sirène. Elle chante au Romain déraciné l'éternelle 
chanson de l’amour et de la gloire. Elle chanté longuement 
et souvent bien. Voici, pour fixer les idées, un passage de 
style assez pur, une vision grecque saisissante grâce aù 

contraste de ce dur ciel d'Armor : 


« Le front baigné d’azur il va. Le soleil luit 

La mer, la mer immense, elle est là devant lui. 
Sur les rocs où souvent elle s’irrite et tonne 
Caressante elle joue, et clapote et moutonne. 
Dans ses flots d'émeraude où glissent les zéphirs 
Sous le jeu des rayons ruissellent des saphirs. 
Telle Ulysse la vit sur la plage inconnue, 

Le jour où Nausicaa lui sourit ingénue ; 

Telle à Messène aussi, son pays adoré, 

Câline, elle buisait le rivage doré. 


— 417 — 


. De toutes parts, alors, sur les ondes sereines 
S’élevait dans la nuit la voix d’or des sirènes 
‘ Sur la trirèmé ailée, au sein de l'Océan, " 
De hardis matelots entonnaient le Pacan, . 
Alors pudiquement, sans sotte moquerie, 
Des vierges déroulaient leur blanche théorie : 
Souvenirs enchantés ! Sous les splendides cieux 
Il revoit le cortège aux orbes gracieux. 
Le long ruban serpeñte au flanc vert des collines ; 
Le regard suit ravi le vol des mousselines ; 
* Tout est riant, divin ; tout chante, et tous les cœurs 
Battent pleins d’allégresse à l’unisson des chœurs. 
O ciel ! apparaissant au seuil du gynécée 
Pâle et les yeux rougis, voici HeRtee | nue 


Le drame se précipite. Je ne vous en retracerai pas (oules 
les péripéties. Le vieux Segenax meurt. Velleda aussi va 
mourir. 


Mânes des guerriers morts, sous les tièdes baisers 

De ce sang qui jaillit, êtes-vous apaisés ? | 
La terre en est baignée ; et dans votre ossuaire © ,. 
L'’amante va dormir aux plis de son suaire. 

Elle s’est affaissée, et dans ses yeux éteints 

Lente, descend la nuit qui n’a pas de matins. 

Sa tête lourdement tombe sur ses épaules. 

Morte ! Elle est morte hélas, la blonde enfant des Gaules ; 
Sa bouche est entr'ouverte et son souffle exhalé, 

Avec le nom d'Eudore au ciel s’en est allé. 


Celte reconstilution en vers d'un poème en prose élait 
certes dure à tenter. L'auteur a des lettres ; il a aussi une 
technique généralement sûre. If sait vibrer parfois. Son 
essai est un très honorable et très louable effort d’art. Nous 
vous proposons de l'en récompenser père. une médaille 
d'argent. | UN 


«* « 


.f Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles 
Si c'est dans ton jardin, à toi, que tu les cueilles. » 
_Ces vers.de M. Rostand, encourageants pour la jeunesse 
servaient d' épigraphe au,manuscrit n° 2. Feuilletons si vous 


27. 


— lg — 


voulez un cahierdont l'aspect ne fait pas peur :sept-cents vers 
enviton. Voici des Mélanges chronologiquement rangés. 
1903, 1904, 1905. Ces dates sont-elles bien vieilles ou le 
poëte était-il bien jeune ? Mieux vaut ne pas rechercher. : 
Mais, vite le manuscrit s'améliore. 1907, 1908, nous 
réservent de très agréables surprises. 

Je m'interromps de feuilleter pour vous lire ce sonnet, 
Loïs qui est déjà de la bonne époque : Je suis obligé de 
faire un choix ; mais je pourrais vous citer nombre d’autres 
pièces tout aussi méritantes. 


Douze ans, un front d’albâtre, et des yeux clairs et doux, 
Calmes comme les lacs où boivent les gazelles, 

Îl avait un de ces vieux noms que l’on cisèle 

Sur le heaume des preux qui veillent à genoux. 


11 s’endormait le soir dans l’antique tourelle 

Où par bandes venaient se poser les hiboux, 

Et ses rêves étaient bercés au chant des houx 
Qui frissonnaient, au cri morne des sentinelles. 


Un soir de mai, plus pâle et plus triste, Loïs 
Ferma ses yeux couleur de mer, comme les lys: 
Referment leur corolle au haut des tiges frèles. 


Quand à travers les bois on voulut l’emporter, 
Sur son cadavre blanc, les fleurs tombaient en grèle 
Et les oiseaux soudain, se mirent à chanter. 


Ce petit Loïs qu’on porte en terre n’évoque-t il pas un 
autre poême aujourd'hui classique et pourtant toujours jeune, 
l’histoire d’une petite Louise dont le cercueil s’en va dans 
un décor agreste et printanier, où la vie proteste, de tous 
ses arbres, de loutes ses feuilles, de toutes ses fleurs, contre 
la Mort qui passe doucement dans le calme. J'aime que le 
grand souvenir de Brizeux plane assez sur ce poême pour 
me faire croire que son auteur est, lui aussi, un Celte apte 
à toutes nos émotions. Nous, qui sommes nés au Nord de la 
Loire et vivons, sous des cieux un peu pâles, au milieu de 
brumes transparentes comme des symboles, n’avons-nous 
pas une fraternité de race et aussi une fraternité de lettres 


— À19 — 


avec tous ceux qui ne sentent dans leurs veines qu’une dosé 
infime de sang latin ? 

Mais je m'aperçois que je m’écarte de mon sujet par la 
vois des hypothèses. Je vais y revenir par celle des indiscré- 
tions et poser résolument quelques questions de grand 
repor:age. : 

— D'abord, quel âge avez-vous, poète ? 

La réponse vient de suite, telle que nous l’espérons : 


.…..Vingtans! 
C’est un âge où la Muse encore un peu gambade. 
Le style est ordinaire. Il fleure le printemps ; 
Peut-être il vous plaira, s’il ne vous semble fade ! 


— Vous êtes trop modeste, jeune homme. Notre Académie 
est au contraire tout ensoleillée d’un rayon de votre adoles- 
cence. Mais puisque nous voilà déjà deux amis, laissez moiêtre 
indiscret jusqu’au bout. Vous avez vingt ans. C'est très bien. 
Mais Elle ? Elle que nous allons rencontrer si souvent au 
cours des pages. Elle, avec une majuscule (puisqu'il faut 
toujours une majuscule quand on parle d’Elle à un poëte), 
quel âge a-t-Elle au juste ? 

Et notre poële qui a de grosses peines de cœur, mais pas 
de secrets dans l’âme de me répondre en me montrant ces 
quatre vers. 

Tu m'as repris ton cœur d'enfant 
Avec la calme insouciance 


Que me donnent tes dix-sept ans 
L’avenir et la confiance. 


Voilà Messieurs, un point d'histoire fixé. 1] a vingt ans et 
Elle, dix-sept. En pareille occurrence Victor Hugo n’a pas 
hésité un instant. Il e pris sa plume et transcrit pour la 
postérité, des chiffres si éloquents, 


Vous rappelez-vous notre douce vie 

Lorsque nous étions si jeunes tous deux 

Et que nous n'avions tous deux d’autre envie 
Que d’être bien mis et d’être amoureux. 


— 420 — 


. Lorsqu'’en ajoutant votre Age à mon âge 
Nous ne comptions pas à deux quarante ans; 


Ne pas compter à deux quarante ans ! Que de jeunesse, 
aujourd'hui, mes chers Collègues, autour de cette Académie, 
où chacun de nous compte si facilement quarante ans à lui 
tout seul ; si facilement hélas que plus d’un se demande s’il 
08e encore les compter | | 

Donc elle a dix-sept ans ; et déjà elle esl bien méchante. 
Pour vous le prouver je continue : 

Tu m'as repris sans hésiter 
Le meilleur de toute mon âme 


Sans songer au mal de rester 
Loin de toi, enfant déjà femme ! 


Ce que vous avez fait là, Mademoiselle, est très mal. 
 Croyez-en ce dernier quatrain, 


Car tu partis en souriant 

Sans oser contempler ma peine 
Et moi je t’adorais pourtant 

Si je te l’avouais à peine. 


11 y a un siècle et demi environ qu'un autre amoureux au 
- désespoir jetait le même « cri naïf ». Et ce cri, qui de nos 
jours a tant ému M. Paul Bourget, résonne encore dans nos 
salons, grôce à la musique de Martini, puisque nous devons 
à la magie de la musique le pouvoir d'évoquer à volonté les 
formes surannées de choses toujours humaines, que nous 
percevons la gorge un peu sèche, «trop lâclies pour pleurer, 
. trop émus pour en rire »4 
Que de fois la vieille mélodie nous est revenue aux oreilles : 


__« Tant que cette eau coulera doucement 
Vers le ruisseau qui borde la prairie 
Je t’aimerai, me répétait Sylvie 
L’eau coule encore ; elle a changé pourtant | 


Elle a changé aussi la Sylvie de notre poële. Vous l'en- 
blâmez silencieusement, j'en suis sûr Mesdames et Mes- 


— A2 — 


sieurs. Il faut donc que je plaide un peu pour elle devant 
votre tribunal. Son croquis que voici lui vaudra peut-êlre 
la chance d'être acquittée. comme ayant agi sans discerne- 
ment.. Une loi nouvelle très indulgente prétend que jusqu'à. 
18 ans, on peut-être assez enfant pour mériter cette grâce. 


Votre si frêle silhouette 

Je l’ai vue aujourd’hui passer 
Comme une fringante mouette 
De la foule où j'étais placé. 


En vos clairs souliers Louis-Quinze 
Si gentils et si fatigants 

Vous alliez élégante et mince, 

Fine du talon jusqu'aux gants. 


Vous aviez, je me le rappelle 

Un corsage blanc de satin 

Et vous paraissiez vraiment belle 
. Dans l'azur de ce frais matin. 


Un petit sourire à la lèvre 

Un nœud blanc dans vos cheveux blonds, 
Une grâce jolie et mièvre 

Où perçait un tout jeune aplomb. 


C’était bien vous. Votre jeunesse 
Faisait retourner les passants 

Et tout bas je vous le confesse 
J'avais un peu peur pour l’absent. 


_ L'absent a eu tort, et Elle a changé. C’est regrettable. Mais, 
tout bien pesé, comment voulez-vous qu’à dix sept ans une 
petite personne ainsi faite ne changeât pas ? Prétendiez-vous 
raisonnablement, l’empêcher de pivoter sur ses lalons 
Louis XV ? Elleapivoté, parce que cela devait arriver, et il 
faudra que noire poète s'en console. | 

Comment? Je n’en sais trop rien. Par sympathie je suis 
allé demander une consultation à Henri Heïine, sachant bien 
que tout se trouve dans les quinze pages poignantes de 
l'Intermezso. Henri Heine a répond u. ceci: « Un jeune 
» homme aime une jeune fille laquelle en a choisi n autre ; 


— 422 — 


» l’autre en aime une autre et il s’est marié avec elle. De 
» chagrin la jeune fille épouse le premier freluquet venu 
» qu'elle rencontre sur son chemin; le jeune homme s’en 
» trouve fort mal. C'est une vieille histoire qui reste toujours 
» nouvelle, et celui à qui elle vient d'arriver en a le cœur 
» brisé ». 

C'était court et triste. La consultation ne m'a pas rassuré. 
J'ai donc demandé à un autre grand poëte M. Henri de 
Regnier ce qu’il pensait de cette aventure. Il m’a laissé sous 
une impression meilleure. Ce sont là, m’a-t-il dit, d’un air 
revenu de beaucoup de choses « quelques-uns des petits 
» évènements qui à quinze ans nous émeuvent le plus, et 
» qui, plus tard, nous font sourire comme on sourit du passé 
» avec regret et mélancolie ». 

Oserai-je parler à mon tour après deux mattres ? Je vou- 
drais lrouver mieux que ces petites chansons faites avec de 
grands chagrins où cette sagesse résignée, quitte à me 
montrer ridiculement optimiste. Il me semble impossible que 
celle qu’aime tant notre jeune ami n'aime pas les vers. Si 
elle les aime, il reste en elle quelque ressource. Qu'elle 
feuillette ce cahier un peu mieux que je ne l'ai fait moi-même. 
Elle y trouvera des vers de toute sorte, de grands, de petits, 
de simples, de tendres, de touchants, d’émus, de tous les 
genres, sauf le genre ennuyeux. Il l’intéressera beaucoup et 
lui paraîtra très original parce qu'on y ehante toujours, la 
même chose et que cette même chose c’est Elle : « Oh! dites 
moi que vous m'aimez, ai-je lu dans une vieille chanson 
anglaise retrouvée par Jules Bois ; c’est la plus douce, la 
plus douce histoire qui m’ait jamais été racontée ». Inutile 
donc d’en raconter d’autres. Et quand la changeante enfant 
aura lu tout cela, (après tout on peut bien changer deux fois), 
j'ose espérer qu'elle repivotera résolument sur ses talons 
Louis XV el que ce nouvel aspect de la frêle silhouette nous 
vaudra une nouvelle douzaine de sonnels enthousiastes. 

Peut-être tout finira-t-il un jour par un mariage. Si 18 


2 49% 


prévision se réalisé, et si je ne vais pas à l'encontre des 
aspirations de ces petites âmes j'ajouterai, en guise d’épi- 
thalame, ce vieux souhait des contes de fées : « Qu’ ils soient 
heureux et qu'ils aient beaucoup d'enfants ! » Mais en ce 
cas, qu’on ne mette pas tous les garçons à l’Ecole Polytech- 
nique. Il faut en garder au moins un, pour faire des vers. 
Dans quelque vingt-ans l’Académie les couronnera : car 
cette douairière aux bandeaux blancs sera toujours là, dans 
son fauteuil, pour écouter les vieilles chansons rajeunies, 
indulgente et souriante puisqu'elle est immortelle. En aiten- 
dant nous lui demandons aujourdhui encore une médaille 
d'argent. 


“* » 


Aux derniers les bons, ou pour être juste les meilleurs. 
J'arrive au poète qui nous a flattés du titre de « benoîts 
messires. Il a écrit Pages d'Antan,eta pour devise : Au Puy 
d'Arras | 

Par les mânes d'Adam de la Halle et de Jehan Bodel, 
benoîts messires, nous voici au Moyen-Age et même très 
au delà de l’époque de nos grands irouvères, nous sommes 
en l’an Mille, âge d'épouvante. 

J'entends d'ici l’objection, « Eh ouil c’est très bien, mais 
c'est du pastiche ; c’est du vieux neuf. Ce n'est pas très 
difficile ». Les historiens vont dresser l’oreille. « 11 y a ceci, 
et puis il y a cela ». Voulez-vous me permettre de leur répon- 
dre avec un éclectisme intransigeant. « Et puis après ? 
D'abord, faites en autant ; Et ensuite, pourvu que cela nous 
amuse ! Ne chicanons pas sur notre plaisir répélerai-je obsti- 
nément après Jules Lemaitre, ce grand directeur de cons- 
ciences littéraires. » 

L'autre jour, au sortir de votre Commission de poésie ou 
j'allais pour m'instruire, et piller les idées des autres, ce qui 
me dispense d’en exhiber de trop personnelles, j'écoutais 
avec altention l'avis d’un de nos collègues dont l'expérience 


— 49% — 


de professeur de rhétorique el d'ami très averti des lettres 
est précieuse à consulter; on causait de ce poème, il disait à 
à peu près ceci : « Il faudrait de la musique et des ombres 
chinoises ». Le DE | 22 | 
L'idée m'a frappé, car l’Æeure fatale est une œuvre à la 
fois très simple et très fine, trés naïve et très roublarde. 
Volontiers on s’imaginerait au fond d’une petite salle bien 
obscure où s'empilerait un public mélé de « gendelettres » 
et de gens du monde, quelque décor lumineux d'Henri 
Rivière avec un Fragerolle au piano et, comme récitant, un 
héritier des grandes traditions du Chat Noir. Le rideau 
baissé, on ne rétablirait pas le courant, et, pour finir la soirée, 
quelque médium, frotté de littérature, évoquerait ce mauvais 
escholier de Villon’à seule fin de lui demander ce qu’il en 
pense. | 
_: Quoi qu’il en soit, tous les hieaué et tous le états d’ âme 
de l'an Mille défilent la parade. La bachelette fait vœu de 
plus n'écouter de doux propos. 


Si près de la chapelle 
su Quelque galant m'appelle, 
FE Serai sourde et rebelle 

Fut-ce même le roi... 


Le jongleur ne dira plus Chanson vile ni poème libertin. 
Les fiancés né songent qu’à échanger leurs pensées dernières. 
Seuls les ivrognes, en chœur pour se donner du on, plas- 
{foñnent j jusqu ‘aa bout. 


“Hé! l'Hostelier, point ne, sohuimeille | 
__ Accours ici, face vermeille, 
Et sers céans un bon festin ; 


Ne. tarde point. Ouvre ta porte ; 
. Si tout y passe, que t’importe ? 
| Tu: seras mort demain matin ! 


| Le déècr re c'est | Eglise. L’ Evene fustige d' éner- 
-giques-et-dures vériles tous les personnages du siècle qui, 


— 425 — 


dans une heure, seront des figurants de danses macabres 
tandis que le Moine prie pour eux. 
Voici la fin de la prière du Moine. 


Puisque j'ai bu Seigneur à tes divins calices 
Je voudrais pour ta lie affrontant les supplices 
Et déchirant ma chair au baiser des cilices 


Prendre ainsi qu’un géant l’univers dans ma main 
Et dans tes bras sanglants jeter le genre humain 
Qui suit la male voie et le mauvais chemin, 


Tous ceux de la Cité, du burg et du royaume. 
Les Chevaliers qui vont sous la targe et le heaume, 
Les serfs pliés en deux sur la glèbe ou le chaume 


Et par delà les monts les Sarrasins maudits, 
Afin qu’il soit complet bercail au Paradis 
Quand les morts sortiront de leurs tombes, roidis. 


”. Aux féaux serviteurs qui te donnent leur âme 
Sois clément ; garde-les de l’éternelle flamme 
‘ Dans la géhenne rouge où Satan les réclame. 


Mais quand viendront la mort et l’ultime frisson 
Près de toi place-les dans le clair horizon. 
Qu'il advienne à Seigneur selon mon oraison. 


- À travers tout, et ce n'est pas la moindre beauté, passe 
et repasse la grande voix du Peuple, mobile comme la mer, 
émotif à l'excès, raïlleur, attendri passant des larmesà l'espoir, 
et de l'espoir à la liesse. Ainsi vivait le chœur antique. 

(€ Mais tout finit dans la clarté » a prédit le poète, 11 faut 
rire un peu après avoir tant frissonné et rire aux dépens 
d'autrui. De cette tragique aventure, messire le. Vidame, 
pour avoir trop cru à la fin de tout paraît être en somme la 
seule victime et quelle intéressante vietime ! 
L Nobles sires, belles dames 
Faites cy la charité 
A Messire le Vidame 
En très grande pauvreté. 


— 426 — 


Quand il ouit Le présage 

Sur la &n de La cité, 

H se dit qu’il était sage 

Que son coffre fùt vidé. 
Chaque jour il fit bombance 
Aux tavernes entêté, 
Chaque nuit ripaille et danse; 
Par plusieurs il fut aidé. 


A ce jeu son escarcelle 
À gagné légèreté ; 
Plus il ne loge en icelle 
Que le Diable détesté. 


Ainsi pleure la cigale 
Quand finit le soleil d’été ; 
C’est vertu théologale ; 
Faites lui la charité. 


Charité, comme on disait jadis, ou solidarité, comme il faut 
dire maintenant, paraît-il ? Je ne sais pas au juste ; mais en 
tous cas, c'est Irès bien, Le pauvre vidame qui a fait à sa 
manière sa pelite nuit du 4 août, et dont les privilèges ne sont 
plus que fumée, bénéficie de l’indulgence générale : « Ne lui 
soyez durs ni sévères », implorent les troubadours, en ten- 
dant l'escarcelle à son profit ; et le bon peuple qui ne sait 
rien refuser à ses chanteurs, remplit sans se faire prier la 
bourse du deshérité. Demain il aura son coin de terre, inces- 
sible et insaisissable, je l’espère pour lni. Voilà la preuve que 
tout est dans tout, et que de cette amusante fantaisie litté- 
raire on peut tirer si l’on veut une fantaisie poor qui par 
hasard plaira à tous les partis. | 

Je serais incomplet et injuste si je n’ajoutais que l'Æeure 
fatale est précédée de treize petits poèmes d’un tour aussi 
alerte et aussi moyenâgeux qui mérite une mention spéciale. 

Au bon poète des Pages d’Antan, voire Commission vous 
propose d'offrir une médaille de vermeil. 


Le 


LAURÉATS DES CONCOURS 


DE 1909 


SCIENCES 


Médaille de vermeil : 
M. Henry BOULANGE, à Arras. 


Recherches géologiques sur la région Nord-Ouest d'Arras 
el en particulier Mont-Saint-Eloi, 


POÉSIE 


| Médaille de vermeil : 


M Lucien HOUPIN, à Trescault. 
Pages d'Antan. 
Médailles d'argent: 


M. Camille ROCHES, à Lille. 


Mélanges el Sérénades. 


M. Noël CHOPIN, à Lebucquière. 


Velléda. 


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C2 


- SUJETS MIS AU CONCOURS POUR LL 


HISTOIRE ET ARCH ÉOLOGIE 


Histoire d’une Ville, d’une Localité ou d'une Abbaye du 
département du Pas-de-Calais. 


Monographie d’une Eglise Cathédrale ou paroissiale, d'une 
Maison conventuelle, d'une Maison hospitalière, d’une Insti- 
tulion civile ou religieuse de la Ville ou de la Cité d'Arras. 


LITTÉRATURE 


Une pièce ou un ensemble de poésies de deux cents vers 
au moins, ou un travail littéraire en prose, dont l’auteur, 
soit par son origine, soit par son domicile, appartienne à la 
région, (Pas-de Calais, Nord, Aisne, Somme, Oise). 

L'Académie acccepterait cependant d'auteurs étrangers 
des poésies ou des compositions se rapportant à celte région. 


- BEAUX-ARTS 


: Histoire de l'Art ou de l’une de ses pare dans ] A os. 
. Biographie d'artistes artésiens. | 
Expositions tenues à Arras et dans le Pas-de-Calais. 
SCIENCES 
Une question de Science pure ou appliquée. 
Statistique industrielle du Pas-de-Calais, avec carte L 
l'appui. 
Etudes anthropologiques sur les races que l'on rencontre 
dans le Pas-de-Calais. ; 
4. 


PRIX BRAQUEHAY 


Une rente de 400 fr. provenant d’un legs fait à l'Académie 
d'Arras par M. À. Braquehay, pourra être décernée en prix 
aux auteurs des meilleurs ouvrages historiques, archéolo- 
giques ou autres, concernant Montreuil et la partie de son 
arrondissement ayant ressorti à la Picardie. Toutelois le 


2 430 — 


lauréat ayant obtenu, en une.ou plusieurs fois, latotalité du 
legs Braquehaÿ, sera par ce fait mis hors concours. 

Les personnes qui présenteront un ouvrage au concours 
d'histoire sont priées d'indiquer si elles entendent prendre 
part au concours général d'histoire ou au prix Braquehay. 

A défaut d'indication, l'affectation sera faite par l’Aca- 
 démie. _ 

En dehors du concours, l'Académie recevra tous les ouvra- 
ges inédits (Lettres, Sciences et Arts) quilui seront adressés, 
pourvu qu’ils intéressent le département du Pas-de-Calais. 

Des médailles dont la valeur pourra alteindre 300 fr., 
seront décernées aux lauréats de “que concours. 


ms CE 


CONDITIONS GÉNÉRALES 

Les ouvrages destinés à ces concours devront êlre envoyés 
(francs de port) au Secrétaire-Général de l’Académie, et lui 
parvenir avant le 19° mai 1910, Ils porteront, en tête, une 
._épigraphe ou devise qui sera reproduite sur un billet cacheté, 
contenant lenom et l’adresse de l’auteuravec l'attestation que 
le travail n'a pas été présenté à un autre concours. Ces bil- 
lets ne seront ouverts que s'ils appartiennent à des ouvrages 
méritant un prix, une mention honorable ou un encourage- 
ment ; les autres seront brûlés. 

Les concurrents ne doivent se faire connaître ni directe- 
ment, ni indirectement. 

Les ouvrages inédits seront seuls admis. 
._ Les Membres de l'Académie, résidants et honoraires, ne 
peuvent pas concourir. 

L'Académie ne rendra aucun des ouvrages qui lui auront 
été adressés. 

Fait et arrêté en séance, le 15 octobre 1909. 

” Le Président, 
Caarzes ROHART. 


Le Secrélaire-Général, 


Baron A. CAVROIS pe SATERNAULT, 


LISTE 


des 


MEMBRES TITULAIRES, HONORAIRES & CORRESPONDANTS 


de l'Académie d'Arras 


—#" — —— 


MEMBRES DU BUREAU 


Président : 
. Roxarr (le chanoine), @, #, Docteur en Théologie. 


ss: 


Chancelier : 


\ ER 


Vice-Chancelier : 
M. G. ACREMANT, Membre de la Commission des Honu- 
ments historiques. | 
Secrétaire-Général : 
M. A. Cavrois DE SATERNAULT (le baron), Licencié ès- 
Sciences, Docteur en Droit. 
Secrétaire- Adjoint : 
M. L.-F. BLONDEL, #4, ingénieur civil. 
Archioiste : 


M. G. pE HAUTECLOCQUE (le comte), Licencié en Droit. 


Bibliothécaire : 


M. Aug. Wicouor, #, O. @, Licencié ès-Lettres, Biblio= 
thécaire honoraire de la Ville. 


mettent) ES, Qmremrennserent quete 
er 


— 432 — 


MEMBRES TITULAIRES 


_ & 


Par ordre de nomination. 


NN. : _ 
1. Pacnouz, &. O. @, Directeur honoraire de la Station 
agronomique du Pas-de-Calais (1864). 
2. G. DE HAUTECLOCQUE (le er Licencié en Dore 
(1871). SE M PRE PRÉ LÀ 
3. RICOUART, %, O. @, ancien Adjoint au Maire d’ Arras 
(1879). 
4. WIcQUOT,*#, 0.6, Licencié ès-Lettres, Bibliothécair 
de la Ville (1879). | 
9. J. GUÉRARD, %, Président honoraire du Tribunal civil 
(1879). | 
_6. Em. Perir, *, Président honoraire du DLLD civil 
(1883) 
7. J. LeLour, &,0.@, ancien Conseiller: sntiteés 
8. C. Ronarr (le chanoine), &, +, Docteur en Théologie, 
Président de la Commission des Monuments histo- 
riques du Pas-de-Calais (1887). 
9. E. CARLIER, %, O. @, Inspecteur départemental 
honoraire de l’Assistance publique. : > 
+ L. ViLTarT, Avocat (1892). 
. L. RAMBURE (le chanoine), Pro- Recteur des Facultés 
_ catholiques de Lille (1893). * | 
12. I. Hervin (le chanoine), Vicaire- général, (1893). 
13. L. DurLor (le chanoine), Licencié .és-Lettres, Doven 
de Saint-Nicolas (1895). 


14. 


15. 
16. 
17. 
18. 
19. 
20. 
21. 


22. 
23. 
24. 


25. 


” 26. 


2 PA 
28. 
29. 
80. 


Z 433 — 
MM. 
G. ACREMANT, Membre de la Commission des Monu- 
ments historiques (1895). 
F. BLoNneL, #h, Ingénieur civil (1895). 
H. BouLANGÉ, ancien Officier de marine (1897). 
A. BrocHarT, Avocat (1898). 
J. VisEur, &, Sénateur du Pas de-Calais (1899), 
J,. Paris, Docteur en Droit, Avocat (1899). 
B. LEsuEUR DE MoriAMÉ, #, € (1900). 
À. CAVROIS DE SATERNAULT {le Baron), Licencié ès- 
Sciences, Docteur en Droit (1902). 
G. SENS, &, 4h, Secrétaire général de la Commis- 
sion des Monuments historiques (1904). 
J. Gerbore, &, Vice-Président du Conseil de Préfec- 
ture (1905). 
H. Beer, #, Chef de Bataillon du Génie en retraite 
(1906). | 
E. Morez, 0.6, principal honoraire en retraite (1907). 
G. Sion, &, O.6à, directeur honoraire d’Ecolenormale, 
NON | 
N. N. 
N. N. 
N. N. 


28 


… si — 


MEMBRES HONORAIRES 


Par ordre @a nomination. 


Les lettres A. R. indiquent un ancien membre titulaire ou résidant. 


MM.J.-M. Ricnarn, €, ancien Archiviste du Pas-de- 

Calais, à Laval, À. R, (1879). 

À. GUESNON, 0. @, Professeur honoraire de l’Uni- 
versilé, à Paris, 4. R,(1881). 

Louis Noez, %, Statuairg (1887). 

ALAPETITE, O. #, Réaidgpt général de France à 
Tunis (1891). . 

DEpotrer (le chanoine), Qayen de Laventie, ancien 
Vicaire-Général, À. n. (1403). 

S. G. Mgr Wizurez, #, Éyêque d'Arras (1896). 

Boucry, 0. @, Professeur de rhétorique au Collège 
d'Arras, A. A. (1898). | 

Sénart, Membre de l’Ipstityt, à Paris (1898). 

Ÿ. CHAvANON, #, ancien Archivisté du Pas-de-Calais, 
A, R. (1903). 

CHomer (le général), CG #, Commandant de Corps 
d’Armée à Besançon (1907). 

DE JAcQuELoT pu Borsrouvray (le général), O. %, 
Gouverneur militaire de la place de Lyon (1907). 


— 435 — 


MEMBRES CORRESPONDANTS 


Par ordre de nomination. 


MM. Léon Varzanr, #, Professeur au Muséum, à Paris 


MM. 


(1861). 

DE CALONNE (le baron), à Buire-le-Sec (1874). 

Ch. p'HÉéricounT (le marquis) &, ancien Consul 
général, à Versailles (1876). 

Em. TRAvERSs, Archiviste-Paléographe, à Caen (1876). 

Hucor (Eugène), Secrétaire adjoint des Comités des 
Sociétés savantes près le Ministère de l'Instruc- 
tion publique à Paris (1877). 

G. FAGNiez, Directeur de la Revue historique, à Paris 
(1878). 

Gustave Courn, %, Artiste peintre à Paris (1881). 

P. Fournier, Professeur à la Faculté de Droit, à 
Grenoble (1881). 

RuriN, €, Président de la Société Archéologique 
de la Corrèze, à Brives (1882). 

PAGARD D'HERMANSART, à St-Omer (1883). 

Gabriel DE BEUGNY D'HAGERUE, à Aire (1884). 


Ernest MarrmiEu, Avocat, Secrétaire du Cercle 


archéologique, à Enghien (Belgique) (1884). 
QuiNion-HugerT, ancien Magistrat, à Douai (1884). 
Robert DE GUYENCOURT, ancien Président des Anti- 

quaires de Picardie, à Amiens (1888). 

Massy, 0.@ , Répétiteur-Général au Lycée de Douai 

(1890). | 
LeuriDAN (l’Abbé), à Roubaix. 


— À36 — 
M'e Jenny FONTAINE, O. @, Arliste peintre, à Paris (1899). 
MM. Dicarp, ancien élève de l’école des Chartes et de 
l'école de Rome (1892). | 
HaRDUIN DE GRosvicce, Président honoraire au 
Tribunal civil de Laon (1893). 
MENCHE DE LoisxE (le comte), I. @, château de Beau- 
lieu-lez-Busnes (1894). 
Edmond Epmonr, Archéologue à Saint-Pol (1896). 
Henri Portez, @, Docteur ës-Lettres, Agrégé de 
l'Université, à Lille (1896). 
BLen (le chanoine), Président de la Société des Anti- 
quaires de la Morinie, à Saint-Omer {1897). 
MM. René Brissy, ®, Publiciste, Rénovateur des Rosati, à 
Paris (1897). | 
Charles Leconte, #, Président du Tribunal de Dôle 
(1897). 
M"®° Florent LecLerco, château de Beauvoir (P.-de-C.) 
(1897). 
MM. Alfred de PuistEux, Membre des Antiquaires de 
Picardie, Amiens (1898). 
LECIGNE (le chanoine), Docteur ès-Lettres, Professeur 
__ à la Faculté libre des Lettres de Lille (1898). 
Mie FRESNAYE, à Marenla (Pas-de-Calais) (1898). 
MM. G.Macon, Conservateur du Musée Condé, à Chantilly 
(1899). | | 
MM. Francis TATTEGRAIN, %, à Berck (1899). 
DE BoisLECOMTE (le vicomte), au château de Mondé- 
tour, par Morgny (Seine-Inférieure) (1899). 
José-Ignatio VaLENTI (dom), à Palma (Espagne) (1900). 
Rudolf BERGER, Docteur ès-Lettres, à Berlin (1900). 
WiLox (l'abbé), curé de Brebières (1900). 
PLancouarD, à Berck-sur-Mer (1900). 


— 437 — 


M"° Marie-Madeleine CarLier, à Croisilles (1900). 
MM. R. Ronière, à Montreuil-sur-Mer (1901). 
FRANS, à Hénin-Liétard (1901). 
DE LHomez, à Montreuil-sur-Mer (1901). 
Dauer, Archiviste paléographe à Paris (1901). 
BLANCHOT, Statuaire à Paris (1901). 
M®° Amélie MESUREUR, à Paris (1901). 
MM. Paul Trerny, Archiviste-Paléographe, à Siracourt 
_ (1901). 
François Benorr, Docteur ès-Leltres, fondateur d’un 
Institut de l'Art, à Lille (1902). 
Henri PareNTYy, %, Ingénieur à Lille (1903). 
Alfred Rogaur, Artiste-Lithographe, à Paris (1903). 
Georgés VaLLée, Député du Pas-de-Calais à St. 
Georges (Pas-de-Calais) (1905). 
Charles Pruvosr, Répétiteur au H3cee Montaigne, 
à Paris (1905). 
Théophile RENAULT, Professeur au Lycée Chanzy, 
à Charleville (1905). 
DU' PIN DE LA GUÉRIVIÈRE (le vicomte),château de Bel- 
leaucourt,Goulommes-la-Montagne (Marne) (1907). 


— 438 — 


SOCIÉTÉS SAVANTES 


avec lesquelles l'Académie échange ses publications. 


FRANCE : 


Abbeville — Société d'Emulation. 
Aire-sur-la-Lys. — Bibliothèque communale. 
— Aix. — Faculté de Droit. : 
Amiens. — Société des Antiquaires de Picardie. 
— Société Linnéenne du Nord de la France. 
— Académie d'Amiens. 
Angers. — Société d'agriculture, sciences et arts. 
— Société industrielle d'Angers et du départe- 
| ment de Maine-et-Loire. 
Annecy. — Société Florimontane d'Annecy. 
Autun. — Société Eduenne. 
Auxerre. — Société des Sciences historiques et naturelles 
de l'Yonne. 
Avesnes (Nord). — Société archéologique de l’arrondis- 
sement d'Avesnes. 
Beauvais. — Société académique d'archéologie, sciences 
et arts du département de l'Oise. 
— Société d’études historiques et scientifiques 
du département de l'Oise. 
Besançon. — Académie de Besançon. 
Béthune. — Bibliothèque communale. 
Béziers. — Société archéologique, scientifique et littéraire. 
Bordeaux. — Académie des sciences, belles-lettres et arts. 
Boulogne-sur-Mer. — Société académique. 


— 439 — 


Brives. — Société scientifique, historique et archéolo- 
gique de la Corréze. 
_Caen. — Société des Antiquaires de Normandie. 


_ Académie nationale des sciences, arts et belles- 
lettres. | 

_ Société d'agriculture et de commerce de Nor- 
mandie. 

— Société française d'archéologie pour la conser- 


vation des monuments historiques. 
Calais — Bibliothèque communale. 
Cambrai. — Société d'Emulation. 

— Bibliothèque communale. 
Chalons=-sur-Marne. — Société d'agriculture, commerce, 
sciences et arts de la Marne. 

_ Chambéry. — Académie des sciences, belles-lettres 
et arts de la Savoie. 
Clermont-Ferrand. — Académie des sciences, belles- 
lettres et arts. 
Compiègne. — Société historique de Compiègne. 
Dijon. — Académie. 
Douai. — Société d’agriculture, sciences et arts du 
département du Nord. 
Dunkerque. — Société Dunkerquoise pour l’encourage- 
ment des sciences, lettres et arts. 
Grenoble. — Académie Delphinalle 
Hävre (Le). — Société Hâvraise d’études diverses. 
Hesdin. — Bibliothèque communale. 
Laon. — Société académique. 
Lille. — Société des sciences, de l’agriculture et des arts. 
— Bibliothèque communale. 
— Commission historique du dép' du Nord. 
— Société archéologique du Nord. 


— 440 — 


Lille. — Comité flamand de France. 


— Archives générales du département du Nord. 
x —æ— Bibliothèque des Facultés libres, 60, boulev ard 
à Vauban. 
— Société d'études de la Province de Cambrai. 
Limoges. — Société archéologique et historique du 
Limousin. 


Lons-le-Saulnier. — Société d’ émulalion du Jura, 
Lyon. — Société littéraire. 
+ — Bulletin historique du diocèse de Lyon, place 


Fourvière. 
Macon. — Société d'histoire naturelle, 3, Place St-Pierre. 
Mans (le). — Société d'agriculture, sciences et arts du 


département de la Sarthe. 
Marseille, — Société de statistique. 
Mende. — Société d'agriculture du dép‘ de la Lozère. 
Montpellier. — Société académique. 
Nantes. -- Société des sciences naturelles de l’ouest de 


la France. 
Nîmes. — Académie de Nimes. 
_ Orléans. — Société archéologique et historique de 


l'Orléanais. 
Paris. — Ministère de l’Iastruction publique. 
— Société d'anthropologie. 
— Comité des travaux historiques et scientifiques. 
— Société nationale d'agriculture de France. 
— Société des Antiquaires de France. 
— Association scientifique de France. 
— Société protectrice des animaux. 
— Société de l’histoire de France. 
— Bibliothèque Mazarine. 
— Institut national de France. 


— Ai — 


Paris. — Bibliothèque de la Sorbonne. 
— Bibliothèque de école des Chartes. 
— Bibliothèque de la ville de Paris. 
— Bibliothèque Sts-Geneviève. 
_— - Musée Guimet. | 
4 — Argus des revues, 14 rue Drouot. 
_— Société française de numismatique, à la Sorbonne, 
Perpignan. — Société agricole, scientifique, | littéraire des 
= Pyrénées-Orientales. 
Poitiers, — Société des antiquaires de l'Ouest. 
Puy (le). — Société d'agriculture, sciences, arts et com- 
merce. 
Reims. — Académie. | 
Roubaix, — Bibliothèque communale. 
— Société d'Emulation. | | 
St-Etienne. — Société d'agriculture, industrie, sciences 
et arts du dép! de la Loire. 
St-Malo. — Société historique et archéologique. 
St-Omer. — Bibliothèque communale. | 
— Société des Antiquaires de la Morinie. 
St-Pol, — Bibliothèque communale. 
- St-Quentin. — Société académique. . | 
Saintes. — Société des archives historiques de la Sàin- 
tonge et de l’Aunis. 
Sens. — Société archéologique. 
Soissons. — Société archéologique, scientifique el his- 


torique. 
Toulon. — Académie du Var. | 
Toulouse. — Académie des sciences, inscriptions et 
belles-lettres. 
— Académie des jeux floraux. 


Toulguse. — Société d'agriculture de la Haute-Garonne, 


— 442 — 


Tours. — Société française d'archéologie. 

Troyes. — Société académique d'agricullure, sciences, 
arts et belles lettres du dép‘ de l’Aube. 

<.__#æ_ Valence. — Bulletin d’histoire ecclésiastique et d’archéo- 
logie religieuse des diocèses de Valence, 
Gap,Grenobleet Viviers, à Romans (Drôme). 

Valenciennes. — Société d'agriculture, sciences et arts, 

Verdun, — Société philomatique. 

Versailles. — Société des sciences morales, des lettres et 
des arts du dép' de Seine-et-Qise 


; 
es - PE Ce 2 
CRE A NE SEE 
es ANR MR Re D PRES 2 


ÉTRANGER : 


Anvers. — Académie d'archéologie. 
Brurelles. — Académie royale des sciences, des lettres 
et des beaux-arts de Belgique. 

— Société d'Archéologie de Bruxel'es. 
Courtrai. — Cercle historique et archéologique. 
Chicago. — The Chicago Academy of sciences. 
Christiania. — Bibliothèque de l'Université rovale. 
Colmar. — Sociélé d'histoire naturelle. 

Columbus Ohio. — The Ohio State University. Colombus 

| Ohio America. 

Enghien (Belgique). — Cercle archéologique d'Enghien. 

Gand. — Société d'histoire et d'archéologie de Gand. 

Giessen. — Oberhessische Gesellschaft für Natur und 
Heilkunde. : 

Liège. — Société libre d'Emulation. 

— Institut archéologique Liégeois. 

Louvain. — Bibliothèque de l'Université de Louvain. 

Madison. — The Wisconsin Academy. — Madison, Wis, 
U. S. A. 


— 443 — 


Manchester. — The Manchester literary and philosophical 
Society. 
Maredsous. — Société Bénédictine de l’abbave de Mared- 
| | sous (Belgique). | 
Mons. — Société des Sciences, Arts et Lettres du Hainaut. 
— Société des Bibliophiles belges. 
— Cercle archéologique. 
Montevideo. — Anales del Museo Nacional. — Montevideo, 
Uruguay. 
Munich (Bavière, — Monats-Berichte. 
St-Louis (Missouri), — The Director of Missouri Botanical 
Garden. — St-Louis (Missouri), America. 
St-Nicolas (Belgique). — Cercle archéologique du Pays 
de Waes. 
Tournai. — Société historique et littéraire. 
— Société académique. 
Upsale. — Kongl. Universitets-Biblioteket i Upsala. 
Washington. — Smithsonian Institution. 
Wisconsin. — Academy of Sciences, Arts and Letters. 


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TABLE DES MATIERES. 


1, — Lectures faites dans les séances hebdomadaires. 


La Seconde Restauration dans le Pas-de-Calais (suite), 


par M. le Comte DE HAUTRCLOCQUE, membre résidant 
Adieu à M. Paul LarocHE, chancelier, par M. l’abbé 


_ Rouarr, président. ...... initier see 
Les Préliminaires du Congrès d'Arras (1435) d'après un 
docament lyonnais, par M. Louis CaiLLEr....... . 


Les Aéroplanes, par M. F. BLoNDEL, membre résidant 
Discours prononcé, le 143 novembre 1909, sur la tombe 
de M. le Baron L. CAVRO?S DE SATERNAULT, membre 
résidant, par M. l'abbé RonarT, président........, 
Le Traité d'Arras de 1414, d’après un nouveau texte 
des Archives de Lyon, par M. Louis CaiLcer...... 
Une Tragédie-Ballet dans un collège de Jésuites (1695), 
par M. Ed. Morez, meïbre résidant.....,....... 
Les Etainiers d'Arras, par M. Ed. Morez, membre 
résidant. si .isususe oder dis UND Une 
Le Maréchal Arnoul d’Audrehem, par M. JACQUELOT 
pU BorsrouvraAY, membre honoraire...... Dia 
Un Soldat de la Première République, Carnet d'Etapes 
aux Pays-Bas et en Allemagne (7 floréal an Il- 
17 ventose an VII), publié et annoté par M. J. Sion, 
membre résidant,.,.,.,,.,,,..,,,,....se..0.s000. 


300 


327 


Il. — Séance publique du 28 octobre 1909. 


Allocution d'ouverture, par M. l'abbé Ronarr, président 
Discours de réception de M. J. Sion, membre résidant 
Réponse au discours de réception de M.J. Sion, membre 
résidant, par M. l'abbé Romarr, président......... 
Rapport sur les Travaux de l’année (1908-1909), par 
M. le baron Alexandre Cavrois p& SATERNAULT, 


secrétaire-général...... A ns) 
Rapport sur le Concours de Sciences, par M. le com- 
mandant H, Bepec, membre résidant.......,....., 
Rapport sur le Concours de Poésie, par M. Jean PARIS, 
membre résidant............. ssh dues 
Lauréats des Concours de 1909...........,,.,...... 
Sujets mis au concours pour 14910...,...........,.., 


Liste des membres titulaires, honoraires et correspon- 


dants de l’Academie d'Arras.........,.. seu 
Sociétés savantes avec lesquelles l’Académie échange 
ses publications....... Da in uen 600006 


377 
380 


391 


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LREE 


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Li 
M. 
Ton.